‹ Romania (volume 2)Chapitre 196 sur 282 · Bibliothèque de PÉcoU des chartes, 6' téric, U, 1J · texte numérisé non relu

Bibliothèque de PÉcoU des chartes, 6' téric, U, 1J

GoDEFROY, Dictionnaire de l'ancienne langue française 421

toutes les formes possibles sous lesquelles deputs huit ou dix siècles s'est manifestée l'activité de la langue?

L'heure n'est pas encore venue de composer un recueil de ce genre, qui dépasse les forces d'un homme. Mais si un pareil travail paraît trop vaste, en laissant de côté les mots patois et les noms propres de personnes et de lieux, n'y aurait-il pas à faire un dictionnaire historique de la langue commune, embrassant tous les mots de la vieille langue et de la langue actuelle, dont 11 suivrait l'histoire de siècle en siècle ;* travail plus considérable que le dictionnaire de Littré ou celui de Grimm, qui donnent seulement le développement historique de l'élément vivant, et non point de ce qui est sorti de l'usage dans la langue.

C'est ce dernier travail qu'avait jadis entrepris M. Godefroy. Il avait recueilli des matériaux pour une histoire générale de la langue commune et réuni des exemples de la langue écrite de tous les temps et de tous les lieux depuis les origines jusqu'à nos jours. Nous avons pu voir de près ce prodigieux amas de notes et d'exemples, classés par lettres dans plusieurs centaines de cartons. Mais quand il s'agit de publier le fruit de trente-cinq ans de recherches, M. Godefroy recula devant l'immensité du labeur matériel, ou plutôt il ne trouva pas d'éditeur qui voulût imprimer l'œuvre entière; il fut ainsi contraint â morceler son travail et à n'en publier qu'une partie.

On dut donc diviser cette vaste unité; mais comment? M. Godefroy crut qu'il fallait courir au plus pressé. Ce qui manque aux lecteurs de notre vieille littérature, c'est un dictionnaire qui les mette à même de comprendre sans peine les textes. L'auteur se résolut à extraire de son manuscrit le dictionnaire de ce qui n'est plus compris de nos jours, c'est-â-dire de la partie morte de la langue.

De là deux dictionnaires : dictionnaire de ce qui est sorti de l'usage depuis !a fin du moyen âge et le XVI* siècle ; et dictionnaire de ce qui dans ta vieille langue a survécu, est encore aujourd'hui en usage et constitue la langue moderne. Le premier dictionnaire contiendra tous les mots qui existaient dans la vieille langue jusqu'au XVI" siècle, et qui sont morts maintenant, ou toutes les formes et acceptions, aujourd'hui disparues, de mots encore aujourd'hui en usage. Le second contiendra tous les mots ou emplois de mots nés dès les premiers temps de la langue, ou que l'activité incessante du français a produits dans des temps plus récents, et qui sont encore usités de nos jours. Ce second dictionnaire rappellera celui de M. Littrè avec cette différence que tandis que, dans le dictionnaire de M. Littré^ la langue moderne précède la langue ancienne, ici les articles commenceront par la partie historique et les exemples se suivront de siècle en siècle depuis le IX" jusqu'au XIX«, Il sera pour le français, au moins comme plan général, ce que le dictionnaire inachevé de Grimm est pour l'allemand.

A ces deux dictionnaires, M. Godefiroy veut en ajouter un troisième, le dictionnaire de la langue savante qui s'est entée sur ta langue commune. Cette langue, en bonne partie conventionnelle, individuelle et de fantaisie, ne pouvait être fondue dans un dictionnaire avec !a langue commune sans en altérer le vrai caractère. Langue tout à part et artificielle, elle devait avoir son diction» naire spécial.

Tels soDl tes trois dictionnaires que M. Godefroy a tirés de son vaste manuscrit. De ces trois dictionnaires» le premier s'imprime, et pour les deux autres la préparation marche de Iront avec la publication du premier, de telle sorte que quand l'impressioa de ce dernier sera achevée, tes deux autres seront prêts à être imprimés <.

Voilà le nouveau plan que des exigences purement matérielles ont imposé à l'auteur.

Devant la difficulté matérielle, il n'est pas de critique qui tienne. On peut regretter que M. Godefroy ail été obligé de morceler son œuvre, mais on ne saurait lui en faire un reproche. Le public doit subir avec lui une nécessité â laquelle il n'a pas pu échapper.

Mais, en admettant que M. Godefroy ait dû ne livrer au public qu'un fragment de son dictionnaire, la solution qu'il a adoptée est-elle h plus satisfaisanté? N'y en avait-il pas de meilleure à faire prévaloir P Une seule était admissible : il fallait donner le dictionnaire complet de la vieille langue jusqu'à une époque déterminée, soit la fin du Xtll* siècle, soit la fin du XVI'.

Dans un dictionnaire historique qui suit le développement de la langue depuis les origines, on est toujours libre de s'arrêter à une époque quelconque, sans courir le risque de manquer aux exigences de la méthode scientifique. S'arrêter au XIV» siècle ou au XVII'' est tout aussi rigoureux que s'arrêter au XIX». Dans ce dernier cas., l'auteur embrasse toutes les périodes de la langue jusqu'à U dernière, qu'il voit; dans les cas précédents, il se fait le contemporain des hommes du XIV° ou du XVI" siècle et donne le tableau complet de la langue |usqu*à l'époque oîlii it vil par la pensée. Dans tous les cai l'oeuvre est complète et offre un ensemble organique.

M. Godefroy pouvait donc et devait donner le tableau complet de la vieille langue, en s'arrêtanl à l'un de ces deux termes.

li y avait un grand avantage et un inconvénient plus grand encore i prendre pour limite le XI V*" siècle. L'avantage était de présenter la langue française sous la forme la plus parfaite qu'elle ait connue dans son développement qumze fois séculaire, alors que son lexique est l'œuvre des forces naturelles du langage, que les mots ont encore leur pleine et etïtière acception primitive, que le vocabulaire n'est pas encore ou est à peine atteint par l'intrusion des mots de formation savante. Un pareil dictionnaire offrait aux réflexions d'un écrivain ou d'un grammairien un des plus beaux domaines qu'ait jamais présentés une langue.

L'inconvénient, c'est que s'arrêter à la fin du XIII* siècle, c'était se condamner à être incomplet, un grand nombre de mots qui appartiennent sans conteste à la bonne langue du moyen âge, au fonds primitif, ne paraissant pour la première fois que dans des écrivains du XIV* ou du XV* siècle. M. Godefroy, dans certains cas, est obligé de descendre jusqu'à la fin du XVI* siècle et même jus-

j. Aiouionj que M. Godefroy préparc en même temps un petit glossaire S l'usage des étudiants, qui contiendra tout le lexique de la vieille langue avec les définitions et les explications, mais sans les exemples; sorte de sommaire du Dictionnaire général, plus commode à manier dans les lectures rapides, et plus abordable aux étudiants.

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qu'au milieu du XVII" pour y retrouver les derniers témoins d'usages anciens d« U langue. En ne consultant que les textes du Xll° et du XIII« siècle, il se privait volonlaircinenl d'une importante source d'informations et ne donnait qu'un lambeau de dictionnaire.

Ce qu'il y avait donc de mieux à faire, c'était de prendre pour limite la tin du XVI* siècle, de donner le tableau le plus complet de toute la langue passée jusqu'à l'aurore de la langue moderne, et de fondre dans une seule œuvre le dictionnaire que M. Godefroy publie en ce moment avec la partie historique du deuxième dictionnaire qu'il prépare. L'oeuvre, ainsi comprise, perdait de son unité, mais gagnait en vérité et en profondeur. Elle présentait les aspects multiples que dix siècles de langue parlée, cinq siècles de langue littéraire avaient successivement donnés à notre idiome. Le dictionnaire de la langue savante pouvait être fondu dans les deux autres.

