P. MEYER
nous devons plutôt prendre en considération, ce sont les formes assurées par les rimes. Malheureusement notre farce est rimée d'une façon si irrégulière qu^il est difficile d'arriver par cette voie à des conclusions précises. Remarquons qu un très grand nombre de vers sont isolés (1,4, 10, 16, r7, 20-6, ?9. 49, s8-6o, 77-8, 8s-8, 9^1 96-101» 104-5). Quelle qu'ait été l'impéritie du copiste, on ne peut admettre qu'il ait corrompu un aussi grand nombre de rimes, ou omis tous les vers qui devaient correspondre à ceux dont la rime est isolée. Je suis donc porté à croire que l'auteur n'a pas cherché à rimer toute sa pièce. Mais il est impossible qu'il n'ait pas suivi à cet égard quelque règle. N'y a-t-il pas un cas particulier où il lui semblait nécessaire de rimer ? Ce cas existe : selon une règle à peu près constante dans l'ancien théâtre français, le dernier des vers placés dans la bouche de l'un des interlocuteurs rime avec le premier des vers prononcés par Tinterlocuteur suivant. L'auteur de la Farce des trois commères observe exactement cette règle '. D'ailleurs plusieurs des rimes ne sont que des assonances : amy-mentir 71-2, file-ivre 83-4, compagnie-file 91-2, vivre-gitises 102-?. D'autres fois — et ceci indique une connaissance très vague de la versification usitée au théâtre — trois vers consécutifs riment ensemble ; voy. w. 1 j-j, 29-3 1 , 32-4, 50-2» 53-5, 6^72 (ici quatre vers), 90-2, 99-101.
Si maintenant on examine les rimes que nous offre la pièce, on trouvera qu'elles sont toutes françaises et que par conséquent il n'y a pas d'indice de provenance à chercher de ce côté. Des érudits plus versés que moi dans l'histoire de notre ancien théâtre comique trouveront peut-être ailleurs tes éléments d'information qui me manquent. En attendant, voici une conjecture. Le nom de Marmel, le seul personnage masculin de la pièce, ne paraît guère se trouver ailleurs que dans la Bresse, le Bugey, le Genevois, la Savoie, le nord du Dauphiné *. D'autre part M. Picot a récemment montré ^ que le théâtre avait été très cultivé en Savoie au xV et au xvr siècle. Jl y a donc quelque vraisemblance à
1, Il n'y a d'exception qu'aux vers 22-j et 27-8, oh le texte est probablement corrompu ou incomplet.
î. Claude Mermel, notaire du duc de Savoie, né à Saint-Ramberl en Bugey, littérateur du XVl*^ siècle; voy. Picot et Nyrop, Nouv. ne. de Fûrces, p. Ixiv. Deux autres Mcrmet, nés l'un dans Tlsére, l'autre dans le Jura, figurent dans fa Biographie gérUrûle. Je lis dans un livre intitulé Promenades historiques dans le canton de Genhc ara des rr(hcrchcs sur les noms propres et ks noms locaux du pays, par M. Gaudy Le Fart (Genève, 1841) : 0 Mermeî est un ancien nom c de baptême qu'on retrouve assez souvent dans nos registres civils. Nous c avions en 1444 un syndic Mermel Fabri, et en 1464 un Mermel Dunant, « aussi syndic k (p. 247), Actuellement encore ce nom n'est pas rare dans la région indiquée.
j. Voir une notice imprimée dans le Balkùn mensuel de ta librairie Morgand et Fatout, année 1880, p. 475.