‹ Romania (volume 2)Chapitre 212 sur 282 · I. Paru dans le texte est évidemment un lapsus · texte numérisé non relu

I. Paru dans le texte est évidemment un lapsus

« Le diable vous a échauffée », dil-il, « et vous allez perdre votre réputation pour un mauvais homme qui ne cherche que votre honte ». Ces fils de chevaliers sont aussi orgueilleux que méchants ; pour faire croire à de bonnes fortunes, ils n'hésiteront pas à compromettre les femmes les plus vertueuses. D'ailleurs ils ne sont pas seuls coupables, Vous, belles dames, « avec voire front luisant et votre tête gentiment peignée et votre poitrine trop bien présentée »», vous faites tourner la tête à tous, el<, dit le père, qui commence à passer du général au particulier, « je ne m'étonne point si vous les faites pécher, car je vous jure par l'habit que je porte, que si vous le vouhez bien, vous pourriez tant dire et tant faire que je laisserais Tordre pour faire votre bon plaisir », Le religieux détaille avec complaisance et compétence les grâces de sa pénitente et lui démontre par des arguments très forts qu'amour de religieux est aussi efficace et plus sûr qu'amour de chevalier. « Je vous prouverai, par ma foi, qu'il vaut mieux m'aimer que les autres. Vous n'en aurez ni blâme ni ennui et on ne pourra pas vous mal juger, car sous prétexte de vous visiter, je viendrai ici en grand secret, et ainsi les mauvaises gens n'auront aucune mauvaise pensée ». Et puis le cœur est chaud si l'habit est froid. « J'ai beau porter un habit trop ample et ma! taillé, j'ai le cœur plus brûlant que d'autres mieux vêtus ». Enfin la raison décisive : « Avec moi point de péché, puisque je les absous », La belle dame n'est nullement disposée à se laisser séduire par l'éloquence de Fra Père ; elle ne veut ni de son amour discret ni de ses accommodements avec le ciel. Le confesseur, assez déconvenu, et qui s'attendait à autre chose, ne perd pourtant pas la tête. Il a, dit-il, voulu la tenter pour mieux connaître le fond de sa pensée ; il n'y a pas là de quoi s'émouvoir, c'est une petite ruse innocente que peut se permettre un confesseur. Maintenant il sait à quoi s'en tenir : qu'elle confesse donc ses péchés véniels (car elle ne saurait en avoir commis de mortels), qu'elle se garde à l'avenir de toute coquetterie, de trop de recherche dans sa parure, et il l'absoudra. On s'arrange, la pénitente promet de ne rien faire qui puisse lui attirer les regards et les déclarations du chevalier ; le frère lui donne l'absolution et s'en va. A Vamiga qui vient d'écouter ce récit la dame affirme sa volonté bien arrêtée de suivre les conseils de Fra Père et la prie de dire à Materé qu'en continuant sa cour « il travaillerait en vain, ce que nul homme sensé ne peut faire ». Vjmiga a beau se lamenter, flatter la femme, injurier le religieux, montrer que la pénitence imposée n'est qu'une vengeance du refus qu'il a essuyé, louer et plaindre Mater6 : rien n'y fait. Elle part pour rendre compte au chevalier de sa mission ; mais en roule voici qu'elle rencontre le frère et son compagnon. Furieuse, elle se précipite sur le premier et le maltraite de la belle façon. Le compagnon vient au secours du confesseur et aurait fait un mauvais parti à

Vdmiga, si deux enamorati passant par là n'avaient pris sous leur protection la terrible messagère d'amour. Le poème finit comme il a commencé, par les plaintes araères de l'infortuné Matera.

La langue du conte de Materô a un grand air de parenté avec celle des autres morceaux en vers ociosyllabiques du manuscrit de Carpentras, notamment les Sete Savis, VEn Bach et le F as set , peut-être toutes ces compositions ont-elles un même auteur. Il ne me semble toutefois pas prudent de discuter la question avant d'avoir fait connaître tout l'inédit du recueil. La phonétique ni les flexions de notre texte n'otîrent rien de bien remarquable; je me contente de renvoyer le lecteur à Tintroduction des Sete Savis, où il trouvera l'explication de la plupart des particularités de ce dialecte ; d'autres sont relevées dans les notes qu'on pourra lire au bas du texte. J'ai de plus donné la liste des mots qui m'ont paru nouveaux ou tout au moins rares.