Au lieu de diviser son dictionnaire historique, comme il l'a fait, en trois fragments, M. Godefroy n'avait qu'à le diviser en deux parties, donnant Tune tous les mots connus de la langue depuis les origines jusqu'au XVI" siècle, l'autre tous les mots employés depuis la fin du XVI' siècle jusqu'à Tan de grâce 1881, Celte deuxième partie, toute morcelée qu'elle paraissait, se rattachait naturellement à la première. Pour suivre l'histoire d'un mot, on n'avait qui prendre les deux articles correspondants dans les deux parties. L'unité était bien rompue matèrielleroent, mais non logiquement, Les deux parties non seulement se complétaient, mais se re)oignaient , formaient un tout organique. M. Godefroy qui, dans ses notes, avait classé ses exemples de siècle en siècle,» dans l'ordre alphabétique, n'avait donc à donner pour le moment à l'impression que la première partie de chaque article, en arrêtant ses exemples au XVI* s. Son travail d'élimination recevait une simplification considérable, et en satisfaisant aux exigences de la méthode scientifique il s'épargnait un vaste labeur de rema> niement

Au lieu de cela, qu'a-t-il fait? H s'est condamné à une étrange et minutieuse révision, dans laquelle il a éliminé, pour les reporter ailleurs, soit les mots, soit les acceptions de la vieille langue qui ont vécu jusqu'à ce jour, labeur effrayant dont l'unique résultat a été de désorganiser la teneur de tous les articles et d'en faire le plus souvent des fragments sans unité.

M. Godefroy, dans son avertissement, écrit les lignes suivantes : « Ce frag- « ment, qui ne formera pas moins de dix volumes in^", contient tous les mots « de la langue du moyen âge que la langue moderne n'a pas gardés. Lorsque ■ nous enregistrerons des mots conserves, ce ne sera que pour certaines signifi- « cations disparues. Il suit de là qu'il ne faut pas toujours s'attendre â trouver • une classification satisfaisante des sens des mots que nous citons, puisque tel « sens ancien peut dériver d'une signification encore aujourd'hui vivante que « nous supprimons systimatiijtumcnt. >

Ces lignes contiennent la critique la plus nette et la plus franche qu'on puisse faire de la méthode que l'auteur a employée. Du moins a-t-il la bonne grâce d'aller au-devant des reproches et d'en atténuer ainsi la portée. Mais le mal n'en est pas moins réel. Il n'est guère de pages où le lecteur, curieux de suivre le développement et la succession d'un sens primitif dans la série de ses significations

4^4 coiiWKWIlWDUS

secondaires ou des mots dérivés qu'il produit^ ne voie sa curiosité mise en défaut devant ces fragments épars et incohérents des familles de mots qu'il examine. Avtuglèemtnt, aveagUti^ anugUr^ aviugîlssmtnt , toute la famille à'aveugU se déroule sous les yeux du lecteur ; le chef de la famille, avcugU^ seul fait défaut, parce qu'il a eu le bonheur de vivre jusqu'à nos jours. Je ne cite qu'un exemple, l'en pourrais citer des centaines ; il suffit de feuilleter au hasard le dictionnaire. Du même coup, l'intérêt si vif qu'offre à la lecture un dictionnaire bien fait où chaque article apporte au lecteur le déroulement systématique des diverses acceptions de mots, cet intérêt est brisé, détruit. On n'a plus devant soi que des fragments sans vie, disjecta mtmbra.

Une fois résigné à ne donner que ce qui est mort, soit en fait de mots, soit en fait d'acceptions, et à écarter de plus les mots disparus de la langue savante du XV^' et du XVI' siècle, comment l'auteur a-t-il fait le départ entre ce qu'il devait actuellement accueillir et ce qu'il devait réserver? Pour la langue populaire, il laisse de côlé tous les mots encore vivants aujourd'hui ou toutes les acceptions encore vivantes aujourd'hui, qudU qat soit la formc^ l'or- Ihographf. que us mois aient tue dans h vieille langue. Aveugle s'étant maintenu, le dictionnaire ne donnera pas avuk^ ou aveuk^ qui sont les formes vraiment françaises du mot. Mais alors pourquoi donne-t-il achoison., au lieu de le réserver pour occasion? Pourquoi donner la plupart des sens à'acomplir encore vivants aujourd'hui ? quelques-uns à\icoUr? Pourquoi mettre ^rouè/^r, qui est une autre forme d'accoupler? acuseor qui est la forme populaire d'accusateur!^ aàjacencts encore existant au sens de itnts adjacentes à ? aie^ auu et aidicr^ conservés dans aide et aidur? aiguc et ses variantes, représentées par eau ? ajou qui s'est conservé dans la forme moderne (corrompue sous l'influence de jonc) ajont ? alsi^ au sens propre de aussi qui est la forme moderne? alirm^ au/rur dans les premiers emplois cités? amce^ c'est-à-dire *i(m«, au ^tmdç bien aimée ^amanlt? administrer au sens de gouverner? anti et antif^ rajeunis dans antique} aplique^ aport^ conservés dans le français moderne? Dans les mots conservés, il donne les acceptions vieillies. Pourquoi omettre alors balais au sens de verge ou de brin, et ne pas même indiquer la forme ancienne balain} Comment ne trouvet-on pas d'article bacheler, mot dont le sens et la forme même sont dilTérenls en ancien et en nouveau français? etc. Le principe adopté par M, Gûdelroy présentait dans l'application trop de difficultés, soulevait trop de problèmes et de trop délicats pour que l'auteur ne se heurtât pas fréquemment k des inconséquences et des contradictions. Quant aux mots de la vieille langue, disparus de la langue moderne, il en suit régulièrement l'histoire, quand il y a lieu, dans les patois modernes, histoire fort intéressante, et qui rehiuise la valeur de tous ces articles. Il a donné li des développements qui n'auraient pu trouver place dans le deuxième dictionnaire, puisque celui-ci n'offrira aucune tète d'articles à laquelle on puisse les rattacher. Nouvelle inconséquence, heureuse il est vrai. Grâce â elle, on assiste à l'histoire complète des mots de la vieille langue dont les derniers souvenirs vivent çh et là dans Its patois. En revanche on n'a que des fragments d'articles pour les mots qui ont eu un sort plus heureux dans la langue. Celle inégalité de traitement donne un caractère singulièrement mélangé à l'ensemble de l'oeuvre.

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Pour les mots savants, le départ offre les mêmes incertitudes. A quelle marque reconnaître que telle formation savante est trop artificielle et est d'un usage trop individuel pour ne pas être adoptée dans le dictionnaire? Qui dira pourquoi tels roots sont accueillis cl tels autres omis ? Pourquoi rejeter astronomun^ usité dès le XII*' siècle, alors qu'on accueille acetc (vinaigre), adcnertr^ adencration, Jtdequtr ^ adepûon^ afjlation^ ^gg'^', admvcction, agnre^ ûgrûritn, amendadon^ amphibologien (Nie. Oresme), anathemaùsacionj etc.?

Dans tout cela, l'auteur a suivi plutôt son sentiment qu'une règle rigoureuse et précise. II est vrai que dans les premières pages d'une œuvre de ce genre, les tâtonnements et les inconséquences sont inévitables, et que la règle se précise i mesure qu'on avance dans le travail. Mais pourquoi avoir voulu, comme à plaisir, aller au-devant des inconséquences et chercher à augmenter tes difficultés d'une tâche si hérissée, au lieu de suivre le plan qui avait d'abord été adopté et qui ensuite a été si étrangement désorganisé ? Lorsque nous faisions ces observations à M. Godefroy, il nous répondait qu'il fallait d'abord courir au plus pressé et donner la partie du dictionnaire qui pouvait être la plus utile aux étudiants, et qu'ensuite pour un dictionnaire complet de la vieille langue jusqu'au XVI* siècle, ce n'est pas dix volumes quM aurait tallu, mais bien vingt.

Ces raisons ne sont que spécieuses, car il est aussi utile et profitable de donner aux étudiants l'intelligence cojnplète de la vieille langue, en laisant passer sous leurs yeux toutes les significations que les mots ont pu avoir au moyen âge à la fois dans l'ordre de leur développement naturel. Quaut à l'étendue de l'œuvre, il est toujours possible de faire court en restant complet. Nous verrons plus loin l'excessive richesse de M. Godefroy en exemples, richesse qui devient parfois encombrante. Avec plus de discrétion et un choix plus réservé, M. Godefroy aurait pu sans grande difficulté faire tenir dans ses dix volumes la langue complète du moyen âge jusqu'à la fin du XVI* siècle.

Pourquoi donc ne s* est-il pas imposé cette discrétion et ce choix? Parce que M. Godefroy est avant tout un collectionneur, li attache moins d'importance aux groupements des mots, aux classements des sens qu'aux mots eux-mêmes. Il a regret i sacrifier des exemples qui sont autant de témoins réels et visibles des usages de h langue. Toutes les richesses qu'il a accumulées dans trente-cinq ans de recherches, il ne peut se résigner â les garder par devers lui, sans en faire profiter le lecteur. Il lui apporte sa récolte tout entière, et la met» tant à sa disposition, tui dit : Voilà ce que j'ai trouvé; tirez-en maintenant le parti qu'il vous plaira.

