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ou le Capitaine Fantôme. Il ne Test pas non plus comme Chateaubriand. Jamais il n'eût écrit pour un journal René ou le Dernier des Abencérages, dont certainement, d'ailleurs, aucun journal n'aurait voulu. Il n'eût pas écrit davantage les Parents pauvres de Balzac (cette gloire!), lesquels Jaillirent bien d'être interrompus dans le journal qui s'était oublié au point de les accepter, et tant il ennuya messieurs les abonnés, ce chef-d'œuvre! Paul Féval n'aurait pas eu de ces désagréments et de ces revers. Ce n'est point de ces diverses manières qu'il entend le roman et qu'il est romancier. Il l'est autrement. Il faut bien le dire, il a diminué la notion du roman, de cette chose complexe et toute-puissante, égale au drame par l'action et par la passion, mais supérieure par la description et par l'analyse ; car le romancier crée son décor et descend, pour l'éclairer, dans la conscience de ses personnages, ce que le poète dramatique ne fait pas et ne peut pas faire.

Le croirait-on si on le voyait ! Au lieu d'aborder hardiment cette œuvre immense du roman, qui comprend l'étude de l'homme et de la société, invariablement unis l'un à l'autre, Paul Féval l'a dédoublée et détriplée, et de cette époque dernière des temps prosaïques et civilisés il a dégagé une spécialité de roman dans lequell intérêt des faits qui se succèdent l'emporte sur l'intérêt des idées et des sentiments. lia entîn écrit le roman d'aventures, — à proprement parler le roman

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de feuilleton, quoique le feuilleton puisse en publier d'autres, mais avec moins de chances de succès que celui-là, en raison même de son infériorité. Singulière contradiction ! Doué des qualités que je caractériserai tout à L'heure et qui ne manquent ni d'élévation ni de force, il s'est particulièrement, presque exclusivement, consacré à ce genre de roman, qui représente dans l'art le matérialisme et la démocratie, et qui ferait le tour du monde, comme le drapeau de la Révolution, si la Critique, qui ne veut pas que les grandes notions littéraires périssent, ne lui barrait pas le chemin !

Cette espèce de roman, du reste, ce n'est pas Féval qui l'a inventée. Il existait bien avant lui et avant le xixe siècle. Le roman d'aventures est dans les conceptions de l'esprit humain comme le roman complet, le roman d'observation supérieure ; car il y a dans l'esprit humain des choses petites à côté des choses grandes, et même il y en a beaucoup plus... Si je ne reconnaissais a Paul Féval une valeur native, si je ne retrouvais pas dans ses livres Les rayons brisés d'un talent de romancier très au-dessus de son emploi, je croirais qu'il a cédé à son instincl en écrivant le roman d'aventures et qu'il est exactement de niveau avec son inspiration ; mais il est impossible de conclure

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ainsi quand on a lu Paul Féval. Il le sait mieux que moi, sans doute, mais, moi, je parierais avec assurance que c'est un événement extérieur d'une forte action sur sa pensée qui a poussé dès l'origine son esprit vers la forme de roman qu'il a adoptée, et faussé ainsi sa vraie vocation. Peut-être est-ce le succès d'un livre dont il fut témoin à l'âge où le succès déprave ; peut-être encore quelque préjugé traditionnel comme il en reste parfois debout dans les esprits les plus puissants?

Féval débuta, si vous vous le rappelez, par les Mystères de Londres. Il était très jeune alors. Il avait peut-être écrit d'autres livres, mais la date de nos débuts, quand nous n'avons pas écrit quelque œuvre incontestable de génie dans l'obscurité, est toujours dans le premier bruit que nous faisons. Les Mystères de Londres furent comme un écho des fameux Mystères de Paris. C'était le temps du tonitruant succès de ce grand roman d'aventures à travers un inonde que jusque-là la littérature n'avait pas osé aborder. Ce succès, comme on n'en a pas revu depuis pour des livres bien supérieurs, dut être un de ces faits décisifs dont l'influence reste sur l'imagination d'un jeune homme qui débutait, comme tout jeune homme débute, par l'imitation, mais qui, dans son imitation cependant, en donnant la patte comme Eugène Sue, laissa percer à plus d'une place une griffe d'originalité.

