‹ Romania (volume 2)Chapitre 272 sur 282 · CHUTE DE VA EN PORTUGAIS A L'IMPÉRATIF DE LA PREMIÈRE CONJUGAISON · texte numérisé non relu

CHUTE DE VA EN PORTUGAIS A L'IMPÉRATIF DE LA PREMIÈRE CONJUGAISON

Au lieu de cala-te^ guarda-te et tira-té^ le langage familier emploie cal'te, guar-îe et tir-te. Le dictionnaire portugais de Moraes Silva a relevé ces formes. S. v. tir-te je trouve sem tir-te nem guar-ie « sem avisar primeiro, dMmproviso » et le proverbe « Tir-te M ganho, nào me dès perda ». Dans Gil Vicente elles sont fréquentes : cal-te I (édition de Hambourg), p. 199 223 256 266267 357; IIL p. 109 iio 124 136 244; guar-te II, p. 527; III, p. 21 144; tir-te 1, p. 145 266; II,

Elles manquent à Diez.

J. Cornu.

ISa.^. REVENT ARy port. REBENTAR ARREBENTAR=^K^P^D\lkKE.

« Reventar^ v. n. Abrirse una cosa por el impulso de otra interior. Dinunpi, rumpi, crepare (^Dicc. de l*Acad. esp.). » Selon Diez, EW. II b s. V., de vent us. Mais la forme portugaise rebentar ou arrebentar rend cette étymologie peu probable. Le b correspond à un p latin. *Repedi' tare me semble satisfaire aussi bien au sens qu'à la forme.

J. Cornu.

ESTRUMELÉ.

(Voy. ci-dessus, p. ^99.)

Mon savant ami M. Aug. Scheler me signale un intéressant passage où figure ce mot et qui m'avait échappé. C'est dans le Conte si curieux des hiraus , de Baudouin de Condé , qu'il a publié {Dits et Contes de Baudouin de Condé ^ Bruyelles, 1866, p. 15^ ss.). Ce passage présente, il est vrai, des obscurités et des difficultés particulières, et je le reproduis ici en l'accompagnant de quelques remarques critiques et explicatives ; mais il ne laisse guère de doute sur le sens d'estrumeléf qui signifie bien « privé du vêtement des jambes j». Le poète dépeint les hérauts d'armes du temps passé, qui menaient ce que nous appellerions aujourd'hui une vraie vie de Bohême^ et il termine en racontant que, même dans les froids hivers, ils allaient perdre à la taverne, à boire et à jouer au trente!, tous leurs gains et même leurs vêtements.

Tout ert porté en Jor taverne...

505 Et lues beu et tremelé.

Lors seoient estrumelé

Li uns vers l'autre a cest feuier ^,

S'ierent rosti jusqu'as ciuier (?)

Et tapiné^ de chi as re[i]ns.

5 1 0 N'avoit a Paris ne a Reins •

Tans tapis, au voir dire, en anbes

Ces deux viles, corn en ior janbes.

Voici comment j'essaierais de traduire : « Alors, nu-jambes, ils s'asseyaient l'un en face de l'autre près du foyer. Ils étaient [bientôt] rôtis

jusqu'au (?) 4, et tapinés jusqu'aux reins. Il n'y avait pas dans les

deux villes réunies de Paris et de Reims autant de tapis qu'en leurs jambes. » J'ai déjà signalé les plaisanteries fréquentes au moyen âge sur

1 . Les quatre mss., d'après l'éditeur, portent cette leçon, et ciuier au vers suivant ; il faut donc la garder, semble-t-il, plutôt que d'introduire le pluriel dans les deux mots uniquement à cause de as au v. 508.

2. C'est la leçon de B; A a dapini, C et Br. despani^ leçon adoptée par M. Scheler, mais qui a bien l'air d'une correction de copiste, outre qut despani ferait double emploi avec estrumelé.

3. C'est la leçon du seul ms. B, ce qui la rend douteuse; les trois autres ont n'a Relens ; mais M. Scheler donne de bonnes raisons pour rejeter cette leçon.

4. M. Scheler corrige ciuier en cuierSj et soupçonne un dérivé de cutis.

GRÉGOIRE BÉCKaDA 591

les ribauds qui se ratissent les jambes au feu ; il faut y joindre ces vers, qui, si je ne me trompe, nous donnent un nouveau mot ou au moins un nouveau sens. Tapin devait signifier ce qu'on appelle aujourd'hui d maquereau », c'est-à-dire une ^( tache qui vient aux jambes quand on s'est chauffé de trop près, n Le mol était employé presque uniquement au pluriel, et tapins se prononçait à peu près comme tapis, d'où le jeu de mots de Baudouin '. J'ajouterai que la difficulté qui m'avait surtout empêché de donner à estmmclé le sens que je lui reconnais maintenant, c'est que je ne connaissais pas trumel au sens de « vêtement de la jambe ». Il était cependant facile de le trouver dans Littré, où on lit, à l'historique de l'art. Trumeau^ cette citation :

Or a chaperons bons et beaux,

Or a chauces cl blans irumeaulx (Eust. Deschamps).

