LA BAGUETTE MERVEILLEUSE
Il était une fois un homme €t une femme qui ne possédaient rien au monde. Ils s'en allèrent dans un pays lointain. Le mari obtint un terrain pour y bâtir, et, sans s'inquiéter comment il pourrait payer les ouvriers, il fit commencer les travaux pour la construction d'une belle maison. Quand la maison fut près d'être terminée, il comprit son imprudence : les maçons et les charpentiers devaient réclamer leur paiement dans trois jours ; il ne savait plus que devenir. Il sortit désespéré.
Comme il marchait dans la campagne, il rencontra le démon qui lui demanda pourquoi il était si triste. « Hélas ! » dit l'homme, v j'ai fait bâtir une maison ; c'est dans trois jours que je dois la payer, et je n'ai pas un sou, — Je puis te tirer d'affaire, n dit le démon, u Si tu promets
r - .?= - «rre porte, je te donne deux
r ^:: r-^^s^rEjn! et reçut les deux mil-
. --rr ÀV.vchait d'un garçon : on le
.v-jr.' :. avait un gros B sur la
. i >:..T roisible ; on lui donna un -: :ri>. depuis sa naissance, son ;^ -. -iv.o.re s'en étonnait.
-..-.. i-j il dit à son précepteur :
. ^ . . .\..-s chagrin ? — Si vous vou-
- : :.--: votre père de venir se
•rr v:s li, demandez-lui la cause
.. . ^::-ï. menacez-le de lui brûler la
^ r:: Jfjx pistolets dans ses poches
. >. î . ïv .ui faire un tour de prome- > . .v.s * Mon père, » dit Bénédi-
. . .\.i >-:7lie de m'en dire la cause. » , -. ;.--:;■* ses prières, Bénédicité prit . , c :vre» « que veux-tu faire ? —
. ^ .X' ^-îsuiie si vous refusez de me . . : ..- ptVe, « avant ta naissance
.. .^-..v Jans trois jours. — N'est-ce •. v.> .\-«*r du diable. Demain j'irai ^.. . .\t;.iT ainsi, le père se sentit le
^ ... .- i<mc. Lorsqu'il se fut avancé
•:.... ;^:s ', il entendit la voix d'un
v\v .':te ! - Est-ce moi que vous •,■ X, v»v»,'i une baguette au moyen de
.. ^ .».;»iras. « .....: »'■' K-homin et, après une longue
. .....^. c \ ov.mt entrer, lui dit : « Ah !
. ,\- »'rtM- mes bottes pour t 'aller .xv.v. î'auire, « puisque me voilà.
,\» bonnes choses. Quand il eut . ^ ..ivî.: me donner à faire ^ Je n'aime V . .:> K\niper du bois, n lui dit le ,x »vu' ' ^Vrlaincment. C'est le pre-
mier métier que mon père m'a appris. » Le démon le conduisit dans une grande forêt. « Commence par ce bout-ci, » lui dit-il. « Tu me feras de la charbonneite et du gros bois. »
Une fois le démon parti, Bénédicité arracha une racine et donna dessus un coup de baguette ; aussitôt voilà toute la forêt par terre. Puis il prit un charbon allumé, te frappa de sa baguette, et voilà tout le bois en charbon. Après quoi il reprit le chemin de la maison, où il fiiî presque aussitôt que le démon. « J'ai fini, » lui dit-iL — « Quoi ? tout est fait ? — Oui ; mais j'ai faim. Donne-moi à manger. ~ Tu manges trop; tu veux mt ruiner, — Si tu n'es pas content, donne-moi la signature de mon père, et je m'en irai. «
Le diable voulut voir comment le jeune homme avait travaillé. Arrivé à l'endroit où était son bois» il fut bien en colère. « Comment ! » criat-il, « voilà tout mon bois par terre ! Que vais-je faire maintenant? — Tu n'es pas content ? ^ dit Bénédicité. « Rends-moi la signature de mon père, et je m'en irai. Sinon, donne-moi de l'ouvrage. — J'ai deux étangs, 31 dit le diable -, « dans l'un, il y a du poisson ; dans l'autre, il n'y a que de la boue. Tu mettras ce dernier à sec ; pour l'autre, tu le laisseras comme il est. »
Lorsque Bénédicité fut près des étangs, il donna un coup de baguette sur celui où il voyait des poissons. Aussitôt l'étang se trouva vidé et les poissons transportés dans l'étang boueux, où ils ne tardèrent pas à pâmer. Quand le démon vit tout ce bel ouvrage, il dit à Bénédicité : « Mais, malheureux, ce n'était pas cet étang-là que je t'avais ordonné de vider. — Tu n'es pas content î* » répondit Bénédicité. (( Rends-moi la signature de mon père, et je te débarrasserai de ma présence. En attendant, j'ai faim, donne-moi à manger. — Tu veux me ruiner! Nous ne devions cuire que samedi prochain, et voilà qu'il faut cuire aujourd'hui. Sais-to cuire ? — Oui, je sais tout faire, »
Bénédicité chauffa le four, puis se mit à pétrir. Pendant qu'il travaillait à la pâte, cinq ou six petits diablotins vinrent gambader autour de lui. « Bénédicité, fais-moi un gâteau à l'huile. — Bénédicité, fais-moi un gâteau au saindoux. — Bénédicité, voici des œufs pour me faire une galette. — Vous m'ennuyez tous, n dit Bénédicité. Il en empoigna cinq et les jeta dans le four. Le sixième, qui était le plus petit, s'échappa et alla dire à son père comment Bénédicité avait traité ses frères. Le démon accourut en criant : « Bénédicité \ Bénédicité ! à quoi penses-tu ? Tu ne nous fais que du mal ! — Tu n'es pas content ? » dit le jeune homme. <« Rends-moi la signature de mon père et je m'en irai. — Tiens, la voilà. Va-l'en. »
Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Il arriva le soir dans un village où il demanda un g!te pour la nuit. H y avait dans ce village
de me donner da' millions. )> Le p^i lions. Quelque !' baptisa en gnm ' gorge, on dcciiJ.r
Le petit gar.. ■ précepteur qui' père était touj-.. :■
Un jour ;il r.
