ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE JJJ
IV) Un a tonique devient € toutes les fois qu'il est enfermé entre deux voyelles linguales le, i), dont 1 une le précède immédiatement et Tautre se trouve dans la syllabe qui le suit. Ce phénomène s'est produit dans le dialecte moldave et sporadiquement dans les autres dialectes ; de là il a pénétré dans ta langue littéraire de nos jours, du moins en partie. Nous allons examiner les cas où le phénomène a lieu ;
a\ Les infinitifs de la i"" conjugaison (devenus substantifs!, oii Va tonique est précédé d'un i, changent cet a en e. Exemples : anc. rQuim. et valaque de nos iours.
'raolliare muiare
jugulare-juglare giungbiare pervigilare-perve- priveghiare
glare *îngenuçu!are-inge- ingmmchia
n u c 1 a r e •laleare-taliare tiiiare de v i v u s - viu on a fait invUire de s u b t i l e m — * subtiliaief sukiare 'exfasciare sf^^iare
etc.
Des mots comme muiare, giunghiare, pririghiare etc., étaient primitivement des infinitifs ; de nos jours ils sont des substantifs et on a comme infinitifs : a muia, j gimghia. a privighia etc. qui sont devenus dans le dialecte moldave a muie, a giunghie, a privighe etc. sous l'influence des formes complètes maiere^ giunghiere, pririghere etc.
L'élément étranger qui se trouve dans les mêmes conditions que l'élément roman a subi la même modification ; ainsi : duvsl. prasta (fronde) on a en anc. roum. et en Valachie un verbe
împris^tiare (disperser) qui est devenu en Moldavie împri^tiere. anc. roum. sg^mare lorig. inconnue» aujourd'hui en Moldavie 5^«JriVrf (égratigner,! etc.
Les verbes qui ont un t (provenant de r + 0 *3U ^ii ^ (provenant de J •{- 1) avant la tonique a, gardent cet a intact; exemples : de convenientia cuviint/i on a un verbe încaviiniare (approuver)
— f i e n t i a ( f i e r i ) /ii /iM — injûntare (créer, former)
— credentia(crcdere} credinUX — incredintare (confier!
— vendeo-vendio mnz) on a fait un subst. vinzare (vente!
— prandium (priai] — prînzare (dîner)
— assideo-asstdio {a^ez] on a un verbe et subst. a^ezare (institution,
placer] etc. etc.
Cela prouve qu'on ne sent plus Vi qui a donné naissance à f ou à z,
3 $4 A. LAMBRIOR
comme on le sent encore dans les verbes où Va tonique est précédé d'un § (provenant de se + i) ; exemples :
''infasciare (de fascia) a donné en a. roum. înfà§are (emmaillotter) *pisciare« (de piscis) — p/fflr« (pisser et pêcher).
C'est de pareils verbes que part le suffixe ^are à Taide duquel on forme d'autres verbes, surtout des adjectif terminés en 5, p. ex. : De gros on a îngro§are (grossir)
— gras — tngraiare (engraisser)
— sànàtos on a insàncUo§are (se remettre)
etc. etc.
Tous ces verbes ont changé, dans le dialecte moldave, Va tonique d'abord en e et ensuite en â, ainsi :
l'anc. înfà§are est devenu en mold. înfi§ere (langue litt.) tnfà^âre (prononc. populaire) etc.
Les néologismes qui pénètrent de nos jours dans la langue suivent la méthode valaque ou la méthode moldave. Exemples : on dit deviare, abreviare, initiarey etc. aussi bien en Moldavie qu'en Valachie ; mais on dit en Moldavie studiere, atrofiere etc., et en Valachie studiare, atrofiare, etc. b] Le prétérit des verbes dont nous nous occupons ici se conjugue : anc. roum. valaque de nos jours. moldave.
r« pers. tàiaî tâieï
2" — tàiafi tâie§i
i" — giunghiai giunghieï
2' — giunghia§i giunghie§i
I" — muiai muiei
2« — muia§i muie^i
II* — împrâ§tiai împrastiel
2* — imprustiaii împrâstie§i
etc. etc.
Le néol. studiai studiei
— déviai deviei
etc. etc.
Les verbes qui ont un { ou un z devant a tonique gardent cet a en anc. roum. et en valaque, et le modifient en à > dans le dial. moldave :
I . En roumain pour éviter le mot piiare, pi§a^ on emploie Texpression t a prinde peste i ; ainsi on dit d'un enfant, qui a fait pipi au lit, 4 a prins pe§te b (comme si l'on disait en fr. « il a attrapé du poisson »). Ne serait-ce pas par