Ibid, pièce
î. Du Mègc, Hist. des institutions de Toulotise, l, }48. 4. Vir, 6a6, art. de G. Paris.
j. GrundrisSy p. )}.
Levy, Guilhem Figueira; Von Napolski, Ponz de Capduoill 265 (Leji \, J48) était la poésie d'un jaloux. Il y avait entre le sirvent ou soldat d'aventure et le joglar plus de rapports qu'on ne pense : on pouvait être à la fois ou successivement l'un et l'autre. Bertran de Lamanon, s'adressant à un de ses contemporains, lui dit : « Vous avez été longtemps trotkr, puis vous c vous êtes élevé au rang de sirvent...; puis vous êtes devenu jongleur •... »
Les dernières pages de l'iniroduclion sont occupées par une élude sur la métrique. M. L. s'est surtout attaché à chercher quelles pièces ont pu servir de type, quant à la forme, aux sirventés de Figueira, puisqu'il est maintenant bien établi qu'en général les sirventés sont construits sur un modèle plus ancien. Poor la pièce 2 {le long sirventés contre Rome), M. L. adopte Topinion de M. Bartsch tZeitschr. f. rom. Phd. Il, 202) qui divise le couplet, non plus comme on avait coutume de faire en onze vers rimant çnahabahcccbc^ mais en sept vers, dont les trois premiers et le sixième ont des rimes intérieures, les rimes finales, par rapport à la division en onze vers, étant bkbccbc.iene vois pas l'avantage de cette nouvelle division, que M. Bartsch n'a appuyée sur rien de solide, tandis que j'en vois clairement l'inconvénient, qui est de faire disparaître renchaincment des couplets par la rime. Cette pièce, en effet, est en coblas capcatidadas, c'est-à-dire que le dernier vers d'un couplet a la même rime que le premier vers du couplet suivant. Or, cet effet cherché est perdu dès qu'on réunit en un les deux premiers vers de chaque couplet. Du reste, la division des vers n'avait pas, avant l'invention de l'imprimerie, toute l'importance que nous lui donnons maintenant : pour les gens du moyen âge qui écrivaient les poésies lyriques à lignes pleines, un long vers avec rime intérieure, deux petits vers avec rime finale, c'était tout un; voir ce que disent les Up (!, i$4) des rims rcforsatz. — Pour la pièce 6 en décasyllabiques rimant enabbaccdd, M. L, ne trouve à comparer qu'une pièce de G. de Capcstang. Ce n'est pas une forme rare; voy, par ex. Parti. Ocrif., p. 78, Gcà. à. Troub.^ n* 78. — La pièce 7 présente une forme si rare que M. L. n'a pu lui trouver aucun analogue. Le couplet a douze vers, rimant cnababcdcdededj dont les quatre premiers vers et les quatre derniers sont de onze syllabes, avec pause après la cinquième, comme dans le type cité par ItsLeys d'amon^ I, 116. Il existe pourtant une chanson, inédite à la vérité, qui a exactement la même forme^ : bien plus^ cette chanson et le sirventés de Figueira ont les mêmes rimes, de sorte qu'on peut être assuré que l'une est imitée de l'autre, ou que toutes deux ont un original commun. Je vais transcrire, à titre d'échantillon, les deux premiers couplets de la pièce inédite, qui a pour auteur uu troubadour jusqu'ici peu connu, Peire de Casais'. Mais d'abord citons le premier couplet du sirventés * :
Un nou sirventés aï en cor que traraeta
A l'emperador, a la gcmil pcrsona,
i. Amicx Guigo, Raynouard, V, 7^ ; Mahn, ii^crki, Ut, 148.
3. Sauf que la pause, aprèj la cinquième syliabe, n'est pas constante.
i. C'est la pièce où II est question des «pierres d'ASzonc ► (Raynouard, Lex, rom. II, 61), sur lesquelles M. Noukt a publié une dissertation dam les mémoires de t'Académie de Toulouse, 7* série, t. IV.
4. Je reproduis sans modificaiion le texte de M. Levy, qui en deux endroits (vv. 9 et m) est douteux. — Je dispose l« vers de façon à indiquer la longueur de chacun d'eux nar la place où il commence. M. L., suivant un usage presque général en Allemagne, nii commencer tous les vers, grands ou petits, au même point.
Qu'eras m'a mcstier qu'en son servcïim meta, Que nulhs hom plus gen de lui non guaurdona ;
Qu'el gif(al paubre de paubreira,
El valen melfmra c reve ; Pcr qu'es dreitz qu'el guasanh e cooqueira,
Pus tan fai d'onor e de be, Per que quascus hom deu bcncnr la via De tan bon senhor, per on el va e ve; Et ieu benczisc Ici pcr ma dona Dia E per En Taurel quar tan gen se capie>
Voici maintenant la pièce de Peire de Casais, dont le texte ne se trouve que dans le ms. 8j6, fol. 246 c ;
I D'una Ieu chanso ai cor que m'entremeu, Q^una donam fai la razo e lam dona, Qu'aras quan la prcc mi dïta qu'alhors cometa. 4 Cujh j'anc mais no fos de l'osta sa persona. Mala m'es e brava e sobreira, Ieu no sai lo cum ni[l] perquc, Qu[e] ieu la ri ia d'aital manieyra 8 Que de cor m'aimava e de fc;
EraSj mas, li plat2, vol que passon solra{tt)t, E forai trop mielhs que duresson fasse, Qu'ieu veni'a lieys e de nueyt(2} c de dia(s) 12 Totas las veguadas qucm mandava a se 'K
][ Bes degra albirar ans qu'aital * cor se meta Cutn «sliain far lercia et ora noaa £ las autras horas e nostra * compleia, 16 Que durava ku tro qu'om la prima sona. Tôt sabrai si es fracha o cntieyra, Nim laissa del tôt ora rcle, 0 3Î es ges que autr'om la m'enquieira, ao 0 de que vol dir quar nom crc.
Verament hi falh, qu'ieu nom preiï ren fadîafs); S'illam tolh s'amor en autruy la cove, Qu'om non fara ja lo{s) sen(s) ni la{s} folia(i) 24 Nil guap ni las novas qu'teu en fas ancse.
M. L., à l'eiemple de M. Stimming, éditeur de Bertran de Born, a rangé les pièces de Figueira dans l'ordre alphabétique des premiers vers. Cette dispositiort, déjà peu acceptable pour Bertran de Born, l'est beaucoup moins encore pour un auleor tel que Figueira, dont les compositions, en petit nombre^ se laissent toutes dater approximativement. L'ordre chronologique était indiqué. Li ob cet ordre ne peut Être établi, les genres, la construction des couplets, les noms de ceux à qui les pièces sont adressées, fournissent totijours un élément de classification meilleur que l'ordre alphabétique. La commodité que procure le
1 . Sic, je ne vois pas la correction. Il faut un sujet à duresson du vers suivant.