« D'où vient t.
lez le savoir, promener avt de sa tristes:^ cervelle et c
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affff, parce qu'il était, à ce qu'on
^""^ ^«edidté s'offrit à y passer la nuit,
j,^ ^r un notaire un acte par lequel
"^J^ aï don et pur don, sans aucune
^^i. Il ^^ana un grand feu dans la
■ " "* I-tfee. Vers onze heures ou minuit,
■ "^ ^ se mirent à jouer et à sauter.
' * . .-aBC. li reconnut le douzième pour
- "' .^ ,^re. « J€ ne ^c ^^s rien à toi, »
— "* -ji logé dans ta maison. Mais '"'^'^^flàit : « Nous gardons ici depuis •^ ~ Tj ^t ans, doit nous appartenir.
-TîtfBi 4"^ y^ donné à ton père. »
■ '\se Jù était le trésor. Il y avait un
• •'^ ' "^ 5îîbuis dans la terre. Le jeune
-•- " "~ ^ ;^r aussitôt. Puis il ordonna au
►-- '-^ ■" .g gs remonter hors de la cave. Le
-* " 'jjfi tort, il fut obligé d'obéir, et,
•^ ^ .janejux. Bénédicité le tua comme
- - "^ ' ^.Rt ensuite chez ses parents avec
- -'" '*..j^t "înlier et on m'a mis à la
-.'JUt
porte
.. >^:oi:'>ot, ConUs populaires Je la Haute-
,..v i*<c le conte lorrain. Un homme
'\^ M i-iM^i <î"' ^®'t venir le prendre
■* ■ "^ - jKVue If petit garçon, ayant appris de
' « I -naiwa. Un jour, il rencontre la
- "^j'^i^wecw: tant qu'il aura cette baguette,
- *"'" jj ç ^ae g.irçon pourra commander à
' -.-iL"» * svntr»» que son père a signé. —
^ ,0 J^a^«■ Le petit garçon les roue de
■ * *^^ ',^, ,M.\ tous les trésors du château.
' ■ * . ,» ,.^, :;i.tr Etunne^ une introduction du
\ ,N* ^** remarques de ce conte. 11 existe
" * i[il ^'t.t'Tf Kuiîaisant se fait promettre, sou-
^" '"^r., .-w ^a: rti dèiJi né. Nous citerons, comme
" * ç. ^.,»i;c. -^'usicurs contes allemands ^Grimm
. ..>^, il Jius$i Grimm n» 5 il. Comparez
"^.VN«> àf wtre n* 64, a un passage qu'il
faut relever ici. Pour obtenir de son père la révélation de la cause qui le rend chagrin et sujet à des accès de violence, le jeune garçon le menace d'un couteau, comme Bénédicité menace son père d'un pistolet, et cela, toujours comme dans Bénédicité, sur le conseil de son maître d'école.
Dans un conte catalan {Rondallayre^ II, p. 86), dont le commencement est analogue à notre conte, le jeune garçon joue, comme Bénédicité, toute sorte de mauvais tours aux diables, qui finissent par le prier de s'en aller, en lui donnant, sur sa demande, un sac rempli d'âmes (sic).
Dans la partie du conte lorrain où il est question du séjour du jeune homme chez le diable, il s'est mêlé évidemment à notre thème des éléments provenant d'un autre thème que nous avons déjà plusieurs fois rencontré dans notre collection, le thème de V Homme fort (voir nos n" 14 le Fils du diable, 46 Bénédicité^ 69 U Laboureur et son valet). Le nom du héros est, du reste, le même dans notre n» 46 et dans le conte que nous étudions en ce moment. Seulement le Bénédicité de ce dernier conte fait au moyen d'une baguette merveilleuse ce que l'autre bit grâce à sa force extraordinaire (la forêt abattue). L'appétit prodigieux du héros est encore un emprunt fait — assez maladroitement — à ce même thème.
Pour l'épisode du château hanté par les diables, voir les remarques de notre n* 67, Jean sans Peur. Dans ce conte, il n'était pas question d'un trésor déterré dans le château sur l'indication des revenants ou des diables. Ce trait, qui figure à peu près dans tous les contes du type de Jean sans Peur, se retrouve, on l'a vu, dans notre Baguette merveilleuse.
Emmanuel Cosquin.
(La fin à une prochaine livraison.)
Romaniat X 1 1