Cette œuvre, telle que l'auteur nous l'offre, avec ses défauts qai sont de méthode et ses qualités, il est temps de l'apprécier. Nous avons à suivre les articles du dictionnaire, en examinant les diverses questions qui se rattachent à la nomenclature, aux définitions et classements de sens et aux exemples. Nous avons sous les yeux la lettre .4 tout entière avec le commencement de la lettre B ; par suite, nous avons, grâce aux nombreuses compositions de mots avec la préposition <i, comme un abrégé et un sommaire du dictionnaire.

Ce qui frappe tout d'abord dans le dictionnaire, c'est la richesse de la nomen* claiure et l'étendue des dépouillements. Que de mots obscurs, ignorés, qui

viennent pour la première fois sotis les yeux du lecteur solliciter son attention et éveiller son intérêt! Ce sera là le vrai mérite de M. Godcfroy, l'èrainenl service qu'il aura rendu â l'élude de la langue française. Ce serait faire une sorte d'injure à l'œuvre que d'essayer même de la comparer, quant à la richesse de la nomenclature, aux nombreux glossaires tentés, essayés jusqu'aujourd'hui, glossaires de Sainle-Palaye, de Roquefort, de Henschel, etc. Ceux-ci doivent rentrer dans l'ombre, effacés et absorbés par l'œuvre de M. Godefroy.

Le dépouillement s'étend sur une quantité prodigieuse de textes publiés ou manuscrits. Ce ne sont point seulement des textes courants, devenus classiques, mais des documents à peine signalés ou analysés, des archives locales que les historiens consultaient bien, mais que les lexicographes n'avaient pas songé à utiliser. Les archives du Nord, déjà dépouillées par La Fons-Mélicoq dans un glossaire inédit, apportent un contingent considérable de mots spéciaux, pour la plupart inconnus, et qui sont presque tous autanld'énigmes. La Suisse romande nous fournit des formes du XIV" siècle dont on ne soupçonnait pas l'anciennclé. Les diverses provinces du centre, de Test, de l'ouest, nous livrent avec leurs archives nombre de mots et d'exemples locaux.

Cette richesse de la nomenclature fait revivre la vieille langue sous ses faces diverses, langue littéraire et langue technique, langue des écrivains, des jurisconsultes, des savants, des industriels, des artisans. Cette récolte forme un vrai trésor de la langue française.

Non point qu'il n'y ail des omissions. Dans une enquête aussi vaste que celle à laquelle s'est livré M. Godefroy, ce serait exiger au delà des forces humaines que de demander des dénombrements parfaits. Quand on dépouille un texte pour y chercher les mots commençant par une lettre déterminée, on a bien des chances de ne pas faire d'omission. Mais quand rattention doit se reporter à la fois sur les vingt-quatre lettres de Talphabet, il serait bien difficile qu'elle ne se lassât pas en quelques points et que des mots intéressants ne lui échappassent. Nous en signalerons ici quelques-uns : aasprirj abandcr^ abta^ acatr, ûcorclas, afircr^ afit, agdiner^ aiol (au sens donné dans le roman de Roa^ éd. Andresen, v. i46),alevéi{i. i. « plant nouveau t), amabU {amabittc est présent), ûioréir, astronomicn, avUonir, — ahiter (au sens de s'atUqmr à), aforccr (au sens de faire violence à une femme, à une fille), s'aptrtevoir (au sens de prendre ou reprendre possession de soi-même, au propre et au figuré), al ainz qui (=: le mieux que [possible]).

Ces omissions sont fort excusables dans un ouvrage, et un premier ouvrage de ce genre. De nouvelles lectures permettront â M. Godefroy de compléter son dictionnaire, et vraisemblablement le supplément qu'il prépare à mesure de l'impression sera assez riche en mots oubliés pour former un volume considérable. Être complet est un idéal qu'il faut se résigner i ne pas atteindre. On peut dire dès à présent que tous ceux qui recueillent depuis un certain temps sur l'ancien français des notes lexicographiques trouveront encore largement à ajouter à l'inventaire de M. Godefroy, mais qu'il n'en est pas un qui ne trouve encore beaucoup plus i y recueillir pour la première fois.

Les mots une fois recueillis, il faut rédiger les articles. Ici commence un travail de critique singulièremenl délicat. Et d'abord, parmi ces mots, il

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en est qui n'ont d'autre autorité que des fautes de copistes, ou des erreurs d'éditeurs. Ces mots doivent être éliminés sans aucun égard. Les inscrire dans le dictionnaire comme articles avec exemples â l'appui, c'est leur donner une autorité â laquelle ils n'ont aucun droite Sur ce point, M. Godefroy n'a pas été assez sévère. Il a recueilli trop facilement de ces mots qui n'ont jamais existé dans (a langue ; leçons erronées de mss. (M. Godetroy sait mieux que nous avec quelle inintelligence et quelle facilité d'erreurs les scribes copiaient les mss.) ; fautes d'éditeurs que M. Godefroy accepte avec trop de confiance; erreurs mêmes de M. Godefroy, qui a parfois mal lu ses textes. Voici des exemples :

ûaiic^ adj., « plusieurs de ces exemples pourraient s'écrire en deux mots : a aise t, — tous les exemples cités.

aasacfj e mot douteux, assiéger : * ont conseil pris à'^asaer a force Paris • (Benoit) », — mot barbare, vers faux, lire asiir,

abaptisiir, c on pourrait lire ces deux mots : a haptistcr ». — Assurément, il n'y a que cela à lire.

abUnte^ dans deux vers barbares et inintelligibles empruntés au Bail, du Bibiiûph. (H, ^40) : Et autre dtax en dyapenU Od simi tornti e tornts ablcnte. — Le dernier vers est faux d'ailleurs (M. Godefroy les dit tirés du Livre as lais pour la Lumière as lats].

abnufdgt. M. Godefroy propose la correction abunnage ; il faut abuvragc (cf. fart. Aboivrage) ; en tout cas la forme abnaragc ne devait pas être admise.

jchûtion ou machanion., dans un vers d'ailleurs faux ; Tun est aussi impossible que l'autre ; le texte où se trouve ce monstre existe dans de très nombreux manuscrits, qui auraient permis de corriger l'édition où il figure.

ûchrcicr^ < mot douteux dont le sens semble être donner, octroyer. > Exemple unique, un vers de Garnier de Ponl-Sainte-Maxence, où ce mot acheter fait un vers faux ; lire tout bonnement acharckr ou ackarier,

acomble, adj,, lire a comble.

aconqucremenchtSj ex. unique; lire sans doute soit aconquerements, soit aconqturanches.

actaber, d'après actaberai (^= achèverai) ; lire sans doute achaberaL

ddclûjni (éclosion), forme barbare que suffit â faire exclure Particle au (au addoant) qui la précède dans l'exemple cité.

âerCy • s. m„? : Le fer iranckant It mtsl tl cors 0 Caere bote li ctùr fors (Tristan î, 401 j, Michel) » ; — lire acier.

agenoailleement., lire agenouitleemenl.

aguettCf espèce d'oiseau, lire agrette ou aigrette.

ahucier, rassembler, entasser; exemple d'Ogùr, vers faux; lire hucier ou huchier.

alant, dogue, chien de chasse, lire alan (espagnol alano) ; la forme alaiU n'est qu'une mauvaise orthographe récente.

amain, adj., lire a mam, locution adverbiale.

t. [A notre avu, le mieux serait d'enregûtrer tous ces mots à leur ordre alphabétiaue, en indiquant qu'ils sont fautifs et en renvoyant à l'article où ils figureront sous leur vraie forme. — Réd.\

amissltr, leçon mauvaise du Rou de Wace, donnée seulemenl par le Icxle sans autorité de Plûquel ; lire avec Andresen amaissur.

amat, exemple unique ; Adam tn fut doltnt et amat, vers faux j lire mat.

ancedts, « probablemenl ancêtre », exemple unique tiré du Roncisvats de Bourdtllon, texte de fantaisie sans valeur.

anjaim^ affamé, Exemple unique de VYsopel, Lire sans doute tn faim,

apertintr^ faute évidente pour aparttmr.

apenoir, expier; les deux exemples cités indiquent qu'on a là des variantes dialectales pour espcndir et apenir.

arcitcvo'n, infinitif qui n'a jamais existé pour arester, tiré, à tort, du parfait anstuit et du participe aresteu, etc. etc.

Nous aurons occasion d'en citer d'autres plus loin ; rappelons seulement encore ici l'adjectif A«, en repos, content; il faut lire iks.

