VIEILLES COMPLAINTES CRIMINELLES
Le lecteur trouvera réunis ici quinze chants, qui mettent en œuvre des crimes, la plupari de nature fort diverse. Quelques-uns de ces crimes ont, par leur cruauté naïve ou le merveilleux qui s'y est introduit, un caractère légendaire ; d'autres présentent certaines circonstances précises qui leur donnent un caractère de réalité plus immédiate et semblent permettre de les rattacher à quelque fait déterminé, dont les masses auraient reçu une profonde et durable impression. Nous avons pu qualifier de vieilles nos complaintes : la plus récente date au moins de près d'un siècle ; nous en avons une sorte de preuve matérielle dans le genre de supplices que les unes ou les autres mentionnent : écartèlement, décollation, roue, bûcher ou potence ; aucune ne fait allusion à la guillotine, qui, à partir de 1792, devint l'instrument unique du dernier supplice.
Des références accompagnent certaines complaintes ; il ne faudrait pas conclure que celles que ne suit aucune indication d'analogies soient des chants purement locaux ; la France n'a pas été suffisamment fouillée pour qu'on puisse dire que, sur tel point, tel chant n'existe pas, et quant à ce qui concerne les chants du dehors déjà recueillis, nous les connaissons si imparfaitement que bien des rapports nous échappent.