PIN
aus à he
DPI ee, TITRE
| rimes contradictoires, attache-toi, comme à la branche de an } la phrase sacrée : « Il faut juger l'arbre par ses fruits. » Il y a un réalité dont tu ne peux pas douter, car tu la possèdes, tu le sens, tu la vis à chaque minute : c’est ton âme. Parmi les idées qui t’assaillent, il en est qui rendent cette âme moins capable de vouloir. Tiens pour assuré que ces idées sont fausses par un point, si subtiles te semblent-elles, soutenues par les plus beaux noms, parées de la magie des plus beaux talents. Exalte et cultive en toi ces deux 4 grandes vertus, ces deux énergies en dehors desquelles il n’y a que NES flétrissure présente et qu’agonie finale : l’amour et la volonté. — La science d’aujourd’hui, la sincère, la modeste, reconnaît qu’au terme de son analyse s’étend le domaine de l’inconnaissable. Le vieux Littré, qui fut presque un saint, a magnifiquement parlé cet océan de mystère qui bat notre rivage, que nous voyons dev. nous, réel, et pour lequel nous n’avons ni barque ni voile. À ceux qui te diront que derrière cet o:éan de mystère il y a le vide, l’abîmt du noir et de la mort, aie le courage de répondre: « Vous ne le savez pas... » Et puisque tu sais, puisque tu éprouves qu’une âme est en toi, travaille à ce que cette âme ne meure pas en toi avant : toi-même (1). *
Fruit de pensées si graves, ce livre était destiné à … faire grand bien, sinon aux catholiques déjà convaincus, … du moins aux incrédules, parce qu’il posait des questions
et allait soulever des polémiques, dont le résultat ne pouvait être que favorable à la religion. Et, en effet, « à toute une jeunesse qui, nourrie de Renan et de Taine, et qui, mêlant le stoïcisme de l’un et l’épicurisme de l’autre, s’orientait, sans bien le savoir, vers un dangereux dilettantisme, il a fait entendre un bienfaisant cri d'alarme;
__ il lui a révélé le sérieux de la pensée, le prix de l’action, le sens infiniment grave de la vie » (2). :
La philosophie d’Adrien Sixte est bien à peu près celle -
dr os LS S d'en à de à à
(1) Préface du Disciple, p. 9. (2) Vicror GIRAUD, Les Maîtres de l’Heure, p. 283.
de Taine et de Ribot: c’est le déterminisme, formulé . dans le Disciple en quelques phrases lapidaires. Témoin
celle-ci, attribuée à Adrien Sixte: « Tout acte n’est qu’une addition. Dire qu’il est libre, c’est dire qu’il y a
. dans un total plus qu’il n’y a dans les éléments addition- nés. Cela est aussi absurde en psychologie qu’en arith-
métique » (1). D'ailleurs, cette influence des ouvrages de Taine et de Ribot est constamment rappelée dans le mémoire de Robert Greslou (2), comme si Bourget avait voulu mettre ces philosophes réels sur le même pied que son philosophe imaginaire.
Il y a sûrement dans le Disciple beaucoup de souvenirs personnels, et ce Robert Greslou représente Paul Bourget à peu près comme René reflétait Chateaubriand. C’est un autre motif du succès de l'ouvrage. Non pas qu’il soit une autobiographie! Mais, à comparer les souvenirs d'enfance que Robert Greslou consigne dans son mémoire avec ce que Bourget nous révèle, çà et là, de Sa jeunesse, on constate de bien frappantes analogies (3). D'ailleurs, l’analyse des sentiments d’un enfant précoce et incompris, qui finit par se renfermer dans son isolement, est trop bien rendue (4) pour ne pas être le résultat d’une expérience personnelle.
Tout cela rend cet ouvrage extrêmement intéressant, du moins pour un esprit sérieux, réfléchi, capable de dégager les idées de leur enveloppe romanesque. Pour le lecteur qui n’y chercherait qu’une « histoire » comme
- (1) Le Disciple, p. 32.
(2) Ibid., p. 91, p. ex. et p. 195. (3) Greslou est né à Clermont, dont Bourget fréquenta, comme lui. le Ivcée. Son père était mathématicien comme celui de Bourget. (4) Jbid., p. 119 et ss.
