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MANUSCRITS FRANÇAIS DES GONZACUE

revue (t. IX, p. 497 ei s.) ; ils se rappellent sans doute aussi que M. Gaston Paris a insisté sur l'importance du ms. 44 au point de vue de l'histoire littéraire, ce ms. devant presque sûrement, selon lui, être identifié avec le fameux ms.^fr. XII! de Venise. En m'occupant de tout autre chose, je viens d'être amené à faire une observation intéressante au sujet de ce ms. : sans toucher à la question proprement dite — à savoir quelle était l'étendue primitive de l'œuvre dont le ms. fr. XIII nous a conservé un si précieux fragment — cette observation me parait avoir pour résultat d'établir que le ms. 44 des Gonzague et le ms. de Venise sont complètement étrangers Tun à l'autre et contenaient des œuvres essentiellement différentes.

Fazio degli Uberti, — qui s'attendait à le voir intervenir ici ? — au moment où Soiin lui fait visiter l'Auvergne (DiWiimo/7<fo, livre IV, ch. 20), s'exprime ainsi :

... per amor d'Ugo assai m'aggrada»

Che per amor di Carlo andè al!o Inlerno.

Je venais de relever cette allusion, intéressante par sa date et sa provenance, à la légende de Huon d'Auvergne \ lorsqu'en parcourant l'ouvrage de Cian-Mariâ Barbieri, Dell* origine delta poesia nmdfj, je m'aperçus que le savant modenais m'avait devancé de trois siècles. Et vraiment il eût été dommage qu'il n'en fût pas ainsi, car ce n'est pas moi qui aurais pu — et pour cause — rédiger la note que l'on lit à ce propos dans Barbieri, et que voici tout au long (p. 94) :

Fa mentione il medestmo Fatio nel preallegato capitolo di Ugo di Aivernia, il quale per comandamento di Carlo Martello dopo lo bavere cercate moite e diverse parti del mondo n'andû ancora vivo allô inferno, dove vide varii tormenli e varii tormentati alla maniera dj Dante, corne raccoata il suo libro scnlto a penna, il quale comincia :

Seignor barons Dieus vos soit in garant,

Si vos condue tôt a suen saunament (/. buen sauvament)

Vos vodroie dire chaizon mott auenant

De Karle Martiaus l'empercor di Franc.

Or qu'on se rappelle le signalement du ms. 44 en question :

« Karolus Magnus. Incipil : Segneur barons deu uos sia inguarani, El

finit : da qui auant se noua ta canzum. Conlinet can. 218. »

Vincipit est identiquement semblable, et je ne mets pas en doute que

le ms. 44 ne soit le même que celui qu'avait vu Barbieri, ou du moins

I [Notons en passant un témoign^^e qui prouve que ce poème a été connu en Angleterre. Dans la Bestournée de Richard, publiée par M, Stengel dans sa notice sur le ms. Digby 86 (voy. Romania I, ^48), on lit : A{ tens mestre Hugc iavcrnaz (v. 219). — P. M.J

4ô8 MÉLANGES

un ms. de la même chanson de gesle de Haon d'Auvergne. Dans le système de M Gaston Paris il est très difficile d'expliquer le litre de Karoliis magnm que l'auteur du catalogue donne au nnanuscrit ; dans le nôtre, au contraire, on voit facilement que Karolus magnus dérive du quatrième vers, où l'auteur du catalogue aura lu Kark magnes, par une distraction très naturelle.

Ce curieux passage de Barbieri atteste en outre l'existence d'une version de Huon d'Auvergne différente des deux que nous possédons et qui sont représentées par les mss. de Turin et de Padoue. A en juger par les premiers vers et par l'analyse qu'en fait Barbieri, il faut y voir comme dans les deux autres une œuvre franco-italienne. Plus on va, plus on se convainc de la fécondité de celte curieuse littérature, dont si peu de monuments nous sont parvenus, plus on voit qu'il est aussi légitime qu'indispensable de supposer de nombreux intermédiaires entre les chansons de geste purement françaises et les compositions en oîtava rima et en prose de la littérature italienne proprement dite '.

Antoine Thomas.

Florence, i" juin 1881

LE BATTOUÉ CASSÉ

(RONDE bretonne).

Du premier coup qu'ell* frappe {tm)

Son battoué a cassé, digue don mta dondaine,

Son battoué a cassé, digue don ma dondé.

