‹ Romania (volume 2)Chapitre 152 sur 282 · CHANSONS ÉPIQUES · texte numérisé non relu

CHANSONS ÉPIQUES

Le roi a une fille à marier,

A un Anglais la veut donner.

< Mon pèrCj donnez-moi mes effets,

Car je m'en vais ; J'aimerais mieux soldat français Que cet Anglais. »

1. La jolie collection de chansons que M. Emile Legrand a recueillie en Normandie et a bien voulu nous communiquer a le mérite capital d'avoir été transcrite aussi fidèlement que possible sous la dictée des personnes qui représentent la tradition orale. Nous les reproduîsom telles quelles, sans chercher à introduire dans la notation et dans la coimpe des vers une logique constante, qu'il est très difficile d'atteindre pour des textes aussi incertains, et qu'on ne pourra inaugurer qu'après un grand travail comparatif sur la poésie populaire française. — Nous avons |oint i la plupart des chansons l'indication des versions parallèles que nous avons rencontrées; celle indication n'a nullement la prétention d'être complète : nous nous sommes borné aux recueils de chansons françaises (sauf pour les Canû monfcrrini publiés par M. Ferraro) que nous avions sous la main. Même dans ces limites, nos rapprochements pourraient être beaucoup plus nombreux ; nous n'avons signalé que ceux qui sont tout à fait précis cl s appliquent à des pièces entières. Nous n'avons nullement essayé le travail difficile de rapprocher les formules semblables, souvent pendant des couplets entiers f les refrains identiques^ etc.^ qui se retrouvent dans des pièces d'ailleurs fort différentes. Dans la poésie populaire purement lyrique, il y a tout un domaine flottant où les pièces prises 1 part n'ont pas à vrai dire d'individualité, mais se forment et se aécomposenl sans cesse avec les mêmes éléments. L'étude et l'appréciation générale ae ces faits seraient encore prématurées; quand on aura plus de matériaux, il sera possible de les aborder. Quand nous avons cité des auteurs qui, comme notre savant collaborateur V. Smilh, comme MM. de Puymaigre, Bujeaud, Bladé, etc., indiquent les chansons identiques à celle pour laquelle nous renvoyons à leurs recueils, nous n'avons mentionné que ces auteurs eux-mêmes, sauf le cas où des variantes du même texte ont été publiées après eux ou ieur étaient restées inconnues. — La division de nos chansons en Cnansons ipïquts, Chansons à danser ^ Chansons d'amour t\ Chansons plaisantes^ n'a rien d'absolu ; la limite entre les divers genres est sujette i beaucoup varier. Il serait à désirer que les collecteurs de chansons indiquassent toujours si la pièce qu'ils recuetllenl est simplement chantée ou accompagne la danse. — G. P.

Quand c'est venu pour embarquer. Maudit Anglais ;

Les yeux lui a voulu bander : Je ne puis ni boire ni manger

c Bande les tiens, laisse les miens, Quand je te vois. »

Maudit Anglais : q^^J^^ g'^st venu pour se coucher,

Puisque l'ai la mer à passer, §55 ^as lui a voulu tirer.

Je veux la vaie. » . ^ire les tiens, laisse les miens, Quand c'est venu pour débarquer, Maudit Anglais.

Tambours, violons de tous c6tés. Mon père a-t-il pas des sujets « Qu'est-ce que ceci, qu'est-ce que cela, Si j'en voulais ' ? »

Maudit Anglais ? q^^^jJ ^,^^ y„„ ^^^ ^ ^j^^j^

Ce n est pas là le vrai tambour La belle pleure dedans son lit » :

Du bon Français. . . Ratoume-toi, embrasse-moi, Quand c'est venu pour y souper. Mon bel ami ;

Du pain lui a voulu couper : Puisqu'un Anglais m'a été donné, « Coupe pour toi et mange et bois, Je veux l'aimer. »

(M"' C. Legrand.)

in.

Sur le pont du Nord un bal y est donné ;

Adèle demande à sa mère y aller.

c Non, non, ma fille, tu n'iras pas danser. »

Monte à sa chambre, elle se mit à pleurer. } Son frère arrive dans un bateau doré :

< Prends ta robe blanche et ta ceinture dorée. >

Adèle s'en va dans un bateau doré ;

Elle fit trois tours et la voilà noyée.

« Hélas I mon frère, allez-vous me laisser ? » 10 t Non, non, ma sœur, je vais vous retirer. »

Il fit trois pas et le voilà noyé.

La mère entend les cloches du Nord qui sonnent ;

a Voisine, voisine, que qu' c'est donc ça qui sonne ? >

« C'est pour votre fille et votre fils aîné. » 1 5 Voilà le sort des enfants obstinés.

(M»*" Marie Daumesnil.)

Page 1