‹ RomanciersChapitre 52 sur 69 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

ROMANCIERS EE simplicité et d'honneur, elle est bien digne d’entrer dans le chœur de ces Françaises qui, comme la Colette Baudoche de Maurice Barrès, perpétuent, dans la littérature, la tradition cornélienne de la noblesse et de la vertu. Elevée loin de Paris, au grand soleil de la campagne, elle aime la forêt et la belle nature. Raymond Cernay s’éprend d’elle parce que, après les aventures frelatées Courues à Paris, son innocence et son naturel le conquièrent. Mais Raymond n’est pas digne d’elle. Il croit. dans sa fatuité de jeune millionnaire blasé de ses succès, qu'il fait à cette Raymonde de modeste condition un

grand honneur en l’élevant à son rang, et en l’introdui-

sant dans un monde pour lequel elle éprouve une répulsion instinctive. Dès ses premières apparitions dans les Salons de Paris, Raymonde, devenue M° Cernay, est profondément froissée de ce qu’elle y voit et entend. Son honnêteté et sa franchise se rebiffent contre les exigences de cette société fausse et corrompue.

Pour plaire à son mari qui lui impose son initiation mondaine, elle fait effort sur elle-même. Elle ne portera plus sa petite robe de laine blanche, symbole de sa vie Si simple jusque-là, et s’habillera’ à la mode. Elle triomphera de sa répugnance pour les réceptions brillantes, afin de ne pas blesser Raymond, qu’elle continue à aimer de toute sa volonté, malgré les froissements inévitables. Mais quand cet égoïste lui devient infidèle et qu’elle est obligée de rencontrer sa hautaine et brillante rivale — un produit du plus pur parisianisme — Ja compression trop violente de son cœur la mène en peu de temps aux portes du tombeau.

Alors son mari, effrayé de sa propre cruauté, lui demande pardon. Par un revirement un peu brusque il

comprend enfin, dans toute sa beauté, la noblesse de

caractère de sa femme. Du moins les derniers moments …

de Raymonde seront illuminés d’un amour reconquis par la patience et par le sacrifice. |

À vrai dire, je n’ai résumé ici que ce qui est propre ment le roman, c’est-à-dire les « deux cahiers » où Raymond a consigné ses souvenirs et son repentir. Car l'introduction et l’épilogue semblent ajoutés pour amener l’œuvre aux dimensions ordinaires.

Ainsi réduit, cet admirable roman, simple dans sa conception, au cours régulier comme celui d’une onde claire, est un hymne de louange à l’ordre, à la beauté de la nature et plus encore à l’harmonie de la vertu; c’est un réauisitoire contre la sottise de la vanité, qui dédaigne le bonheur simple et vrai pour courir aux plaisirs passionnés et troublants.

Deux tableaux y font une continuelle opposition: la campagne et Paris, la simplicité et le luxe, la vérité et la dissimulation. Partout éclate ce contraste :

Ce qu’elle préférait, c'était rester chez elle, à jouer avec Dilette qui riait du sourire de sa petite maman, à lire une Introduction à la vie dévote, les lettres de saint François de Sales à M”° de Chantal (où il engage celle-ci à allumer elle-même son feu le matin sans obliger sa femme de chambre à se lever avant elle pour chauffer son appartement) ou quelque autre ouvrage de piété, ou bien quelques livres de contes ou de légendes comme si elle se préparait de loin à son enseignement maternel. Elle se plaisait encore à des histoires toutes simples de braves gens, et qui avaient l’air d’avoir été vécues : Mireille, ainsi, l’enchanta, et Geneviève ou l’histoire d’une servante, et Dominique, et Ramuntcho, et Nerte dont elle avait noté au crayon, sur son exemplaire, ces quatre vers tirés de la bénédiction que le pape adresse sur le bord d’un sentier, parmi les blés mûrs, aux ouvriers des champs :

Ayez la paix intérieure, Car c’est là la meilleure joie,

HENSYNBORDEAUX + 1220N

Et que vos gouttes de sueur Deviennent perles de lumière.

De. < Ce genre d’existence-là n’était pas à la mode. AujoRrd fut toutes

les femmes, jeunes ou vieilles, s’élancent hors de chez elles dès es sont harnachées, fuient leur intérieur comme la peste, prént leurs automobiles dans toutes les directions: visites, thés,

ame à de grands couturiers, conférences où l’art et l’histoire se

son ami Ducal, un arbitre des élégances parisiennes, suffit à lui faire remarquer pour la première fois les

défauts d'ajustement de la toilette de Raymonde.

__ De même, dans le tableau très pessimiste de la société

parisienne, les détails de la psychologie sont d’une vérité saisissante. Ou encore quand, dans leur voyage en Italie,

lement; les impressions religieuses de la pieuse Raymonde provoquent le sourire ou la jalousie de Cernay.

de Raymonde quelque chose d’obscur. Comment expliquer que, si profondément chrétienne, elle ait épousé ce

ouisseur de Cernay, sans examiner s’il avait des senti-

garisent, hôpitaux même où elles courent apprendre à soigner les ants des autres point que les leurs, quand elles ont Paie en.

ernay met sa femme en présence des chefs-d’œuvre de . ‘art, les dissonances de ces deux âmes se heurtent cruel-

Mais — disons-le nettement — il y a dans la conduite

D Échie de ce mariage, ‘êlle se fait à non li in- ; différence religieuse de Cernay a-t-elle une part? Chez une jeune fille ont ras comme HAS

“elle est repartie avec André. Un jour, Marc reçoit un.

dans un gouffre les deux amants ascensionnistes: arr tés dans la neige sur une étroite corniche, l’un y est mort, …

plus jamais, mais cet engagement même, tout spontané qu’il soit, empêche toute conversation abandonnée avec sa femme. Toujours le spectre de l’autre s’interpose

vie, quand elle lui révèle que, lors de l’accident, à côté . du cadavre de son amant, elle a voulu vivre et l’a appelé.

diale : l'union des cœurs quin l'est pas établie sur l° accord dans les vérités essentielles sera plus fragile, parce que les dissentiments sur les questions religieuses blessent les âmes au plus profond de leur sensibilité. 3

La Neige sur les Pas (1912) pose un problème fort délicat et le résout encore une fois dans le sens du sacre e fice personnel à l’esprit de famille. RES

Marc Romenay, grand architecte parisien, a chassé ‘ femme du bel hôtel qu’ils habitaient en face du parc de & la Muette, parce qu’elle le trompait avec André Norans, rencontré en Suisse au cours d’une villégiature. Alors

télégramme du Grand-Saint-Bernard, l'appelant au chevet de sa femme mourante. Un accident a précipité

l’autre agonisait quand on a opéré son sauvetage.

Marc pardonnere- -t-il à sa femme ? La question domine tout le roman. Il s’y décide, pris par un sentiment me pitié, entraîné aussi par l'affection de sa petite fille Juliette, qui sera le trait d'union entre sa femme et lui. Cependant le passé ne peut s’oublier; il n’en parlera

entre eux. Finalement il cède à l’amour, ou plutôt à la

De

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