Je n'ai pas à peser ici sur ce premier livre de Féval,

pour lequel la Critique du temps fut sans grandeur. Elle répéta avec platitude que les anglais trouvaient que Féval ne savait ni la grammaire de leur langue ni la grammaire de leurs mœurs, comme si, dans leur insularisme susceptible et hautain, et tout aussi intellectuel que politique, les anglais, enragés de nationalité blessée et justes comme des bœufs qui saignent, ne dénigreront pas toujours l'étranger qui voudra les peindre ou s'avisera de les juger. Je serai plus juste, moi! Si, véritablement, quand il écrivit ses Mystères de Londres, le jeune auteur ne connaissait pas l'Angleterre, il était plus étonnant d'intuition que s'il l'avait patiemment et laborieusement étudiée; et, à présent qu'il s'agit pour nous moins de ce livre que de la force individuelle du romancier qui Ta écrit, nous devons dire que ce roman en révélait une prodigieuse, et qui même ne nous a pas tenu tout ce qu'elle nous avait promis. Pour nous, donc, le succès d'Eugène Sue dans ses Mystères de Paris, qui produisirent les Mystères de Londres, paraît être la circonstance qui précipita l'esprit de Paul Féval du haut de sa vocation réelle vers un genre de composition qu'il aurait dédaigné s'il avait été pins mûr et plus mâle ; et peut-être aussi faut-il y ajouter une vieille et tenace admiration d'école pour un autre célèbre roman d aventures qu'on s'étonne qu'il ait conservée, mais dont il nou> a donné tout récemment la preuve en intitulant un de ses derniers ouvrages : Ma lame Gil IHk.

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En effet, de tous les romans d'aventures, celui-là qui s'appelle Gil Blas passe, à tort ou à raison, pour un parangon sans égal. Gil Blas est respecté non seulement comme le chef-d'œuvre du roman et le génie du roman au xvme siècle, mais comme un chef-d'œuvre de l'esprit humain, et une telle opinion ne m'étonne pas, venant, comme elle vient, du xvnr5 siècle... Pour mon compte, cela ne m'étonne nullement que le siècle qui admira cette brillante canaille de Casanova, d'Aventuros Casanova, comme l'appelait le prince de Ligne, ait trouvé Gil Blas une œuvre charmante et sublime. Un siècle sédentaire comme le xvme siècle, qui vivait dans des salons ou dans des cafés, dut naturellement raffoler de Gil Blas, de ce gentilhomme de grande route, l'idéal impossible d'un bonhomme parfaitement cul-de-jatte en fait d'aventures, qui passa sa vie en habit gorge de pigeon à jouer au domino au café Procope, entre sa tabatière et sa bavaroise, dans la plus grasse et la plus bourgeoise des tranquillités : Trop philosophe et trop libertin pour avoir le génie de la passion, cette source inépuisable du roman de grande nature humaine, le xvme siècle, le siècle de L'abstraction littéraire comme de l'abstraction philosophique, qui n'eut ni la couleur locale ni aucune autre couleur,

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— qui ne peignit jamais rien en littérature, car Rousseau, dans ses Promenades, n'est qu'un lavis, et Buffon, dans ses plus belles pages, qu'un dessin grandiose, — ce siècle, qui ne comprenait pas qu'onpût être Persan. dut trouver, le fin connaisseur qu'il était en mœurs étrangères ! le roman de Gil Bios une œuvre diablement espagnole, sur le simple vu de quelques résilles et de quelques guitares, et surtout de quelques sandales d'inquisiteur laissées à la porte de la chambre des femmes pour empêcherces polissons de maris d'entrer. Certes ! je ne comparerai pas Beaumarchais-Figaro, ce bâtard de Rabelais, avec papa Le Sage, car du moins Beaumarchais avait dans le bec et dans l'esprit une vibrante paire de castagnettes, plus mordante que celles de toutes les mauricaudes de l'Espagne, et dont il se servit pour faire danser son dernier pas à toute une société, dans cette danse macabre, drôle et terrible, qui précéda la Révolution française. Mais on ne sait pas, on a trop oublié avec quel pauvre vestiaire et quelles loques Le Sage et Beaumarchais, en ceci égaux tous les deux, habillèrent une Espagne de leur invention, laquelle, mystification inénarrable! a fini par escamoter l'autre Espagne, qui était la vraie. Je le moi, el je ne m'en étonne pas. Mais qu'en plein \i\ siècle, quand les passions et leur étude, et leurs beautés, et leurs laideurs, el jusqu'à leurs folies, ont pris dans la préoccupation générale la place qu'elles doivent occuper; quand la littérature est devenu*'

