‹ RomanciersChapitre 45 sur 69 · ATEN · texte numérisé non relu

ATEN

iqucr ses ee On voit en ut cas nettement de quel côté penche l’esprit de M. Bourget, et c’est pré-

: ment sur un terrain Si bien préparé. .

Fe Essayons de résumer le roman. Gabrielle, divorcée et | civilement remariée avec Albert Darras, un incroyant . qui par certains côtés rappelle le Monneron de l’Etape, a eu de son mariage avec M. de Chambault un fils Lucien, et de son union avec Darras une fille Jeanne. ‘ Celle-ci va faire sa première communion, circonstance Ê | qui réveille les sentiments religieux de sa mère. M"* Dar- à ras voudrait bien, elle aussi, s'approcher de la Sainte à Table, mais sa situation irrégulière l’en empêche. "4 = Dans l’entre-temps, Lucien a fait la rencontre d’une étudiante, M'° Planat, qu’il veut épouser. Mais Albert Darras a recueilli de mauvais renseignements sur la con- duite de cetie théoricienne de l’amour libre, et la mère,

poussée par lui, refuse de consentir au mariage. Cela détermine le départ de Lucien, qui ira chercher le consentement de son père, M. de Chambault.

Cette circonstance augmente le désarroi de M*° Dar- ras, et, M. de Chambault étant mort, elle essaie de déterminer la régularisation de sa situation par la cérémonie du mariage religieux. Se butant à un refus, elle quitte la maison à l’insu d’Albert Darras, quand l'intervention du Père Euvrard, oratorien, la décide à retourner auprès Pa de lui, avec l’espoir que, touché, il cédera un jour aux instances de sa femme. Le livre se termine sur cette solution incomplète et cette espérance aléatoire. Ales conséquences désastreuses du divorce et du mariage sans religion sont admirablement rendues dans

tragédie domestique. Dans l’entrevue qui ouvre le

lume, le Père Euvrard les détaille :

Je ne veux pas vous faire un cours de Sociologie. Savez-vous Pourtant ce qu’établit la statistique ? Dans les pays où le divorce existe, le chiffre des criminels, des fous, des suicides est proportionnéllement décuple chez les divorcés. Donc, pour une personne qui, … comme vous et quelques autres, apporte ou préserve dans le divorce toutes les délicatesses de son esprit et de son cœur, la majorité ou les avait déjà gâtées ou les y a perdues. Réglementer la société en vue d’une minorité de dégénérés probables, c’est chercher sa norme dans ce qui doit rester son déchet. Vous appelez cela un progrès (1). La Science l’appelle une régression. Nous venons de nous mettre, remarquez-le, au point de vue de l’observation pure. J'ai voulu ainsi vous faire toucher au doigt l'identité entre la loi de l’Eglise et la loi de la réalité, entre l’enseignement de l'expérience et celui de [as Révélation. Dans son effort pour durer, la nature sociale aboutit précisément à la règle dont la religion a fait un dogme. A la lumière de ces idées, comprenez la gravité de la faute que vous avez commise en profitant du criminel article qu’ont introduit dans notre Code les pires ennemis de l’ordre social, les destructeurs de la famille. Vous vous êtes associée à cette œuvre d’ébranlement dans la mesure où vous l’avez pu. Vous avez sacrifié la société à votre bonheur individuel. Vous avez, votre second mari et vous, constitué, dans votre humble sphère, un type de foyer anarchique, d'autant plus funeste que vous y avez donné l’exemple, par vos vertus, de" la décence dans l’irrégularité, d’une apparence d'ordre dans le désordre. C’est là ce qui rend si redoutables les égarements des âmes qui ont reçu et gardé de très beaux dons. Leur noblesse native les suit, même dans leurs erreurs. Elles y tombent sans s’y avilir. En dissimulant ia laideur du mal, elles le propagent plus dangereu-. sement. Ne cherchez pas ailleurs la raison des difficultés extrêmes

nt rh bat A cd

__ : (1) Deux illustres exemples, celui de Molière et de Stendhal, auto- riseraient l’auteur à mettre en note: c’est un prêtre qui parle. II préfère indiquer aux lecteurs curieux de ces problèmes une bro- Chure publiée l’an dernier par M. le professeur Enrico Morselli : Per la polemica sul divorzio. (Gênes, Fratelli Carlini.) Ils y verront la thèse du Père Euvrard soutenue, avec chiffres à l’appui, par un positiviste déclaré. Cette brochure précise d’une manière remar- Quable l’attitude prise par les savants italiens en regard de la loi du divorce, considérée par eux, au nom de l’expérience incontestable de la criminalité, comme dangereuse et rétrograde. (Note de P. Bourget.) :

que vous rencontrez dans votre effort de retour. Mesurez la gran-

deur de votre faute à ces difficultés et remerciez Dieu de ne vous avoir pas éprouvés davantage, vous et les vôtres. Il n’y a pas vingt ans que cette détestable loi du divorce a été votée, et si vous saviez