2. Ici et aux vers 1 $ et 24 tl n'y a pas de pause i l'hémistiche. j. Corr. uï taiî ^ j^. Corr. t total
LrvY, Guilhem Figmta; Von Napolski, Ponz de Capduoill 267 sèment alphabétique peut en tout cas être obtenu à l'aide d'une table. Ce que je dcsjpprouve aussi» c'est l'usage, que d'autres encore que M. L. ont suivi, de publier en appendice les pièces que tel ou tel ms. attribue, contre toute probabiiilé, i l'auteur qui est l'objet de la publication. Dès qu'on a établi — ce qui doit être (ail dans la préface — que telle attribution est dénuée d'autorité, la publication de la pièce rejetée devient sans objet. Avec le système suivi par M. L., toute édition spéciale d'un troubadour serait accompagnée d'un appendice souvent considérable de pièces étrangères au sujet. Des cinq pièces impri- Oiées en appendice par ML., une seule à mon avis, la pièce de dame Gormonda, ^i est ta contre-partie du sirventés sur Rome, avait droit de figurer dans son îdhion. — Dans l'établissement du texte, M. L, suit la graphie tantôt d'un ms., tantôt d'un autre. Ce procédé, qui est celui de M. Stimming dans son édition de Bertran de Born, n'est pas très critique. Il a toutefois moins d'inconvénient pour Figueira que pour Bertran de Born. Plus tard, on pourra faire mieux. Le cbotx des leçons a été déterminé par te classement, entrepris pour chaque pièce, des leçons qu'on en possède. Il y a là une suite d'opérations délicates, que je o'aî pas vériliées dans le détail., mais qui paraissent faites avec soin. M. L. fait des italiques un emploi souvent bien peu judicieux. H s'en sert pour indiquer les modifications qu'il apporte à la leçon des mss., et rien n'est moins clair. Ainsi pièce 4, V. 3;, deh clergatz est en italiques ; pourquoi? parce qu'il y a dans le m$, ids fais cUrgatz^ comme on le voit en note. Mais puisque toute la modification consiste dans la suppression de fais ^ puisque d^ls et tkrgaiz ne sont pas louches, pourquoi mettre ces deux mots en italiques.'* J'aurais mis /<i/5 entre ( ), ou je l'aurais simplement rejeté en note, sans faire usage d'italiques. Et de même eu maint autre cas. — M. L, a dû plusieurs excellentes corrections à son maître M- Tobler, dont la forte méthode se reconnaît par toute la publication. D'autres, eu assez grand nombre, ont été proposées par M. Bartsch dans la Ztïtschrift fur romaniicht Philologk^ 11, 4J9-4J. Après la révision de ces deux savants, il De reste plus qu'à glaner. Voici pourtant deux menurs remarques sur la pre- ■ière pièce : coupl. \, E l'ardit fendor J Devon lut ai un crit \ Passar ouerrieh tomplit, I Ab gran aforùmcni \ Dt cobuu lo sant moniment. Au lieu de guerrier^ correction due à M. Tobler, le ms> a quar tr, La correction ne me satisfait pas du tout : gu'ar er serait supportable, ou peut-être on a en construisant complu avec De cobrar. V. 58, estiers ne s'entend pas bien ; on attendrait plutôt un nom propre, ou encore es tan h.
Ce qui dans cette édition est le moins satisfaisant, c'est le commentaire, qui tst surchargé de remarques superflues et de rapprochements de peu d'intérêt, tandis que des notes essentielles ou du moins utiles n'ont pas été faites. Ainsi ces vers du sirventés sur Rome |coupi. 4), Roma ah homes pecs \ Rozaz la carn i t'ûssa^ et (coupl. io| Trop rozct: lai nians a là de rabiosa^ rappellent le vers tatin SI répandu et si souvent imité au moyen âge : Roma mams rodit^ si rodert JTOfl vtf/cf oditK — Ce vers de fa pièce j : C^ ^ui non doua so quel doi^ j Manias
t. Carmina Burana, p. a); il e$f rapporté par Du Cange sous Romanizare ; les troi^ pranien mon sont cités pir les Leys d'amors, il, jo. Cf, les Vers de la mort d'Hélinant (éd. MéoB, coupl. XIII, cités par Du Cange L L) :
Va moi lalucr le grant Rome
velz non pren so qim vol sont à rapprocher du proverbe français : Kl ne dunt que il aime ne prend que il daire*. — Dans la pièce de Gormonda, p. 74, v, 24, il y avait lieu de faire une remarque sur dccx qui paraît bien, d'après le contacte, être le dtcs-vîtium enregistré dans le Donal provençal parmi les rimes en ses estreit et qui toutefois ici rime avfc des mots en ta ouvert comme prax^ beex^ senccx^ bavax, pecx, secx'^.
En somme, le travail de M. Levy, bien qu'il prÊte le flanc à la critique par divers côtés, n'en est pas moins fort estimable.
On n'en dira pas autant de Tédition de Pons de Chapteuil, qui a pour auteur un élève de M. Stengel, M. Max de Napolski. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas longtemps. On ne peut pas rendre compte îonguement d'un travail où tout est à refaire. Disons tout d'abord que M. de N. n'a rien fait pour élucider îe troubadour dont il a entrepris de publier les ceuvres. Il n'y a dans son édition ni commentaire ni glossaire. Quant à l'établissement du texte, il résulte des courtes et vagues indications données à la fin de la brochure (p. 1 ^ 1) que l*édi. teur ne s'est pas astreint à un système véritablement scientifique. De propos délibéré il a renoncé à la classification des diverses leçons qu'on a de la plupart des pièces de Pons, trouvant cette besogne trop difficile. On voit par les quelques lignes dans lesquelles il s'explique à ce sujet qu'il a confondu deuï ordres de recherches très différents : la classification des mss. des troubadours, travail qu'il n'avait pas i faire, et la classification des copies de chaque pièce, travail qu'il devait au moins tenter. Je suis très loin de croire qu'il soit toujours possible de classer même approximativement les divers textes d'une chanson provençale, et je liens pour purement chimériques beaucoup des tableaux généalogiques dans lesquels certains éditeurs résument leurs recherches sur ta filiation des rass. dont ils se sont servis^ mais encore est-il que ce genre de recherche donne assez souvent des résultats assurés pour qu'il ne soit plus permis de le négliger. Les textes de M. de N. sont constitués d'une façon si arbitraire qu'il n'y a même pas lieu de les examiner. Je me bornerai à faire remarquer que là
Qui de rungier a droit se nome.
