‹ Romania (volume 2)Chapitre 211 sur 282 · Romama, t. Il, d. 170 et suiv · texte numérisé non relu

Romama, t. Il, d. 170 et suiv

j. ObriU nmadas de Ramon Lull (éd. Rosselln), p. 568, 384 et 424.

4. Ces proverhis, copiés par M. A. Slickncy dans un ms. de l'Ambrosienne, seront, je respire, prochainement publiés dans la Romania.

j. PoHis catalans j p. 8.

je rien découvert qui permette d'indiquer un lieu plutôt qu'un autre de Catalogne ou des Baléares comme le théâtre possible des mésaventures d'En Mater6. Dans cette même notice Lambert dit que l'amant attribue l'inconstance de sa dame « aux conseils d'un confesseur qui parait appartenir au couvent des Auguslinsde cette ville » tMalarô). Ce sont sans doute les vers 887 et suiv.

Que nols mana (aux religieux) Sent Agosti

Que cis visquessen de rrapma,

Mas en pobrea t diciplina

E sens rraubar e sens far tort,

qui ont donné à Lambert l'idée que les religieux visés dans la plainte d'En Maier<5 devaient être des Augustins. Il semble toutefois que cette allusion à saint Augustin ne suffît pas pour charger les religieux de cet ordre des infractions à la règle que notre galant chevalier reproche à ses ennemis personnels. Comme chez nous iqu'on pense à nos Cordeliersîi, ce sont les religieux franciscains qui ont été dans les pays catalans le plus souvent en butte à de telles accusations ' . Confesseurs zélés, prédicateurs populaires, assez aimés des petites gens, il leur arrivait parfois d'enfreindre certain précepte du décalogue et de mériter ainsi de graves censures, voire même des coups de bâton. Pour ne citer qu'un exemple, c'est un fra mtnor qui « se voulait pievk n de la femme d'En Bernât Serradell de Vich, pendant que le malheureux en était à se confesser et à dicter son testament '. Il est vrai que le séducteur reçut le châtiment dû à sa lubricité et que la femme vertueuse sut évitera son mari l'agrément d'être fait, selon sa jolie expression, « capitaine de Cervellô » «.

Notre conte, si je ne m'en exagère pas le mérite, me semble passablement tourné. L'auteur, cela se voit à sa langue et à certaines formules, avait quelque pratique de la littérature provençale. Il a réussi à rendre vivante la cam amigHy forme déjà bien accusée du type qui plus tard deviendra la Célesîine; le fira Père aussi n'est pas mal venu, et l'habile

i. N'est-ce pas le cas aussi de rappeler les Cordtlurs de Catalogne de Lafonlaine?

2. Voyez le Tesiamtnî d'En Bernai Scrraditl de Vick, dans le Cançonet d'Aguilô (Barcelone, 1873), composition qui semble avoir été faite à l'imitation des tcstaminls de la poésie française du XV* siècle. Dans ses Potta catalans (p. 4^1) M. Mila dit que c D Andr^s de Balaguer a découvert dernièrement que le véritable auteur du Testament était Frare Bernai de Vinclera, et a coniecluré, avec beaucoup de vraisemblance, que le livre a été imprimé avant [790 » Pour rendre celte conjecture tout à fait vraisemblable, il suffisait d'ouvrir \'Eiisayo de una bibUoUca csoahola de Gaîlardo, 3u lome II, col- 540, où se trouve consignée une édition audit Tirstament^ de Barcelone, 1J15, acquise vers la même époque par Ferdinand Colomb et qui se trouve peut-être encore â la Coiombine.

\. Les armes parlantes de ce petit bourg de Catalogne ne sauraient être qu une tête de cerf munie de ses appendices.

retraite qu*il opère, après sa déclaration manquée, dénote chez l'auteur un certain sentiment des nuances rare au moyen âge.

Voici une brève analyse du conte à l'usage de ceux que pourrait rebuter la lecture de ces neuf cents vers d^un style parfois un peu lourd et obscur.

Le chevalier En Materd se lamente, il se trouve plus à plaindre que Flore ', Tristan et Jaufre. Après « six ans et plus » desoins empressés, de cour assidue et respectueuse, au moment c où il pensait avoir conduit son plaît à bonne fin », sa belle lui tourne le dos, (c tout cela pour un méchant confesseur w, et notre homme part de là pour invectiver non pas rindividu seulement qui lui a ravi son bonheur, mais l'espèce tout entière. « Au beau temps d'avril, qui est un temps doux et gentil », Mater6, passant un jour devant la maison où vît celle qu'il aime, trouve <i close la fenêtre où il soûlait voir clarté qui dans son cœur se réfléchissait. — Allons-nous-en *•, dit-il à son compagnon, « nous ne ferons nul profil aujourd'hui n. plein de rage il va trouver une cara amiga qui déjà lui avait rendu de bons services, et lui conte ses peines. Vamiga se charge « de savoir ce qui en est de Taffaire ». Elle va et revient au bout d'un temps que Materô trouve fort long. Sa « figure triste et changée »> témoigne assez du fâcheux résultat de la visite. « Vous ne pouvez y donner aucun conseil ni personne au monde », dit la confidente, pourtant 'X ne désespérez pas encore, car femme change son vouloir pour maintes raisons qu*on ne sait pas » . Voici ce qui est arrivé. Vamig<i a été reçue par la dame dans sa chambre. Quelle n'a pas été sa surprise en la trouvant vêtue d'une robe sombre, avec un voile sur la tête et des patenôtres au cou. Son air contrit non moins que son costume dénote que sa vie vient d'être troublée par quelque grave événement. Questionnée par Vamiga qui lui apprend le motif de sa venue et la supplie d'être plus compatissante envers celui « qui est plus à elle qu'à luimême », la dame dévoile te secret de cette subite transformation. Frère Pierre, « d'un ordre qui est près d'ici », est venu lui rendre visite, et, après avoir fait sortir le » corn pain r» qui l'escortait, s'est mis en devoir de la confesser, a Qui donc est cet Kn Mater<5 qu'on voit si souvent passer par ici ? » lui demande le bon père. « On dit qu*il est amoureux de vous et que vous-même l'aimez » . Bien plus : « vous recevez de lui des joyaux et anneaux et d'autres joyaux plus cachés i». La dame se récrie : elle n'a reçu du chevalier aucun présent ; quant à l'empêcher de passer dans sa rue, de « la regarder avant tous les autres » et même de la chanter dans ses chansons, elle ne !e peut, puisqu'il ne touche pas à son honneur et ne t'oiTense en rien. Mais le religieux est plus exigeant.

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