IX
< L'autre jour allant à la chasse, Dans mon chemin j'ai rencontré Un loup qui était bien affamé ; Il m'a mordu le côté.
Qu'on fasse mon lit bien en penchant.
Que je ne perde pas tout mon sang.
Qu'on ne le dise pas à ma femme ; Car elle est accouchée d'un fils :
Cela la ferait mouri. »
c Le cœur me bat, la mort me touche.
Ah ! dites- moi, mère tant douce, Qu'est-ce qu'ont nos valets à pleurer ? • € Ma fille, en conduisant vos chevaux.
Un des plus beaux s'est échappé. > « De mes plus beaux chevaux qu'est-ce que je me soucie P Que Dieu conserve mon mari.
Nous en aurons de plus jolis.
Le cœur me bat, la mort me touche.
Ah ! dites-moi, mère tant douce, Qu'est-ce qu'ont nos servantes à pleurer, Qui ne décessent que de pleurer ? >
i. Cf. Romania^ I, 2jj.
f Ma fille, en lavant votre lessive,
Vos draps de lin ont laissé aller. »
( Mes draps de lin qu'est-ce que je m'en soucie ?
Que Dieu conserve mon mari,
Nous en aurons de plus jolis.
Maman, qu'est-ce qu'on entend sonner ? » « Ma fille, c'est le roi Louis Qui habite dans notre pays. »
t Maman, qu'est-ce qu'on entend chanter ? » c Ma fille, c'est la procession Qui fait le tour de la maison. >
« Maman, qu'est-ce qu'on entend frapper? > « Ma fille, ce sont les maçons Qui raccommodent notre maison. >
c Maman, quand irai-je à la messe > »
< Ma fille à la quinzaine d'ici. »
c Maman, la quinzaine est passée ; A la messe je veux aller.
Maman, quel habit je prendrai } »
« Ma fille, celui que vous voudrez ; Prenez le noir, prenez le blanc :
Le noir sera plus avenant Pour une femme qui relève d'enfant. »
Elle s'en fut dans son jardin.
Elle aperçoit un beau tombeau.
« Maman, à qui ce beau tombeau-là } « Il n'a pas coutume d'être là. »
< Ma fille, je ne puis plus vous le cacher, C'est celui de votre pauvre mari. »
« Carreaux fendus, carreaux ouverts !
A mon mari je veux parler.
Ah ! que ta bouche sent le remucre, Et que la mienne sent le sucre !
Avant qu'il soit trois jours d'ici La mienne le sentira aussi.
Tenez, maman, voilà les clefs :
Au logis jamais je ne rentrerai. »
« Ma fille, vous avez des enfants. »
« Maman, j'ai de bons parents Qui me les élèveront saintement. »
(Adélaïde Le Paulmier.)
J'ai fait une mattresse, je me suis marié.
Le lendemain de mes noces il me vint commandement
Pour aller à la guerre servir le roi puissant.
Cette jeune épousée se mit à soupirer.
Je lui dis : < Ma brunette, ne soupirez pas tant ;
Je serai de retour avant qu'il soit deux ans. »
Cette jolie campagne a bien duré sept ans ;
Au bout des sept années je revins au pays :
La journée que j'arrive ma femme prend un mari.
Je m'en fus chez sa mère que mon cœur aimait tant. J'y laissai ma valise, mon or et mon argent : « Brave soldat de guerre logera-t-il cians ? >
Je m'en fus à la noce demander à souper.
On me dit : « Mon jeune homme, nous ne vous logerons pas ;
Brave soldat de guerre, nous sommes dans l'embarras. »
Je n'avais qu'un petit frère qui me vint saluer : Tous les gens de la noce m'ont prié de souper. Moi qu'en éuis bien aise je n'ai pas refusé.
Et quand nous fûmes en table, au milieu du repas, Je demande à jouer aux cartes, aussi aux dés Qui aurait la mariée ce soir à son côté.
Tous les gens de la noce sont mis à me regarder.
Ils m'ont dit : « Mon jeune homme, que cela ne vous fâche pas :
La nouvelle mariée ne vous appartient pas. >
Je me suis approché d'elle voulant la caresser ;
Je lui dis : « Ma mignonne, où sont les deux diamants
Que je vous ai donnés n'y a aujourd'hui sept ans ? •
Elle fit un si haut cri : ■ Grand Dieu qui est ceci ? Je croyais être veuve, et voilà mon mari. >
(Adélaïde Le Paulmier.)
XP.
Brave miliuire Ah I il les a cherchées,
Partant pour la guerre Ah ! illes a trouvées
Cherchait ses amours. Dedans une tour.
1 . Cf. Puymaigre, p. 20 ; Daymard, Collection de vieilles chansons (Cahors,
2. cf Buchon, p. 82 ; Haupt, Franzasische Volksiuderf p. j ; Puymaigre,
t Gentille brunette, c Ah ! je l'aurai par mer,
Qui t'y a fait mette Aii ! je l'aurai par terre
Dedans cette tour? > Ou par trahison. >
« Hélas ! ci est mon père Le père en colère
Qui m'y a fait mette p^j^ ,^ ménagère,
Au rapport à vous. • La jeta dans l'eau.
« Brave militaire, Son amant jeune et brave
Demande à mon père Se jette à la nage,
Quand j'en sortirai. > La retire de l'eau,
t Grand général de France, ^ la première ville,
Votre fille demande Son amant l'habille
Quand elle sortira. . j^^^ ^^ ^eaux diamants.
« Brave militaire, A la seconde ville,
Ne m'en casse pas la tète, Son amant l'habille.
Car tu ne l'auras pas. » Tout d'or et d'argent.
(Adélaïde Le Paulmier.)