Car le char ninge e le cuir poile.
De même daai le Betant de Guillaume le Normand {w. 281 j-4) : Geo vus ai dit des clcrs Romains
Qui 3s autres rungent les mains, forâ), "
1. M$. Digby n (Oxfof3), fol. 9 [cf. mes Rapp^rts^ p. 174), et Old toy. i}. A. IV (Musée brit }, fol. 84 v.
2. Dici (Etym, Wart., \l b) et Maha {Etym. UnUrsuch.f n" jô) confondent dtc, « borne, limite », et dcc, 1 vice »i, en un seul mot, auquel ils a$sigTieîil pour étymologie le premier edictum. le second dictum. Ils se trompent certainement, car deaterminus et decs'V\t\um sont clairement distingués par le Donai, ei classés Tun à ec ouvert, l'autre à ce fermé. D'ailleurs, U différence des sens est telle, qu'elle ne permet pas U confusion, t'étymologie de if«, « limite », a depuis longtemps été trouvée par Du Cange : c'est dtcuSy sous une autre forme lUcussis, signe dont on marquait les pierres ou le» arbres destinés à servir de limite; voy. Du Cange, sous dbitri, au dernier paragraphe, et cf. dkchi, otri. oecus. Reste à trouver t'étymologie de dec, « vice », qui ne peut assurément être dicium ni edictum : le et latin ne peut se réduire i c. Ce qui est sûr, c'est que ce moi, bien que Gormonda Taccordc avec des mots en ec ouvert, a un < fermé ; ainsi on le irouve en rime avec lu, prêt, de lezer {ec fermé, cf. Donat, éd. Stengel, p. 11, l. jo), dans Sainte Enmie^ éd. Barisch, ijo, î6, passage cité par Raynouard, ui, 19 û.
LEVTf Cuilnem Figaeira ; Von Napolski, Ponz de CapduoiU 269 o& réditeor est en présence d'un texte unique, il a une manière de faire les resiitntioos qui n'est qu'à lui. Ainsi dans la pièce j on lit ceci : Qa'als digz de totas pm I El vostre cors onratz | ... 1 Tant humils, tant prezalz 1 ... | Que caps es de tttt fc« I Sol meiks no w lo fos. Ce dernier vers n'est pas du provençal ordiftaire, c'est du provençal de M. de Napolski, et je ne me charge pas de l'expliquer, n y a dans le ms. Sol mcins non fos, et le mystérieux mi lo est une addition de l'éditeur. La restitution consiste tout simplement à rétablir merees après
l'introduction est assez travaillée; on voit que l'auteur a fait ce qu*il a pu, mais cela ne veut pas dire qu'il ait fait beaucoup. La pauvreté des idées va de pair avec b faiblesse de l'expression. Ce n'est ni pensé ni écrit : l'auteur ne sait seulement pas mettre ses paragraphes en rapport avec les divisions de son «jet. Les pages 16 à 23, — où sont traitées des matières fort diverses, — ne fomient qu'un seul alinéa I M. de N., chez qui le sentiment littéraire paratt peu développé^ s'est dispensé d'étudier Pons de Chapteuil en tant que poète : à ses yeux, il n'y a, chez les troubadours, à peu de chose près, aucune individualité, « si bien que la plus grande partie de leurs poésies pourrait passer pour • l'œuvre d'un seul et même auteur • (p. ^o). M. de N. ne sait pas qu'on en pourrait dire autant de bien des littératures. D'ailleurs, s'il est vrai que les idées dominantes de la poésie des troubadours sont bientAt passées à l'état de lieux communs, encore est-il qu'il fut un temps où ces idées n'étaient pas des lieux communs. Il y a donc lieu d'en rechercher la genèse, d'en suivre le développement. A y regarder de près, on trouve chez les troubadours plus d'individualité qne ce qu'il semble de prime abord , et il y a là un élément dont la critique peut tirer parti pour l'attribulion des pièces dont l'auteur est incertain. Mais M. de N. n'a rien de ce qu'il faut pour résoudre les délicates questions d'attribution. On en jugera par ce seul fait. Le chansonnier de Bernart Amoros (Riccardtana ^814) est seul h mettre sous !e nom de Pons de Chapteuif quelques pièces qui, d'après le témoignage des autres mss., ne peuvent en aucune façon appartenir à ce troubadour, il résulte de ce fait que les attributions fournies par ce chansonnier n'ont pas d'autorité en ce qui concerne Pons de Chapteuil. Une pièce conservée dans le seul ms. de Bernart Amoros ne pourrait, en bonne critique, être considérée comme étant de Pons de Chapteuil, parce que le ms. de Bernart Amoros l'attribuerait à ce troubadour. Ce serait, ou jamais, le cas de dire : Testis unus, testis nullas. Or, ce cas se présente deux fois, pour les pièces V et XXI, que M. de N. range sans aucune hésitation parmi les pièces authentiques de son troubadour.
M de N., qui s'est dispensé de tant de recherches qui lui incombaient, — et qui aurait bien fait de se dispenser de toute l'édition, — n'a pourtant pas pu ne pas réunir sur son personnage quelques notions biographiques. Mais li encore tl a wantré une lamentable inexpérience. La première recherche à faire portait sur le surnom du poêle, surnom d'autant plus important que Pons n'était pas un simple jongleur : c'était, au rapport de sa biographie, un « riche homme 1 et un « ftoble baron ». (Qu'est-ce que ctCapduoiil ou Capdutlh d'où il lire son surnom? Sur ce point, silence complet de la part de rédileur. Il n'était pourtant pas bien difficile de découvrir sur une carie le bourg de Saint -Julien de Chap>
teuil (c'est un chef-lieu de canton de l'arrondissenient du Puy) où èuit la seigneurie de notre troubadour. Ce point établi, on pouvait entreprendre des recherches qui, bien conduites, eussent été fructueuses, sur la famille du personnage. Au lieu de cela, M. de N. fait naître Pons au Puy, — ce dont nous ne savons rien, ce qui est même peu probable, — et à ce propos il écrit une note d'une impayable naïveté, pour prouver, à l'aide d'un témoignage emprunté à Ayt d* Avignon, que le Puy était au moyen âge un lieu de pèlerinage {p. i6). Voiiâ une démonstration bien utile! Ailleurs (p. 17, note 2), te Mercœur qui est mentionné dans la biographie du poète est identifié avec le lieu du même nom qui existe dans la Corrèze. La moindre recherche, — et le contexte l'indiquait clairement, — eût suffi pour établir qu'il s'agissait de Mercosur en Auvergne', — M. de N. cite (p. 22) deux témoignages sur Pons de ChapteuiL Le premier, déjà signalé par M. Suchier^, celui d'Eltas de Barjols, est bon, mais le second, tiré d'une tenson de Ricau (et non Richart) de Tarascon avec Gui de Cavaillon, est difficilement acceptable. D'après M. de N, lui-même, — qui ne fait en cela que suivre ses devanciers, — Pons vivait au temps de la troisième croisade, à laquelle il paraît avoir pris part, et d'où on ne sait s'il est revenu. Or, Ricau de Tarascon et Gui de Cavaillon vivaient, comme je l'ai établi ailleurs, trente ou quarante ans plus lard. Le témoignage en question se rapporte donc, selon toute apparence, à un autre Pons de ChapteuiP. M. de N. a élé malheureux avec ce texte : il le cite d'après une leçon corrompue, et rejette en note la bonne leçon que lui fournissaient deux mss. (Gcd.^ n» 531 et 532), n'ayant évidemment pas plus compris l'une que l'autre.