Les mots recueillis se présentent avec des variantes multiples et des différences orthographiques considérables. Quelle est la forme à adopter pour en faire la tète de l'article ? La solution la plus juste consiste à prendre la forme française du moyen âge, et à la faire suivre de toutes les variétés dialectales ou de toutes les formes diverses dues aux caprices des auteurs ou des copistes. C'est bien la solution adoptée en principe par M, Godefroy j qu 1 rejette à leur ordre alphabétique toutes CCS formes multiples, en renvoyant à la forme française pour le corps de l'article. Toutefois^ ce principe n'est pas toujours appliqué avec sûreté et rigueur. D'un côté en effet, les diverses formes citées dans les exemples ne figurent pas toujours en tête de l'article ; elles ne sont pas toujours rappelées à leur ordre alphabétique avec renvoi â la forme qui constitue Tarliclc ; enfin certaines formes renvoient quelquefois â des articles qui manquent. De l'autre, il y a hésitation dans le choix des formes qui doivent constituer les létes d'articles. Après avoir adopté les formes en at comme formes de lêtes d'articles {aibe, aîior, altaigne^ etc.), M. Godefroy reporte à bau les articles hlscnt, bauchc et sa famille, baudequin, etc. Il admet tantôt le préfixe W sous la forme simple et française a, tantôt sous la forme ac {accoter^ etc.), ad f ad jointure, adjoustances^ etc.), af {afjentr^ ojfikr^ etc.), al (alhntkr). etc. Les mots en 0 fermé sont tantôt cités avec Vo, tantôt avec Vou. Adoitr est plus fréquent que adoukr^ qui lait la tète de Tarticle ; adokr même manque à son rang alphabétique. En revanche l'adverbe de adoukr est k \*o : adoîammt et non adouktment. On trouve i an des mots qui doivent figurer à tn {ampas^ anfain, anser' vattic, anuiant). Inversement, on voit figurer comme tètes d'articles des formes secondaires : aengler pour aanghr^ aressier pour arecier (cf. dncier)^ afaitiement pour afaititement , afammer pour ajtmmtr^ afctardir pour afattardir^ afichitment pour afichitcmenl^ ajfisctkr pour affictkr, afroier pour ajrdcr, Jgensir pour agcncir^ agelcr pour agttitr, aiîlcvam pour aihnn ou mieux alcvain. Il fallait choisir la forme priËcipale du dialecte français, celle qu'indiquent les lois de la phonétique étymologique.

Il n'y a pas à objecter que plus d'une fois cette forme fait défaut, et que dans l'usage général du français au XIl* ou au XIII* siècle, telle forme dérivée a pris la place de la forme primitive. Ainsi affubler â côté de d/j|îi^^<:r (ad -fi bol are), qui est étymologique. Car, de vouloir dresser actuellement l'état exact, précis

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et minutieusement détaillé de la langue du moyen âge est un pur rêve. Chaque )ôur, l'étude plus approfondie des textes vient modifier sur quelques points ridée que nous nous faisons de la langue. Et plus les conquêtes de la science s'étendent sur ce domaine, plus l'on pénètre dans les détails, plus les points de vue particuliers changent. Aussi, dans cette incertitude où l'on est d*établir pour nombre de mots la forme ou l'orthographe dominante à telle époque dans chacun des divers dialectes, ce qu'il y a de plus simple et de plus méthodique, c'est d'admettre pour tête d'article la forme, rlttUon thîomjue, du dialecte français du XII* siècle. Que M. Godefroy désormais suive rigoureusement cette méthode, les chances d'erreur seront moins grandes que dans tout autre système, et les avantages seront nombreux, quand ce ne serait que de faciliter aux lecteurs les recherches dans le dictionnaire * .

Il s'agit maintenant de constituer les articles. Ici M, Godefroy n'est pas absolument à l'abri de la critique. Il lui est arrivé assez souvent de séparer des articles qui ne devaient en faire qu'un, et de réunir des articles qui devaient être séparés. La règle â suivre ici encore consistait à interroger l'ctymologie. Quand un même mot a pris, par suite des diverses lois phonétiques, des formes différentes, il fallait réunir ces formes divergentes sous le même chef; les variélés dialectales n'ont aucun droit â être séparées de la forme considérée comme normale. 11 n'y aurait d'exception A faire à celte règle qu'au cas, très rare en ancien français, où chacune des deux (ormes aurait reçu de l'usage un emploi spécial et bien déterminé. Tels, dans la langue moderne, chaire et chant. Mais presque toujours, dans ta vieille langue, chacune des formes divergentes a toutes les significations des autres , il n'y a donc aucune raison pour en faire des articles différents. Au contraire, si deux mots différents par l'étymologie arrivent, par suite des lois de la phonétique, à se confondre dans un même mot, y eût-il même confusion de sens, un dictionnaire historique doit les diviser et les rendre chacun i sa famille.

M. Godefroy, i tort, a séparé aU et aitUj acueillir et aheadre, aconsivre et aconsmr^ agire et agesir (cf. plaire et plaisir^ taire et iaisir)., ahuisier et agutsitr, acreu (I. acreus) et acrous, accoter et acoier^ aaràoir et acrdn^ afuine et amrt^ Tadj. ber et baron, amesir et amaisir^ anti et antif, l'interjection aga et le verbe agarer, andief et andier, amil, amin cl ami, angrols cl angros, aprismcment et aptoi$manent, algier el agiet, etc. etc. Dans ces séries de mots, l'étymologie est la même, et les variétés de formes n'ont qu'une valeur secondaire.

Mais en revanche il a eu tort de réunir {daim d')ahtrst qui vient d'jfrjrc avecuA^rw de irpicem, aflamer {de flami = fia m ma) et aflamber (de flambe = flammula), de rapprocher deâ^/f^cr (ad desare addensare) \e p\çârdadhetjuitT q\i\ reporteà un type tatin en -care, de rapprocher de arder le picard asir qui doit être d'origine germanique, de adcvine s. f. le wallon adevina, qui doit éirt adcvinal %, m. {=addmnaU). Din% aduire, aduit, il faut distinguer docere et ducere. L'exemple

I. iCe conseil nous paraît difficile i suivre pour M. Godefroy, non qu'il ne soii excellent en lui-même ; miii il suppose une connaissance exacte et complète de la phonétique étymologique des divers dialectes que bien peu de philologues possèdent aajourd'huî suffisamment. — Rid.]

4ÎO COMPTES-RENDUS

de VlnternelU consolation de adhérer est placé â tort au verbe acrdre. Agréer (un chemin) n'appartient pas au verbe agréer^ rendre agréable, mais à un autre verbe agréer omis, composé de a et de ^r«r (disposer, arranger) et dont le substantif verbal est agroi ou agrai (aujourd'hui agrh]^ recueilli par le dictionnaire. Areer renferme deux verbes» l'un composé de raie^ l'autre du radical reà qui se trouve dans conreier conretr corroyer, et est d'origine Scandinave, etc. etc.

Allons plus loin dans notre examen. Après les têtes d'article, on s'attendrait à trouver Tétymologie. M. Godefroy la supprime systématiquement, sans doute parce qu'en bien des cas elle reste inconnye et impénétrable. M. Godefroy ne songe à donner au public savant que des éléments d'information ultérieure et n'a pas la prétention de faire œuvre de critique cl de science personnelles. De là cette réserve et ces scrupules, réserve et scnipuîcs que nous comprenons bien, non sans regretter toutefois que M. Godefroy ne se soit départi quelquefois de la règle de prudence qu'il s'est imposée. Dans bien des cas, l'élymologie était facile à reconnaître et h indiquer ; et cette étymologie aurait donné à la lecture des articles une clarté et un intérêt dont l'auteur se voit forcé de les priver, L'élymologie met sur la voie du sens primitif, et permet de classer les significations avec plus de sûreté et de précision. Si M. Godefroy s'était imposé cette tâche, non dans toute son étendue, mais dans les cas où elle est le plus facile, peut-être la composition de ses articles s'en serait«elle avantageusement ressentie '.