Le vers octosyllabique est traité ici à peu près comme dans les trois autres poèmes cités. Les fmales masculines l'emportent de beaucoup sur les féminines : celles-ci riment toujours parfaitement ; au contraire dans les finales masculines la rime n'est pas toujours pure. Il est vrai qu'un certain nombre de ces assonances sont plus apparentes que réelles. Ainsi des fins de vers telles que es : parlers ( 194- 19 5), aporîats : fas (1 61-162), fas : saptats 1226-2271, pecas : cars (j 77-57^1 • basUs : cars {817-818], entendre : pendra (866-867I, sont bien de véritables rimes. La terminaison ers, pluriel de substantifs ou adjectifs en arius^ est constamment réduite dans la prose èl la poésie catalane à es ; je crois donc qu'au vers 19J il faut prononcer parles. De même le îs de la 2' pers. pi. des verbes devant a ei e est si souvent remplacé dans l'écriture par une s simple qu'on doit admettre dès une époque ancienne une tendance à supprimer le t dans la prononciation. Dans te ms. de Poblet de la chronique de Jacme l*"" qui date de 1 ^4; (voir l'éd. de la Bibi catalana) on trouve par exemple vingues pour yirtguets (p. ^'^), fosses p. fossets (p. 84), respones p. responcls^ dixes p. dixets^ esquivas p. esquivats (p. \ 2 j\ agitas p. gitan \p. 176), faças p. façats (p. 177). Ici même nous avons sabes pour sabcts (v. 740 et 748), /« p. fets {w. 582] et les fins de vers près : irobt'S p. trobets (v. 240-241'. Ainsi fas a pu rimer parfaitement avec aporîats et sapiats. Dans cars, Vr a été ajouté : la forme cas était aussi usitée que l'autre. Enfin pendre et entendra riment, car avant ou après la tonique les scribes catalans écrivaient continuellement a pour t' et e pour a. — Ces cas écartés, reste une série de véritables assonances. On doit distinguer, comme dans les Sete Savis, plusieurs cas :

I . La consonne qui suit la voyelle accentuée diffère : afany : gran (246- 247), estech : net 1270-271), complu : dich (475-474), pensar * celât (541-^2), sentit : inich l59$-$96), pinzel : almtU ($oi-$02).

2. Une consonne assonne avec deux consonnes, ou deux consonnes assonnent avec trois :

Piments : sens (29-30), any : aymans (12 j- 124), comenets : mantinenU (204-205), seny : dticononamenl (2^6-217), engany : auant (481- 482), continent : seny {^oç^\ io), conf essor : jocorj (567-^68), lats : bras (î9 1-592), homsts : vels {62]-624],sagrament ; en (688-689], marrment : seny (7J4"7S$)» ^^^ ' àupîant (756-757), sercant : dan [yj^-yy^) ^ seny : trebeltment (825-824), grans : cars (527-528).

5 . La diphtongue assonne avec la voyelle suivie d'une consonne :

Crey : conseil (228-229), altruy : bruyli ^5 j^-sjô). Dans gays : atreial (125-126), le cas est plus compliqué, la diphtongue étant suivie d'une consonne.

4. La voyelle assonne avec une diphtongue, ou la voyelle suivie d'une consonne avec une diphtongue suivie de la même consonne :

Pc\is : confes (j 80-3 81)^ teyai : saut (343-344), mal : saul (704-70 j

et 73<^-727).

Le conte est écrit en vers à rimes plates, mais il arrive parfois qu'au lieu d'avoir deux vers sur la même rime (ou assonance), on en a trois, quatre, cinq, six ou sepL Voici le relevé de ces séries de plus de deux vers sur une même rime ou assonance :

1 23-128 iiny : aymans : gays : atretal : far : alegrar,

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