Littré traduit entre crochets tnimeaulx par « caleçons >< ; ce n'est peut-être pas tout à fait exact, car ce qui répondait aux caleçons, c'étaient les braies; mais il est clair en tout cas que les îrumeaalx sont ici, comme les chauces et les chaperons^ des pièces du vêtement. On en trouverait sans doute d'autres exemples.

GRÉGOIRE BÊCHADA.

M. l'abbé Arbellot, dans un récent travail intitulé : Us Chevaliers timoasins à la première croisade (voy. ci-dessus, p. 4^9), a voulu entre autres choses démontrer : 1 '' que l'histoire en langue vulgaire de la première croisade composée au commencement du xir siècle par Grégoire Béchada devait être un ouvrage en prose et non un poème ; 2" que le Béchada en question s*ap pelait Gerald, et non Grégoire, et n'était autre qu'un frère aîné du célèbre Golfier de Las Tours. La Romania (loc. cit,) a fait voir que la première de ces affirmations, fort invraisemblable en elle-même, reposait sur une corrertion inadmissible au texte de Geoffroi de Vigeois, mais elle a accepté la seconde comme parfaitement démontrée. Je crois, pour mon compte, que l'une ne vaut pas mieux que l'autre et j'estime que la question doit rester exactement en l'état où elle était avant le travail de M. l'abbé Arbellot.

I. < Le poète, dit M. Scheler, compare à des tapis les morceaux de toute couleur cousus sur les vêtements des hiraus. > Non : il s'agit de leurs jambes et non de leurs vêtements.

Sur quoi se fonde M, l'abbé Arbellot pour établir la parenté de Béchada avec Golfier de Las Tours ? Sur ce passage de Geoffroi : « Gregorius, cognomento Bechada, de Castro de Turribus, professione miles... » Coraprend-on Geoffroi de Vigeois parlant en ces termes du frère de Golfier de Las Tours, de ce héros limousin dont il rappelle si magnifiquement les exploits, et négligeant de nous apprendre cette parenté ? Ce passage me paraît indiquer bien clairement au contraire que Béchada n'appartenait pas à rilluslre famille de Las Tours ; autrement le « professione miles n ne serait-il pas une naïveté ? Tout le monde pensera avec Mlou, dont NT. l'abbé Arbellot rapporte les paroles, « que ces mots du château de Las Tours font présumer que Béchada n'était pas de celte famille, mais qu'il s'y trouvait attaché par un service quelconque. »>

Pour corriger Gngorius en Geraidus^ M. l'abbé Arbellot s'appuie uniquement sur la Vie de Geoffroi du Chàlard qui, à la date de 1089, mentionne en effet un certain « Geraldus, miles egregiuS; Becada cognominatus ». Mais qu'est-ce qui prouve l'identité de ce Gérald avec le Grégoire du chroniqueur de Vigeois ? Au moyen âge, les mots «* cognoraen, cognominatus » désignent souvent un sumom personnel et passager, mais souvent aussi un véritable nom de famille : les Bechada étaient une famille dont nous trouvons plusieurs membres mentionnés dans les documents limousins du xii* siècle. Dans l'accord passé en 1126 entre Golfier de Las Tours et l'évêque Eustorge, on lit : « Ex pane Golferii auditores fuerunt Guichardus Bechada, Guido de Perigors, Gaiferus Bechada "... » Le cartulaire de Dalon mentionne vers 1185 « Aimericus Bechada », et ailleurs tt Geraldus Betchada, canonicus de Chaslar ^. » J'avoue n'avoir trouvé aucune mention d'un « Gregorius Bechada » ; mais est-ce une raison suffisante pour corriger arbitrairement le texte de Geoffroi de Vigeois ? Je reconnais avec M. l'abbé Arbellot que le nom de Grégoire est extrêmement rare en Limousin au xn" siècle, et je n'en ai remarqué aucun exemple dans le cartulaire de Dalon ; mais il suffit qu'il ne soit pas impossible — ce que nous montre la mention par Bernard Itier de trois moines de Saint-Manial portant ce nom au commencement du xni" sJ — pour ne pas le rejeter à la légère. Comment en effet se serait-il introduit sous la plume d'un scribe distrait ? On comprendrait qu'un scribe inattentif eût confondu entre eux des noms comme Gaufredits, Golferias, Geraldus j qui reviennent à chaque instant dans h chronique, mais à qui serions-nous redevables de cet axaÇ Xêy^jaîvov de Gregorius si ce n'est à Geoffroi de Vigeois lui-même ?

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