I. (Ce passage de Barbieri est important, el je pense avec M. Thomas aue l'auteur avait sous les yeux le manuscrit même auquel nous avons donne le n° 44 dans notre catalogue des mss. Gonzague; mais il ne s'en suit nullement que le ms, Xill de Venise ne contienne pas une partie de ce même ms. Gonzague. Barbieri a pu avoir sous tes yeux le ms. 44 de Gonzague quand 1! était encore complet, ou la première partie (loi. 1-123} déjà détachée du reste, Seulement il faut rnainlenanl admettre que ce ms., au lieu de contenir, comme je l'avais con|ecluré, les romans qui, dans les Rcali, précèdent Bcuvt d'Hanstone, comprenait, avant ce poème, Huon d'Auvergne, et n'en comprenait peut-être aucun autre. L'ensemble des poèmes rranco-ilaliens qui le remplissait n'en mérite pas moins le titre général de La Geste de France que fai proposé de leur donner. — Dans une lettre reçue après l'impression de cette note, M. Thomas adopte l'explication qui y est proposée. Il ajoute un renseignement qui achève de

trouver ridenlité du ms. XIII de Venise avec lems. 44 du catalogue Gonzague. e vers Ê" Dco vos beiicu qui sofri passion^ qui .suit encore dans le ms. celui que le rédacteur du catalogue donne comme le dernier, est barré à l'encre rouge, ce qui explique comment ce rédacteur a pris le précédent pour en faire Vcxplicu. --G.P.J

LE BATTOUÉ CASSÉ 4O9

La fille est désolée {bis)^

Eir se mit à pleurer, digue don ma dondaine.

Eir se mit i pleurer, digue don ma dondé.

Par le grand chemin passe (bis) Beau jeune cavalier, digue don ma dondaine, Beau jeune cavalier, digue don ma dondé.

Qui lui demanda : Belle {bis)^ Qu'avez vous à pleurer? digue don ma dondaine, Qu*avez-vous â pleurer ? digue don nu dondé.

S- J'ai beau pleurer, dit-elle, (to) Mon battoué est cassé, digue don ma dondaine. Mon battoué est cassé, digue don ma dondé.

Que donneriez-vous, belle {bis)?

J'irais vous le chercher, digue don ma dondaine. J'irais vous le chercher, digue don ma dondé.

J'ai cent écus-t'en bourse (bis)^ Je vais vous les donner, digue don ma dondaine, Je vais vous les donner, digue don ma dondé.

Le garçon se dépouille {bis) y Dans la mer a sauté, digue don ma dondaine. Dans la mer a sauté, digue don ma dondé.

Du premier coup de nage {bis) Il a très bien plongé, digue don ma dondaine. Il a très bien plongé, digue don ma dondé.

Du second coup de nage (bu) Au fond il est coulé, digue don ma dondaine. Au fond il est coulé, digue don ma dondé.

Du troisièm' coup de nage {bis) Le garçon s'est noyé, digue don ma dondaine, Le garçon s'est noyé, digue don ma dondé.

La fill' s'est écriée (bis) :

Monsieur, vous vous noyez, digue don ma dondaine, Monsieur, vous vous noyez, digue don ma dondé.

'3- Faut pas l'dire à ma mère {bis)

Que je me suis noyé, digue don ma dondaine, Que je me suis noyé, digue don ma dondi.

'4- Faudra plutôt lui dire (bis) Que j'me suis marié, digue don ma dondaine, Que j'me suis marié, digue don ma dondé.

M- 0< ta plus belle fille (^u) Qu'i ya dans l'évèché, digue don ma dondaine, Qu'i ya dans l'évêché, digue don ma dondé.

Elle a les cheveux jaunes (bis) Et les sourcils dorés, digue don ma dondaine. Et les sourcils dorés, digue don ma dondé.

«7- Elle a les deux mains blanches (bis) Comme un' feuill' de papier, digue don ma dondaine, Comme un' feuill' de papier, digue don ma dondé.

i8. Elle a la bouch' vermeille {bis) Comm' la rose au rosier, digue don ma dondaine, Comm' la rose au rosier, digue don ma dondé. (Ronde recueillie par Adolphe Orain au village du Canée, en Paimpont, dans rille-et-Vilaine.)

J. Fleury.

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