komania, IV, <7i
]. Une form-itiûn analogue exista en vaudois ; goden peui, ils jomroot, mot 1 raot, ils joui&sem puis, ensuite (Diez, Cram. du tang.rom. Ml» ai)).
6l4 COMPTES-RENDUS
antérieurs, des conditionnels passés, etc., je doute fort de leur existence. En tout cas elles sont si rarement employées qu'elles ont bien pu m'échspper.
Quelle est la forme du verbe qui a fourni au créole son thème verbal invariable? Est-ce l'infinitif, le participe passé ou tout autre temps? Citons ici les remarques judicieuses de l'auteur : c Le plus souvent c'est le participe passé du verbe français que le créole a retenu. Il y a, ce nous semble, à ce fait une explication plausible : la fréquence et l'immobilité de la forme du participe dans la proposition française. Tandis qu'aux temps simples la terminaison vient modifier la forme et le son du verbe, tous les temps composés, au contraire, ramènent à l'oreille le participe passé toujours sensiblement le même, Ve muet du féminin n'y créant que par exception une différence phonique appréciable. Le créole, qui s'est uniquement fait par l'oreille, a donc nécessairement choisi dans le français le son qui lui revenait le plus fréquemment, et c'est du participe passé français qu'il a fait son verbe > (p. 49). Dans les deux premières conjugaisons les infinitifs en rr, ir, et les participes passés en é^ i pourraient également donner lieu au thème verbal; car manger et mangé, bâtir et bâti donnent également manzé et bctik l'oreille du créole qui ne tient pas compte de IVfinaM. L'origine de ce thème verbal ne peut être vraiment reconnue que si le participe passé est différent de l'infinitif pour l'oreille créole. Ainsi mourir, souffrir, couvrir, offrir ne font pas mouri^ çou/ri^ kouvri^ ofri, de l'infinitif, mais bien mor^ çoufer^ kouver, ofer, du participe passé. La conjugaison en o/r, peu nombreuse en français, a disparu. Des verbes aussi importants que avoir, savoir, pouvoir, etc., ont été remplacés par gagné, koné de connaître, kapabe ou kapave de capable. M. Baissac ne cite que le mot voir ; et encore est-ce un mot tout nouveau, un mot savant, dirions-nous. L'idée de voir est exprimée bien plus fréquemment par le verbe guité^ et quelquefois par trouvé. La conjugaison en re s'est transformée généralement en ^, sur le modèle de manzé. Le son final re est impossible en créole; piastre, chambre font piaçe^ cambe. Ex. : Entendre, tendl; mordre, morde; vendre, vende; mettre, meté^ etc. Vouloir et asseoir se sont conformés à cette transformation : voulé^ agisé ^.
Telle est l'origine de la plupart des verbes, mais pour en faire d'autres le créole a puisé un peu partout, comme il ne s'est pas gêné pour créer des substantifs avec n'importe quoi. Ainsi par exemple, les mots laçaçe, lapéce^ laguére^ volor ou kokin^ çaU sont devenus des verbes susceptibles de prendre les auxiliaires, et signifient chasser, pêcher, combattre, voler, salir. Aimer a été remplacé par l'adjectif content : mo kontan vous, je vous aime*. Le substantif laçarité ou çarité est au besoin adjectif ou verbe : Blan napa laçarité pour maléré^ les blancs ne sont pas charitables pour les malheureux ; Çarité moua éne kace^ faites-moi l'aumône d'un sou. On voit par là que le créole a su tirer parti de sa pauvreté, et
1 . Parce que cette consonne ne se prononce pas pour la première conjugaison et, aux temps de la colonisation, ne se prononçait pas pour la seconde.