combien de tragédies je l’ai déjà vue produire, moi qui confesse si

peu; dans quelles catastrophes j’ai vu sombrer des ménages comme le vôtre, qui n’ont pas compris cette évidence, partout empreinte . cependant : toute liberté contraire aux lois de la nature engendre une servitude, tout devoir abandonné un malheur! J’ai vu des haines fratricides entre les enfants du premier et du second lit, des pères et des mères jugés et condamnés par leurs fils et leurs filles, ici des heurts meurtriers entre le beau-père et son beau-fils, là entre la seconde femme et la fille du mari, ailleurs la jalousie du passé, d’un passé rendu si vivant par l’existence du premier mari, suppliciant le second mari, ailleurs des luttes horribles entre ce premier mari et son ancienne femme autour des maladies de leur enfant, ou, une fois grandi, de ses passions, de ses folies de jeune homme, de son mariage, si c’est une fille. Et je ne parle pas de cette rancœur, quotidiennement renouvelée, contre la malveillance, avouée ou ca- chée, hypocrite ou sincère, qu'importe, d’un monde où, malgré tout, le respect de l’union chrétienne demeure intact. Ah! quelles misères !… Votre lot n’aura pas été le pire, car il s’accompagne d’une grande grâce, puisque vous avez retrouvé la foi. Si vous la mécon-

naissiez jamais, cette grâce, c’est alors qu’il faudrait trembler. L’ac- -

tion vengeresse de Dieu ici-bas ne s’accomplit point par des événements extraordinaires. La logique de nos fautes y suffit. Elle comporte une partie nécessaire et inévitable, une partie accidentelle et comme flexible, que la Providence peut nous épargner. Voilà pourquoi je vous ai parlé comme je viens de le faire, afin que vous ne pensiez plus jamais comme je vous ai vu penser tout à l’heure. J’ai eu trop peur pour vous! » (1).

On n’a pas manqué de remarquer que presque toutes ces conséquences malheureuses du divorce de Gabrielle auraient pu être aussi bien celles d’un second mariage régulier. L’objection, prévue par l’auteur, est mise dans la bouche d'Albert Darras lui-même :

— Tu aurais fait un second mariage dans ces conditions-là, encore une fois, que le Père Euvrard n’aurait pas le droit de te le reprocher, et tu subirais les mêmes épreuves.

(1) Un Divorce, p. 28 (Plon).

Ft ’. É | 3 6 - PAUL BOURGET

— Non, répondit Gabrielle, pas les mêmes. Lucien m'estimerait.

Si j'avais été veuve, nous nous serions mariés à l’église, et, alors

il n’aurait pas eu le droit de comparer le mariage que nous avons fait à celui qu’il veut faire. (1).

Tout le drame provient des divergences d’idées fondamentales qui existent entre ces deux esprits. Il pose un cas de conscience, ce qui, comme le rappelait Brunetière,

porte l'intérêt d’une tragédie à son comble : tout le reste

ne touche pas à ‘ce point les fibres les plus cachées du Cœur humain.

Ce qui donne une belle force démonstrative à cet exemple, c’est que le châtiment de M" Darras est la conséquence logique de sa faute; encore une fois, c’est l’idée chère à M. Bourget de la justice immanente des ‘événements.

Précisément pour cela on a eu tort de dire que le cas de la famille Darras ne prouve rien parce qu'il est imaginé pour les besoins de la thèse. Il n’y a pas ici des ficelles chargées d'amener la récompense des bons et la punition des méchants: toute la tragédie se développe par la force des caractères et des situations. Même Bourget a fait la partie belle aux adversaires de ses idées en réunissant chez cet incrédule de Darras tant de qualités morales et « toutes les vertus du monde traditionnel avec le système d’idées le plus contraire à ces vertus ». ;

C’est encore un roman à idées que l'’Émigré (1907).

Le marquis de Claviers-Grandchamp s’oppose au mariage de son fils Landri avec M"° Valentine Olier, une veuve, parce qu’un noble ne peut épouser une roturière.

__ [l ignore qu’en réalité Landri n’est pas son fils, mais * bien celui d’un certain Charles Jaubourg, qui a été

ee

(1) Un Divorce, p. 247.

l'honneur de sa maison, et, sans éveiller les soupçons du monde, il trouve une occasion toute naturelle de se séparer de Landri: son mariage avec M°° Olier. Les. | mariés partiront pour le Canada, et le marquis reste seul, le dernier de sa race, ayant tout perdu fors l'honneur. La thèse du roman est multiple. Et d’abord, il meten évidence la valeur de la noblesse ancienne. Le beau | caractère du marquis de Claviers indique assez les sym- pathies de l’auteur pour la grandeur et la dignité de ces nor maisons françaises, dont l’héroïsme et l’honneur ont jeté tant d’éclat sur la monarchie. La belle et majes- tueuse figure de l’Emigré incarne la fierté atavique d’une . Pitié de héros. L’honneur de sa maison est la raison … d’être de son existence; il voit et apprécie tout sous cet angle : c’est la haute idée qu’il faut à toute vie pour la à rendre belle et une. Malgré ses défauts de grand seigneur, qu’il est sympathique, ce superbe exemplaire d’une « sélection fixée et supérieure », ce « véritable aristocrate! » (1). - Mais à côté de cette impression, il y en a une autre.

