‹ RomanciersChapitre 55 sur 69 · HENRY BORDEAUX · texte numérisé non relu

HENRY BORDEAUX

jour, Henry Bordeaux note les détails de son long martyre, et il faut lire cela pour apprécier la force de résistance du soldat français. À juste titre l’auteur adresse, en tête de cette histoire, ce fier salut à Verdun:

VERDUN : ces deux syllabes que l’histoire avait déjà marquées sonnent aujourd’hui comme les notes cuivrées d’un clairon. En France, nul ne les entend sans frissonner d’orgueil. En Angleterre, en Amérique, si quelque orateur les prononce, d’un mouvement Spontané tous les assistants se lèvent... (1).

Sur le Rhin (1919) est un diptyque. La première partie décrit le Rhin romanesque, et l’auteur reproduit les notes d’un voyage qu'il fit le long du fleuve en 1905. La seconde raconte les impressions nouvelles, recueillies à la suite des armées d’occupation en 1918. Rapprochement intéressant et fécond en contrastes émouvants.

Combien impressionnant le récit de la prise de pos- Session par les Français victorieux des villes de Metz, de Strasbourg, de Mayence!

Les mots peuvent-ils rendre la prodigieuse émotion de ces fêtes ? À Metz, on s’exalte sur la merveille de la victoire française, et de Strasbourg on revient quasi titubant d’une ivresse sacrée. (2).

Quel légitime orgueil à la fois et quelle dignité chez le soldat français au passage du Rhin à Mayence! Il se rend compte de l’importance de ce moment historique :

Les clairons et les tambours annoncent la venue des troupes. Celles-ci mettent baïonnette au canon, doublent les rangs et s’avancent par huit de front...

Ceux qui ont vécu cet instant ne pourront jamais l’oublier: ce jour bas, cette immense arche jetée sur le fleuve aux larges eaux étalées et là-dessus le retentissement de notre pas vainqueur. Les hommes sentaient la grandeur de ce qu’ils accomplissaient, et c’est pourquoi leur pas avait pris tout à coup un poids prodigieux. Tournés vers le fanion tricolore dressé à côté de leur général, ils mon- (1) Les derniers jours du Fort de ue p. 1 (Plon).

(Z) Sur le Rhin, p. 184 (Plon).

raient leur visage redressé sous le casque. De ces visages, il y en vait de très jeunes, de bien jeunes pour comprendre, et il y en vait aussi qui portaient les stigmates de la fatigue et de l’âge: eunesse et fatigue s’illuminaient de la même expression, non pas 'allégresse — car les visages restaient graves — mais de satisfacion pleine et entière de l’œuvre faite. Ces soldats qui avaient tant lutté dans la dernière bataille devant Noyon et devant Laon conquises — Picards, Bretons, Parisiens, un peu de tous les pays de France — trouvaient leur récompense: les premiers ils passaient le Rhin (1). À

Mais ce n’est pas simplement un chant de triomphe g qu’ entonne Henry Bordeaux sur le Rhin. Soucieux de l’avenir de son pays, il constate avec appréhension que l'Allemagne ne se tient pas pour battue; elle a fait un accueil triomphal à ses armées vaincues; elle s’est immédiatement remise au travail avec la conviction que son relèvement en dépendait. Si l’empereur n’y est plus, la république hérite de l’esprit d'organisation, et peut- être de conquête, de l’empire. Que la France le com- prenne et se tienne sur ses gardes!

Appréciation générale. — Henry Bordeaux a connu fort jeune le succès. La Peur de vivre le mit d'emblée au rang des romanciers les plus lus et les plus estimés. II faut se féliciter de voir un auteur conquérir la renommée par une œuvre d’une aussi haute moralité. D’autres romans ont suivi, nombreux, mettant toujours en plus

À * à Se

ment les mêmes devoirs, et le public non plus — soit dit à son honneur — ne se lassait pas de les lire et de les admirer. Cela prouve sans doute que les lecteurs de Bordeaux ne détestent pas les austères leçons qui s’en

(1) Sur le Rhin, p. 239.

belle lumière les mêmes principes, prêchant inlassable-

dégagent, et c’est de bon augure pour l'avenir de la.

Dent és amateurs du et = .

montré que la vie se chargeait elle-même de les co

reux ou tragiques, qui obligent à reconnaître la nécessit - de ces chaînes que la passion veut secouer : les traditio | familiales, le devoir quotidien à remplir. Captivé par le récit où la leçon est admirablement dosée, le lecteur t lui-même la conclusion. Tout l’art du romancier mo liste est là. En créant de beaux caractères com

__ le mérite consiste surtout à ne pas se faire remarquer qui use discrètement de la métaphore et jamais de l’em: a phase. Comme les lacs tranquilles de la Savoie, il ne cherche qu’à refléter les objets avec fidélité et, sauf quel ques négligences, y réussit sans effort.

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