‹ Romania (volume 2)Chapitre 135 sur 282 · POUR SERVIR A L'HISTOIRE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

POUR SERVIR A L'HISTOIRE LITTÉRAIRE

Une des grandes difficultés de l'histoire littéraire est, dans beaucoup de cas, l'absence plus ou moins complète de renseignements chronologiques et biographiques sur les auteurs dont nous possédons les œuvres. C'est donc toujours une bonne fortune lorsque Pon peut trouver dans des pièces d'archives datées le nom de quelque écrivain, et toutes les mentions de ce genre doivent être soigneusement relevées. Au commencement de Pannée dernière, mon confrère, M. Paul Durrieu, parcourant différents registres du Vatican pour ses études sur l'histoire des relations politiques de la France et de l'Italie sous Charles VI, remarqua une bulle adressée à Guillaume de Machaut et voulut bien me la signaler ; je n'eus pas de peine à reconnaître qu'il s*agissait dans la pièce en question du célèbre auteur du Voir Dit, et celte trouvaille inattendue m'encouragea à parcourir les registres pontificaux avec l'intention d'en faire profiter l'histoire littéraire. Mes recherches n'ont pas été complètement siériles, car, à force de persévérance, j'ai pu rassembler de cette façon des documents inédits sur plus de vingt écrivains appartenant généralement au xiv- siècle*. Comme il fallait s'y attendre, les auteurs latins sont les plus nombreux ; le chiffre des auteurs en langue vulgaire sur lesquels les registres pontificaux m'ont apporté quelques renseignements ne s'élève qu'à six. Ce sont ces derniers naturellement dont je vais m'occuper ici, et les lecteurs de la Romania seront, je pense, agréablement surpris de voir que roa liste s'ouvre par deux noms de troubadours.

t . Il est de mon devoir de remercier vivement S. E. le cardinal Hergetiroether et M. le professeur Baian de toutes les facilités de travail que l'on m'a accordées aux archives du Vatican ; je dois aussi une reconnaissarice spéciale à Dont Gregorio, l'un des archivistes, pour son obligeance inépuisable.

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JaUFRÉ de FOIXA.

M. Paul Meyer, en publiant récemment le traité de poétique que l*on doit à cet auteur', a réuni tous les renseignements que Pon possédait alors sur sa personne. Ces renseignements se réduisent à bien peu de chose : le nom de notre personnage est très probablement emprunté à Foixd, localité de la province de Gerona ; son traité étant dédié à Jacques, roi de Sicile, la composition doit en être placée entre 1286 et 1291 ; enfm deux témoignages du xv* siècle font de l'auteur un bénédictin.

Une bulle de Boniface Vlll, du 1 1 juillet 129s, vient fort à propos confirmer et augmenter ces données biographiques. Elle est adressée diiecto filio Gaufrido de Fuxano, monacho monasterii sancU Fdicis Guixalîensis^ ordinis sancti Benedkîi, Gerundensis diocesis, et dans ce destinataire il est impossible de ne pas reconnaître l'auteur du traité de poétique. La concordance exacte du nom, la mention du diocèse de Gerona et la qualité de bénédictin viennent corroborer d'une façon authentique ce que nous savions déjà de Jaufré; la simple adresse de la bulle nous apprend en outre qu'il était moine du monastère de San-Felîu de Guixols, localité située sur le bord de la mer, dans la province actuelle de Gerona. Le texte de Sa pièce est encore plus riche en renseignements, et voici ce qui en ressort. Jaufré de Foixâ avait d'abord appartenu à l'ordre de Saint-François; depuis vingt ans, c'est-à-dire en J275, il avait abandonné cet ordre, avec ta permission de ses supérieurs, pour se faire bénédictin. Une constitution de Nicolas iV interdisait aux Franciscains qui avaient ainsi abandonné leur ordre l'accès de tous offices et de toutes dignités dans les ordres différents qu'ils avaient embrassés depuis; la bulle de Boniface VIII a pour objet de lever cette interdiction en faveur de Jaufré de Foixâ, qui s'était rendu en personne à la cour pontificale, à Anagni, pour obtenir celte dispense. Il est possible, d'après cela, que Ton trouve plus tard notre personnage prieur ou abbé de quelque monastère bénédictin de l'Espagne.