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presque an art plastique, sans cesser d'être pour cela le grand art spirituel ; quand nous avons eu des creuseurs d'âme, des analyseurs de fibre humaine, des chirurgiens de cœur et de société ; enfin, qu'après Chateaubriand, Stendhal, Mérimée et Balzac, — Balzac, le Christophe Colomb du roman, qui a découvert de nouveaux mondes, — la vieille mystification continue et que la réputation de Gil Blas soit encore et toujours à l'état d'indéracinable préjugé classique, voilà ce qui doit étonner !

Et d'autant plus pour Fcval quïl a dû sentir en lui bien des fois bouillonner l'esprit de son siècle! Tout voué qu'il soit au roman d'aventures (qu'il me pardonne ! j'allais presque dire prostitué), il a parfois touché avec une main moderne, et qui n'est pas la gourde main de ce chiragre de Le Sage, à la passion, au sentiment, à l'idée, à toutes ces choses qu'on ne peut pas plus rejeter entièrement du roman que de l'âme humaine. L'auteur des Mystères de Londres, des Amours de Paris, du Fils du Diable, du Bossu, des Fanfarons du Roi, et de tant d'autres ouvrages, est, dans l'ordre du roman, ce que les mélodramaturges sont dans l'ordre du drame, et ils ont beau tresser et tordre, dans les implications et les complications de leur œuvre, les événements, les incidents, les péripéties, les surprises, les mélodramaturges du roman comme ceux du drame n'en sont pas moins obligés, dans une mesure quelconque, à la passion, sous peine

de n'être plus que des joueurs d'échecs ou de cass têtes chinois littéraires. Paul Féval n'a jamais décliné cette loi. Fils de ce romantisme qui, en passant, a laissé partout une lave incandescente de vie qu'on n'éteindra plus, Féval ne procède jamais à la manière incolore de ce pauvre diable de Le Sage, à peu près poétique comme son nom, mais il n'en trouble pas moins la hiérarchie des choses, dans son système de roman, en mettant en premier l'intérêt des événements, qui devrait être le second, et en second l'intérêt des sentiments, qui est certainement le premier...

Et ne croyez pas qu'il n'en ait point l'intelligence ! J'ai dit que je signalerais les qualités de Féval. L'une de ses meilleures est celle-là. Dans l'espèce de roman dont il est victime, dans ce roman à tiroirs et à double fond dans lequel il renferme des facultés assez vives pour faire sauter tout cela (le feront-elles un jour?) et pour arriver à la simplicité du plan, au rhythme aisé du récit, à la concision savante, à la mesure, à l'ordre lucide, à ce fini dans l'art que Platon appelait, avec une justesse si exquise, une rondeur, Féval montre souvent de la passion vraie, de l'observation acérée, de l'invention de bon aloi. Mais toutes ces facultés ne sont pas la faculté première ; car nous avons tous, si nous sommes organisés avec puissance et harmonie, une faculté première, une maîtresse faculté. Shakespeare, l'indifférent sublime, eut l'impartialité, cette impartialité dont l'homme ne peut dire si elle est in-

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fernale ou divine. Walter Scott avait la bonhomie. Et Balzac l'amour passionné de tout ce qui était et vivait et pouvait être saisi par la pensée !