En effet, une des parties faibles du dictionnaire est ta définition et le classement des sens. M, Godefroy ne s'est pas assez attaché à en serrer de près la signification et â en montrer la filiation et le développement. Je ne parle naturellement pas des articles systématiquement incomplets, qui ne présentent que les significations disparues aujourd'hui de l'usage, et dont les significations encore vivantes, qui permettent de les relier entre elles et d'en montrer les dépendances et les rapports, ont été volontairement supprimées. Mais je parle d'articles complets par eux-mêmes, de mots qui ont tu toute leur vie dans la vieille langue, ont vécu et sont morts avec elle, et qui par suite doivent présenter un système bien coordonné de significations, Eh ! bien, ces articles en général, qui sont nombreux dans le dictionnaire, sont peu satisfaisants. Les définitions sont trop lâches, les acceptions diverses mal reliées. Les sens ne se suivent pas dans leurs divisions et subdivisions, marquées par des numéros d'ordre qui indiquent les genres et les espèces, lis viennent le plus souvent les uns au bout des autres sans qu'on voie nettement pourquoi ils occupent telle place plutôt que telle autre. En un mot la précision et la rigueur font défaut dans cette partie de la tâche de M, Godefroy, la plus ardue, il est vrai, et la plus délicate. Il aurait pu Taméliorer sensiblement s'il avait tenu plus de compte des recherches si fructueuses qui depuis quelques années ont été faites tant en France qu'en Allemagne sur ce domaine. Non seulenreot il n'y renvoie jamais ses lecteurs, ce

I. [Nous pensons que M. Godefroy, s'étant sagement abstenu de s'aventurer sur le terrain i\ périlleux de l'étymologie contestable, a fait œuvre conséquente en renonçant à toute étymologie. La limite entre ce qui est sîlr et ce qui est douteux varie selon la science ac chacun, et si une fois on abandonne le principe salutaire de l'abstention, on ne sait plus oii s'arrêter. — Rid,\

GODEFROY, Dictionnaire àe l'ancienne langue française 45 r qui lui aurait souvent permis d'être â la fois précis et bref ; mais il parait ne pas les connaître fort bien lui-même.

Il n'est guère de pages qui, â ce point de vue, ne prêtent i ta critique. Nous ne citerons que quelques exemples.

Amenu^ i action d'asséner un coup avu violence. » Exemples : si grant amenée ; moult ruistc amenée. — On voit que l'idée de violence est uniquement contenue dans les épilhètes qui accompagnent le nom.

Aperttse, • franchise indiscrète : Pour la irop grande apertîse et la légèreté, etc. (Une du chevalier de La Tout). Trop granî apertise n'a raestier i.id., ibid.). • — Ici encore le sens d'indiscrétion dans la franchise se irouve, non dans aperùse, mais dans l'épithète trop grande. Le sens même dtjranchuc donné à apcrtisc est fort douteux.

Aventuri, 1 heureux : Fut ele bien aventurée (Wace). » — Ici aussi l'idée de hnkcur vient de l'adverbe bien, qui modifie aventurée.

Apostè, « abominable : Corrumput sunt e sunl lait aposté en felunie (Ps. de Cambridge LU, 1, Michel); lat* : abomi nabiles. t — Le latin abominabiUs traduit non aposté.^ qui veut dire simplement placé, posé, mais aposU tn félonie, ce qui est tout autre chose.

Adeher n'est pas amincir., mais rendre etHU.

Le sang qui s'afile (Roland, 1614) ou qui afile 0. Bodel, Saisnes, cxx) n'est pas le sang qui coule, mais qui coule en filet. L'image a disparu dans l'interprétation de M. Godefroy. De même afonder., y, neutre, « être renversé, abattu : Si un liève, Tautre afonde (God. de Paris). » La traduction dit moins que le mot i traduire.

AouilUr est expliqué * remplir un tonneau »; ajoutez : jusqu'l l'œil, la bonde,

Pour expliquer un sens, on multiplie les synonymes qui l'interprètent : d/uchier est expliqué par quatre mots qui se suivent à la file; dans la même ligne amaisnitr au figuré, par cinq ; alouer., dans un sens par quatre, dans un autre par cinq ; amonter, dans iirt sens, par six ; atnanevi^ par sept !

Nous retrouverons ce manque de précision dans les classements de sens et les sous- définitions; voyez par exemple les articles aaisicr, aalir, acuenUir, ademettre, adenter, adosser., adresser, ajronur : comme on pourrait les simplifier et les rendre plus clairs avec une méthode plus rigoureuse et qui serrât de plus près la signi* fication I Tels, comme acucillir et adresser., sont absolument inextricables. L'article adresser a neuf colonnes où se déroulent, à peu près au hasard, je ne sais combien de sens et de sous-sens spéciaux. Le début est encore assez satisfaisant : t remettre i droit, rendre droit, redresser, tenir droit, relever : adrecier les ruines^ la sente det pont, les ckcvols, etc. (pourquoi ces cinq expressions pour traduire ûdrec'urf redresser tl relever suffisaient), — Réfl. se dresser, se redresser, se tenir droit, être redressé, se lever, s'élever, se soulever ^suivent des exemples pour lesquels se redresser et se relever suffisaient). — - Act. mettre dans le droit chemin, ta droite ligne. — Fig. remettre dans le droit chemin, ramener i la raison, â Tordre. — Réfl. s'adresser, rentrer dans le bon chemin, réparer ses torts, faire réparation. — Act. rendre droit, juste; régler, former instruire (tous ces sens pourraient être contenus dans une définition unique, tenir ou mettre en droit chemin). » — Jusqu'ici les sens, quoique un peu lâches, se suivaient assez

bien ; voici où commence le chaos : i Avec un régime de chose, indiquer, enseigner {adncuT la vote) ; arec un régime de personne, instruire, donner des noyvelles â, diriger par des conseils (adrescier ^^n.) ; dresser à {adrecicr ^^n. aux armes) ; avec un régime de choses, réparer, corriger, amender, faire droit à, rectifier, rétablir {adrtcier un tort, etc.); arranger, ordonner (adrecitr la bataille) ; exécuter, accomplir entièrement [jdrecier des souhahs). Avec un régime de personne, faire droit, réparation à qqn., lui rendre justice: secourir, aider, pourvoir, munir, rendre service à ; préparer, former, lever; reproduire exactement idans une traduction) ; diriger, conduire, guider, et par ext. adrecier son chemin: viser, atteindre, frapper ; adrecier en mariage, faire contracter mariage; i'adren^f, prendre le droit chemin, se diriger quelque part; approcher, parvenir, arriver, marcher, s'arranger, en parlant de choses. Neutraicment, adrecier, se diriger â, être proche de, appartenir â, venir à bout de, réussir; adrecier ^, s'adresser à. ■ Telles sont les définitions des sous-sens dans Tordre du dictionnaire, et nous avons simplifié Tarlicle en supprimant des significations secondaires peu importantes. Et ce n'est pas tout ; car après le verbe vient le participe avec ses significations multiples et aussi incohérentes que celles du verbe, Grice à cette absence de méthode, les mêmes sens se trouvent épars au commencement, au milieu et à la fin de l'article. Adrece-mei en dreit sentier se trouve dans la col. i ; U Tyois i'adrescierent tout droit vers Niijue se trouve à la colonne 7, et Sj doC' trine mui adrecet en la voie de pais^ i la colonne 6. Et ces trois exemples qui offrent le même sens sont séparés par je ne sais combien de sens différents, sans aucun rapport avec eux.

Voyez encore adosser : 4 mettre X dos, renverser sur ie dos, en général renverser, jeter par terre, faire tomber. — Poursuivre (lisez : presser qqn. par derrière). — Appuyer, garnir, tapisser. — Abandonner, quitter jeter. — Adossi^ placé derrière le dos. — Protégé, mis à couvert par. 1 Quels rapports entre ces divers sens ? Ils se réduisent tous cependant à quelques sens simples : renverser sur le dos^ d'où par ext. abattre ; appuyer sur le dos, d'ofi appliquer ; tourner le dos, d'où abandonner, et, par extension, d'un côté, jeter derrière le dos ; de l'autre presser de près qqn. qui fuit, tourne le dos.

Il y a dans toute cette partie du dictionnaire un défaut de rigueur qui sera vivement senti par les lecteurs. Reconnaissons toutefois que pour nombre de 'iigniScations de détail, les définitions sont données avec netteté et témoignent d'une connaissance réelle de b langue.

Nous arrivons maintenant aux exemples. Avec te matériel des mots, les exemples forment la partie la plus riche, la plus neuve du dictionnaire. On ne se lasse pas d'admirer la richesse de la lecture, l'abondance inouïe des citations. Pour tel mol rire où les plus habiles et les plus compétents auraient à peine fourni un ou deux exemples, M. Godefroy en apporte les mains pleines et les sème avec une véritable profusion. Les éloges que nous donnions plus haut i la nomenclature» nous n'avons qu'à les répéter textuellement pour les exemples. Ceux-ci, dans leur variété infinie, font passer sous nos yeux sinon complète, du moins dans une grande partie de son étendue, Timmense littérature du moyen ûge, publiée ou inédite. C'est là qu'on peut vraiment mesurer à quel labeur long et acharné l'auteur du dictionnaire a dû se livrer.