PAUL BOURGET
une autre, il pourrait paraître raisonneur et ennuyeux, 5 et il présenterait aussi plus de danger que de leçon, à 14 cause de la hardiesse avec laquelle la passion y est peinte, | à cause aussi de l’exposition sous un trop beau jour des doctrines matérialistes. Celles-ci pourraient plaire en elles-mêmes, malgré les déplorables conséquences que, dans le roman, elles engendrent pratiquement. Ensuite le jeune Greslou, séduit par ces doctrines et devenu un horrible monstre, puisqu'il se propose froidement des crimes abominables, reste un personnage sympathique: on admire ses tendances qui paraissent si exclusivement intellectuelles, sa faculté de s’analyser dans ses moindres impressions, ce qui lui donne l’occasion de se montrer un être à part, très intéressant. .
D'autre part, le danger de tant d'analyse est mis, indireciement, en relief : on constate qu’elle rend égoiste et. orgucilleux; un psychologue de cette espèce n’estime rien en dehors de lui; il se complaît dans sa seule pensée, et les sentiments et les douleurs d'autrui ne sont que les matériaux de ses expériences de chimiste moral. | Le Disciple est un livre écrit pour des intellectuels, pour ceux qui ont fait le tour des philosophies et des systèmes et qui ont besoin de réfléchir sur les conséquences de leurs paroles et de leurs actes. Ils y verront démontrée par un exemple saisissant la vérité de cette parole
pau rx LUS
CRCTE
d’Evangile, qu” « il faut juger l’arbre par ses fruits » et
les doctrines philosophiques par les vertus ou les crimes qu’elles engendrent. Ils y liront implicitement la condamnation du matérialisme, dont les effets moraux sont si désastreux pour la société.
À peu près vers le même temps que Le Disciple, paraissait la Physiologie de l’amour moderne (1890),
Le ire est juste. C’ 5, une analyse de l’amour senel, qui portait comme sous-titre : « Méditations de phi- Fa osophie parisienne sur les rapports des sexes entre
sans Le plus de liberté dans la ne des différentes manifestations de cet amour, Paul Bourget use de la fiction littéraire du manuscrit légué par un ami, auquel il donne le nom de Claude Larcher, un désabusé, qui trouve plaisir à narrer ses expériences amoureuses et celles des autres, ainsi’ que ses et leurs désillusions — à car la pratique de l’amour a fait de Larcher un misogyne. Or, sous la plume de Larcher, l’immoralité parisienne revêt trop souvent les formes les plus séduisantes de l'esprit, de la grâce, de la mode: et la vertu prend un - aspect inélégant et triste. Nous y trouvons aussi, il est vrai, cette moralité immanente des actes et des choses, qui consiste dans les rancœurs du vice. De sorte que le livre est tour à tour pervers et moral.
Ce double caractère est reconnu dans la préface, où
j Bourget présente pour sa défense le mot qu’il attribue à ‘un saint prêtre »: « Il ne faut pas faire du mal aux âmes, et je suis sûr que la vérité ne leur en fait jamais ». Oui, mais quand on décrit les attraits du vice, on ne peut, de peur d’allumer des passions, montrer tout leur réel
éclat. C’est un sophisme que de parler à ce propos de « vérité ». La vérité supérieure est que l’homme doit se. 3 ne Ds sonner contre sa propre faiblesse en évitant le …
nu PS né, |
AN RE RE AN Pr CET UT
PE AE A ET Or SNS NE
() Ecrivains d'aujourd'hui, p. 15.
mal, et qu'en matière lubrique, la meilleure précaution est de ne pas y porter le regard. « La peinture de la pas | sion offre toujours ce danger d'exercer une propagande ». C’est Bourget lui-même qui le dit (1). Mais il ajoute que « rendre l'artiste responsable de cette propa- gande, c’est faire le procès non seulement à tel ou tel - livre, mais à toute la littérature ». Non, toute littérature n’est pas condamnée par le fait que la description doit rester dans les bornes de la décence! ie Si, du moins, le remède à la passion était indiqué dans ce livre! Il y a bien un dernier chapitre sur la Thérapeutique de l’amour, mais il est plutôt décevant, car la conclusion logique du lecteur sera qu’il n’y a pas de remède, que la passion déréglée est fatale, ou en tout cas générale. Un moment, j'ai cru que nous entrions dans la bonne voie. C’est quand notre Larcher constate qu’ « un re- mède physique ne peut rien contre un mal moral (2) ». (ce qui est d’ailleurs trop absolu) et qu’il dit : « Substituer une boîte de pilules à l'Evangile, c’est, au fond, le rêve de dix-neuf savants sur vingt. Ils appellent cela servir le progrès (3) ». Mais ce ne fut qu’une lueur fugitive dans les hésitations d’un moraliste aux abois. ‘9 Certes, il y a dans ce livre, qui est, je l’ai dit, le contemporain du Disciple (4), mais qui marque un grand
(1) P. var. Vers la fin de l'ouvrage, le héros du roman reprend cette idée : « Un scrupule me saisit. Je me suis souvenu de ce que … me disait si justement l'abbé Tacourt: « Peindre trop complaisam- 5 ment sa maladie, c’est la propager ». Si ce livre devait ainsi répan- | dre le virus qui me ronge, à quoi bon avoir employé à une œuvre de corruption l’encre de mon encrier? Mieux eût valu la boire, comme au collège. Cela ne faisait du mal qu’à moi » (p. 327). -
(4) Nous y voyons paraître le philosophe Adrien Sixte, qui expose certaines de ses doctrines matérialistes, accueillies ici avec une nuance d’ironie absente dans le Disciple.
