‹ România; chants de la RoumanieChapitre 13 sur 20 · LA MÈRE D'ÉTIENNE LE GRAND · texte numérisé non relu

LA MÈRE D'ÉTIENNE LE GRAND

Voici venir les Turcs et Sultan Bayezid.

Mais Étienne s’en rit : Étienne vaut le Cid.

Il chante tous les jours les psaumes de David,

Il a communié, son armée est chrétienne.

Revêtant son armure, il confie en partant,

Le fort Némtz à sa mère, et s’en va combattant

Depuis l’aube jusqu’à la nuit close ; et pourtant,

Bayezid est vainqueur ; le vaincu, c'est Étienne.

C’est en vain qu’il fit vœu de bâtir au Seigneur Une église en granit qui lui ferait honneur ;

Pour obliger les saints à le prendre en faveur. C'est en vain qu’il joignait la menace à l’antienne. Ne pouvant rassembler ses bataillons épars,

Il suivit ses soldats, fuyant de toutes parts

Vers la ville de Némtz, et, quand sur les remparts

Il vit sa mère : « Ouvrez, c'est vostre fils Estienne!

— Des pennons ottomans m’apportez les débris.

— Madame, hélas! ce sont les nostres qui sont pris. — Me nommez ces gens-là qui s’enquièrent d’abris. — Madame, cette armée en fuite fust la mienne.

— En quel lieu peut-on voir mes arbalestriers ?

— Madame, ils sont tombés avec leurs destriers

« Aux mains des mécréants. — Droit sur ses estriers,

a Celuy qui parle ainsi n’est pas mon fils Estienne! « Gentil sire, pour mien ne vous recognois pas. « L’huis demeurera clos : restournez sur vos pas.

« Le mien fils est vainqueur ou bien occis là-bas,

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« Et morte est, avec luy, nostre splendeur ancienne.

« C'est grand pitié de voir un prince survivant

a À son desfunt honneur! » Le vaivode, levant

Son front pâle, poussa son cheval en avant

Et dit : — Vous estes bien mère du grand Estienne! —

« Alerte, mes enfants, et sus aux Osmanlis ! »

A peine a-t-il parlé que, d’audace remplis,

Le suivent ses Roumains à travers les taillis,

Sans qu’il soit de pouvoir humain qui les retienne.

Ils mettent le camp turc à sac, à sang, à feu,

Conduisent les pachas, avec l’aide de Dieu,

Plus loin que Kilia, dedans le fleuve bleu.

Et ce jour mit le comble à la gloire d’Étienne.

a/14 avril 1878.

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