CoDEFROY, Dictionnaire de rancienne langue française 4? j

Cependant, puisque nous devons faire notre devoir de critique jusqu'au bout, il faut avouer que cette richesse devient quelquefois encombrante. Nous avons déjà fait pressentir notre avis sur ce point dans tes premières pages de cet article. Les exemples doivent servir à élucider ou à établir le sens d'un mot. Deux ou trois exemptes bien nets pour un sens doivent évidemment suffire. M. Godcfroy ne se contente pas de cela, et ne pouvant se résigner à faire un choix dans sa récolte, il la donne tout entière. Un ou deux spécimens suffiront. Soit abateii, c'est-à-dire dèaHii. M, Godefroy définit : action d'abattre, de renverser, qu'il s'agisse de choses ou de personnes (définition qui, par parenthèse, n'est pas tout à fait juste, car abattis désigne aussi bien, dans la plupart des exemples cités, la réunion d'un certain nombre de personnes, de choses abattues que l'action d'abattre). Après quoi il donne un exemple tiré de Garin U Lohtrain :

La vcissiez un grant abateis

De gens navres, de mors et de matmis.

suivi de deux ou trois variantes du même texte d'après des mss. de Paris et de Montpellier : Lavdsicz un fier abûUis^ ou moult grant abiiteis, ou .1. abattis gram. Viennent ensuite des exemples presqu'identiques ; La vassiez un abattis fier (Coronemcnt Looys)^ La vcissiez estor et fort abateis [Parise la Duchesse) et d'autres exemples d'>l//»^, de Fierabras, de Parise^ qui ne nous apprennent rien de nouveau, Est-ce tout > Nullement. Car voici venir les exemples en prose : abateys de Turcs (Contin. de G. de Tyr)^ abateis de tabernacles et de logeis iBersuirel, abattis d'hommes (Wavrin), abateis des loges (Froissart), grant abateis , abatis ùà.). Nous n'en avons pas encore fini. Voici maintenant le second sens de M. Godefroy : chose abattue, renversée, monceau de cadavres, pour lequel l'auteur donne trois exemples, sans parler d'un troisième sens (fort problématique} d'abateis^ taillis, bois fraîchement taillé, qui se trouve dans deux vers de Garin et de Ja Mort de Garin.

Arrement (atramentum)a trente-trois exemples au seul sens d'encre.

Franchement, n'y a-t-il pas ici abus.^ M. Godefroy aurait pu épargner une place qui eftl été plus utilement employée. C'est qu'il ne peut se résigner à garder pour lui un seul des exemples qu'il a réunis ; ils t'ont intéressé, chacun d'eux a son prix à ses yeux, et il croit de son devoir d'en faire profiter le lecteur. Un peu de discernement était ici à recommander.

Ce n'est pas seulement l'abondance slèriie des exemples qu'il faut blâmer. Souvent ils sont beaucoup trop longs et occupent inutilement de la place. Tels exemples qui pourraient se réduire à deux ou trois lignes s'étendent sur huit, dix, quinze, vingt et quelquefois trente lignes. Pour actionniment, action judiciaire, M. Godefroy a cet exemple: * Que les lettres d'actionnement, en cas d'appel, qui seront présentées a mondit seigneur le chancelier ou a messieurs des requestes ordinaires de l'hoslel, touchant le fait de ladite vente et du trésor et les dépendances qui toucheront le domaine dudit seigneur ou les finances extrordinaires ne soient passées ne scellées sinon que la clause qui s'ensuyt y soit au long déclarée. » Ne pourrait-on pas remplacer par quelques points de suspension toute cette longue incise depuis qui seront présentées, etc,^ jusqu'à finances extraordinaires y qui n'éclaire en aucune manière le sens propre d'aclionnement? RomâHia^ X 28

Les exemples doivent être choisis avec scrupule, et se suivre dans l'ordre des sens des mots. Au verbe amtner, Tcxemple qui donne le sens primitif [amincr un mur) vient le troisième, après deux autres vagues. — Bauicnt veut dire, à ce qu'il semble, cheval dont le pelage, de quelque couleur qu'il soit, est marqué de taches, sans doute de taches blanches. M. Godefroy traduit vaguement cheval tacheté, pie. C'était le cas de renvoyer à une bonne dissertation de M. Bœhmer [Rom. Sludun, I, 260), que nous recommandons à M. Godefroy pour les autres noms de couleurs de chevaux. Il y trouverait des exemples intéressants qu'il ne cite pas, comme celui-ci d'AUxûndrc : Les cosUs a baucens et fûuve le crépon. Parmi ceux qu'il cite.^ le premier à donner était celui d'Elie de S, aies : La teste fut bauchande et tait li quatre pUt. M. Godefroy le place après /i^u/ exe m pi es sans portée : destrier balcent et svr ; cheval baUent d'Espag/u ; cheval baazant gascon^ un (cheval) sor^ un noir et un baucent ; un noir palefroi baucent^ etc. M. Godefroy en général n'a pas apporté plus de rigueur et de précision dans le classement des exemples que dans celui des sens.

De même pour les formes grammaticales. Ainsi dans les verbes, les exemples doivent être choisis pour faire paraître sous nos yeux les variétés de formes qui affectent les conjugaisons un peu difficiles. Prenez les verbes àidur^ araïsnler^ aparhr^ et autres de ce genre : les exemples du premier sens» du sens propre, doivent déjà nous donner le tableau à peu près complet de la conjugaison, et Ton doit pouvoir suivre dans les citations la succession des formes diverses qu'amènent les déplacements de l'accent. Cette règle non plus n'a pas été rigoureusement suivie par M. Godefroy, qui classe au hasard les exemples, sans se préoccuper assez des renseignements qu'ils peuvent apporter i l'histoire de la langue*.

Cet oubli des questions grammaticales se montre encore d'autre manière. A l'arlicle altain^ M, Godefroy cite un exemple où altain est précédé d'une h manifestement aspirée \unt jesie haulamne)^ un autre où, même écrit sans h^ il n'admet pas l'élision [Karks les voit de sa saute autaigne}^ plusieurs enfin où allain admet l'élision {Trcsquen la mer cunquist la terre altaigne, Roland j j, etc.). En outre il cite deux fragments d'exemples, découpés de telle manière qu'il est impossible de savoir si derrière Torthographe attaia, il faut admettre une prononciation altain ou haltâm. L'un d'eux est frappant : me pierre autainne (Gajdon^ J929) ; il semble qu'il faille lire hautaine; point du tout : le vers complet est : Et puis porter sor une pierre autainne. — M. Godefroy, qui supprime alcun, aucun, donne alcunui, parce que cette forme a disparu ; mais il ne dit pas que akunm ne se présente jamais que comme complément indirect.

Après ces observations générales, nous avons i aborder quelques questions particulières, et d'abord le système graphique adopté dans la publication des exemples.

Nous ne pouvons aborder ici la discussion générale du meilleur systèroe de

1, [A noire avis les exemptes d'un dictionnaire ne doivent être choisis et donnés in extenso qu'au point de vue du sens des mots. Les formes variées de la déclinaison et de 1* conjugaison peuvent éire réunici en tête de l'article, avec simple renvoi aux sources. Au fond. cilM appartiennent i la grammaire. — Rid.]

GODEFROY. Dictionnaire de V ancienne langue française 4^ ç reproduclion i suivre dans l'impression de lexlcs du moyen âge. C'est une queslion sur laquelle les sentiments peuvent varier ; il faut surtout remarquer que, suivant le but qu'on se propose, telle ou telle méthode est indiquée. Une édition diplomatique peut être bonne en certains cas ; Pcmploi le plus abondant des signes diacritiques peut être utile dans certains autres. Nous n'avons ici i nous occuper que du cas spécial d'un diclîonnairc. L'auteur d'un dictionnaire, prenant ses exemples dans des manuscrits et dans des éditions conçues d'aprè> des systèmes différents, a le choix entre deux manières de faire : ou reproduire chaque passage tel qu'il le trouve dans sa source immédiate, ou adopter un système général qu*il applique à tout. La première manière amènerait une tnsupportable bigarrure ; la seconde est plus raisonnable : c'est celle qu'a suivie M. Godefroy. Nous l'approuvons également d'avoir fait des signes diacritiques un emploi très restreiit : ils peuvent être introduits avec une certaine sûreté dans un texte spécial dont l'éditeur a déterminé la date et la provenance ; ils ne pouvaient être appliqués â des citations qui vont du IX' siècle au XVI". Le seul que i'auteur du Dictionnaire ait admis (outre la distinction de u et v, i et j] •, c'est l'accent aigu sur \'t final accentué ; cela peut en efTet se soutenir, mais ce qui est fort peu logique, c'est de ne pas mettre l'accent sur ce même e final quand il est suivi d'i : toutes les raisons qui conseillent d'imprimer bontè^ chanté ^ de engagent également à imprimer bontii^ chantes^ dis. Nous pourrions faire plus de réserves sur l'emploi de l'apostrophe. La ponctuation était indispensable plus qu'ailleurs dans ces petits morceaux fragmentaires où le contexte général n'aide pas l'intelligence ; celle de M. Godefroy est bien conçue, mais dans l'exécution laisse souvent ï désirer.

