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ac ion « cette race liégeoise, intelligente et prime-sau- tière, mobile, remuante, toute en dehors, prompte à la ute et à la réconciliation, ardente à la controverse, ;. au travail et au combat, — soldats tout prêts, le soir ne défaite, à se consoler par un bon mot ou par une ANnSON » (1). On sent le plaisir qu'a eu l’auteur à exalter son sentiment patrial au contact de la vaillance des
| êtres, et aussi l'enthousiasme avec lequel son imagi-
nation s’est penchée sur les sévères travaux des érudits
pour en faire jaillir le bouillonnement de la vie. Admirable fusion de science historique et de création artisà tique, ce roman, pour son entassement de détails vécus, semble le fruit d’un long travail d’archéologue, mais pour la vie qui circule à larges flots à travers ces notions historiques, pour la part d'humanité éternelle qu’il conient, est bien l’œuvre magnifique d’un poète construc- L eur qui sait rendre aux générations passées la fraîcheur, la couleur, le sentiment et le mouvement.
Où trouver plus vivante évocation du Marché franc de la Saint-Jean ! Je voudrais la citer tout entière, parce qu’elle ramasse en un tableau mouvant et bruissant la physionomie d’une époque. En voici du moins une par- à tie; la saveur en est archaïque, sans pédantisme : : 4
Oublieux des malheurs et des discordes de la Cité, inattentif aux dangers qui la menacent, tout ce peuple ardent au plaisir, brille, … 1e poudroie dans l'air limpide et radieux où la sève humaine 7
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ique de rires, de jurons, d’appels, d’injures, de boniments. : Allons, seigneurs, bourgeois, artisans, manants, damoiselles, puce- 1 ttes, voici venu le moment de saigner vos bourses et vos escarles ! Profitez E cette franchise qui amène les forains à à Liége et,
. que chez les marchands de céans qui sont grevés par les exigences grandissantes des ouvriers liégeois. Prévoyantes rénAEcre à
(1) La Cité ardente, p. 29,
que les Hollandais ont apportés en D nelets e Voulez dois à pot faire crever de male envie toutes les commères de votre voisinage, vous pourvoir de quelques belles nappes de toile de Courtrai? Voulez-vous, pour éclairer votre retour du sourire des petits et des A grands, remplir vos paniers de menus jouets en bois de Nuremberg, . de gastelles et pastés de Verviers, de savoureux pains d’épices de Gand ou simplement de ces bonnes tartes dorées auxquelles les » Liégeoises excellent ? Æ L Dignes bourgeois, voulez-vous commander, pour orner vos de È
soirs de chêne, quelques cruches flamandes en grès émaillé ou une de ces aquamaniles de cuivre jaune, qui réduisent des animaux fami liers, sauvages, ou même chimériques au rôle inattendu d’aiguières Voulez-vous quelque belle pièce de velours où votre épouse vot ulere à à loisir un lourd manteau digne d’un clecieur d’ Eee
à la glèbe, voulez-vous, au mieux comptant, renouveler vos pouil.
leuses surcottes de bure ou vos braies chamarrées de reprises?
Nobles damoiselles, vous plairait-il une ceinture étincelante de topazes et de sardoïnes, un drageoir ciselé, quelque bliaud parfilé d’or quelque hennin aux cornes menaçantes ou encore quelque riche aumônière de velours incarnadin pour joindre à votre pendaille de | clefs et à vos autres contenances ?
Gentes pucelettes et bachelettes, tâchez donc de séduire votre bonne mère qui a laissé aujourd’ hui le large chapeau de feutre noir qu’elle coiffe chaque matin quand elle porte ses légumes à la ville. | Décidez-la à acquérir pour vous quelque scapulaire qui vous gardera ; de toute malencontre, quelque beau chaperon qui vous tiendra les
oreilles chaudes aux jours de bise, quelque cotte hardie qui vous vaudra les suffrages et les faveurs de la « jeunesse » de votre vil- Jage, ou, si quelque sorcellerie ne vous cffraye point, — un de ces miroirs étranges où rien ne se voit gravé et qui reproduisent cependant, quand on réfléchit leur lumière sur un mur à certains jours et moyennant certaines rubriques, le portrait de celui qu’on épousera.
Et vous, gentils galants, aux bouches soyeuses et aux jambes fines,
voulez-vous un bonnet en feuilles d’artichaut, une jaquette à ma-
+ heutres qui serre à la taille et s'évase en une petite jupe sur le
ventre, des chausses bicolores qui accroîtront, par le jeu des nuan-
ces, le charme de votre marche déjà rendue légère par ces souliers |
. à la poulaine avec des pointes de deux pieds, tels qu'on les porte
à la Cour de Bruges ou de Bruxelles ?
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Vous, vaillants artisans, febvres, tanneurs, houilleurs, voulezvous de solides outils, des martels à l'épreuve du feu, des couteaux du meilleur acier trempé ? 1 .… Et vous, pauvres gueux, sans sou ni maille, cohue en surcottes et en hoquetons, ne vous désolez mie: vous aurez part à la fête et non à ses duperies, sans qu’il vous en coûte autre chose que d'ouvrir bien grandes les fenêtres de vos yeux. Regardez, regardez. Et vous aussi, larrons en graine, au lieu de jeter vilainement de la farine sur les atours des bourgeois, de larder de vos quolibets les honnêtes matrones et de vous gausser des. villageoises naïves, au lieu de vous glisser entre les échoppes, à seule fin d'y marauder ce qui tombera à votre portée, regardez ces spectacles instructifs qui se jouent sur le quai près de la Boucherie... Ce sont des confrères de Rhétorique, réunis en une de ces chambres comme il s’en crée aujourd’hui dans toutes les bonnes villes. Ils ne réclament point d’écot et travaillent pour l’amour de l’art. A grands gestes, ils déclament d2s facéties édifiantes. Ils représentent par dialogue pourquoi les marchands justes sont profitables aux hommes. A l’issue du spectacle, un prix est décerné à celui qui peut « le plus innocemment ou gaillardemént faire le fol, sans injure ou déshon-
nêteté ».
Eblouissement dans les yeux! bourdonnement dans les tympans! (1).
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Les qualités du romancier s’affirment mieux encore dans Les Vertus bourgeoises (1910). I] y a dans ce livre, outre la reconstitution historique, un élément d’in- À térêt plus profond qu’une simple aventure d'amour :
| c'est le conflit entre deux générations, entre la sagesse, représentée par un père rigide, attaché aux nobles traditions de sa famille et de sa profession d'avocat, et la folie | de jeunesse d’un fils, épris des nouvelles idées philoso- phiques du dix-huitième siècle.
Et ce qui décuple l'intérêt de ce conflit familial, c’est qu’il se développe parallèlement à une plus grandiose lutte d'idées ; il est en effet l’image réduite et un épisode du conflit politique entre les Etats-généraux et le gouver-
(1) La Cité ardente, p. 89.