L'auteur nous apprend en terminant que M. Stengel a bien voulu l'aider dans SCS recherches et revoir les épreuves de son travail. Le meilleur service il rendre à M. de Napoiski était de lut démontrer que soti édition avait tout à gagner â rester inédite.
La légende d'Œdipe, étudiée dans l'antiquité, au moyen âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes, texte français du XII* siècle, par L. Constans. Paris, Maisonneuve, 1880. in-8', X-J90-XCJ p.
M. Constans a divisé en trois parties l'étude du vaste sujet qu'il avait choisi pour sa thèse de docteur es lettres. La première partie (p. 3-92) est consacré à <t la légende d'Œdipe dans l'antiquité, 1» la troisième (p. 373-388) à • li' légende d'Œdipe à la Renaissance et dans les temps modernes. » Nous laisserons de côté ces deux parties, qui restent en dehors du cadre de notre recueil, et dont l'examen demanderait un critique plus compétent, et nous nous en lîen-
I. Voir par ex. Moréri ou F.xpilly. Mercœur, indiqué dans Expilly comme étant une
faroisse de 92 feux, est maintenant un lieu inhabité; il n'y reste plus que les ruines de ancien château, situées sur la commune d'Ardes, ch.-l. de c. de l'arr. d'Issoire. 1. iûhrt. f. roman, Liter., 2, II, 12 j.
|. Peut-être i celui qui, en I20(, hii dépouillé par arrêt de la Cour du roi et au pro6t de Robert, évêque de dfrmont, du chiicau de Venaizon (Delisle, Catal. du actes de Fh.-Aug., 894 ; Boutaric, Actes du Part., I, ccxcix).
CoNSTANS, La légende d'Œdipe 27 1
droQi i la troisième |p. 9^;72, j-xcj), de beaucoup la plus importante comme b plus neuve. Elle se compose elle-même^ outre un Appendice, de deux chapitres bien distincts. Nous passerons rapidement sur le premier ip. 95-129), où l'auteor étudie « la légende d'Œdipe dans les traditions populaires, • c'est-à-dire U légende de Judas ^ celte de saint Grégpire et certains contes populaires. M. Constans a cherché à connaître tout ce qui se rapportait à son sujet ; il a résumé et apprécié, d'ordinaire judicieusement, les travaux qui ont précédé le ùtn ; mais il n'y a guère ajouté de recherches personnelles et il n'a pas toujours évité les méprises qui menacent les travaux de seconde main (voyez notamment les nombreuses fautes d'impression dans les mof^ étrangers cités p. 98, n. 2; les ver* mal disposés, et dont l'un est omis, tirés de la Passion de Greban, p. 99; « César Heisterbach, Itliistr. mir.y p. 122^ pour * Césaire de Heisterbach, Dialog. }4ir, *). L'auteur admet avec raison que M. d'Ancona a bien saisi le caractère littéraire et non populaire de la légende de Judas, mais il oublie i roccasicn cette juste remarque. On est en tout cas bien peu fondé à voir dans une rédaction en hexamètres léonins c l'intenlion de répandre la légende parmi le peapie, » L'explication de la trahison de Judas par la perte de la c redîme ■ dont il jouissait sur l'argent de son mattre en qualité de trésorier est bien plus aocienoe que la Passion provençale (p. 100). L'exposition de Judas dans un coffre liocé sur les eaux se retrouve dans des versions grecques de l'histoire d'Œdipe l»oy. Lippoldt, Ueber die QudU des Gregorius, p. ^j), que M. C. n'a pas contoes <cf, cependant Verrata pour la p. 129). — Les contes populaires qui se rattachent à Thistoire d'Œdipe sont nombreux, surtout chez les Slaves, et la plupart sont omis ici, comme j'aurai occasion de le montrer dans une prochaine étude sur la légende de saint Grégoire. — Malgré ces critiques et d'autres qu'on pourrait faire à l'auteur, cette partie de son livre, appuyée surtout sur les ticettents travaux de M. d'Ancona, a certainement de quoi instruire et intéresser les lecteurs français.
Le chapitre sur le roman de Thhbes (p. 130-J56), vrai centre du livre de M. C, se divise en sept sections, que nous allons examiner l'une après l'autre.
Sution l (p. 152-1^5), Stau et les traditions dassiqms m moytn âge. Après quelques remarques sur l'étude et la connaissance de l'antiquité au moyen Ige^ où l'auteur se rattache avec raison au beau livre de M. Comparetti, mais où 00 peut relever quelques marques d'incertitude et de confusion ', M. C. se demande quels motifs ont amené l'auteur du roman à mettre en vers français la Thi^de. Il en démêle trois principaux, • l'intérêt que la légende d'Œdipe ofraii pour les intelligences naives du moyen *ige, la renommée universelle de Slace, et Terreur qui faisait de lui un chrétien, 1 Le plus important, à mon itis, est le grand succès obtenu par le roman de Tfoie^ qui avait inauguré ces longs récits en vers de huit syllabes rimant deux à deux [les poèmes sur Alexandre avaient une autre forme), où des clercs présentaient aux laïques des
r. Ainsi la qualité de a populaires • est encore ici attribuée à des compoîttions latines Mi namrcUemeni n'om iamats pu sortir du monde des clercs. Les goUards (mot qui n'a IWB d'italien) étaient des clercs, et l'auteur cite lui-même les passades où ils expriment leur jaècfîs pour les laïques. C« erreur» remontent en grande partie â Du Mèril, maïs il ne fallait pas les lui emprunter.
histoires qui^ tout en étant à leur avis authentiques par te fond, avaient tout l'intérêt des fictions romanesques, et où ils ne se faisaient pas laute d'inventions et de modifications arbitraires. On ne voit pas quelle influence le prétendu christianisme de Stace a pu exercer sur la traduction de son poème, absolument étranger à toute idée chrétienne. M. C. a d'ailleurs présenté sur l'origine de cette erreur du moyen âge, si admirablement exprimée par Dante, des observations curieuses et dignes de tout intérêt.
