SUR UN PRÉTENDU FRAGMENT INÉDIT DE DESCLOT
Sous le titre de « Crônica de B. Des Clôt. Fragmente inédito », M. S. San père y Miquel a publié dans la Rei'ista de ciencias histâricas de Barcelone (n" d'avril 1880, p. 45-54) ^^^ relation de la prise de lUe de Sardaigne par l'infant Alphonse, fils du roi Jacme II d'Aragon. Cette relation, qui se trouve dans le manuscrit 11-2-17 ^^ ^^ bibliothèque universitaire de Barcelone à ta suite d'un texte de la chronique de Descîot conforme, en étendue, au texte imprimé par Buchon, porte le titre suivant : a Assi comensa la preso de la illa de Sardenya, la quai illa feu conquérir lo Rey En Jachme, fill qui fo del rey En Père de qui fo feyt aquest libra, a son fill Nanfos, lo quai Nanfos fou après la mort del rey En Jachme son pare rey de Arago et de Cerdenya. » La chronique de Desclol dans les mss. connus s*arréte à la mort de Père \\i d'Aragon (1285;, et jusqu'ici l'on tenait cet historien pour contemporain du roi dont il a conté la vie. Si l'aiiribution du fragment en question à Desclol, soutenue par M. Sanpere, vient à être prouvée, il est clair que le chroniqueur, qu'on croyait de la fin du xiif siècle, devra être rajeuni d'un bon quart de siècle au moins, les derniers faits relatés dans le fragment, la bataille et le siège de Cagliari, appanenani à l'année ip4'. Les arguments allégués par l'éditeur pour défendre son opinion sont au nombre de deux et sont très faibles. L'un est la conformité de style de ce fragment et de la chronique de Descîot : <« pues cuantas cualidades de literato y de historiador podemos admirar en fa citada crônica, se reproducen en el fragmento que por primera vez vé la luz publica, y aun nos
». M. Sanpere dit inexactement aue !e fragment • llega ...al ano ij2o ». Le fragment commence vers 1 j2q cl s'elend )usqu'à l'année 1324.
atrevemos à asegurar que pocas liieraturas, ya no la catalana, podrdn presentar una pagina mas bella que la que consagra des Clôt en este importante fragmente â narrar ta batalla de Caller. » Je dôme fort que cette admiration soiï partagée par beaucoup de connaisseurs de la littérature historique du moyen âge ; mais peu importe le mérite littéraire du morceau : ce qu'il fallait montrer, c'est à quoi l'on peut reconnaître celte conformité qui semble sauter aux yeux du clairvoyant éditeur. Or tant que M. Sanpere n'aura pas prouvé par des exemples empruntés au vocabulaire, à la grammaire et à la syntaxe des deux textes que l'un et l'autre sont sortis d^une même plume, ladite conformité sera considérée comme imaginaire. L'autre argument consiste à dire que le fragment se présente dans le manuscrit comme une continuation de Desclot'. M. S. a sans doute en vue ici ce passage du litre : « ... del rey En Père, de qui fo feyî aquest iilna », qui s'applique en effet à la chronique de Desclot transcrite dans la première partie du ms., et, constatons-le bien, à la chronique de Desclot telle qu'on la connaît, c'est-à-dire terminée à l'année ] 285, car en citant dans ce titre les noms de Jacme 11 et d'Alphonse son fils, Fauteur ou le compilateur ou le scribe ne dit pas qu'il en ait été parlé plus haut: il rattache donc directement son récit à un livre où l'on \Td\u\i en dtmier Iku de Père III. Inutile de remarquer d'ailleurs que cette allusion n'implique nullement que le fragment et la chronique soient du même auteur. Voilà pour le titre. Passons au texte. A la quatrième ligne, où il s'agit de la restitution de Murcie faite par Jacrae 1! au roi de Castille^ on iit ces mots segons que damnnî es escrit, que M. S. a soulignés. Pour être conséquent, il aurait dû souligner aussi les mots de la cinquième ligne lo dit Infant En Jacme : l'infant i acme étant mentionné dans le fragment pour la première fois, l'expression h dit est à relever au même titre que segons que