‹ România; chants de la RoumanieChapitre 7 sur 20 · EXIL · texte numérisé non relu

EXIL

A IOAN HELIADE RADULESCO.

Te lasà, patrie, ‘n sclavie; Sin pàment si loc sträin Nu m'astéptà de cât chin, Viatà amarà, moarte vie.

(1. HeLtAps RADULESCU.)

Que j’ai vu de pays! Pourchassé par l’exil,

Oh! que j’ai parcouru de régions lointaines !

Des confins de l’Asie aux pampas du Brésil,

J'ai longtemps promené le fardeau de mes peines. Je visitai l'Égypte et l’Irak tant vanté ;

La Grèce, morte, hélas! et la jeune Allemagne ; La France, dont le nom parle de liberté ;

L’artistique Italie et la brûlante Espagne.

Que j'ai vu de pays! Mais je n’en trouvai pas Un seul qui fût si beau que toi, terre bérie Que les destins jaloux ont fermée à mes pas, Que je ne reverrai jamais. 6 Roumanie!

à Que j'ai vu de cités ! Il n’est pas un endroit Où mon bras n'ait dressé ma tente vagabonde.

L’exil, qui borne tout d’un horizon étroit, M'’enleva ma patrie et me donna le monde.

Le colosse Paris sut longtemps m'arrêter ; Je me laissai séduire aux charmes de Lahore ; Je vis Rome et Milan qu’il me fallut quitter, Constantinople, assise aux rives du Bosphore; Vienne l’impériale et sa rivale Pesth; Séville la Moresque aux légères tourelles.

Que j'ai vu de cités! Mais aucune d’entre elles, Comme tu me plaisais, ne me plut, Bucharest!

Le Comme l’Hébreu captif chantait à Babylone Le long des fleuves purs, sous les saules en pleurs, Aux bords sacrés du Gange où le lotus foisonne

Aux picds des dieux hindous, j'ai chanté mes douleurs.

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La Theiss, qui du Maros dans son cours s’est accrue ; Le Volga déchaînant ses flots impétueux ;

Le Tigre qui, pleurant sa gloire disparue,

Roule des vieux palais les débris somptueux ; L’Amazone, fuyant sous un dais de ramure.…

Je les donnerais tous, des Andes à Lassa,

Pour entendre une fois encor ton doux murmure,

Toi qu’on connaît à peine, humble Dimbovitza ! 1

13/25 août 1877.

1 Dimboritza. Voir Bucuresci, note 3.

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