CHANT DE GUERRE DES ROUMAINS DE TRANSYLVANIE
AA NN pemmens
Des Krapacks à la plaine où la Theiss vient s’étendre, Voici les Latins révoltés. | Ils se sont levés tous ensemble pour défendre
Et leurs droits et leurs libertés.
Partout le sombre cri des groupes populaires Qui tiennent l’avenir en mains Gronde et réveille enfin les haines séculaires
Des Magyars et des Roumains.
Assez longtemps de ceux que le sort fit nos maîtres Nous avons supporté l’orgueil.
Aux armes! Nous voulons la liberté des reîtres, Où la liberté du cercueil !
Aux armes ! afin que l'ennemi qui nous brave De ceux qui combattaient jadis Sous Étienne le Grand et sous Michel le Brave
En nous reconnaisse les fils!
15/27 juin 1877.
MANOLI & MARITZA.
A M' EUPHROSINA & VIRGILIA HELIADE RADULESCO.
À l'horizon, parmi la brume, Voyez-vous flotter une plume, Et courir un cheval qui fume, Et revenir mon bien-aimé ?..
(Vicror Huco.)
Encore une fois, hélas! c’est la guerre ; Les soldats roumains hier sont partis ; Bon nombre d’entre eux ne reviendront guère.
La mêlée emporte et grands et petits.
En
Que d’espoirs perdus ! Que d’amours brisées | Maritza demeure et Manol s’en va.
Et le cliquetis des lames croisées
Fait fuir le bonheur que leur cœur rûva.
pi 62 Manoli, pourtant, est plein de courage ; Il a confiance en son arme, en Dieu.
Mais, pour conjurer un mauvais présage, II dit : au revoir ! et non pas : adieu. — « Le jour est levé, dit celle qui reste, « Sans doute à cette heure il est loin déjà,
Et son régiment poursuit d’un pas leste
AR
« La route qui mène à la Dobroudija.
« Les vastes forêts couvrent de leur ombre
« Son front tout songeur qui rêve de moi...
« Si le passé rit, l’avenir est sombre,
« Et je porte au cœur comme un vague effroi. » Hélas ! Maritza, Manol à toi pense,
Mais il a passé le Danube bleu;
Dans la Dobroudja la troupe s’avance,
Et le sol reluit sous le ciel en feu.
Dans la Dobroudja, désert sans limite,
La course est pénible au pauvre soldat ;
De 63 +
Le regret l’étreint, la force le quitte.
Aujourd’hui la soif, demain le combat.
ë — « Le soir est venu, dit la fiancée, « Maintenant sans doute, il campe à Tobak, « Et mon souvenir emplit sa pensée « Tandis qu’il s’assied au feu du bivac.
ë « La brise du nord jusques à lui porte « Les parfums connus des fleurs de nos bois.
« Si le cœur faiblit, l’âme reste forte ; « De crainte et d'espoir je tremble à la fois. » ë Hélas ! Maritza, l'atmosphère est pleine De l’odeur du sang qui coule à grands flots; Sous les escadrons s’ébranle la plaine, Le bruit du canon répond aux sanglots.
| à À travers les rangs Manoli s’élance, Chacun de ses coups donne le trépas.
Un cavalier turc de sa lourde lance
Va frapper Manol qui ne le voit pas.
— « Enfin, c’est la nuit, dit la pauvre fille, « Se bat-on, là-bas ? Non! l’air est trop doux, « Trop calme est mon cœur, et la lune brille « Là-bas comme ici, pour eux et pour nous.
En « Manol reviendra. Ma crainte sommeille, « Et je laisse enfin l’effroi puéril.
« M’aime-t-il toujours ?.… Tandis que je veille, « Il dort sous la tente : à quoi rêve-t-il? » En Hélas! Maritza, qui sait à quoi rêvent Ceux qui, maintenant, là, sont étendus ?.… S'ils rêvaient hier, leurs songes s’achèvent Là-haut, et Manol ne reviendra plus!
ë Et si tu l’aimais, 6 Maritza, pleure!
D’un profond sommeil pour jamais il dort; De son aïle noire un corbeau l’effleure,
Et la lune brille... et Manol est mort!
3/15 août 1877.