damuni es escrit Ces deux membres de phrase renvoient incomesiablement à un récit où figuraient le roi Jacme H et son fils l'infant du même nom. H en résulte qu'il y a contradiction évidente entre l'allusion du titre, qui relie directement le fragment à la chronique de Père 111, et les références des premières Jignes du texte, qui le relient à une chronique de Jacme II. Or cette contradiction est impossible à expliquer si l'on admet que le fragment de la conquête de 111e de Sardaigne est un morceau de la chronique de Desclot menée jusqu'à l'année 1 ^4 au moins. Si en effet Desclot avait continué son ouvrage de la mort de Pierre à la prise de Cagliari, il n'aurait pas pu, dans le titre du chapitre sur la conquête de llle de Sardaigne, écrire les mots « del rey En Père, de qui fo feyt aquest libra, » son livre n'étant plus alors Thistoire du roi
t. « Eti este exemplar yi continuaclon del texto impreso por Buchon, si^ue un fragmento sobre la conqtiîsta de Cerdefia qutse </àcoma siendo continuacton de des Clôt. »
Pcre IIÏ exclusivement, mais aussi de ses deux successeurs, Alphonse 11 et Jacme IL Tout s'explique au contraire dès que l'on reconnaît dans le fragment un chapitre d'une compilation due à un autre historien que Desclot, Un amateur quelconque ou un simple scribe a détaché d'un ouvrage historique faisant suite à la chronique un chapitre relatif à la prise de Tile de Sardaigne par l'infant Alphonse et l'a inséré après cette chronique sur les derniers feuillets du manuscrit '. De là, d'une part, le segons i^uedamunt es escrit et le dit Infant, tout naturels ici, puisque le chapitre est extrait d'un ouvrage consacré en tout ou en partie à Jacme II ; de là, d'autre part, !e rey en Père, de qui fo Jeyî dcjuest libra, qui n'est qu'une remarque du scribe transcrivant son extrait immédiatement après la chronique de Père ÎII de Desclot. Enfin la meilleure preuve que le firagment n'a pas Desclot pour auteur» c'est qu'il est en réalité une version abrégée des chapitres 271 et 275-276 de la chronique de Muntaner, çâ et là plus ou moins modifiée par des infiltrations d'une ou de plusieurs autres sources jusqu'ici inconnues. Pour le prouver, je vais donner sur deux colonnes quelques passages du texte de l'anonyme et du texte de Muntaner,
Après les premières phrases, qui se rapportent à la renonciation à la couronne de l'infani Jacme, l'anonyme aborde son sujet.
Anonyme (p. 46), En lo any que hom comptava M.
CGC. XX. lo Rey mana corts a ta ciulal de Gerona, a les quais corts fo lo Rey de M allorques e tots los barons de Catalunya e a iuc) aqui lo Rey dix e manifesta que ell volia trametra son 611 Namfos a conquérir lo règne de Serdcnya e de Corssegue, car gran temps era passât que sra escrivia Rey, c axi que ora era que hu fos de drel ; mas avants que en als hi anectas {sU) que volia saber lur acorte lur conseil. E lo Rey de Mallorcas don Sanxo, cosin germa seu, lo ala {sk\ y moU e perferi li valensa, e que de présent harmaria .XX, galères hon irian .CC.
homens a cavall e molla genl a peu.
E tels los barons c cavaliers atressi lo ht eonseliarenj eli proferien valenssa "^
Mi-NTANER (ch.CCLXXI)^ Vcrilal es quel seoyor rey Darago vse SOS fills grans e ails e bons, e mana certs a la ciutat de Gerona, en les quais fo lo senyor rey de Mallorques e lois los barons de Catbalunya.
Ê aqui publicas {su} que de tôt eti tôt Irametes son fill, lo senyor infant Nanfos, a conquistar lo règne de Serdenya e de Corssega, qui deu esser seu, per ço com li paria a eli e a ses gents que li era gran carrech com nou conqtiistava, pus que havia tant de temps que sen escrivia rey. E aqui finalmenl tuyl ho tengren per be, e sobre tots lo senyor rey de Mallorques li proferi que li annaria XX galees a son cost e a sa messio. E hi trametria CC homens a cavayll, e gent de peu.