Section U (p. 1 116-170). Les manuscrits. Nous devons réunir ici, dans notre examen, une note additionnelle (p. Ixxxj-xcj) jointe par M. C. à son Appendice aprèi» un voyage en Angleterre, et une grande partie (p. 242-271) de la section IV sur « les deux rédactions et leurs sources ». On possède du roman de Tkèbcs cinq manuscrits complets, trois (A B Cj à Paris, un (Pj à Chelienham, un (S) i Spatding (voy. Roniimia, V, j). Le nis. A a été écrit par Jehan Madot d'Arras avant 12S8; le ms. P est également de la fin du XllI" s.; le ms. B est de la fin du XI V'' s.; le ms. C, attribué à tort par M. Constans à la même époque, est au plus tard du commencement du XIV' s. et probablement de la fin du Xni" ; le ms. S a été écrit en Angleterre dans le dernier tiers du XI* s. Ces cinq manuscrits présentent de si grandes différences qu'on n'en rencontre de pareilles, à ma connaissance, dans les transcriptions d'aucune autre œuvre du moyen âge. M. C, qui a écrit son livre avant de connaître les mss. anglais^ avait dislingué deux rédactions contenues l'une dans A» l'autre dans B C. Il regardait la seconde comme un remaniement de la première fait par un auteur qui avait étudié le poème de Stace et en avait rapproché l'œuvre primitive, en y pratiquant d'ailleurs beaucoup de suppressions, d'additions et de changements. Il attribuait ce remaniement au XiV* siècle, en se fondant (p. i6\) sur une prétendue allus:on au poème de Hugues Capet qu'a cru y découvrir M. Joly. Celle allusion, fût-elle réelle, ne prouverait rien ; car la légende qui donne un boucher pour aieul aux rois de la troisième race est sûrement bien antérieure à la chanson publiée par le marquis de La Grange; mais elle est imaginaire: en disant qu'il ne parlera • ni de pelletiers, ni de vilains, ni de bouchers, » le poète indique simplement, comme en d'au 1res endroits, qu'il ne s'adresse qu'aux auditeurs de distinction. L'âge réel du ms. C empêche d'ailleurs de placer cette rédaction après ï j 1 2 ; mais la langue seule, qui est incontestablement beaucoup plus ancienne, aurait dû prémunir M. C. contre cette erreur. Les mss. d'Angleterre, connus plus tard, ont d'ailleurs ébranlé son système : si le ms. P reproduit à peu près la rédaction de A, le ms. S celle de B C^ ils présentent et entre eux et avec les autres des ressemblances et des différences toutes particulières. La question est encore compliquée par le rapprochement d'un double fragment de ^ et 97 vers, découvert par M. Boucherie dans la reliure d'un volume de la bibliothèque d'Angers. Ce fragment (D) est du XH« siècle^ et présente certaine' ment le texte le plus ancien et le meilleur. M. C, qui l'a imprimé en entier, g constaté qu'il se rapprochait plus, en général, de B C S que de A P, ce qui rend suspecte l'hypothèse dans laquelle B C S représenteraient un remaniement de A P. D'autre part, six vers indispensables au sens, qui se trouvent dans D, dans P cl dans S, manquent à la fois dans A et dans B C. M. C. a cru tout concilier en supposant que S (ou son auteur) avait eu sous les yeux à la fois un
CONSTANS, La légende d' Œdipe 27^
ms. de la rédaction remaniée [d'oîi dérive B C), tandis que A et cette rédaction remaniée remonteraient également à un ms. où les six vers en question avaient déjà été omis, ce qui expliquerait leur présence dans D P S, leur absence dans ABC. Mais il constate aussi que deux vers de D (77-78) oè se trouve ]e mot rare et difficile solsi (voy. Romania VI, 4^6), et qui se lisent tels quels dans B C S, ont été modifiés de même et délayés en quatre vers dans A et dans P. Ces deux mss. ont donc pour ces vers un auteur commun, tandis que A et B C accusent un aolmr commun par l'omission des six vers sus-menlionnés. M y a là dei contradictions inextricables , au moins jusqu'à présent, et que je me coniente d'indiquer sans essayer de les résoudre. M. C. a collalionné tous les manuscrits d'un bout à l'autre, et ce travail considérable lui permettra sans doute par la suite d'arriver à un résultat. Je me borne ici à émettre l'hypothèse que nous pourrions bien avoir affaire, non pas à un, deux ou plusieurs remanjemcnts successifs (telle paraît être b dernière opinion de M. C.)^ mais i des rédactions diverses dues au même auteur, qui aurait ainsi, mais sur une plus grande échelle, procédé comme l'a fait Wace dans la QtUc des Norman: et dans la Geste des Bretons, Il me semble, à vue de pays, que cette hypothèse pourra aider ù. lever quelques dilficullés i mais ces difficultés sont extrêmes, et il n'est pas certain qu'on arrive à en triompher complètement. Il faudra sans doute se résoudre, dans l'édition de Thibcs, à prendre pour base un des textes parallèles et à imprimer en variantes les rédactions divergentes. Pour les leçons i peu près semblables, le régulateur devra être le fragment D; mais il est malheureusement si court qu'il donne des doutes plus encore que des lumières,
Section il! <p. 171-241). Anal pe du poime. Cette analyse est faite d'après le ms. A, suivant l'opinion qu'avait M. C. en l'écrivant; il indique d'ailleurs dans ta section suivante les différences principales de B C. L'analyse paraît exacte, elle est intéressante, et l'auteur y a entremêlé de longs extraits textuels, qui permettent d'apprécier le style et la manière du poète*. J'aurais voulu qu'il rapprochât d'une manière plus continue le roman français de la Thébaïde, et qu'il marquât les additions et les relranchemenls de notre irouveur. Cette étude est reprise plus loin, mais d'une manière fragmentaire qui ne permet pas de se rendre aussi bien compte des résultats.