ne

&) L’Emigré, p. 403.

e la ue. ji est trop étractaire à certaines idées a. ï dernes, qui datent de la Révolution et coûte que cou

La France n’emploie plus les nobles :

Elle les paralyse par la persécution. Elle les dégrade par l’oisive Elle les ruine par ses lois sur les héritages. Tout son effort s’acharne à détruire les conditions où d’autres pourraient grandir (1). 3 Bourget soulève le problème sans indiquer la solution __ Ÿ en a-t-il une, autre que la disparition de la noblesse ? ou, du moins, que son mélange intime avec les classes __ bourgeoises, ce qui est la même chose ? La noblesse doi abandonner les préjugés qui condamnent bon nombre de ses membres à l’oisiveté; elle doit se lancer dans les carrières ouvertes à tous, accepter le régime qu’elle subit, déposer la morgue à l’égard des bourgeois. Je reproche-

rais volontiers à Bourget de ne pas dire cela, ou pas clairement. Les nobles qui s’inspireraient de son livre seront plutôt tentés de rester dans le déplorable et inutile isole- L

LE ment du marquis de Claviers. 4

E- Puis revient la thèse favorite de Bourget, qui s "ap

plique à toutes les classes de la société: toute faute s’expie par le jeu fatal des circonstances, et mieux en core, l’expiation dépasse le coupable, par suite d’un

certaine « transmission du péché ». « Nous serons punis,

ou dans notre personne, ou dans celle de nos descen-

dants, pour les crimes que nous aurons commis en ce

monde (2) ». Cette « universelle épreuve de la réversibi-

lité » est mystérieuse, mais elle est un fait. L'idée se rat- |

(1) L'Emigré, p. 403.

(2) Ibid., p. 331. Voir aussi p. 241.

tache étroitement à la thèse de l’Etape; elle est apparen-

tée aussi à la solidarité de la famille, si bien exposée dans les Roquevillard de Henry Bordeaux. A travers tout

l'Emigré flotte de même cet atavisme, qui fait le fond des

Morts qui parlent d'Eugène-Melchior de Vogüé. Cette juxtaposition de romans célèbres montre que c’est là un des granüs courants de la pensée du siècle. S’il faut en rechercher l’origine philosophique, ne remonterait-on pas à Le Play et à de Bonald ?

On voit la richesse d’un volume aussi bourré d'idées. Bourget provoque la réflexion; il.ne raconte pas seulement une histoire. Et cependant, c’est un roman romanesque que l’Emigré, plein de péripéties, solidement charpenté, dont l'intérêt ne languit pas un instant. Pas de longues descriptions, pas de dissertations philosophiques à la manière de Balzac. Toutes les descriptions sont faites à travers les personnages; Bourget voit les paysages et

les appartements sous l’angle visuel de ses héros. Les

idées philosophiques jaillissent naturellement de leurs Conversations, sans les alourdir, ou mieux encore, elles éclatent des faits eux-mêmes ; elles sont dans l’amhiance, dans l’air que respirent les personnages.

Voici une page qui corrobore ce que nous disons des descriptions, toujours étroitement dépendantes du récit

et si révélatrices du caractère des personnages ou de la caste :

I1 (le marquis de Claviers) se tut, et ses sombres yeux bleus s’em-

plirent d’une piété à regarder le château là-bas, sobre et grandiose

construction de briques et de pierres, un des chefs-d’œuvre de la toute première manière de Mansart. Au dix-huitième siècle, un Claviers-Grandchamp, à qui un cousin avait légué, par reconnaissance pour un service rendu, une fortune gagnée dans la Compagnie des Indes, a meublé à nouveau tout l’intérieur, sans toucher à la

© PAUL. BOURGET

façade. Par devant, s’étendait un immense jardin à la française. Douze jardiniers étaient nécessaires pour entretenir cette merveille, toute en parterres, en pièces d’eau, en charmilles, avec une quan" tité de groupes de bronze autour des bassins et de statues en pierre dans les allées. Par cette fin de beau jour, d’une transparence si finement grise maintenant, ce jardin était admirable à voir. Il avait, comime ceux de Versailles et de tout notre dix-septième siècle, cette physionomie d’une nature à la fois respectée dans sa force, et réglée, raisonnée, harmonisée dans ses expansions. C'était vraiment « l’ordre » perceptible, celui de la société d’alors dont les Claviers- Grandchamp étaient issus. Les arbres vigoureux, mais ébranchés et j taillés, ne poussaient leurs frondaisons que d’après une discipline. Au sortir de cette conversation, la sensibilité blessée de Landri trouva un symbole de sa destinée dans les aspects de ce jardin. Lui aussi, pareil à ces arbres, il était le témoin d’une discipline. Lui non pius, il ne pouvait se développer librement. Jamais il n’épouserait : Valentine, M. de Ciaviers avait trop raison. Elle n’entrerait pas dans uñe famille noble, sans le consentement du chef. L’allusion faite par le perspicace et implacable marquis aux éventualités de sa carrière | militaire achevait de lui glacer le cœur. Qu’allait-il faire, dans l’une É et l’autre circonstance ? L’arbre de la charmille qui pousse ses branches hors de la LE imposée par le jardinier détruit le bel ensemble, et lui-même n'arrivera jamais à s'épanouir. Il garde la : trace des coups de hache qui l’ont élagué. Ils eussent fait sa beauté | dans la charmille. Isolé, ils lui sont une mutilation. Tel est le sort