Comment M. Godefroy a-t-il reproduit matérielIcmeTit les textes qu'il cite ^ Généralement, sembte-i-il, avec assez de soin. lî se rencontre cependant, dans la masse énorme de ses e.temples, beaucoup d'inexactitudes, soit que M. Godefroy ait admis sans le corriger un texte ms. ou imprimé défectueux, soit qu'il se soit trompé dans ta reproduclion d'un texte exact. Quelques-unes des fautes que nous signalons doivent aussi être attribuées i l'imprimeur.

a : page }, col, j, n. 2 : « î<i voi: grande halte^ lire grand e halte. — ^ page 6, col. i , ligne 6 : Set dis pas..., lire di. — aaise : a uls qu'ils trouvtnt demandèrent Ou ert dans abes^ s'ert en aiese ; lire i! et aise : cet exemple ne doit pas figurer â aaise. — aatie ; premier exemple qu'il on lourni ; lire ont. — Ibid., avant-dernier exemple : en ul ost ... hardie, lire celé. — abondas : [règne) E nehe e belt et delitable E plenteif e ahundos (Benoît). Pourquoi laisser belc? — abonni : dernier exemple, Hes Hue Chapet endementres. Qui d'Or liens lent laduchei, Fisttant ... Qu'i! fu, etc. (Guiarl, Roy. iign.) Que veut dire ce Hes? îl est sans doute pour Mes. —Jibosmer^ page 29, fin de la colonne 2 ; Comme, ceus qui paour uion/ic (Guiart, Roy. Iign.), Wreque ou eut. — ahrastr, 1, fin : de smaragde et sardome ; sans doute et de sardoine. — abrivê^ ex. de Brun de la Montagne, changer sir en sire. — achesmes, ex. de Le Maire de Belges, p. 48, coL 3, en

I. (A notre avis, ta distinction de c tt ç, g et g, est aussi utile et en généra? aussf sftre que celles-là. Sur d'autres points encore nous croyons que M. G. aurait pu faiic plus. — Rtd.]

haut, tifs peu heureux femmes, lire heureuses. — acop, dernier mot de la col. i, fj, lire si. — adesirir : pourquoi laisser l'abréviation Cw, c'est-à-dire Cucnes., au milieu du vers? — adcvaler : espaules qt point n'encraiçount^ lire encruco'uni (variantes : encrucqiioitni^ encruncoient). — adevtnal : ex. de Cltomades : car il n'est blans, etc., lire en. Dans l'exemple àc Froissart fScheler, I, 9j), mettre des points après le second vers pour indiquer la suppression de deux vers. — aditer : lire en pour est dans l'exemple du &es,inl de Dieu. — Un peu plus loin, au bas de la cclonnCj <fa'avoye perdu et adirée, lire avoy. — Peut-on laisser les vers faux qui lermincnt les colonnes i et 2 de la page 107 (art. adùmesgtr et adonc}} — adonner^ ex. du Roman des Eks : roeltre deux points après regarde ivers 2)^ et le reste jusqu'à povre entre guillemets, ou séparer ce n'adonne; autrement cette longue citation est inintelligible. — adosser, 2* exemple en vers, vers 2 faux. — aente : etsi, lire et si. — Ibid., Or m'en merveille dont vos est pris Chts maus..., lire merveil. — aentrer : Set et que l'ait ^ p^r Joi, ele non ; lire el non. — aerJre : Ne voloit te tanz perde; Wrc perdre. — âhucier., fausse leçon, vers faux ; lire hucter. — ainZj page 192, col. i: Ne sa huntc ne quur, cùnz sa grant honur (Garnier de P. Ste-Max.), vers faux, lire ainz voit. — aie, 2, premier exemple : tête, lire tele. — alongir : Ramedieus, lire Damedieus. — amie : tolue, lire loin. — aparer : fillette ... Veutt estrc aujourd'hui mariée El a ung maste apparee ; lire appariée. — aterminer, p. 474, col. 1, ligne 2 : vers faux, lire corne. — avtnturcUt : le vers 2 de l'exemple est inintelligible dans sa première partie, — betizor : kl avîet corps, Wrc avret, — etc. etc.

Ces fautes sont relevées au hasard dans le dictionnaire, plus particulièrement dans les premières feuilles ; elles sont un peu trop nombreuses. M. Godefroy fera bien de veiller avec soin à la correction des textes, et de les faire vérifier â plusieurs reprises ; il serait tout à fait fâcheux que des fautes et des négligences de ce genre missent le lecteur en défiance, et enlevassent â ses citations l'autorité qu'elles méritent en général.

M. Godefroy cite volontiers ses exemples d'après les manuscrits, en indiquant les folios : cela est bien quand les ouvrages ne sont pas imprimés ; mais s'ils sont publiés, il vaut mieux faire les citations d'après les éditions en indiquant la page et les vers; car on permet aux lecteurs de vérifier l'exemple, d'étudier le contexte et de préciser ainsi la signification. M, Godefroy ne suit pas assez, strictement celte règle. Ainsi il cite généralement le Roman de la Rose d'après les manuscrits de Paris et de Rome (manuscrits Corsini, du Vatican, etc.). Pourquoi ne pas le citer simplement d'après Méon ? A aaisier ex. de la Rose d'après le ms. Corsini, (ol. 18; lisez Méon 2489-90; i acordance, ex. d'après le ms. Corsini et le ms. Val. Ott. 1212; lisez Méon 48^-6. Dans certains cas, il est intéressant de rappeler des variantes, par exemple i acon^ siyn: La nature naconsurr ont, Rosc^ Vat.^ Ott. 1226; aconsuuont, ibid. Val. Chr, i$22, \o^i\aconsuura\'zï. Chr. )8j8, >j8b. Le lecteur serait pourtant aise de trouver un renvoi i Méon. Mais pour baiserie., pourquoi ne pas citer tout bonnement les deux vers de Méon: Et tor Jonront si grans cokes De baiseries, d'acolces <i 1676-77}? et à quoi bon donner après la citation du ms. de la B. N. 1573, f" 92a, qui porte beseries, les variantes De baiseries, à'acolees (Val. Chr. (522 f« 7odl, De baysencs (ib. Corsini, 7? z)^De basenes (ibid. Vat

GODEFROY, Dictionnaire de l*ancienne langue française 4^ Chr. i8}8, 9J c]f Un peu plus loin, il y a un article à part pour la variante besir : EU 01 la boche petitesu Et por besir son ami preste^ variante citée d'après le ms. de Lausanne. On serait bien aise de voir un renvoi au texte de Méon : Et por nAFSiEn son ami preste (vers 85 j ), et de s'assurer que la leçon baiur ou besir n'est due qu'i une faute de copiste. Il est vrai qu'en ce cas particulier, M. Godcfroy n'a pas même le druil de citer la vraie forme haîsier; car de par le plan qu'il s*est imposé, baisier s'étanl maintenu dans la langue moderne sous la forme baiser^ n'a pas droit de cité dans le présent dictionnaire. Bizarre conséquence de la méthode suivie, qui exclut la forme française et consacre par un article spécial une faute de copiste.

