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Henri Davignon (1879)

L'homme. __ N6é à Bruxelles en 1879, M. Henri |

Davignon appartient à une famille wallonne estimée de

longue date en Belgique. Son grand-père fit partie de ;a

2 Constituante de 1830 ; son père, qui fut sénateur et Mi-

nistre des Affaires étrangères, a représenté à la Chambre l’arrondissement de Verviers.

Après de brillantes études à l’Institut Saint-Louis à Bruxelles, Henri Davignon fit à l’Université de Louvain Son doctorat en droit et sa licence en Sciences politiques €t Sociales. Il aurait eu, plus que d’autres, après ce cycle d’études, le droit de se réposer sur ses lauriers et de

mener la vie paisible et mondaine des châteaux et des

plages. Mais il avait un esprit trop élevé et une âme tro)

généreuse pour se contenter d’une existence oisive et

inutile. Son activité incessante trouva un débouché en rapport avec son éducation et avec ses convictions religieuses dans le culte des lettres et dans les œuvres catho. liques. Bien des fois, par des articles publiés dans ‘a Revue Générale et le Journal de Bruxelles, il mit sa

plume de lettré au service des œuvres de charité. Plus Souvent encore il consacra son talent d’orateur et d’écri-

vain à la défense de la religion et de la morale. Plusieurs de ses conférences et de ses articles ont été

réunis sous le titre Suggestif: Au Service de l’Idéal

(1912). C’est bien le catholique qui parle d’un bout à l’autre de ce bel ouvrage, et sa religion n’est pas seulement de sentiment, mais de foi pratique. Qu’on lise sa

conférence sur « la Pensée chrétienne dans la littéra- q ture », on y verra combien l’idée religieuse apporte de clarté et de sérénité à ses théories littéraires. « Le pessi-

. misme littéraire, écrit-il, qui ouvre la seconde moitié du XIX° siècle, nous apparaît comme l’aboutissement logique d’une vision de la vie dépourvue de spiritualisme (1) ». Combien juste, cette idée! Et M. Davignon # recherche, dans la littérature moderne, les symptômes 3 manifestes ou cachés de cette soif de Dieu qu’éprouvent tant d’âmes inquiètes et désemparées.

Mais il est aussi artiste, et c’est pourquoi il veut unir étroitement l’art et la vie catholique, et il souhaite de voir le romancier catholique se préparer sérieusement à : son métier d'écrivain. Lui-même se préoccupe toujours d'exprimer sa pensée avec art et noblesse.

Le souffle de la patrie court à travers ces pages: M. Davignon aime son pays et il l’aime tel quel, dans sa qualité flamande et wallonne. Son mariage l’a sans doute disposé à une observation plus sympathique de la mentalité flamande. Il n’a jamais éprouvé le dédain que L professent pour la langue flamande certains de ses con- #4

frères en littérature, trop épris de la France, qui se 4 figurent intensifier l'expression française de leur littérature belge en affectant le mépris d’une partie de leurs compatriotes. Cela n’a pas empêché M. Davignon d’obtenir en France le succès que méritaient ses ouvrages. Les plus hautes tribunes d’où rayonne la pensée française lui sont ouvertes. Ses articles dans l’Echo de Paris, dans la Revue des Deux-Mondes, et la publication

*, dans la Revue Hebdomadaire de son roman Un Belge

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(1) Au Service de l’Idéal, p. 31.

à mis son nom en vedette et lui ont donné une renom mée d'autant plus honorable qu’elle a été conquise sans. compromission ni flagornerie. E Les œuvres. M. Davignon s’est préparé à son œuvre de romancier par une étude approfondie des classi ues. Constatation qui n’est pas faite pour nous déire! C’est au contact de Racine et de Molière qu'il a formé sa psychologie. II a consigné dans son premier ouvrage, Molière et la Vie (1904), le résultat partiel € celte discipline. En étudiant successivement les femmes, la bourgeoisie, les petites gens et le drame dans … Molière, le futur auteur du Prix de la Vie et d’Un Belge . S’initiait à l'observation directe de la vie en confrontant . l'humanité qu’il avait sous les yeux avec la représenta- . tion amusante et plus souvent amère qu'en donna le . génie de Molière. È Déjà perce dans cet ouvrage, qui prend parfois une ournure philosophique et morale, ce souci de dégager es faits la leçon qu'ils comportent et de faire œuvre : utile. C’est ce qui apparaîtra de prime abord avec net- teté dans Le Courage d'aimer (1906) qui, inaugurant Ja série de ses romans, était un heureux essai et la révé- | . lation d’un talent approchant déjà de la maturité. à Cinq Croquis de jeunes filles (1907) nous repré- sentent la Snobineïte, la Dévote, la Chasseresse, l’Ecri- 1 vassière et la Virtuose. Ce sont des nouvelles, dont les . quatre premières ont la forme dialoguée. Non pas qu'elles soient écrites pour être représentées; elles ont plutôt le genre des petites comédies d’Alfred de Musset, d dont elles ont un peu la grâce, le mouvement et le ton spi- . rituel. Mais elles sont à la fois plus légères et plus graves. Plus légères, par un jeu de scène plus papillotant et un

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décor plus variable. Plus graves, parce que, sous l'ironie des situations et du dialogue, qui paraissent souvent superficiels et mondains, se cache quelque idée profonde et juste qui fait réfléchir le lecteur perspicace. Ainsi ces bluettes ne sont pas seulement les fantaisies d’un auteur qui exerce sa plume et prend plaisir au cliquetis des conversations prime-sautières; elles sont aussi l’enveloppe charmante et délicate dont une leçon de morale s’habille sous une plume alerte.

La conclusion principale de ces « croquis », c’est que le mariage est chose sérieuse, qui demande plus de réflexion que le « grand monde » n’en accorde d’ordinaire, qui surtout réclame une communauté d’idées et de sentiments dans les questions fondamentales, celles de la religion. Un personnage de Dévote, un incroyant, l’exprime nettement :

Il en est du sentiment religieux comme des autres sentiments qui tiennent aux fibres de l’âme humaine. Ce sont des cordes qui ne peuvent vibrer qu’en accord et que les dissonances faussent à jamais. L'amour ne peut pas résister chez une croyante à l’impiété de son amant, et celui-ci ne retirera que douleur du contact de sa négation avec la foi de son aimée. Il faut que tous les deux ne croient pas ou que tous les deux croient; en dehors de là iln’y a

pas de bonheur (1).

Et la jeune fille qui songe à épouser cet incrédule tient, à son point de vue, à peu près le même langage :

Non, il n’est pas l’homme tel que j'ai décidé d’en épouser un: absolument convaincu de ce que je sais être la vérité. On peut passer, vois-tu, par-dessus des défauts, par-dessus des diversités de caractère, de goût, de situation, parce que l’on sait ce que l’on fait, parce que l’on prévoit les moyens de s’entendre ; mais ne pas trouver chez celui qui doit partager toute une vie l’écho de ce qui vous tient le plus à l’âme et à l’esprit, c’est se lancer avec certitude dans l'inconnu, c’est jouer son bonheur sans chances d’avoir même le hasard pour soi (2).

(1) Croquis de jeunes filles, p. 76 (Plon).

(2) Ibid., p. 87.

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