Paul Féval, à qui je voudrais montrer ses qualités et ses défauts à la lumière de ces grands noms, a, lui, l'ironie, l'ironie qui lui a fait rechercher souvent les sujets où l'auteur se moque de lui-même. Dans Aimée, où il essaya de faire autre chose que de l'aventure; dans le Drame de la Jeunesse, plus réussi, et où il révéla ce qu'il pourrait être s'il voulait énergiquement remonter vers les hautes et profondes régions du roman. — Dans le Drame de la Jeunesse, où il reprit l'idée d'Année (l'influence des livres et du théâtre sur la pensée et la moralité modernes, l'altération du naturel par les réminiscences littéraires, la pose, la comédie éternelle jouée entre nous et Dieu, et qui nous empêche d'avoir l'originalité même de nos vices et de nos douleurs), il poussa au comble du suraigu cette ironie (4) qui est le caractère de son esprit et le symptôme de sa force, et qui pourrait faire de Paul Féval, s'il la développait dans des sujets de cœur, un ro-

1. Exemple, la scène incroyablement horrible et d'une bouffonnerie si déchirante, dans laquelle une pauvre femme, contrefaite et méprisée, s'attelle elle-même à une petite voiture de pâtissier pour charrier à un bal, où elle n'entrera pas, l'homme qu'elle aime sans espoir et qui n'a pas de quoi payer une voiture, par un abominable temps de pluie. Jamais ou n'a fait sortir d'une clef d'acier plus dur plus cruel sifflet contre le dévouement sans borne de l'amour.

mander d'un comique amer de la plus poignante originalité.

Telles sont les qualités de Paul Féval. J'ai essayé d'indiquer ce qu'il est, en réservant ce qu'il pouvait être... En mon âme et conscience, je le crois, dénature, un romancier qui pourrait être grand, mais un romancier qui s'est compromis dans un genre non pas faux (entendez-moi bien !), mais inférieur et très indigne d'un grand artiste qui se sent. Si Féval doutait encore de la vérité de tout ce que nous lui avons dit sur cette espèce de roman auquel nous désirerions l'arracher, nous la lui prouverions par lui-même.

Sa réputation, cette réputation qui n'est pas seulement la popularité du feuilleton, est-elle en proportion avec ses efforts et ses travaux? Il se plaint, je le sais, et il a droit de se plaindre, du mutisme de la Critique à son égard, lui qui depuis vingt-cinq ans fait jet continu de production. La Critique s'est détournée de lui ci de ses œuvres, cette même Critique <|ui s'arrête, s'assied et examine longtemps un -impie volume, s'il b' appelle, par exemple, Madame Bovary. El comment ne se détournerait-elle pas?... Il est dans le destin des romans d'aventures d'être vite i>ubliés. Tout roman d'aventures esl an labyrinthe. lia

l'intérêt d'un labyrinthe, lequel n'existe plus une fois que l'on en est sorti. Jusqu'à l'impression du chemin qu'on a fait et des endroits par où Ton a passé s'efface.

Quoi que Féval ait produit, ce n'est pas le nombre des livres, mais leur qualité, qui rapporte à son auteur l'estime ou la gloire. Les messieurs Josse du xixe siècle, les flatteurs de l'époque actuelle, parce qu'ils en sont, peuvent s'ébahir de cette facilité ou de cette impétuosité de production qui la distingue, mais, avant le xixe siècle, qui se serait préoccupé de cela? Boileau se moquait de Scudéry comme d'une monstruosité gaie. D'ailleurs, — voici qui est singulier, si l'on veut, mais certain, — Scudéry ne serait plus monstrueux aujourd'hui, tant la faculté de production est devenue vulgaire ! Elle est en haut, elle est en bas, elle est partout. Elle est dans l'air du temps. Et elle ne prouve rien. Les travaux de Balzac épouvantent. Madame Sand est une mère Gigogne littéraire. Madame Dash a plus de cent volumes. Et la force de cinquante chevaux d'Alexandre Dumas a été matée par celle de l'incroyable petit bidet de Ponson du Terrail.

L'époque est prolifique. Elle pond, et même trop. Ce n'est pas la force de production qui lui manque ; c'est la force de la gestation. Il y a de petites femmes, toutes faibles, qui n'en finissent pas d'avoir des enfants et qui peupleraient plusieurs hôpitaux. Mais, en littérature, la gestation est volontaire, et si malheu-

reusement il en était de même pour la gestation de l'enfant par la mère, depuis longtemps le monde ne serait plus !