du membre d’une caste qui s’en détache et prétend vivre pour

ui (1).

Le succès d’'Un Divorce au théâtre devait pousser Bourget à porter sur la scène son Emigré; il ne fut pas accueilli avec enthousiasme, et la pièce fit tort au roman. Jusqu'à ce moment, Bourget n’avait jamais travaillé directement pour le théâtre ; il le fit la première fois dans La Barricade (1910). Tous les difficiles problèmes qui agitent la société semblent tour à tour tenter Bourget: ici ce sont les redoutables conflits entre le capital et le travail.

; Un grand ébéniste d’art, M. Breschard, voit ses ate- "

(1) L’Emigré, p. 89 (Plon).

Éncmnt importante, dont la non-exécution Hate "1 la ruine de Breschard. Le contremaître ne l'ignore 1 ; il a choisi son NUE

D calons tout ouvrier qu’il ne trouvera pas à sa 4

besogne sera renvoyé. Alors la grève éclate.

Heureusement pour Breschard, un ouvrier en cham-

bre, Gaucherond, qui a toujours professé pour son

patron la plus fidèle vénération, se charge d’exécuter avec une poignée de compagnons la commande urgente.

Il travaillera à l’insu des grévistes dans un couvent désaffecté, situé à l’écart, et il se fait fort de mener l'affaire

à bonne fin. de

Mais la retraite des « renards » est découverte. Les

grévistes assaillent l’atelier improvisé, avec l'intention de saboter les meubles et d’apprendre à Gaucherond qu’il |

atort de ne pas faire partie du syndicat. Abandonné par

ses hommes, Gaucherond s’enferme dans le couvent;

armé d’un revolver, il se défendra jusqu’au bout. La police arrive juste à temps pour empêcher qu’on ne mette le feu à la porte de sa forteresse.

La commande livrée à temps, c’est le triomphe pour Breschard. Les grévistes sont obligés de céder. Pour se

Breschard est Has à |’y maintenir. a par humanité et sur le conseil de Gaucherond, il devient secrètement le principal commanditaire de ce même Lan À

| gouët, qui va monter une coopérative. va __ J'ai résumé la pièce au point de vue social, le plus im- portant et le plus discuté. Mais l'intrigue ne se borne pas 0: Ja lutte des classes que sépare la « barricade » des inté-

De,

une de . ouvrières, Louise Me dont il songe à Rio E - sa femme, quand les péripéties de la grève lui font décou- . vrir qu’elle aime Langouët. La haine de caste est. donc doublée de jalousie. Le Le fait de mêler cette intrigue sentimentale, ainsi ‘qu’une autre entre le fils Breschard et la fille d’un indus- | triel, à la discussion des idées sociales n’est peut-être pas très heureux, si l’on se met au point de vue philosophique, car le développement de la crise provoquée par la grève est entrecoupé de scènes d'amour plus ou moins encombrants. Ne __ Quoi qu'il en soit, la thèse surtout nous intéresse; c’est elle que nous avons à juger ici. Mais d’abord, la

romans, Bourget ne prétend avoir fait qu’une pièce à dées, c’est-à-dire, un drame qui, par l'observation des:

En NE Co ROMANCIERS

faits, provoque à la réflexion. Toujours est-il que l’au-

teur a suffisamment indiqué l’idée dominante de la Bar-

ricade, en s’en référant à un passage d’un livre de M. Sorel, Réflexions sur la violence: « Le jour où les patrons s’apercévront qu’ils n’ont rien à gagner par les

œuvres de paix sociale ou par la démocratie, ils com-

prendront qu’ils ont été mal conseillés. Alors il y a quelque chance pour qu'ils retrouvent leur ancienne énergie. Une classe ouvrière grandissante et solidement organisée peut forcer la classe capitaliste à demeurer ardente dans la lutte industrielle. En face d’une bourgeoisie affamée de conquêtes et riche, si un prolétariat uni et révolutionnaire se dresse, la société capitaliste atteindra ‘sa perfection historique ».

