‹ Romania (volume 2)Chapitre 191 sur 282 · ALPHONSE X A-T-IL CONCÉDÉ UNE VILLE LIBRE · texte numérisé non relu

ALPHONSE X A-T-IL CONCÉDÉ UNE VILLE LIBRE

AUX TROUBADOURS FtÉFUCIÉS EN CASTILLE ?

Don Viaor Baiaguer, membre de l'Académie d'histoire de Madrid et ancien ministre, admet dans un livre récent' qu'Alphonse X de Castilîe aurait concédé une ville franche et libre aux troubadours proscrits du midi de la France, Voici ses paroles:

Si no mienten memorias y noticias que, registrando empolvados manuscrilos y libros poco comunes, luvo h buena suerle de enconlrar un dia ci autor de estas lineas, D. Alfonso el Sabio llegô a concéder una villa franca y libre a los poetas que, cxtranados de su patria vendida al extranjero, pudieron al menos, gracias a esa hidalga concesion del monarca castellaito, lener en Castilla suelo propio donde levantar la morada del fugitive, tierra patria donde abrir la tumba del proscrito.

En note, M. Balaguer^ expliquant ce qu'il faut entendre par les « manuscrits couverts de poussière et les livres peu communs « sur lesquels il a eu l'heureuse chance de mettre ta main, nous informe que l'in-

1. Historia politUa y UUraria de hs Trovâdores, Madrid, 1878, in-S*", I, 8j.

-X^oé MÉLANGES

formation communiquée ci-dessus esi tirée d'un ms. du xiv* siècle conservé à Avignon : <f Hallû el autor este dato curioso en un manuscrite « del siglû XIV que existe en Avignon. »

L'assertion est bien positive. M. Balaguer ne garantit pas d'une façon absolue la vérité du fait — en lui-même bien extraordinaire — de la concession d'une ville libre aux poètes provençaux réfugiés en Castille, mais il garantit l'existence d'un ms. du xiV siècle où ce fait est attesté.

Il est bien regrettable que M. Balaguer ne nous ait pas parlé avec un peu plus de détails de ce ms. Est-ce un cartulaire où se trouverait la teneur même de la charte d'Alphonse X ? En ce cas il eût valu !a peine d'en citer un court extrait. Car enfin, nous savons bien ce que c'est qu'une ville franche, et nous possédons les actes constitutifs d'un grand nombre d'entre elles, mais ce que pour ma part je ne me représente qu'imparfaitement, c'est une ville franche composée uniquement de troubadours. De quoi vivaient-ils ? assurément Alphonse a dû leur constituer des rentes. Et voilà ce qu'on eût été bien aise de savoir.

A un autre point de vue encore quelques détails sur ce mystérieux manuscrit eussent été les bienvenus. M. Balaguer le dit du xjv^ siècle. Est-ce bien sûr .'* L'éloquent académicien n'aura-t-îl pas été la dupe d'une fausse apparence ? Ne pourrait-on pas, en soumettant le document en question à un examen plus attentif, le rapporter à une époque beaucoup plus moderne, à une date postérieure à 184s par exemple ? Pourquoi 1845 plutôt que 1844 ou toute autre date ? Le voici r en 1845 M. le baron de Roisin publiait une traduction (qui est d'un bout à l'autre une vraie trahison) de la Poésie der Troubadours de Diez. Or dans cette traduction se lisent, p. 6j , ces lignes : >f Parmi les rois de Casiille nous dis-

« tinguerons surtout Alphonse X (1 2^2-1 284), lequel, après la chute

« des cours de Provence et de Toulouse, accorda une ville libre aux «1 derniers poètes errants. » Seulement il y a dans l'original non pas une \ilk libre, mais un asile : « Und besonders Alphons X (1252-1284), « welcher, nachdem die Hoefe von Provence und Toulouse verschwunden « waren, den letzen uinherirrenden Dichtem eine Freiswte gewsehrte. » [Die Poésie der Troubtidoars^ 1 826, in-8 ', p. 6 1 ;. — On conçoit combien il serait curieux de trouver dans un texte du xiv* siècle la justification d'un contre-sens commis au xîx". La Romania est prête à s'ouvrir à toute communication ultérieure sur ce sujet intéressant.

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