Nous pourrions relever nombre de citations de ce genre : il n'est guère de page du dictionnaire qui ne nous offre un exemple. Nous nous bornerons à quelques faits. Abc : ttre en abi de, désirer ardemment de ; exemple du Vrai antl, d'après Richelieu, 25^66, f* 226 v" ; pourquoi ne pas citer d'après le texte de Tobler, p. 1^, v. ^6^-7, que M. Godefroy a eu certainement sous les yeux.? car, comme M. Tobler, il cite à l'appuj de cette expression le même exemple de Jean de Condé (édit. Scheler, H, 22^, v. 59, il le cite inexactement d'ailleurs, et avec une faute de renvoi),

Aûisur : Qui ...me bdisast Entre ses bras et m'aaisasi {Dt Jouglet, Richelieu, 8j7, f» 1 16 d). 11 serait plus simple de lire, Montaiglon et Raynaud, Fabliaux, IV, p. 117, v. 174-17^, — Ne se poount aatsier Ne d'âççter ne de bamer {Du Vair palefroi, Richelieu, 857, fol. 349c). Citez également Méon, I, 17», et Montaiglon, I, ?».

Aemplir : Atmplissons la prophecie (Gerv., Best., Brit. Mus. Add. 1 j6o6, f» 87). Citez simplement d'après le texte publié par M. Paul Meyer, Romania, I, p. 428,

Agaititr : pechic Qui me cuide avoir aguetti (La Hoace parue, Richelieu, 8^7. I ^ ! b). Voilà un texte qui a été publié plusieurs fois, par Méon, par Raynouard, dans Legrand d'Aussy, par Bartsch, par Montaiglon ; il était bien facile de renvoyer à une de ces éditions.

Ahochier : Mes son soupeït: ahocha A un pel (Estula, Richelieu, 837, f" 228) ; mettez Barbazan, 111; Méon, lit, J97 ; Montaiglon et Raynaud, IV, 91.

La page qui suit cet article est typique. J'y vois successivement l'article ahoge avec des citations de trois mss. du Brut de Wace sans aucun renvoi au texte de Le Roux de Lincy, II, p. 1 ^o, vers 2 ; l'article ahonir avec un exempte du Court Mantcl d'après le ms. de la B, N. i ^9^, f« 114 ; renvoyer à Fr. Michel dans F. Wolf, Ueber die Lais, ou à Montaiglon et Raynaud, III, 1 j, v. 587, variante; ahonlagier, avec trois citations de la Rose d'après les mss. que nous avons vus plus haut, une citation du dit de Leesse, d'après Vat. Chr. 1 ^19, ^73 : on pouvait renvoyer au texte publié par Keiler, Romvart ; ahonter avec des citations de la Rosi, du Content liou monde, de Cace de la Bigne, de Charles d'Orléans, des Lobcrïms, d'après les mss , alors que tous ces textes sont publiés.

Je viens de citer le Rorm'arl de Keiler; il est à remarquer que nombre de passages indiqués comme cités d'après les manuscrits du Vatican font partie d'extraits publiés par Keiler dans le Romvart, précisément d'après ces mêmes manuscrits. A adevaler, je vois un exemple avec cette indication : Ane, pois.

/f,j/if., Vat. Christ. 1490, 1' 132 V ; le passage esl pris à ICcller: qui reconnaîtrait derrière cette citalion et cet extrait d'un ms. de Christine de Suède deux vers d'Adam de la Halle, deux- vers du Jeu de ta Femtléc? N'y a-l-il pas li de quoi dérouler le lecteur? Pourquoi ne pas renvoyer tout bonnement au Romvart ? Quelquefois M. Godefroy indique i la fois l'édition et les manuscrits. J'ai en ce moment le dictionnaire ouvert à la page 320, et |e vois à l'art, aparcni adj. six exemples consécutifs lires du Froissart de M. Luce : le i" sans autre indication ; le 2" avec la note ms. Amiens fol. 27 v"; le 3' avec la note ms. Rome; le 4* avec la note ms. Rome fol. 94 ; le ^«sans indicalion; le 6« avec la note ms. Amiens. A quoi servent ces additions? à indiquer que M. Godefroy s'est donné la peine dcJ vérifier ces leçons sur les mss. ? Pourquoi alors le folio n'est-il pas indiqué aui n" 3 et 6, qui reportent à des mss. ? N'est-ce pas plutôt que M. Godefroy a pris ces indications dans le texte même de M. LuceP à quoi bon ?

Je ne nie pas que dans quelques cas M. Godefroy n'ait dépouillé des mss. qui ont été publiés plus lard. Ses premières recherches remontent à 184^ ou 1850; et dans la rédaction définilivedu dictionnaire, il a conservé pour les exemples tirés de ces mss. l'indication des sources telle qu'il l'avait donnée â l'origine; cela est fort légitime. Mais dans d'autres cas, comme dans certains des exemples cités plus haut, la publication des textes était anténeure à ses recherches, et dans d'autres certainement il n'a connu les mss. que par les éditions. Il faut bien avouer qu'au fond de tout cela il y a un secret désir de paraître avoir consulté beaucoup plus de mss. qu'il n'en a été vu. Cependant M. Godefroy esl assez riche de son propre fonds, cl son dictionnaire met en circulation assez de documents inédits pour que le simple tableau et l'exposé exact de ses recherches personnelles dans les mss. lui fasse le plus grand honneur. Quand il cite d'après des textes imprimés, qu'il indique donc simplement l'édition, en donnant au lecteur les moyens de contrôler ses citations.

J'ai voulu quelquefois, dans ces derniers cas, vérifier les exemples, et j'ai trouvé les indications en défaut. Page 6^ col. :, Sus U uste a iranchierj ex. de Cuvelicr, Du Gucsclin^ 1, 217; Sus â perdre le cors (id., ibid.); je n'ai pas trouvé les exemples aux pages indiquées; — ûa'tsier, Perceval, ms. Mons, p. 132, Potvin. Je ne vois nen de pareil à la page 132 de l'étude de Polvin sur le ms. de Mons (bibliogr. deChrestien dcTroycs) ni de son édition du Perccval ; — adestrer {Dohpatos, 9S34). renvoi inexact ; — aplaignur^ Rose, Méon, 697, lire 6970 ; — adciir, et ailleurs, renvois à Benoit, Chronique ; confusion constante quant à la tomaison; — adevûkr^ Percevaf, ms, Berne, 106c (et de même en plusieurs endroits) ; indication insuffisante. Quel esl le ms, indiqué, le ms. 113 ou le ms. 1 ^4 ? tous les deux contiennent un Pacevaî.

Quand M. Godefroy cite des exemples en vers d'après les éditions, il renvoie généralement au premier vers de la citalion. >laî,dans un exemple de Guillaume de PûUrne^ est renvoyé au vers ^607 de l'édition de Michelant : la citation a treize vers et le mot aas se trouve seulement au vers 7 de la citation, c'esl-i-dire au vers 5612. Ainsi encore à aduugier^ le lecteur est renvoyé au vers 1419, lisez 1421, des Set dormam de Chardry (éd. Koch) ; afaitcmtnt , « Wace, Brut, 270^ L. de Lincy u, lire 2706 ; 1 Rou, 2919, Andresen *, lire 2-y2o;afaUii, «« Benoît, Ducs de Normandie fllf 10843 »j''fe Ï084S ; <»/, « Mousket, CAronif ue, joiSj,

GODEFROY, Dictionnaire de Vancienne langue française 459 ReifF. », lire 30188 ; apaint^ c Dolopatos^ 12670 », lire 12674. ^^ système, qui manque de rigueur, n'est pas sans présenter des inconvénients. Le renvoi doit indiquer soit les numéros du premier et du dernier vers cité, soit le numéro du vers contenant le mot pour lequel est cité l'exemple.

Une dernière observation sur ce point. Pour un certain nombre d'exemples, on voudrait une indication plus précise de l'époque à laquelle ils appartiennent. Il ne faut pas oublier que les exemples s'étendent sur une durée de six siècles, et plus d'un texte, surtout des textes anonymes, sont assez peu connus pour que le lecteur ignore absolument à quelle époque les rapporter. De quelle époque est le Kalend. des bcrg. cité à alongir? le fragment du Cartulaire de la Frairie de la Halle des dras de Valenciennes cité à ajuchit ? etc. Il y a là une lacune que je signale à l'attention de M. Godefroy.

Arrivé à la fin de ce compte-rendu, trop long pour le lecteur, trop court pour la matière (car bien des observations de détail ont dû être écartées), nous terminons en émettant le vœu que M. Godefroy poursuive courageusement son œuvre, en la perfectionnant, mais sans la ralentir. Il est de l'intérêt de ces études qui nous sont .si chères que le monument élevé par M. Godefroy à la langue nationale soit le plus tôt possible achevé. Le Dictionnaire de l'ancienne langue française paraît sous le patronage du ministère de l'Instruction publique; celui-ci tiendra à honneur de voir mener à bonne fin une œuvre aussi vaste et d'un intérêt aussi généraM.

Arsène Darmesteter.

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