LA FARCE DES TROIS COMMÈRRS
La farce est un genre d'origine française dont les premiers débuts semblent reraomer à la fin du xni* siècle ' . C'est surtout au xv* et au XVI' siècle qu'il a été cultivé. Mais, comme il arrive ordinairement des compositions destinées à l'amusement du peuple, il ne nous est parvenu, soit en manuscrit, soit surtout en des imprimés de toute rareté, qu'un nombre relativement très restreint de ces pièces populaires. Celle que nous a conservée le ms. de Turin a pour premier mérite de ne se trouver que là. A ce mérite elle en joint un autre : celui d'être courte. C'est assez pour en justifier la publication. D'ailleurs il faut convenir que c'est un des plus faibles spécimens d'un genre où le médiocre et le mauvais abondent. La pièce, ou plutôt la scène, consiste en un débat entre trois femmes, toutes trois mariées, qui se disputent les bonnes grâces d'un jeune homme appelé Marmet. De ces trois femmes, deux, Jana et Pemeta, se recommandent par une certaine retenue, au moins apparente ; la troisième, qui porte le nom caractéristique de Poe-file, paraît accoutumée à jouir sans obstacle de sa liberté. Du moins c'est ce que lui disent en forme de reproche les deux autres femmes. Le jeune Marmet joue un rôle assez indécis. Il semble disposé à accorder des témoignages de bienveillance à dame Pemeta et à Poc-file, mais on ne distingue pas en faveur de qui il se décide, ni même s'il se décide. On ne voit pas bien comment cette indécision peut s'accorder avec la morale finale que l'auteur place dans la bouche de ce fortuné jeune homme : « Voyez en combien de guises les dames changent leur cœur, « aimant un homme, puis un autre. C'est grand péché que d'avoir un « bel ami et de ne savoir le garder, et de même, pour un homme w qui a belle amie, de ne point lui faire compagnie. »
Cette petite farce soulève plus de difficultés qu'elle n'est grosse. El d'abord dans quel pays a-t-elle été composée ? Bien que l'identification du RapalutOf d'où tirait son surnom le copiste du poème d'Alexandre, reste à faire, on peut tenir pour certain que le ms. tout entier a été exécuté en Italie, et probablement dans la Haute-Italie ; mais la pièce elte-même a-t-elle été faite au-delà des Alpes ? Je ne le crois pas, ne trouvant rien d'italien, particulièrement rien de piémontais, dans ce texte, sinon, ça et là, quelques faits qui appartiennent uniquement à la copie, par ex. gli pour g guttural, dans gheyre (guères) ij, gl pour / mouillée, dans igl 4, vermegUte 75, hatagl (a. fr. batail\ 96; ghi pour ch ou te français y : ghiimHs (jambes) 80, ghiauchun (chacun) 85 '. Ce que
1. On peut considérer comme une farce le dialogue du garçon el de l'aveugle composé à Tournai vers ta fin du XII1« siècle, que j'ai publié en 186^ dans le Jahrbuchf. rom, Uteratur, VI, 16^-72.