Il faut donc, pour conclure, autre chose que cette production qu'a Féval comme tout le monde et qui n'est plus un mérite, pour que la Critique vienne à lui en attendant la gloire. En soi, cette production ne sauve rien de ce qui doit périr, et elle perd souvent ce qui, sans son enragement, aurait pu vivre. En histoire, elle a perdu Capefigue, qui avait de l'historien dans le ventre ; qui a toujours le ventre, mais qui n'a plus d'historien. En roman, elle n'a pas sauvé Alexandre Dumas, l'auteur pourtant de Monle-Crisio et des Trois Mousijuelaires, le chef-d'œuvre des romans d'aventures, si cher aux blanchisseuses de ce temps ! Féval, qui a pris la succession d'Alexandre Dumas et qui aurait été, s'il l'eût voulu, assez riche de sa fortune personnelle, Féval pourrait se garder des dangers de la production trop facile en portant et en creusant longtemps ses idées, et surtout! surtout 1 en renonçant à un genre de composition qui abaisse la portée de son talent.

Pour un homme de l'organisation supérieure de I, à la double nature aristocratique et artiste, pour cet homme d'esprit qui échappe à tout par le don précieux de l'ironie et n'est dupe de rien, pas même peut-être de ses propres inventions, ne voilà-t-il pas une belle position et une belle gloire que d'être le

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Dennery du roman et de trôner comme roi d'un genre dans lequel Ponson du Terrail est évidemment le dauphin ! Je sais bien qu'il y a le mot de César sur la première place dans une bicoque, meilleure que la seconde à Rome, mais je ne suis pas convaincu.

L'ambition littéraire ne pense pas comme l'ambition politique. Elle est plus fière que l'ambition même de César.

Le temps n'est pas très éloigné où l'on appelait Balzac le plus fécond des romanciers... Depuis qu'il est mort, ce grand homme, il n'a été, certes ! détrôné de son génie par personne, mais, nous venons de le dire, sa fécondité n'inspirerait plus le même étonnement.

Alexandre Dumas, Paul Féval, ces deux travailleurs à bride abattue, n'ont peut-être pas, quand on \ regarde de près, une fécondité égale à celle de Balzac, car chaque volume de la Comédie humaine est bourré d'un texte formidable, mais ils ont montré cependant à leur tour une fécondité qui a diminué quelque peu le phénomène de celle de Balzac. Eux aussi sont de grands Féconds ! Paul Féval, qui appartient moins d'origine et de nature intellectuelle à Balzac qu'à Alexandre Dumas, je l'ai dit déjà, a déjà publié, chezDentu seulement, quarante romans, sans compter ceux qu'il a

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publiés ailleurs, et, toujours infatigable, il vient d'y ajouter le quarante et unième, le Chevalier de Kéramour (1), qui ne lui rapportera certainement que ce quarante et unième fauteuil idéal qu'occupèrent avant lui Dumas et Balzac.

El d'ailleurs ce ne serait point par le petit dernier de cette puissante famille de livres qu il y pourrait entrer. Et savez-vous pourquoi? C'est un livre gai. C'est relancement et la mousse de la gaité française, que ce livre. Oui ! c'est l'accent enlevant de cette vieille jeune chose dont Paul Féval a retrouvé dans son âme un rayon immortel. Or, un livre qui est tout cela est ce qui doit faire le plus horreur à ces quarante Empaillés dans leur immortalité, à ces hauts Figés dans l'ennui, et qui le représentent dans sa solennité et danslaleur, cel ''nnui qui vous faisait jeter à la porte de toutes les maisons autrefois et par lequel on fait maintenant son chemin en France. Rien ne peut être plus antipathique et plus désagréable qu'un livre gai, une fusée d'esprit avec des mots comme des étoiles, à ces hommes qui ne rient plus, s'ils ont jamais ri, et qui se félicitent de ne pas rire même en se regardant et en se faisant Leurs bouffonnes politesses dont ils ne pensent pas un mot; à ces gris-gris, marmottes perfectionnées, qui dorment, elles, pendant plus de six moisi Mais un livre gai, de pétillement inattendu, qui leur fait tant

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