recul sur lui, beaucoup de fine observation, dénotant une
Connaissance approfondie du cœur humain. Les subtiles
distinctions entre les différentes espèces de jalousies, par
exemple, ou la notation des étapes de la dégradation de l’amour à la haine sont de la bonne psychologie, qui rappelle celle — plus pure, mais non moins profonde — des tragédies de Racine.
Concurremment avec ses romans, Paul Bourget a publié une quinzaine de volumes de nouvelles, depuis les Profils perdus (1884) jusqu'au Justicier (1918). L'’évolution de l’auteur dans le sens religieux et social y est
moins sensible que dans la série des romans: le sujet
ordinaire de ces nouvelles est le flirt et l’adultère. et l’on s'étonne, après qu'ont paru les romans à idées l’Etape et Un Divorce, de lire les Détours du cœur (1908) ou la Dare qui a perdu son peintre (1910), où l’on retrouve ces complications sentimentales, sujet préféré du romancier mondain, qui s’attarde trop aisément aux aventures sensuelles. Plusieurs de ces recueils ,tels que Profils
perdus, sont pour ce motif fort peu recommandables. Les derniers parus, bien que trop conformes à l’ancienne manière de Bourget, nous révèlent beaucoup mieux la
maîtrise de son talent de conteur et de penseur. Reprenons la série des romans et marquons d’une croix les principaux, ceux qui sont les jalons de l’ascension intellectuelle de leur auteur. Cosmopolis (1892) est un de ceux-là, et c’est un beau livre. Dans le décor magnifique de la ville éternelle, il fait mouvoir de façon bien vivante ce monde cosmopolite qu’on retrouve dans touie grande ville et qui ici contraste étrangement avec le milicu. Une idée intéressante se dégage de la multitude des événements ct du choc des caractères : celle de la
permanence de la race. Enfin — et ce n’est pas le moin-
à une idée religieuse ; elles évoquent — très discrètement d’ailleurs, ce qui dénoie l'artiste — la grande figure de Péon-XIN.-
Peut-être la multiplicité des personnages enlève-t-elle quelque chose à l'unité. Nous n'avons pas ici la simplicité Ce conception du Disciple ni d'Un Divorce. Au lieu de résumer le roman, appuyons plutôt sur la thèse, qui est peut-être la cause pour laquelle le roman est moins bien charpenté: pour montrer la permanence de
la race, il fallait suivre chacun de ces personnages, si
opposés de caractère, parce que différents de nationalité. Cette idée, qui se rattache étroitement à l’atavisme et à la tradition — le substratum des romans postérieurs — Bourget l’exprime à plusieurs reprises au cours de son récit (1) et déjà il la formule nettement dans sa dédicace :
Si contradictoire que paraisse ce résultat, plus on fréquente les Cosmopolites, plus on constate que la donnée la plus irréductible en eux est cette force spéciale de l’hérédité qui sommeille sous
l'uniforme monotonie des rapports superficiels, prête à se réveiller aussitôt que la passion remue l’arrière-fond du tempérament (2).
Un intérêt spécial de Cosmopolis est l’étude d’un des principaux personnages, le romancier Julien Dorsenne
(1) « Vous êtes une dizaine de personnes qui toutes parlent la même langue, sont habillées par les mêmes fournisseurs, ont lu le même journal le matin, croient avoir les mêmes idées et les mêmes sentiments... Seulement ces personnes sont comme celles que je viens de vous énumérer, des créatures arrivées des points les plus divers du monde et de l’histoire. Vous les étudiez avec tout ce que vous savez de leur origine et de leurs hérédités, et, petit à petit, sous le vernis du cosmopolitisme, vous démêlez la race, l’irrésistible, j'indestructible race! » (p. 31).
CNP PTT.
Es
È dre élément d'intérêt — les dernières pages aboutissent
eo