Voilà donc sur Jaufré de Foixâ un assez fort contingent de faits nouveaux dont nous sommes redevables aux registres pontificaux. Mais ce n'est pas tout. Je ne crois pas qu'il soit encore venu à l'idée d'aucun provençaliste de rapprocher de ce nom : Jaufré de Foixà^ cet autre nom : Lo mongt de Foissan, Sous ce dernier, les chansonniers provençaux Fr. 8j6 et 22J4J nous ont conservé trois pièces lyriques que l'on trou-

vera enregistrées dans le Grtindriss de M. Bartsch sous le n" ^04 ; toutes trois sont adressées â la Vierge et ont pour auteur un frère mineur. Émeric- David ' fait en outre remarquer qu'une quatrième pièce, publiée par Raynouard,. Cor al e volunîaî jIV, 469), et qui se trouve dans les deux mêmes manuscrits attribuée à un Frairr Menre^ doit être du même auteur. Je ne me prononcerai pas sur cette dernière identification ; mais s'il en est une qui me paraisse indubitable, c'est celle du moine de Foissan et de Jaufré de Foixà. Ainsi, les trois pièces dont nous venons de parler sont l'œuvre de l'auteur du traité de poétique, et, comme il s'y qualifie de frère mineur, elles sont antérieures à 1275. S'il subsistait encore le moindre doute, il suffirait de rappeler que les deux chansonniers qui les contiennent sont ceux qui nous ont conservé la plupart des poésies de cette époque tardive de la littérature provençale, celles, par exemple, de Guiraut Riquier et de Serveri de Gerona, un compatriote de Jaufré ; que dans l'une de ces trois pièces, Be m'a lonc temps, chaque couplet finit par un vers emprunté à un troubadour antérieur, et que cette habitude de citer les troubadours est particulière aux Catalans comme Jaufré. Mais il est inutile d'insister, car je crois que là-dessus tout le monde sera du même avis. Voici, maintenant, publiée in exiemo^ comme il n'est que juste, la précieuse bulle de Boniface VU t.

AnagDi, ti juillet 129$.

Dilata fi lio Gaufrido de Fuxano, monacko monasttrii sûticti Feticis GuixaUtnsis, ordints sancti Btntdlcù^ Gerundcnsis diouiis.

Conslitutys in prcsentia nostra sic te oostro graium aspecluî pres€nlasti quod propter hoc et quia de te nobis lam de lilterarum scientia quam honcstate vile ac bonis moribus laudabiie testimonium pertiibetur, dignum duximus ut personam tuam apostolici favoris gratis prosequamur. Exposuisti siquidem nobis quod licelolim a puerilia tua fratrura Minorum ordincm et habilum assumpsisses ac fecisses professionem expressam in eodem,ditique fuisses conversatus in ilto, tamen per fralrem Pelrum Stcphani, lune ministrum dicli ordints, ab ipso ordîne absolutus, de ipstus mtntstri licentia te ad sancti Benedicti ordinem translulisti, in quo jam per viginli annos sub regulari observanlia devotum impcndisli Domino lamuiatum. Verum cum felicis recordationîs Nicolaus papa .1111., predecessor noster, duxerit statuendum ut fratres predicli ordinis Minorum qui post professionem ab eis in ordine ipso factam ad quoscunque ordines alios professionis cujusiibet, petita vel non petlta, obtenta vel non obtenta a superioribus suis licentia, immédiate vel per alium seu alios ordines médiate transissent vet transirent postmodum, in ordine vel ordinibus ad quem vel ad quos transiturr habuissent vel imposterum tiabere contingeret, vel etiam extra illos, ad nullam

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