E com aquesta proferta hach feyta,
I. Après le récit de la prise de l'Ile, îa même maJn a transcrit le chapitre 277 de Muntaner (ce chapitre seulement?), t. Je suis ici la réimpression de D. Antonio de Bofarull (Barcelone, 1860). y. Cette expression, qui revient ici plusieurs fois dans les deux textes, a
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de toi quant poguessen. E pus lo Rey vench sen en Arago e tench corts en Saragossa ab los barons e cavaliers de la terra, e manifestais sembla nment lo viaige de Sardenya e tuyt loaren lo hi e proferiran li valenssa de tôt lur poder, si que lo Rey se tench per pagats dels huns e dels altres, etc.
(P. 48) E après parti daqui ab tôt lastol e vench a Palma de Sols qui es en Scrdenya, bon foren totes les naus e lenys e galères ajuslades dins .1. jorn, e tota la cavalleria e la alumgaveria {sic) axiren aqui en terra; e vench aqui al infant lo Jutge darborea ab tôt lo major poble^ue havia de cavall, e lo Jutge es lo pus poderos hom que fos lavors en Serdenya, e for da qui cindichs e procuradors de les viles c ciutats e de lochs, e tots esempes (sic) reheberen linfant per Senyor, e 11 fcren homanatge. E linfant hac son conssell que faria, e hagut son acort e conseil ell vench assetiar Vila de Sglesias, e dcl setge de Vila de S gl estas l'infant feu ma na ment en (sic) En Francesch Garros almirall del Rey de Arago que anas ab .XX. galères al Castell de Ciller hon cra lo vescompta de Rocaberti, etc.
(P. \o) E quant lo compte Neyra lo a una légua de Galle, lînfant ab sa companya anaren vers ells, si que hora de tcrcia foren los huns en vistcs dels altres. E linfant dona la devantera al nobla En Guillem de Anglasola, e ell romas al tota lai ira companya.
E devest (sic) saber que de Vila da Sglesias rra axit A. cavalier qui havia nom Rodrigo, qui era tudesch, e aquell conexia lo Infant, e lo compte Neyra per coticell de! dit Rodrigo aiigni .XII, cavallerique nos dagues- »cn entra mctrc hais mas de firir en !o Infant ensemps ab lo dit Rodrigo. E lo Infant mana a son senyatcr que nos
tots tos richs homens e les ciutats e bisbes e arquebisbes e abats e priors li proferiren valcnça de cosa saduda, axi quel secors fo axi gran quel senyor rey troba en Catalunya, que fo maravella. E axi mateiï venchsen en Arago, e axi mateix li fo feyta gran proferta, etc.
(Ch. CCLXXIII) E lo senyor infant Nanfos hach bon temps, e ajustas a la tlla sent Père, ab toi lestoi. E corn foren tosts ajustais, anarensen a Patma de Sols^ e aqui exi tota la cavalleria en terra, e lalmugaveria. E tanlost fo aqui lo jutge Darborca ab tôt son poder, quel rebe per senyor, e gran res de tots los sarts de la illa, e aquetls de la ciutat de Sacer quis reteren a ell, E aqui hagren dacord, ab conseyil del iutge, quel senyor infant anas assatiar Vila Desgleyes. E aço feu b jutge, per ço com per Vila Desgleyes venia gran mat a la sua terra , major que per altre loch. E axi lo senyor infant posa son setge a Vila Desgleyes, e tramis lalmiraylï ab tôt lestoi assatiar lo castell de Caller, ab lo vescompte de Rocaberti, etc.
(Ch. CCLXXVi E lo senyor infant quels vae, ordona axi mateîx sa bataylla^ e dona la devantera a un noble hom de Calhalunya, per nom En G.