Section yV'(p. 242-278). Les deux rédactions et leurs sources. J'ai déjà parlé de la partie la plus importante de cette section ; M. C. a modilBé tui-méme son opinion par la suite, mais sans en adopter bien franchement une autre ; il reviendra sur ce point difficile dans l'édition qu'il donnera de Thcbes. — Passant à la question des sources, il est porté à croire que l'auteur du roman a travaillé non pas directement sur le poème de Stace, mais sur une rédaction en prose latine faite d'après ce poème. Cette opinion est admissible sans doute, mais elle manque de fondements solides. Je ne saurais du moins en voir un dans
I . Dans ca extraits, imprimés avec an système d'accentuation particulier qui consiste surtout i distinguer d de 0 ainsi qu7 de i, on pourrait relever certaines fautes qui indiquent que Pauicur n'est pas encore aussi familier avec l'ancienne langurqu'ille deviendra ta poursuivant ses consciencieuses éludes (ainsi alas ! p. 175 pour a lar, Pot mis p. 3 29 pour Primes). La plus étrange (p. 191, v. 294}) a été corrigée dans la note additionneUe.
Romania y X
l'un des noms donnés aux sept portes de Thèbes : six de ces noms reproduisent plus ou moins fidèlement ceux de Stace ; la septième porte, appelée dans Stace Dircaca culmina^ est dans le roman nommée Crimes (A) ou Puimes (D C) : M. C. adopte la leçon de A et rapproche Crimes de Cnnatût^ nom attribué à cette porte dans d'autres textes antiques; mais je lirais plus volontiers Cu/mcj, et je verrais là une mauvaise interprétation du culmina de Stace. On pourrait trouver un argument plus fort dans Ortolami (B C, A Cdiolamc) donné à la porte Ogygée : il s'explique par ce qu'en dit le trouveur (p, 76) qu'elle mène 1 auscourtils que li borjois el marois ont > : c'est donc le latin • horttilana •, et ni cette épithéle, ni ce détail ne se trouvent dans Stace; il en eside même du prétendu surnom de • Pile » (^=gr. iniXat) donné à la porte « Homoloides u el de quelques autres renseignements sur les portes. Mais ces traits semblent indiquer simplement que l'auteur du roman a travaillé sur un Stace glosé. M. C, c^m énonce une conjecture de ce genre (p. 278, n. 2), croit « difficile d'admettre que le trouvère lui-même ait utilisé ces notes >. Cependant puisqu'il le désigne, et avec raison, comme un clerc, il n'y a là rien d'impossible, le m'étonne â ce propos que l'auteur de ia Légende d'Œdipe oe nous donne aucun renseignement sur les mss. glosés de la TkcbaUt qui nous sont parvenus ; il semble, d'après ses paroles (/. c), qu'ils ne contiennent pas les renseignements en question ni d'autres traits propres au poème français qu'on serait lente d'y chercher ; mais il ne nous donne nulle part une énumération et une étude de ces manuscrits. C'est dans la section I de ce chapitre que nous les aurions attendues. Stace ayant été au moyen Âge un des auteurs lus dans les écoles, el le clerc qui a écrit notre roman ayant certainement connu la TMbmdt par ce canal, c'est dans les commentaires scholasliques qu'on aurait des chances de trouver la source de certains traits de son œuvre qui ont une origine antique, mais ne sont pas dans le poème latin.
Section K(p. 279-301). Benoit de Samtc-Mort est-il l'auteur du roman dt Vûbes? En comparant les traits principaux de la langue de Thlbts à celle des oeuvres de Benecit de Sainte-More^ tels qu'ils ont été établis par MM. Seltegast et Stock, M. C. conclut que notre roman n'est pas du même auteur que Trou el VEstoire des dus de Normandie. Ses raisonnements en eux-mêmes sont bons; mais ils ne reposent pas sur une base assez assurée. La langue de Thibes ne pouvait guère être suffisamment connue à l'aide des trois manuscrits A B C, dont le plus ancien est d'un siècle au moins postérieur â l'original ; en s'aidanl de P et de S, M. C. arrivera peut-être ^ des résultats différents en plus d'un point. Mais c'est . de D surtout qu'il faut tenir compte, le seul manuscrit à peu près contemporain de ToEuvre. Or le copiste de ce ms. était poitevin ou au moins des régions avoisinantes, ce qui nous fait penser involontairement au tourangeau Beneeit, et on n'y trouve nulle trace des (ormes picardes que M. C. signale en nombre plus ou moins grand dans chacun des trois manuscrits qu'il a étudiés. Il me paraît donc, tout en reconnaissant la force de plusieurs des arguments de l'auteur, que sa conclusion, ici comme en plusieurs autres points, ne peut être regardée que comme provisoire. Il lui apparlienl de la revoir et de la rectifier ou de l'affirmer définitivement.
Section V! (p. ;oi-ji^). La légende d'Œdipe dans le roman de Thibes. Cette section est remplie d'observations intéressantes et justes, bien que disposées un
CoNSTANS, La légende â'Œdipe 275
p«u sans ordre ; l'auteur y revient sur la comparaison du roman avec la TWhédt^ qui aurait dû être faite d'une manière plus suivie et plus méthodique. L'estime qu'il fait du poème français n'est pas exagérée, et il réfute avec raison quelques critiques de M. Joly.
Sccuon VU. Destinées du roman de Thebes. I (p, ?! S-Î49!* Rédactions en prose du roman de Thlbes. Cette partie du travail de M. C. est tout à fait neuve et lui a demandé beaucoup de peine. En effet les rédactions en prose de notre roman font toutes partie de grandes compilations historiques, notamment de celle qu'on appelle le Livre d'Orose (voy. Rom. IX, 507), où il a fallu aller les trouver et les lire. Le roman 6'EJipus lui-même, imprimé à part au XV" siècle (et réimpnmé dans la collection Silvestrc), est extrait, comme le montre M. C, d'une de ces compilations, de celle que contient le m$. de la B. N. fr. joi. Toutes ces rédactions n'en font d'ailleurs qu'une, composée sur un texte semblable à celui du ms. A, et qui a été diversement altérée dans les différentes copies. Cette rédaction a sans doute existé isolément avant d'être incorporée aux histoires universelles où elle figure. L'étude consciencieuse de M. C, manque encore ici d'un peu d'ordre : il parle des traits qu'il a jugé bon de relever â propos de chacun des mss. qu'il examine ; il eût été plus court et plus clair de traiter d'abord de ce qui est commun à tous les textes de la version en prose^ quJttc à signaler ensuite ce que chacun d'eux peut avoir en propre. — Cette version rapporte que les Thébains, quand ils eurent rebâti leur ville, lui don- Dèrcnt le nom é'Estine (Eslines, Estives, Esture, Eslire], et M. C. voit Û avec vraisemblance une réminiscence erronée du nom de la ville é'HestUe^ fondée, au dire d'auteurs grecs, par des Thébains fugitifs. C'est sans doute encore dans des scholies de Stace que les compilateurs du moyen âge ont pris ce renseignement.
