‹ Romania (volume 2)Chapitre 144 sur 282 · ESSAI DK PHONÉTIQUE ROUMAINE · texte numérisé non relu

ESSAI DK PHONÉTIQUE ROUMAINE

Jusqu'ici tout le monde a expliqué cet a comme provenant de a v i i , par la chute de la syllabe vit et par le changement de a en a, changement qui se serait fait pour distinguer la )' personne du prétérit [lâudd de iaudavit) d'avec la même personne de l'imparfait de l'indicatif [laudû de laudabat'. Mais nous avons montré ailleurs que le roumain, comme toute langue à syntaxe développée, ne fuit pas les homonymes de cette sorte (cf. cînta infinitif et r personne de l'imparfait, cantare et cantabat; d/ï^a/ première personne du prétérit cantavi et 2* personne de Pimparfait cantabasetc. etc.), et qu'il ne différencie que lorsqu'une forme, se dédoublant, donne naissance à deux mots, qui appartiennent à deux catégories grammaticales différentes '. La différence entre la ;• personne du prétérit et celle de l'imparfait est plus ancienne qu'on ne le suppose : elle remonte au latin populaire, comme il sera démontré par ce qui suit. Toutes les autres langues romanes tirent leur î" personne du prétérit d'un type terminé en ayt, comme cantavt, qu'on trouve sur les inscriptions de Pompei lexmuccavt), et qui devient pour les langues du midi cantau-canlô, forme que confirment d'un côté l'italien et l'espagnol cantô et de l'autre le portugais canton. Pour les langues du nord-ouest, qui conservent la consonne finale t, nous avons en vieux français chantai^ où la présence de la tonique a ne s'explique que par la longue persistance du y, autrement nous aurions eu chanitt ?. Le provençal chartkt est dû à l'analogie de la 2« conjugaison, car nous aurions eu clmntdt^ comme en français 4. Main-

1. C'est rexplicatton donnée par M. Mussafia dans son article « Zur rumaenischen Formenielire > {Jahrbuch fur rom. Likr., 1869, p. jé^) et par M. Cipanu dans sa < Graroatica limbet romane *, 1, p. im.

2. C'est un moyen de créer des roots nouveaux oonl nous ne pouvons nous occuper ici plus amplement, parce au'il n'entre pas dans le domaine de la phonélique ; mais nous y reviendrons aans une étude à part. Ajoutons pourtant encore quelques exemples à ceux que nous avons donnes (voir Homanta iX, 102, notes). La lornie are, qui vient de hd béret — auere — juàrc — an, s'est dédoublée en are (il a, y personne du présent de l'indicatif) et ar (j" personne de l'auxiliaire, â l'aide duquel un forme en roumain le conditionnel). Actl (ceci II 0 m — eccela — acdu — auh se dédouble en tffif/(ceiui-li>cl cd article secondaire ou article de l'adjectif (car l'adjectif s'accorde en roumain avec le substantif de trois manières : 1) om bun, 1) omul bun et ]) omul cd bun).

Le pronom d (de i llum) se dédouble en «/, qui reste pronom personnel, et tit^ démonstratif et article de radjectif en valaque populaire.

Les infinitifs dntjrcy làuâare^ vcden^ auziri etc. sont devenus substantif ; mais comme ils devaient remplir aussi le rôle d'inBnitifs, une difTércnciation eut lieu: on retrancha la syllabe n pour l'infiniitil, de sorte qu'on eut dnUy Uiuda, vtde, <JU2/etc., les seules formes de l'infinitif de nos jours. Pour prouver que cette chute de re n'est pas phonétique, il suffit de montrer que spinalcm ~~ spinart, sub tilem — subttre etc. gardent la syllabe re.

j. Voy. Romania, Vil, .î68.

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tenant le roumain clnta, au lieu de partir de cantavit (par le reiranchenieni de la syllabe vit), comme on l'a prétendu jusqu'ici, ne partirait-il pas plutôt du type commun cantavt, qui serait devenu cantÔ^ avant la séparation des langues méridionales ? Nous sommes de ce dernier avis, parce que nous pouvons expliquer phonétiquement le changement de 0 tonique en H, tandis qu'on ne peut pas faire la même chose pour celui de a tonique en à dans ces conditions ; aussi est-on obligé d'avoir recours à des hypothèses psychologiques, qui ne sont pas démontréeSj du moins en ce qui concerne le roumain.

Comme la question du prétérit lâudâ est étroitement liée au traitement de Vo tonique en roumain, nous sommes obligé de nous en occuper ici; mais il va de soi que nous n'y traiterons qu'une seule condition de Vo tonique, celle où il se trouve à la fin du mot. Tout 0 tonique et final devient en roumain â :

vo s và^ (accusatif et datifl

nos nà^ aujourd'hoi ne |qui se différencie en ni pour le

datif) i 1 1 0 s los lâ^ àt nos jours ie [différencié en // pour le datif) quod (conjonction) ci (fr. que).

Ces mots, quoique monosyllabes, attirent souvent l'accent sur eux, surtout en vers ; tandis que des monosyllabes comme 0 (pronom provenant de illam*), 0 ^article indéfmi provenant de unam), n'étant jamais accentués, restent intaas J.

Il est vrai que nous n'avons pas beaucoup de mots romans, qui nous présentent un 0 tonique après la chute des consonnes finales ; mais si nous considérons un autre ordre de faits, nous pourrons augmenter le nombre de ces mots. En effet, nous avons les pronoms làû (tien et ton), sàu. \sien et son), au pluriel fJf, j5i, qui viennent de tùus, su us, tûi, su i et par conséquent [û '=^ 6) tùo, soot toî, sol, d'oij par contraction îo,

1 . Forme que les étymologistes écrivent vf, comme si la voyelle « provenait d'un e.

2. Dans le dialecte macédo-roumain on a encore nn, comme en ancien rou> main ; voirCipariu, t Gramatica limbei romjine ', 1, p. 2^0.

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