Le patron de la Barricade s'inspire de ces idées-là, quand il dit au quatrième acte: ;

«Non, l’ouvrier n’est pas une brute, c’est un excitable et qu’il faut tenir. C’est notre fonction à nous, les dirigeants. On nous donnait ce nom autrefois. Il est très beau. Reméritons-le en étant les plus forts. C’est la première condition. Les classes sociales sont comme les nations. Elles n’ont pas le droit de conserver ce qu’elles n’ont plus l’énergie de défendre. Soyons donc forts et défendons-nous… »

C’est bien là l'impression qui reste de la Barricade:

le capital doit se défendre contre le syndicalisme, et par ‘conséquent se fortifier par l’union des patrons. C’est le

moyen employé par Breschard, qui n’a rien cédé, qui a

renvoyé les grévistes sans reconnaître le syndicat.

Voici la scène bien vivante où il prend cette détermi-

nation : :

LANGOUËT. — Monsieur Breschard, nous vous présentons le camarade Thubœuf, délégué du syndicat de l’ameublement, qui est chargé de vous soumettre quelques revendications en notre nom à tous. (Se

tournant vers les ouvriers.) N'est-ce pas, camarades ?

BURLE, énergique. — Oui, à tous.

Lo

GARRIGUE, énergique. — À tous.

LES OUVRIERS, mollement. — Oui, oui, à tous, à tous.

THUBŒUF. — Enchanté, Monsieur Breschard, de faire votre con-

naissance.

BRESCHARD, très froid. — C'est moi, monsieur, qui serais très heureux en toute autre circonstance de recevoir votre visite. Mais

vous me permettrez de vous dire que je ne connais pas le syndicat

de l’ameublement et que je ne veux pas le connaître. Par conséquent, pour moi, vous n'êtes le délégué de personne. Restons-en là.

LANGOUËT. — Pardon, patron, je viens vous dire, comme contremaître de l’atelier, qu’il est notre délégué. Vous nous connaissez, nous.

BRESCHARD, frémissant, puis de nouveau maître de lui. — Oui, je te connais, toi. (Sur un autre ton, s'adressant aux ouvriers). Je vous connais fous, mes amis, et vous me connaissez. Jusqu'ici nous n’avons pas eu d’intermédiaire entre nous, et je n’admets pas qu’il y en ait. Si vous avez des revendications à formuler, comme il vient de le dire, (Il a montré Langouët et de nouveau frémi) je vous invite à les formuler individuellement. Vous n’avez qu’à venir ici les uns après les autres, dans ce bureau. Je vous recevrai tous, comme j'ai toujours fait d’ailleurs. Je discuterai avec chacun de vous, mais homme à homme... Préférez-vous commencer dès maintenant ? Voyons, vous Garrigue, qu’avez-vous à me demander ? L

GARRIGUE. — Pour moi, patron, rien. Maïs je marche avec les camarades. Ils sont pour le syndicat. Je suis pour le syndicat.

BrescHarDb. — Et vous, Burle ?

BuRLE. — Moi, c’est comme Garrigue, patron.

BrEscHARD. — Et vous, Tranchant ?

TRANCHANT. — Qu'est-ce que vous voulez, patron? Moi, je me trouve très bien ici. Je suis content de ce que j'ai. Mais vous pensez bien que dans ces circonstances-là, on ne peut pas faire autrement que les camarades. :

BRESCHARD. — Alors, parce qu’un camarade ira se fiche à l’eau, il faudra que vous le suiviez. Voyons, Tranchant, vous êtes un garçon intelligent. Avec vous on peut raisonner, Je sais ce que vous allez me demander ; je le sais, l’unification-des salaires. Vous gagnez, ici, Je maximum que vous réclamez pour les autres. C’est d’un brave copain, mais il n’y a pas que les copains, il y a le patron. Trouvezvous juste qu’il paye le mauvais travail au même taux que le bon ?

TRANCHANT. — Je ne dis pas lé contraire, patron, maïs je ne peux pas causer avec vous là-dessus. On est obligé de se tenir tous. Il faut que je marche avec les camarades.

BaescHArD. — Et vous, Christian, qui n'êtes pas Français, vous:

vous à moi tonte deux ans que vous êtes Fe moi. De quoi -vous à vous plaindre ? Avez-vous une raison, une seule ve faire cause commune avec eux ?

is CHRISTIAN. — Oui, monsieur Breschard, j ’ai une raison. BRESCHARD. — Laquelle ?

CHRISTIAN. — Le chevaleresque.

THUBŒur. — Ce n’est pas la peine d'aller plus loin, monsieur pou n’y mettez pas d’amour-propre. Est-ce que j'en mets, moi? Causons ensemble devant ces braves gens qui sont des EU us et des conscients, vous le voyez. Ce que j’ai à réclamer en leur nom n’est pas si effrayant, je vous assure. Vous serez trop heureux, si l’on ne vous demande jamais rien de plus. D'ailleurs, je constate que vous êtes au courant. (Tirant un papier de sa poche). Pour plus de précision, cependant, nous soie lire ensemble les articles care ne rés par le syndicat. 1 : BRESCHARD, moins maître de lui. — Rengainez votre chiffon de | papier, monsieur .Je ne veux rien savoir. Encore une fois, mes affaires ne regardent que moi, et je n’accorde à personne le droit de s’entremettre ici. Veuillez vous retirer, je vous prie. 4 THUBŒUF. — Je m'y attendais. Savez-vous de qui je me fais effet en ce moment, monsieur Breschard? De Roland chez … Louis XVI, vous vous rappelez, quand on voulait le mettre à la porte parce qu x] avait des cordons au lieu de boucles à ses souliers.