Il ip. jt49-3'- ^lia^ons au roman de Thèbcs. M. C, a réuni dans les littératures française et italienne du moyen âge les mentions de notre roman, précieuses soit pour en indiquer la date ries plus anciennes sont antérieures à la fin du XII" siècle), soit pour en montrer la popularité. Celle du poème de CaUrtnt dt Bretagne (p. j[^2), inconnue jusqu*ici et que doit publier M. Boucherie, est particulièrement intéressante. La mention de Tydée par Lambert d'Ardrei se rapporte à Stace plutôt qu'au roman. Les vers où Simon Chèvre d'Or montre l'enfant Paris souriant â l'épée du meurtrier qui veut le frapper ne proviennent sans doute pas des vers de Thibes où le petit Œdipe (âgé d'un jour I) sourit â ceux qui s'apprêtent à le tuer : c'est un lieu commun des récits de ce genre. — M. C, a pour la première fois bien interprété un passage de Guiraut de Cabreira ; De Daire\l] ros. Que tan Jon pros, Quts de/endtt de traison; c'est une allusion évidente, non à Darius de Perse, mais i Daire « le roux », personnage du roman de Thèbes, qui livre une tour de la ville aux assiégeants, est accusé de trahison et s'en défend devant Étéocle. Mais il est plus douteux que dans ce passage de Peire de la Mule : Per dar conques Alexandres Roais^ Eper lener perdet Daris le ras, k second vers < se rapporte évidemment » au même épisode. Un grand nombre de passages, dont un cité par M. C. lui-même, mettent en opposition les succès que dut Alexandre à sa largesse et les revers que causa i Darius son avarice, et il est d'autant plus sûr que nous avons ici la même antithèse que le Darius ^e Tkcbcs n'est nullement accusé de tener, c'est-à-dire d'être serré, chiche ; il
faut seulement admettre que le troubadour, par une confusion comme on en trouve plus d'une en des cas semblables, a donné au roi de Perse l'épiihète consacrée du baron thébain. — Les deux vers de Bertran de Paris : M no sabct: per qut selxt so nom Palamides sut patakz al prim som (cf. Rom. VII, 460) sont également rapportés à Thibes par M. C, qui propose de changer Pala^ midcs en Polimcc et voit là une allusion à l'arrivée dans le palais d'Adraste, au commencement de la nuit, de Polynice, qui refuse d'abord de dire son nom (voy. p. 178) ; cela paraît très vraisemblable. — Dans le passage de Guiraut de Calanson : Del m Brutus E de Uus Con saup ab son fraire partir^ M. C. propose de corriger D'Etioctus, mais l'un des deux ms. portant ddeus, l'autre degelus (voy. Rùm. VII, 4^S), il n'est nullement sûr qu'il s'agisse là de personnages de la légende thébaine.
[Il (î66-574). Imitations du roman de Thtks. Cette section se distingue assez mal de la précédente: elle recherche aussi bien les mentions que les imitations de Thcbes dans les littératures anglaise^ allematide et néerlandaise. M. C» a oublié Wolfram d'Eschenbach, qui, dans son Pajzivai, a emprunté à la l^ende thébaine les noms de Prôthmlas et d*Ipomidon^ et peut-être d'autres encore (voy, Bartsch, Gtrmanislische Studwi, H, 1 J4). — Les vers latins cités p. jG8 (et qui n'appartiennent nullement à une • chanson populaire ») ne sont pas anglais et se rapportent d'ailleurs à Stace, aus^i bien que le passage de Giraud de Barry, et non au roman français. — M. C. groupe avec raison autour de Thibis les poèmes d'IpomeJon et de Pârtenopcus, qui ont emprunté les noms de leurs héros à ce roman, dont ils attestent ainsi la date ancienne et le grand succès ; seulement Ipomedon^ dans le poème de ce nom, est encore le guerrier qui devait finir devant Thèbes (son fils Protesilaus est le héros d'un autre roman du même auteur), tandis que Partenopeus n'a plus rien à faire avec le cycle tfiébain et est censé vivre à une tout autre époque (on est étonné de voir M. C. répéter l'allribution si souvent réfutée de Partempeu.i â Denis Piramus). — M. C. trouve encore une trace de la faveur dont jouit te roman de Thibes dans le nom {Atkis\ de l'un des héros du Siège d'Athïms et dans le rôle qu'y joue Theseus. Il aurait pu mentionner ici la Teseide de Boccace, dont le début se rattache expressément au dénouement de la guerre ihébaine.
Un Appendice de 80 pages conlietit l'étude grammaticale du roman de Thibes^ divisée en quatre paragraphes {Versification, Phonétique^ Flexion, Syntaxe)^ et un Glossaire, Cette étude, comme je l'ai déjà indifjué et comme l'auteur s'en rend parfaitement compte, est à reprendre en sous-œuvre à l'aide de nouveaux matériaux fournis par les deux manuscrits anglais ; il paraît donc inutile de la discuter ici en détail Telle qu'elle est, elle n'est pas exempte d'erreurs, mais elle est faite en général avec soin et intelligence; on peut surtout lui reprocher de ne pas distinguer nettement entre la langue de l'auteur et celle du ms. A. La table des rimes est une excellente innovation ; mais elle ne prendra toute sa valeur que quand elle sera faite d'après la comparaison critique de tous tes manuscrits. — Le glossaire est intéressant et atteste chez l'auteur des connaissances réelles et des recherches dignes d'éloge ; mais il sera plus utile et plus facile à contrôler quand il accompagnera l'édition du texte complet.
L'impression finale que laisse le livre de M. Constans. si estimable à beaucoup d'égards, est, on l'a sans doute éprouvé en lisant ce compte-rendu, celle
AcuiL(5, Recull de rximplis e mircicles i-j-j
d'un travail quelque peu hésitant, hâtif et provisoire. I! faut en effet regarder ce Ijvre surtout comme une préparation i l'oeuvre vraiment difficile et considérable qu'a entreprise l'auteur d'une édition du roraan de Th'tks. II étudiera, affermira, précisera d'ici là son information et sa critique, et les erreurs même où il est tombé lui seront utiles pour son travail définitif, en lui faisant voir tous les câtés des questions difficiles qu'il aura à résoudre. Il a déjà fait, pour écrire ce livre, un louable et sérieux effort, qui a été très justement récompensé par le doctorat ; il a depuis consacré de longues heures à la collation des deux mss. anglais ; i! continue i se préparer par tous les moyens à la tâche qu'il a choisie et qu'il se met en état de remplir aussi bien que possible. — M. Constansa bien voulu inscrire mon nom en tèlc de sa thèse ; je lui en suis reconnaissant, et je serai heureux de le voir mener à bonne fin une œuvre qui ne sera ni sans honneur pour lui ni sans importance pour l'étude de notre antiquité littéraire^.