Danglesola, f ell ab la sua senyera, ab tola la cavalleria, vench... Queus dire ? Les hosts sacostaren, e el compte Ner, ab conseyil de un bon cavayllcr qui havia nom Hongo, tudesch, qui era exit de Vila Desgleyes e conexia lo senyor infant, ordona que XII cavaliers fossen ordonals ab to dit Hongo, tudesch, qui no haguessen cura mas de la persona del senyor infant. E axi mateix fo ordonat quedeu homens dapeu nos partlssen del estrep del
pasté aui^i dans la chronique de Père JV (éd. BofarutI, Barcelone, t^^o, p. ]^).
partis dell, c mana a be .XL. cavaliers que nos parlissen dell, ni de la scnycra, e aire ssi, mana a .XX. hoaens forts... (ne dans ktexU) que nos partissen del $eu slrcp meolra que vidais bastas.
2J7 senyor infant» e cavaliers sabuts qui guardassen la sua persona e la sua senyera, quel senyor infant nos pariia de la sua scnyera, etc.
Ces passages ne sont naturelleinent pas les seuls qui pourraient être dtés, mais ce que je viens de transcrire suffit amplement à établir les rappons très étroits qui unissent l'anonyme à Muntaner. Quant aux différences qui les séparent, ce n'est pas le lieu ici de les examiner. J'ai simplement voulu montrer par cette comparaison que l'hypothèse de M. Sanpere est sans fondement et que la source principale du fragment est la chronique de Muntaner ' .
Je passe maintenant au côté philologique de !a publication de M. Sanpere. Le texte du fragment est assez mauvais et semble ne pas avoir été très fidèlement transcrit : en tout cas la plupart des fautes que j'y ai rencontrées ne sauraient être imputées à l'imprimeur. Le système suivi par l'éditeur est hybride : il semble avoir voulu conserver exactement la graphie du manuscrit en reproduisant des sutures et des séparations de mots contraires à la grammaire, et cependant il s'en est écarté en distinguant par exemple l'u du v^ en ponctuant (quoique assez mal), etc. Voici quelques corrections et observations.
P. 46, I. 4 « Quant lo Rey de Arago En Jachme... hachfeytapau ab lo rey de Castella. . e li hac retest lo régna de Murcia ». La forme retesî est impossible, le participe passé de reîre ne peut être que rettit om ratât; cf. ici-même p. 49, 1. 1 du bas: a despuys que hagueren ratuda Vila da Sglesias ». — Ibid., 1. 8 « e lo Rey vole h saber dell (de l'Infant) com era aço, sis ténia per agreviat de res, o per que dcya aço ; si que totes coses feytes lo dit Infant lo [corrigez En) Jacme renuncia al Régna de Arago j), etc. Le si que et ce qui suit se rattache mal à ce qui précède : tout cela est un abrégé maladroit de plusieurs phrases où était expliquée la renonciation de l'infant. — P. 47, L 2 « mas avans que en als hi aneaas que volia saber lur acort e lur conseil ». Anecîas n'a aucun sens; il faut lire anantas pour enanîas. Le verbe cnaniar signifie « hâter une chose ». — Ibid., l. j « /a aîa y molt e perferi i>. Lire halo et proferi.
— Ibid. Y I. 16 sa paraUasen. Lire saparaUasen, ou mieux s*aparaUascn.
— ibid., I. 31 apallddcs. Lire aparallades. Même faute à la l. \4. —
I. Parlant dos deux mss. de Desclot que possède la biblioihèaue de Barcelone, Piferrer s'exprime ainsi : t El uno contiene junto con la de D'Esclot ta cr6nica de Tomich, bien que con algunas hojas de separacion ; en el otro, antes de llegar à la muerte del rey D. Pedro, sigue el testo de Ramon Muntaner, en la misma pagina y sin sefial que lo marque * {Recuerdos y (ftUezas de Espam MûHorca, p. mj). Ce serait à vérifier.