Ça vous étonne. Moi, je lis un peu depuis que.

BRESCHARD, de moins en moins maître de li — Depuis que ces

‘imbéciles vous font des rentes. Mais moi, monsieur, je ne suis pas

un imbécile, et je n'aime pas beaucoup qu’on vienne se payer ma

tête chez moi (1). 4

+ Breschard ne veut donc connaître ses ouvriers qu’indi- viduellement ; chacun en particulier peut faire valoir ses … revendications. Ce patron est d'avis que ses affaires ne : regardent que lui. Au besoin, il usera de la force. en faisant appel à la police.

M. Bourget s’est défendu de faire l'apologie del la orce brutale. Quand il dit qu’une classe sociale doit étre

. (1) 7. Barricade, acte II, scène VII.

morale ss Ron : a cle donnee opportunément, çar cela ne paraissait guère dans la pièce. 'ÉPUES On comprend que la Barricade n'ait pas satisfait tout te monde. Naturellement, elle a déplu à la Confédération générale du Travail, sur laquelle ses coups portaient directement. Le syndicalisme dépeint ici est celui de M. Pataud, dont la tyrannie devenait insupportable à la France. Mais de vigoureuses protestations se sont fait entendre, à ns de la Barricade, dans les milieux cathoé liques où l’on s’occupe des intérêts sociaux, où l’on veut opposer au syndicalisme rouge un syndicalisme chrétien. Dans l’Echo de Paris (2), M. de Mun a défendu le droit Lo association des salariés ; il déclare honorable, légitime et féconde la solidarité ouvrière. M. Biétry, le fondateur des « syndicats jaunes » en France, se demande de quel : droit on jetterait l’anathème aux associations proies Fe nelles d'ouvriers, quand on admet que les patrons s’asso- … cient (3). Remarquons d'ailleurs que, dans sa mémorable encyclique Rerum novarum, le pape Léon XIII proclamait formellement ce droit d'association. Fa Et ceci nous amène à dire que ce qui nous étonne le plus à la lecture de la Barricade, c’est de n’y voir intervenir en aucune façon l’idée chrétienne. Un auteur matérialiste n’aurait pas traité le sujet autrement. Le capital | etle travail y sont des forces brutales qui, habituellement d’accord, peuvent aussi se heurter terriblement. Dans ce “4 BE la TE puissante l’emportera : chacune des nn ner n’a qu’à s’assurer la supériorité. rs

(1) Autour de « la Barricade ». La Défense sociale. Reyue Hebdo- madaire, 1910, n° 10, p. 31. "<

(2) 11 janvier 1910. ô (3) L’Autorité citée par le XX° Siècle, 16 janvier 1910.

CNE

Sans doute, il en est trop souvent ainsi dans la société, et M. Bourget nous dit qu’il a copié la réalité. Il a fait « une chronique de guerre sociale en 1910 » et il s’est strictement conformé à cette règle du genre : la subordination au fait. Son objectif n’a pas été de résoudre le problème qu’il pose dans sa pièce. « Au médecin qui apporte un diagnostic très sombre, quelle est la première

demande des parents du malade: « Avez-vous un re-

mède ? » Les dramaturges et les romanciers ont le droit de ne pas répondre à cette demande-là ». Et il revient toujours à sa conception de la pièce à idées: « Etant la simple chronique qu'elle est, la Barricade n'avait même pas à mentionner ces solutions (celles qui sont proposées par les sociologues) à un probième que je considère, pour ma part, comme insoluble » (1).

Mais, si, avant de traiter ce grave sujet, M. Bourget s'était inspiré de l’encyclique sur la Condition des ouvriers, il aurait fait parler son patron d’une autre manière . Celui-ci aurait compris la leçon qui se dégageait pour lui de la grève de ses ouvriers, qu’il avait crus si attachés à leur maître et qu’il s'étonne de le voir si aisément abandonner. Il aurait eu une idée plus haute et plus juste des droits des ouvriers et du respect dû à ses ouvrières. Il aurait compris que, sans l’idée de Dieu, il est impossible, pour le patron et pour l’ouvrier, de ne pas se traiter en ennemis. La lutte des classes est fatale dans une société matérialiste. Et dans ce conflit, te triomphe appartiendra à la force : si la force est en haut, esclavage pour l’ouvrier ; si elle est en bas, omnipotence du syndicat. Le christianisme, il y a vingt siècles, a dé-