Recull de exlmplis e miracles, gestes e failles e altres ligendes ordenades pcr A. B. C, Iretes de un manuscrit en pergami dcl comcnçament de! segle XV, ara per primera volta estampades. Sans Heu ni date. (Barcelone, A. Verdaguer, 1881. 1 J4j p. in-B».
La Bïbiiotcca catalana de D. Mariano Aguilô y Fuster vient de s'enrichir du premier volume complet d'un intéressant recueil û'cxmpUs moraux. Je dis complet parce qu'on lit au bas de la page 34J : • Feneix b primer volum del présent legendari ■•. D'ailleurs point de litre, point d'introduction. Tout ce que l'on sait jusqu'ici du manuscrit de ce légendaire, c'est qu'il est en parchemin et date, au dire de l'éditetir, du commencement du XV* siècle. Les excmpUs se suivent dans Tordre alphabétique déterminé par la première lettre du résumé en latin qui précède chaque récit. La matière du premier volume, comprenant les exemples des lettres A i K, est tirée de quelques vies de saints, du Vitas pairum, de Jaques de Vitri, du Diilogus miraculorum du cistercien Césaire de Heister-
I . Je réunis ici quelques meou» observations qui n'ont pas trouvé place dans les pages
frécédentci. P. 146 Freher devient • M, Freber ». — P. 148 • Henri d'Andeli le place Stacel parmi les poètes qu'il range sous la suprématie d'Aristoie. > Bien au contraire, comme on le voit par les vers même cités, Stace et les autres poètes combattent Aristote et SCS suppôts dans la Bataille dis sept arts. — P. joo sur les Pinurnats^ voy. Hom. Il, 480: les Uslaghts ne sont pas un peuple, mais des pirate* (de Tangl. uilaga'). — P. ^ 14 Que tant s'amort yielU as bulllnis Qu'a le fie s'en quist Us dois (et non lesàois] signifie simplement : « La vieille se laisse si bien allécher par le pot qui bout que souvent elle s'y brûle les doigts. » — P. }J9 Helmadus n'est pas pour Hdmoldus, mais pour Helinandus, et telle tu sans doute la leçon du manuscrit. — P. ^^f^ Dinevaux, 1. Vinevaux, — P. 341 te lieu où Œdipe tue son père, dans un texte en prose, est appelé une fois Pilote, une autre fois Ephtse: M. C. voit dans Ptiote une altération de Phlionte et attribue Ephese à tine confusion avec Delphes (à cause du temple, également fameux) ; c'est trop d'érudition ; nous avons li sans doute deux mauvaises lectures du mot Phoce. employé dans d'autres textes. — P. 347, lisez : t et au commencement du second feuillet a tcrit : Edipas qui estait avecqut Potibus. > — P- Î49 un livre donné dans un ancien catalogue comme « en molle » est un imprimé et non un manuscrit ; « le livre de Theseus » est sans doute Theseus de Cologne, qui n'a rien à faire avec Thibes. — P. î6j NouveiU Comédie pour Divine Comédie,
bach (cet auteur, cité ici sous le nom de César, rarement Cesantu, a beaucoup fourni), des Dialogues de Grégoire, de la Ugcndc doréc^ de Valèrc Maxime, de Pierre Alphonse, etc. Ces sources sont en partie les mêmes que celles où a puisé Climenle Sanchez, l'auteur du Libro de cnxcnpios par a. b. c. ', et les deux Uvrsges ont nalureiiemenl bien des points de contact, mais ils n'en sont pas hoins indépendants l'un de l'autre. Le compilateur catalan est p!us riche, mais les historiettes sont généralement chez lui plus écourtées que chez son confrère léonais. Il ne sera pas inutile de donner à la fin du second volume une liste, avec renvois au texte, des auteurs et des ouvrages mis à contribution pour faciliter la comparaison du Ugcndari avec les autres abécédaires connus et déterminer la source directe du recueil catalan, si tant est qu'il ait été traduit d'une seule collection latine.
A en juger d'après Tétat de )a langue, ta date de la compilation du RtcuH louche de près celle qui a été assignée au manuscrit dont s'est servi l'éditeur. Ainsi dans ce texte les substantifs, adjectifs et participes dont le radical se termine par une consonne sifflante font le plus habituellement 0; au pluriel du masculin : osios^ corsos^ vasos^ braios^ corîavs, abdosos, graciosoSy rasas (part, de raurt], etc. Or, ces finales indiquent une époque assez avancée, le commencement du XV" siècle environ *. Le ReciiU serait donc de celte époque, ou un peu antérieur, si l'on veut attacher de l'importance à quelques vestiges de pluriels masculins en es: ainsi mcscs 62, 242, et preses 9, 12, 244, à côté de mcios 102, et prfsos 128, 278, 280 et 298.
Le ms. publié par M. Aguitô a été fort soigneusement et fort correctement
rit : aussi les fautes et obscurités que présente l'édition se réduisent-elles à pey de chose, ie signale ici tout ce qui m'a choqué à la lecture.
P. 29 et 85 sens raho. Il faut écrire et» un mot sensraho qui correspond au castillan sinrazon. Le sens » ici la valeur de Vin négatif latin. On dit de même en catalan moderne sinjusliaa ^ et sinsabor. — P« 1 1 j. • Senyor, aço fa perquc I los frares totstemps menjen uns vianda continu a ment, e per aquesta raho son ■ pus sans e pus bells ; car en lo mon menge i<) t no a hora ordenada, » etc. Avant e il faut restituer de molies viandes. — P. 124 viaçosa, et p. joj vtjçosament. Dans les deux cas le sens est • vite », Doit-on corriger ivjfow, n/açosanunl? On serait porté à ie faire, en considérant ; r que la forme ivaçosament se trouve au moins quatre fois dans notre texte, p. 131» 16^, 182 et 194, et la forme iverçosament ou iversosament six fois, p. J4, 48, 49, 146, 174 et t84 ; 3* que ces dernières formes ainsi que le simple ivas (écrit très souvent yvas ou yva{) abondent dans d'autres textes où l'on ne trouve jamais écrit vias ou vi4f, qui correspondrait exactement au provençal nat:. M. Mussafia croit que le mot a été pris au provençal et introduit en catalan par la voie êruditej qu'il a été mal lu cl que la tradition littéraire a consacré ta forme incorrecte^. ]1 est \rai