Cf. RomaniOf IV
2. Cf. Romania^ I, 352 ; Quépat, Chants populaires messins^ p. 5 ; Ferraro, PS'.
Romania^ X 24
^jO E. LEGRAND
Tous les jours de robe je la ferai changer ; Tous les jours dans les champs je la ferai promener. * Sitôt que le beau Carême eut les talons tournis, Envers sa pauvre femme tout était bien changé.
« Ce beau cornet d'ivoire, ma mère, donnez-mot le ; Là-haut dedans les champs je m'en divertirai. »
Elle a pris une poche, dedans s'est enflubée,
Elle s'en fut aux champs pour les pourceaux garder.
Elle y fut bien sept ans, sept ans sans y corner, Et au bout de sept ans elle se mit à corner.
Le prince par la fenêtre il l'entendit corner. Il a dit à son page : « Entends-tu bien corner ? » « Ce sont hélas ! je crois, les cornes de ma femme. »
« Vous vous trompez, mon maître, c'est qu'il vous Test avis. » c Mets ton pied sur le mien, tu l'entendras aussi. » Mit son pied sur le sien, il l'entendit aussi.
Approchant de nos clos
J'avisai la porchère qui gardait nos pourceaux.
c Ah ! petite porchère, enseignez-nous loger. »
( Hélas I vraiment, messieurs, grand tort vous avez.
Au château de Carême n'y a de belles chambres,
De beaux lits préparés pour vous, messieurs, coucher.
Et de belles écuries pour vos chevaux loger. »
« Ah I petite porchère, enseignez-nous du pain. » « Hélas I vraiment, messieurs, grand tort vous avez. Car il y a bien sept ans que de pain je n'ai mangé Et encore bien autant que mes mains n'ont lavé. »
« Ah ! petite porchère, enseignez-nous à boire. » « Hélas ! vraiment, messieurs, grand tort vous avez.
Du jus de la mâlière encore pas trop souvent.
< Ah ! madame l'hôtesse
La petite porchère avec nous pour souper. » a Hélas! vraiment, messieurs, grand tort vous avez. Car n'y a bien sept ans qu'en table elle n'a mangé Et encore bien autant que ses mains n'ont lavé. •
« Ah ! madame l'hôtesse, apportez une chaudière Et de l'eau pour chauffer les mains à la porchère ;
Nous allons les y laver, Et d'une serviette blanche nous allons les essuyer.
Ah 1 madame l'hôtesse.
La petite porchère elle est venue pour coucher. »
« Hélas I vraiment, messieurs, grand tort vous avez,
Car n'y a bien sept ans que dans de draps blancs n'a couché
Et encore bien autant que ses pieds n'ont lavé. >
a Ah ! madame I'h6tesse, apportez une chaudière Et de l'eau pour chauffer les pieds à la porchère.
Nous allons les y laver, Et d'une serviette blanche nous allons les essayer. >
Tout pendant le souper La petite porchère ne faisait que pleurer, f Ah I qu'avez-vous, porchère, qu'avez-vous à pleurer ? »
c C'est mon ami Carême qui est parti i la guerre; Tous les autres en reviennent, Carême ne* revient pas. » « Que vous a*t-il laissé Carême en s'en allant ? >
t II m'a laissé un anneau dont le voili-t'encore. » € Mettez-le sur la table, mariage sera d'accord. » Elle le mit sur la table, le mariage fut d'accord.
Le lendemain matin La mère à la porchère est venue l'appeler, c Ah ! lève-toi, porchère, il est huit heures sonnées ; Voilà tes camarades qui viennent t'appeler. »
< Si vous n'étiez pas mère de mon loyal mari, Je vous ferais manger par mes chiens et mes lions, Je vous ferais jeter à l'eau par sous les ponts. >
VHP.
Amont les rues de Nantes Donnez-moi permission
J'ai été m'y promener : De parler â mon maître
Je rencontre une fille. Qui est dans la prison. »
J'ai voulu l'embrasser ; , p„ y^j^e bonne mine
Mais les messieurs de Nantes ^h I vous y entrerez.
M'ont rendu prisonnier. ^ais soyez de parole
Quand la belle entendit Avec le prisonnier,
Que son amant fut pris, Car les messieurs de Nantes
Fit faire un habit rouge, Vont bientôt arriver. »
Un habit de garçon ; Q^^nd la belle fut entrée
Et sur son cheval monte, ^ ^^^ ^^^^^ ^„^„ ,
Va comme un postillon. , yite tes habits quitte,
Quand la belle arriva Prends les miens promptement ;
Proche de la prison : Dessus mon cheval monte
« Madame la geôlière Qui va comme le vent.
Quand tu seras dans la ville, Tu iras modestement ; Quand tu seras en campagne Tu iras comme le vent. >
Au bout de trois quarts d'heure
La justice arriva.
Elle fut jugée à pendre,
A pendre et étrangler
Sur la place de Nantes
Au milieu du marché.
Quand la belle fut montée Au troisième échelon :
« Messieurs de la justice, Vous n'avez pas raison De faire mourir une fille Sous l'habit d'un garçon.
« Ah ! si vous êtes fille,
Faites-nous le savoir. * « Oui vraiment je suis fille, Fille, n'en doutez pas.
Je me suis déguisée Le jour de carnaval. >
Amont les rues de Nantes Le roi a fait afficher Qu'il n'y entrerait personne Qui ne soit visité Pour l'amour d'une fille Qui son amant a sauvé.
Amont les rues de Nantes La belle s'en va chantant :
c Je me moque des juges Et des bonnets carrés ; Je ne m'en soucie plus, Mon amant est sauvé. »
(Adélaïde Le Paulmier.)