‹ Romania (volume 2)Chapitre 210 sur 282 · CONTE EN VERS DU XIV" SIËCLE · texte numérisé non relu

CONTE EN VERS DU XIV" SIËCLE

Le tome second du manuscrit n« Î77 de la bibliothèque de Carpentras peut passer, malgré la grave mutilation qui le dépare ^99 feuillets), pour un des plus précieux recueils d'ancienne littérature catalane qui nous aient été conservés. Signalé depuis 1 802 à l'attention du public par Texcelleni catalogue de C. G. A. Lambert, c'est seulement dans ces dernières années que trois érudits ont entrepris d'en extraire quelques textes jusqu'alors inédits. En 1876, M. Mussafia nous donnait, d'après une copie prise par M, W. Foerster, la version rimée du roman des Sept Sages'. Il serait banal de louer cette publication, digne à tous égards des travaux antérieurs de l'éminent professeur de Vienne -. rappelons seulement que M. Mussafia Ta enrichie d'une étude philologique admirablement ordonnée, qui désormais servira de base à tout travail sur l'ancienne langue catalane. L'année suivante M. W. Foerster publiait l'amusant dialogue d^En Buch et de son cheval *. De son côté Don Mariano Aguilô y Fuster reproduisait avec un grand luxe typographique, dans son Cançoner de Us obretcs mes diviilgades en nostra lengua materna durant los segles XIV, XV e XVl^ deux morceaux de notre manuscrit : le Libre dels mariners et le long poème de Turraeda î (articles 9* et 1 2" de la description de Lambert). Pour compléter ces indications bibliographiques il convient encore de rappeler que M. MM y Fontanals a fait connaître de longs passages du roman de Torrella dont un fragment

1. Dû catalanische mttrischt Version dtrSitbtn Wtistn Meister, yicnnc, 1876, in-4*. Tiré i part du tome XXV des Mémoires de l'Académie de Vienne

2. Zeitschrift fur lomanische Philologie^ l. I (1877), p. 79 et suiv.

j . L'impression de ce poème n'est pas encore entièrement terminée : du moins je n'en ai vu que les quatre premières feuilles, soit 120 couplets.

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occupe les premières pages, malheureusement 1res mutilées, du manuscrit de Carpentras ' .

Tout ce qui reste d'inédit dans le précieux recueil de la bibliothèque d'Inguimbert mérite d'être publié. Aujourd'hui^ je commence par un conte en vers octosy lia biques | selon notre manière française de compter) et à rimes plates. Cette forme de versification, qui paraît avoir joui d'un grand succès dans les pays de langue catalane au xm", au xiv* et au xv^ siècle, a été adoptée surtout pour deux genres : la poésie narrative et la poésie morale. Au premier genre, plus spécialement désigné sous le nom de novcs rimades, appartiennent par exemple le Blandln de Corttouailles publié par M. P. Meyer^, plusieurs ouvrages du ms. de Carpentras. tels que les Sde Savis, le poème de Torrella, la dispute d'En Buch et de son cheval, le Libre dels manneTsel notre conte, puis d'autres productions de la même époque ou postérieures décrites par M. Mili. La poésie morale est représentée entre autres par diverses œuvres de Ramon Lull, Lo dictât de Ranton, Vaplicaçiô de l'art gênerai^ La medicina del peccat î, une série de préceptes moraux intÎTulés Proverbis et attribués avec raison au philosophe de Palma*, puis le Fasset du manuscrit de Carpentras,

Le conte rimé, que le scribe a transcrit sans lui donner de titre, d'où !a nécessité d'en forger un. L'amant, la femme et le confesseur, ce conte a été l'objet d'une coune notice de Lambert, qui en a transcrit également les dix-sept premiers vers. « L'auteur n [sic], dit Lambert, « i^uî habite Matarâ en Catalogne, se lamente de ce qu'après plus de six ans de soins pour se faire aimer d'une dame, elle avait, contre toute espérance, changé de sentiments à son égard ». Il y a là une petite inexactitude qu'il importe de relever, d^autant plus qu'elle a passé dans l'étude déjà citée de M. MiU <. Nulle part le héros du conte, le chevalier, car c'est à cette classe de la société qu'appartenait notre amant, n'est désigné comme habitant Matar6. La vérité est qu'il se nomme lui-même ou se fait nommer En Matera (v. 387 et 905) et En Matarâ |v. 443). Que ce nom soit identique à celui de la petite ville maritime de la province de Barcelone» c'est ce qu'on peut facilement admettre, mais il n'y a pas à en conclure que le porteur dudii nom ait été originaire de Matard ou y ait résidé. On chercherait d'ailleurs vainement à localiser cette historiette ; du moins

t. Poita ciitahm. La novts rimaJts. — La codolada, par Manuel Mild y Fontanals. Montpellier, 1876, p. 8 et suiv.

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