‹ Romania (volume 2)Chapitre 87 sur 282 · LA PETITE SOURIS · texte numérisé non relu

LA PETITE SOURIS

Un jour, la petite souris était allée moissonner avec sa mère. Celle-ci lui dit de retourner à la maison pour tremper la soupe. Pendant que la

I Une grande partie de ce conte kamaonien a le plus grand rapport avec un conte persan du Toùti-Ndmeh (Th. Benfey, introd. au Panlckatantra, p. 217), qui n'a pas l'épisode du cheveu.

pctîte souris y était occupée, elle tomba dans le pot et s'y noya. VoilÀ sa mère bien désolée ; elle se met à pleurer.

La crémaillère lui dit : « Grande souris, pourquoi pleures-tu ? — La petite souris est morte : voilà pourquoi je pleure. — Eh bien ! » dit la crémaillère, ^ je m'en vais grincer des dents. »

Le balai dit à la crémaillère : <c Pourquoi donc grinces-tu des dents ? — La petite souris est morte, la grande la pleure : voilà pourquoi je grince des dents. — Eh bien! » dit le balai, a je m'en vais me démancher. »

La porte dit au balai : « Pourquoi donc te démanches-tu ? — La petite souris est morte, la grande la pleure, la crémaillère grince des dents : voilà pourquoi je me démanche. — Eh bien ! » dit la porte, « je m'en vais me démonter. «

Le fumier dit à h porte : « Pourquoi donc te démontes-tu ? — La petite souris est morte, la grande la pleure^ la crémaillère grince des dents, le balai se démanche : voilà pourquoi je me démonte. — Eh bien ! » dit le fumier, « je m'en vais m 'étendre. «

La voiture dit au fumier : tt Pourquoi t*étends-tu donc ? — La petite souris est morte, la grande la pleure> la crémaillère grince des dents, le balai se démanche, la porte se démonte ; voilà pourquoi je m'étends. — Eh bien! » dit la voiture, « je m'en vais reculer jusqu'au bois. »

Les feuilles dirent à la voiture : « Pourquoi donc recules-tu jusqu*au bois ? — La petite souris est morte, la grande la pleure, la crémaillère grince des dents, le balai se démanche, la porte se démonte, le fumier s'étend : voilà pourquoi je recule jusqu'au bois. — Eh bien, » dirent les feuilles, u nous allons tomber. »

Le charme dit aux feuilles : « Pourquoi tombez-vous donc ? — La petite souris est morte, h grande la pleure, la crémaillère grince des dents, le balai se démanche, la porte se démonte, le fumier s'étend, la voiture recule jusqu'au bois : voilà pourquoi nous tombons. — Eh bien! » dit le charme, <t je m'en vais me fendre, w

Les petits oiseaux dirent au charme : " Pourquoi te fends-tu donc ? — La petite souris est morte, b grande la pleure, la crémaillère grince des dents, le balai se démanche, la porte se démonte, la voiture recule jusqu'au bois, les feuilles tombent : voilà pourquoi je me fends. — Eh bien ! » dirent les oiseaux, <i nous allons nous noyer dans la fontaine, n

Et ils se noyèrent tous dans la fontaine.

Ce conte e$t une variante de notre n" i8, P^uit et Punce (Pou et Puce).

Aux contes hessois, norwégien, grec moderne, siciliens, français, mentionnés dans les remarques de ce conte, il faut ajouter les contes suivants, imprimés pour la plupart depuis ta publication de Peaii et Pnnu : un conte du pays messin, Pou et Puc£ {Mciusint^ n'' du 20 septembre 1877) ' ^^^^ contes delà Haute-

Brelagne, la Mort du rat (P. Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne^ n» $$) et le Rai et ta Rdtesse (P, Sébillol, Littérature orale de la Haute-Bretagne, p. 2J2); un conte milanais, le Rat et la Rate (V. imbriani, Conlt Pomighanesi^ p. 270) ; un conte catalan, le Pou et la Puce, publié par M. Maspons y Labros dans la revue de Barcelone Lo Gay Saber (n" du 1 ^ janvier 187S) ; un conte espagnol, la Petite fourmi (F. Caballero, CuentoSj Oraciones, Admnas...fP. j de réd. de Leipzig, 1878); enfin un conte portugais (Ad. Coelho, Contos popalarti portuguezes. Lisbonne, 1879, n» j).

Notre conte de la Petite Souris a, pour la forme générale, plus de ressemblance avec tous ces contes que notre n» 18. Dans ce dernier, en effet, c'est le pou qui s'en va annoncer à chacun des personnages du petit drame la nouvelle de la mort de la puce (de même dans le conte messin ^ le seul qui fasse exception), tandis que, dans tous les autres contes, cette nouvelle setransmet de proche en proche. Ainsi, dans le conte portugais, quand Jean le Rat s'est noyé dans la marmite aux haricots, sa femme, le petit crabe, se met à plcyrer. Alors, le trépied, apprenanl ce dont il s'agît, se met à danser; en le voyant danser, la porte s'informe de ce qui est arrivé et se met à s'ouvrir et â se fermer ; puis, â mesure que la nouvelle va de t'un 1 l'autre, la poutre se brise, le sapin se déracine, les petits oiseaux s'arrachent les yeux, la fontaine se sèche, les serviteurs du roi cassent leurs cruches, la reine va en chemise à la cuisine et finalement le roi se traîne le derrière dans la braise (sic).

Malgré l'identité de titre entre notre Peui! et Punce et le Pou et Puce de Grimm (n« jo), notre Petite Souris ressemble beaucoup plus à ce dernier. Cest même, parmi tous les contes de ce genre que nous connaissons, avec ce conte hessois qu'elle a le plus de rapports pour les personnages mis en scène. Ces personnages sont, dans le conte hessois : la porte qui grince, le balai qui balaie, la voiture qui court, le fumier qui brûle, l'arbre qui se secoue et enfin la fontaine qui coule

^et qui noie tout.

Les deux versions de ce conte recueillies â Mcntiers sont donc indépendantes l'une de l'autre.

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