‹ România; chants de la RoumanieChapitre 6 sur 20 · IMITÉ DU ROUMAIN · texte numérisé non relu

IMITÉ DU ROUMAIN

Dimbovitza, je viens à toi : Ton onde est douce 1.

Tu ne me repousses pas, moi

Que l’on repousse.

+ Les hommes que j'ai pu juger, M'ont l’âme aigrie; Et je suis comme un étranger

Dans ma patrie.

Maintenant, je n’ai conservé Nulle espérance.

Par le monde je n’ai trouvé Qu’indifférence.

Dimbovitza, de mes amis Les uns sont traîtres, Les autres gisent endormis

Près des ancêtres.

je

Nul de moi ne se souvient plus, Hélas! personne !

Et sous mes pas irrésolus

Le sol frissonne.

se

Dimbovitza, comme ce soir Te voilà belle!

J1 semble que sous ton flot noir,

La mort m'appelle.

pr 47

Dimbovitza, je suis tout seul ; Ma vie est triste.

Donne-moi tes eaux pour linceul,

Puis... Dieu m'assiste!

Le ÿ

J'aile cœur libre de remords, L'âme tranquille.

Dimbovitza, roule mon corps

Loin de la ville.

Jusqu'au Danube bleu, là-bas, Au Borysthène.… Afin que je n’entende pas

La voix humaine, :

Le pas des hommes, les échos De leur folie,

Et que, dans l’éternel repos, Je les oublie !

4116 juillet 1877.

1 Voir la note 3 de Bucuresci.

GEORGES MAGHIERO

MN SN panne

Oh! pour la Roumanie il fut des temps prospères ! Lorsque, lassés du joug qu’avaient subi leurs pères, Les Roumains révoltés chassèrent leur bourreau ; Lorsque brillaîit encor cette illustre pléiade :

Les quatre Golesci, le poëte Héliade,

Tell et Georges Maghiero ?.

Héliade, sur tous, régnait par la pensée.

Maghiero régnait par l'effort de son bras.

Rappelant les héros de la Grèce passée, Héliade semblait vivre dans l'Odyssée,

Maghiero semblait un autre Brasidas.

pr D0

Son regard pénétrant faisait trembler les traîtres Qui vendaient leur patrie à d’implacables maîtres ; Du fond de son palais, le lâche Bibesco Sentait sur son front pâle osciller sa couronne, Et, sous lui, lentement se dérober son trône

Au seul nom du guerrier répété par l’écho.

Des Roumains délivrés sa gloire était bénie ;

| Son audace était Icur appui.

Il protégeait le peuple. Ainsi qu’un bon génie Il planait sur la Roumanie,

Et le peuple croyait en lui! :

Des jardins d’Andrinople et des steppes arides Quand il vit venir à la fois

Les Zaporogues fiers, les Cosaques stupides,

Les pachas orgucilleux, les émirs intrépides,

Montés sur des coursiers qu'ils pressent de la voix,

Alors, il se leva, menaçant ct farouche,

Le feu dans les regards, l’anathème à la bouche, Appela ses soldats répandus par les champs, Leur montra l’horizon, qui recélait un crime,

Et puis il s’écria, dans un élan sublime :

— Frères ! mon sabre a deux tranchants ! 4

Oh! quand il brandissait sa redoutable épée

Qui du sang ennemi fut si souvent trempce, Dans la mêlée ardente, aux éclats du canon, Quand il apparaissait calme, terrible, austère, Les soldats croyaient voir, descendu sur la terre,

Le céleste vengeur dont il portait le nom.

Héros par la valeur et géant par la taille, Il dominait dans la bataille, Comme un phare dans l'ouragan.

I! semblait qu’il fût invincible, Et sur sa poitrine’insensible

Venait s'émousser l’yatagan.

pr 52 +

Il allait ; de son cœur la crainte était absente ; Bravant la mort qui le fuyait, A lui-même il se confiait, Et, comète d’airain, la bombe frémissante A ses pieds rampait impuissante.

Là Les Osmanlis disaient tout bas :

« ]l s’avance, escorté des légions funèbres ; « L'ange noir, Azraël, va glanant sur ses pas,

Et quelque esprit maudit, échappé des ténèbres,

« Invisible, guide son bras.

11 porte dans la guerre une armure infernale,

Que forgèrent pour lui les démons de l’enfer,

Et que ne peut percer une vulgaire balle,

« Faite de plomb mêlé de fer.

« Allah l’a condamné, mais son Christ le protège! « Les croyants sont vaincus par ce giaour obscur « Qui tient d’un talisman sa force sacrilége.. » Et, pour rompre le sortilége,

Les mécréants fondaient des balles d’argent pur.

Maghiero riait de leur vaine furie.

Il allait, contre tous défendant sa patrie, Imprévoyant, hélas ! dans ses nobles écarts.

Un jour, qu’à l'avenir il commençait à croire, Il vit, sur Bucharest, en larges plis de moire,

Flotter la bannière des Tzars.

Il vit, vautours impurs, sur la plaine fertile, S'abattre les Baskirs en épais tourbillons ; {Il tenta d’arrèter leur multitude hostile.

Et, trop faible, maudit son courage inutile,

Et dispersa ses bataillons.

Et, plutôt que de voir la Roumanie en larmes implorer vainement le secours de ses armes, Et retomber plus bas sous un maître plus vil; Plutôt que de servir une force usurpée,

Aux pieds de l’autocrate il brisa son épée,

Et, proscrit volontaire, il partit pour l'exil.

O Roumanie, hélas! la voilà revenue,

Cette aigle détestée, ondulant dans la nue

Au front de tes cités qu’emplissent les bourreaux ! Sans exciter l’horreur, horrible elle se dresse !.… Car les Tâches sont nés, ils sont morts les héros, Et pour veiller sur toi, dans ces jours de détresse,

Il n’est plus de Maghieros !

5/17 novembre 1877.

1 Célèbre général valaque. Maghiero se distingua par les services éminents qu’il rendit à la patrie, par sa double haine qui le faisait craindre également des Russes et des Turcs, et surtout par des exploits militaires et des traits de bravoure dignes des temps antiques. En 1848, il présenta à Kossuth un projet d'alliance hungro-roumaine qui aurait sauvé la Hongrie et qui fut dédaigneusement repoussé. .

2 Principaux chefs du mouvement révolutionnaire valaque. Les lecteurs roumains remarqueront sans doute que nous avons omis les noms d'autres personnages qui ont joué un rôle politique en 1848. Nous leur ferons observer qu'il est des noms qui ne peuvent être accolés les uns aux autres.

3 Ancien hospodar de Valachie. L'énumération des turpitudes de ce prince tiendrait tout un volume. Bornons-nous à rappeler, avec M. Elias Regnault, que, sous le règne de ce Bibesco, le total des sommes détournées au seul département des travaux publics fut de trente-trois millions de francs!

” 4 Ces belles paroles, prononcées par Maghiero, sont devenues célèbres.

5 Historique.

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