(1) Revue Hebdomadaire, 1910, n° 10, pp. 12, 26 et 27

PAUL BOURGET

truit L esclavage ; seul, il peut sauver la société de l inva- sion montante du syndicalisme matérialiste. A Résumons-nous. Il est, semble-t-il, regrettable que M. Bourget, posant, devant le grand public avec l’autorité que lui donne son talent, ce redoutable problème Social, n’ait pas fait une pièce à thèse, et se soit contenté de faire œuvre de science, en diagnostiquant le mal, et œuvre de littérature, en le présentant sous des couleurs … aussi vives. Îl aurait pu faire œuvre de médecin et de Sociologue : au lieu de cela, il se défend d'indiquer un | remède, ce qui est bien triste pour le malade. Et chose plus grave, il laisse exposer par ses personnages un re mède pire que le mal. |

Ce qu’on doit admirer dans la Barricade, comme aussi dans Le Tribun qui a suivi en 1911, c’est la maîtrise avec laquelle, après tant d'œuvres romanesques, M. Bourget s'est emparé de ce genre, nouveau pour lui.

Il a transporté au théâtre les qualités d’unité de facture et de composition qu’il avait montrées dans le roman. Le romancier qui analysait si longuement les actes et les sentiments d’un Robert Greslou, a réussi à faire jaillir du dialogue serré de ses pièces tout le caractère de ses per- S' sonnages. 4

Ainsi se renouvelle un auteur qu’on aurait cru définitivement fixé dans son genre. Evolution d’ailleurs moins importante que celle qu’il a suivie dans le domaine des idées et qui l’a conduite des frivolités de Cruelle Enigme, à travers le Disciple, jusqu'aux problèmes d'Un Divorce, et du dilettantisme littéraire et philosophique aux magni-

fiques convictions de Îa foi catholique.

Ces convictions se manifestent bien clairement dans

Le Démon de Midi (1914), roman compact dont le

sais cn CT 0

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à une tentation ie qui assiège V Done au mi idi ses jours, quand il est « dans la plénitude de sa force qu’il a conduit sa destinée, jusque-là, de vertus en vertus, de réussite en réussite » » 1) Cette idée S ’appuie sur un

: sagitta re in ie a negotio perambulante in tenebris, ab incursu et dæmonio meridiano. Ce dæmonium meridianum de la Vulgate serait la tentation du milieu de Ja vie, interprétation peu en rapport avec le contexte, où Dieu promet tout simplement au juste sa protection contre tous les dangers du jour et de la nuit. D'ailleurs, le texte : hébreu a été mal traduit ici par les Septante, que la Vulgate a suivis: il n’y est pas question de démon, mais de … contagion qui ravage en plein midi. Quoi qu'il en soit, comme les tentations sont de tous les âges, rien n’em-. É | pêche un romancier de soumettre son héros de quarante- trois ans, d’une vie exemplaire jusque-là, à une crise pas- + | sionnelle particulièrement aiguë.

Donc, Louis Savignan, le grand historien catholique, par le fait d’avoir accepté une candidature aux élections législatives, se retrouve en face de Geneviève de Soléac, dé pour qui il a autrefois éprouvé le plus vif amour. Ils | s'étaient secrètement fiancés, quand la jeune fille, brus- à quement, avait cessé les relations, puis avait épousé … M. Calvières. Malgré sa douleur de se voir préférer un ‘ homme riche mais brutal, Savignan n’avait pas tardé à se marier de son côté. Devenu veuf, il a un fils, âgé de vingt ans, sur lequel il a reporté toutes ses affections. e J1 faut bien pet de nee à cet homme si vertueux et

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PAUL BOURGET

d’une si belle noblesse de caractère pour se sentir com. ‘8 plètement repris par son ancien amour pour M" Cal- vières. [1 se rend compte, cependant, de la nécessité absolue d'éviter cette occasion de péché, mais la passion l'emporte. Il essaie bien de se ressaisir. Torturé de remords, mais cherchant à se tromper lui-même, il s’enfonce de plus en plus dans la honte d’une vie en contradiction formelle avec ses convictions catholiques. | Parallèlement à la crise morale de Savignan se déroule, | dans l’âme de son fils Jacques, une crise de la foi. Ce | jeune homme ardent et mystique, admirable de générosité, s’est fait le disciple d’un prêtre moderniste, l’ abbé Fauchon, et va s’inféoder, avec une facilité bien extraordinaire, à une petite Eglise révoltée contre Rome. Ce danger effraie le père qui, malgré ses défaillances, s’ef- i 0 force de sauver son fils, tout en se reprochant à lui-même l’illogisme de sa conduite. Les circonstances poussent à son maximum d’acuité le drame de conscience qui bouleverse l’âme de Savignan : il faut que celui-ci se rende compte, jusqu’au plus profond de son être, de sa culpabilité et de sa résistance à la grâce de Dieu, qui le poursuit de toutes façons pour l’amener au repentir.