Ibid., I. î} « de viandes, e armes, e de ténèbres, e dattres cosas que havia mencster », Que signifie ténèbres? Comme il s'agit ici d'armes et d'instruments» on pourrait voir dans ce mot un représentant du lat. terebrum : la substitution de r? à r va de soi. — Ibid., I. 56 « e l'infant mana que tôt hom que fahes la via de! port de Maho, e que daqui feria lu colla de Serdenya ». Les mots soulignés n'ont pas de sens. Probablement/frwi h stoll. — Ibid., l. ?7 parttria. Lire parîiren. — P. 48, I. 6 alumgaveria. Lire almugaveria. — Ibid., L 9 da qai. Lire d'aqui. — Ibid., I. 1 1 ensempes. Lire ensemps. — Ibid., 1. 16 '<ab .ce. cubertesàecavalh ». Cukrtes n'a pas de sens. Il faudrait homens. — Ibid., 1. t8 « ans que pertts de Catalunya ab naus e ab lemp ». Au lieu de Ump, lire lenys. — Ibid., I. ai " tcngucren lo castell tan stut ». Au lieu de stut^ lire stret. — Jbid., 1. 28 clL Lire ells. — Ibid., 1. ^o a qui. Lire aqai. — P. 49, I. ) tt fcrcn lorneigs c jusias dû rallo ». Que signifie da rallof — Ibid., I. 1 3. Avant per socorer il manque un verbe comme vengueren. — P. 50, I. 2 « c los altres fugiren axi con ft so han. » Ces mots ne donnent pas de »cn$, Le passage est corrompu et semble correspondre à i'expression de Muniancr u ans s'en anaren axi com un bon cavayll fa davant pahons ». Ibid., l. 5 tf ab to sa compaya ». Lire toîa. — Ibid., L'14 devest. Lire devtsts. — P. 51, 1. 8 « la senyera na na a terra ». Lire and. — Ibid., l. îj almils. Lire dhnils. — Ibid., 1. 36 gossaben. Y a-t-il bien un b dans le ms. ? Cela serait étonnant à cette époque. — P. ji, I. ij « .XX. galères (Spervarades ». Que signifie ce mot ? Il s'agit des fameuses galtret Uugeres de Munianer, — Ibid. 1. r9 <• at lo Infant ». Lire a. — rbid., I. X^ destrouissen. — Ibid., L 34. Après po^ufjw/i manque le verbe anar. — Ibîd., I. 36 * E hagut aço sobre aço ». Lire « e hagut iUort iobre aço ». — P. 5?, !. 7 « e quant la dnanta vench n. Lirç duantera. «^ Ibid,, 1. 2^ cxiaren. Lire exiren.
Il reste encore plusieurs passages obscurs, sinon positivement incorrects, qu'on ne peut espérer corriger qu'en étudiant de très près la matière d'après toutes les sources, ce que je ne puis faire ici.
Alfred Morel-Fatio.
Alger, 18 janvier 1881.
CREVÏCHE, CREVUCHE.
hum le numéro de la Romania de juillet dernier (VIÎI, 442) j'ai donné rominc éiymologiedes deux mots creviche et crevuche — nom du crangon ¥ul)i^iU - Va. U. b. krepazo] ou chrepazo; l'autorité de M. Littré, qui dit ^U9 iftvkht est M une autre forme de crevette )>, m'avait amené à
CREVICHE, CREVUCHE 2^9
identifier ces deux vocables et à leur assigner une même origine. Il y a là, je crois, une erreur. Je doute beaucoup aujourd'hui que aeviche soit véritablement un des noms de la crevette, et par suite il n*y a guère lieu de le rapprocher du mot crevuche; en tout cas creviche, à ce qu'il paraît, sert, dans certaines parties de la Normandie, à désigner non pas une espèce de crevette, mais l'écrevisse ", ce qui se comprend du reste fort bien, creviche étant la forme normande de crevice, nom dans rancien français de ce crustacé *, D'après cela il est certain, au double point de vue de la forme et du sens, que creviche vient bien de krepaio; mais Caut-il aussi, comme je l'avais fait, dériver crevuche de ce même vocable ? Je ne le pense pas, et il me semble maintenant qu'il faut plutôt voir dans ce mot un doublet péjoratif du vocable crevette^ doublet employé pour désigner le crangon vulgaris, crustacé de qualité inférieure au palaemon serrutus i , la crevette franche ou bouquet ; par conséquent il convient de dériver crevuche^ comme crevette^ de la racine capra^,
Charles JORET.