C’est aussi l’occasion pour un romancier, qui a toujours eu l'ambition de mêler à ses conceptions les grandes ‘questions contemporaines, d’étudier le modernisme et d'en montrer les tendances et l'aboutissement fatal. comme l'élection de Savignan devient pour M. Bourget le prétexte d’exposer les machinations et les compromis électoraux.

* Ainsi l’éternelle intrigue amoureuse se revêt d’actualité ; elle est une tranche de vie moderne, ce qui ne l’em-

pêche pas d’être aussi romanesque que dans la plupart

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des romans de Bourget, puisque la crise arrivée à son . maximum d'intensité se dénoue par un assassinat. 1 La Bible est certainement citée une vingtaine de fois au cours de cette histoire, non pas seulement les textes courants qui font partie du patrimoine intellectuel de tout chrétien, mais aussi les livres des Rois, les Proverbes, etc., ce qui révèle une intelligence nourrie des Ecritures Neret habituée à réfléchir sur les textes. ; Mais, quel que soit le très haut intérêt du roman, ilne satisfait pas complètement l’esprit du lecteur. Les prin- … cipales figures de catholiques qui y passent sont si éloi- … gnées de l’idéal du chrétien! Le père et le fils Savignan 4 __ ont tous les dehors de catholiques fervents, l’un, défen- F seur de l’Eglise par ses livres historiques, l’autre communiant fréquemment. Et tous deux s’enfoncent, le premier dans une passion tardive et insensée, le second dans un inexplicable égarement de l'esprit. Il est vrai que, pour le père du moins, le romancier montre fort bien la lutte dans l’âme du catholique tenté, en quoi il fait sonn. ger à l’'Honnête Femme de Louis Veuillot, où le remords He. et la grâce divine jouent aussi un grand rôle. La chute de + Savignan s'explique en partie par la tiédeur d’une dévo- D: tion routinière et d’un catholicisme fondé sur la tradition à plutôt que sur la raison, et son demi-repentir énigma- tique, après le drame, ressemble à un endurcissement du . cœur, qui, lui aussi, est interprété très catholiquement. I a péché trop sciemment pour se ressaisir aussi rapidement que Îles autres, dont les fautes étaient atténuées par une certaine bonne foi. Ainsi se dégage de ce roman la morale que l’auteur en a voulu tirer: « Il faut vivrecomme on pense; sinon, tôt ou tard, on finit par penser … comme on a vécu ». Si Savignan sent ses convictions reli-

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gieuses née. Del à peu à la chaleur de la passion, ï n'y a pas là de quoi nous étonner. C’est un phénomène de -

psychologie élémentaire et l’histoire de tant de défections

qui ont monté des sens à l'esprit. Mais chose plus inat-

tendue, comment, pensant comme il pensait, a-t-il agi si

contrairement à sa pensée ? Là est le point faible de cette évolution, ou plutôt de ce brusque renversement d’ une vie, qui a trop l’air d’une fatalité. À y regarder de près, on voit bien que le coupable néglige d’ employer. pour se

relever, les moyens que l’Eglise met à sa disposition. Le >

voici en proie au remords :

Il se rappela derechef les épisodes qui avaient abouti à cette chute dans l’adultère, rapide jusqu’à en être inconcevable, à se demander si c'était bien une réalité ? [1 y a huit jours, Geneviève et lui étaient si séparés ! Huit jours ? Ce chiffre réveilla ses remords. Ne pouvait-il point, par un effort de sa moralité enfin reconquise, annihiler ces huit jours, revenir en arrière, se retrouver au point. où il en était l’autre jeudi ? Il suffisait qu’il quittât Paris, avant que Geneviève fût arrivée. Il ne laisserait pas d’adresse. Il emmènerait Jacques avec lui. Ils iraient à Rome. Il se retremperait, pour s’y

perait et y repétrirait l'intelligence du jeune homme... La seule pen- sée de cet éloignement lui mit dans les os le frisson de la mort. Comment trouver la force d’un tel sacrifice? C'était bien simple. Il était devant l’église Saint-Etienne du Mont. Qu'il en graviît les marches, qu’il s’agenouillât dans un confessionnal, Il 1’ aurait, cette force. Un prêtre serait là qui lui remettrait son péché, en vertu d’une promesse si claire, que même Fauchon reconnaissait dans le | sacrement de Pénitence une institution du Christ: « Quodcumque solveris super terram et erit solutum in Cœlis. » Mais, pour que le sacrement opère, il faut la disposition intérieure, ces trois parties intégrantes de la Pénitence: contrition, confession, satisfaction. L'amant de Geneviève l’avait-il, cette contrition, cette “souffrance de . l’âme dans la détestation du péché commis ? Non. Son âme souffrait, elle ne détestait pas son péché. Bien au contraire, voici que d’y penser douloureusement Ini en redonpait la nostalgie. Voici que les caresses de la nuit de Soléac le poursuivaient, le reprenaient, trou-

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laver, pour s’y repétrir, dans l’atmosphère catholique. Il y retrem-

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