‹ Romania (volume 3)Chapitre 28 sur 78 · TRADUCTION NÉERLANDAISE DES LORRAINS · texte numérisé non relu

TRADUCTION NÉERLANDAISE DES LORRAINS

des Bordelais, au Nord et au Midi; cette guerre est interrompue par une trêve qui dure dix-sept ans (fol. 306 r°); une nouvelle guerre éclate, dans laquelle Raoul de Cambrai joue le rôle principal‘; néanmoins, la paix se conclut; les Lorrains et les Bordelais réconciliés sont reçus à Gironville par Ludie, femme d’Hernaut et sœur de Fromondin; à la chasse, Yon, injurié par le fils aîné de Ludie, frappe ce dernier; l'enfant va se plaindre à sa mère; celle-ci, qui n’a jamais pu pardonner à Girbert la mort de son frère, exhorte son fils à venger à la fois les griefs de la famille de sa mère et les siens propres en tuant Girbert; « l'enfes l’entant » et frappe Girbert mortellement, après quoi il s'enfuit; Yon jure de venger la mort de son père (fol. 314c):

« Hé] Girbert pere, com grant desconvenue |

Qui vous a mort joie nos a tolue;

Ja Deu ne place ne la Virge absolue

Que j'aie amie, ne pucele, ne drue,

Tant que li aie larme dou cors tolue,

Lou chief tranchié a l'espée esmolue. »

L'été suivant, Yon est couronné roi de Gascogne ; le poète ajoute (f. 3144):

Yons fu prouz et chevaliers manbrez, Bien tint sa terre environ et en lez,

Vers les prodommes fu paisible et souez, Vers les felons fiers com lyons crestez.

Mais de son pere ne fut paz oubliez:

Puis fat par lui li flz H(ernaut] matez.

Grant fut la guerre, jamais tel ne vairez ; Garins ses freres l'aidait, c'est veritez, Mout s’antramerent li dui frere senez.

Col. 315 a) Li rois prist fame de mout grant richetez; Garins sis freres fut apres oisserez :

Li rois d'Espaigne, qui riches iert assez, Sa belle fille li donna de ses grez, Monglanne tint qui est riche citez.

1. C'est l'épisode publié par MM. Meyer et Longnon dans leur édition de Raoul de Cambrai, p. 297-320.

‘TRADUCTION NÉERLANDAISE DES LORRAÎNS 399 naître, dans ce récit altéré, limpératrice Judith et le rattacher à ce personnage? D'autant plus que l'autorité historique qu'il avait sous les yeux pouvait difhalement le mettre sur la bonne voie. Nous avons vu qu'il suit Sigebert Cou Vincent qui copie Sigebert) pour l'histoire des contemporains et succan de Charlemagne ; or, Sigebert dit simplement ceci (Perte, Monum.

VI, 338) : 2° 832 Imperalor uxorem suam Judith, quasi causam malorum, abdicavil.…. 2° 834 Ludouvieus imperalor relaxalus, arma, imperium et usorem recipit.… (Vincent ne dit rien de plus). Dans ces sèches notices, l'accusation d'adultère, le seul point de contact entre La légende et l'histoire, manque. Notre auteur, qui certainement n'a pas consulté les historiens contemporains, n'a pu conclure de ces passages qu'une chose : c'est que Judith fut pendant quelque temps répudiée par son mari, comme causant des troubles dans l'État; il n'a pu les rapprocher du récit déjà si altéré de l'impératrice condamnée au supplic à la suite d'une fausse accusation d'adultère et en tirer le récit tout divergent des malheurs de Judith comme jeune fille, qui se trouve dans Yon.

424 MÉLANGES 4 Et dient tuit j'ai mespris Et de l'anel qui fu mis en traîne, Et mais a bon droit i fu mis, Que par l'anel fu faite la saisine 8 Par que je suis entrepris

M. Wallenskôld a surtout tenu compte, dans sa restitution critique, du texte de MT, dont la leçon, il est vrai, peut être acceptée pour les vers 1-4 (elle est au vers 2 appuyée par celle de C qui est d'une famille différente); mais pour la dernière partie de la strophe, l'accord plus ou moins complet de O et de C, apparentés de beaucoup moins près que M et-T, permet de retrouver la bonne leçon : nous lirions au vers 6, avec O et C: mais a bon droit i fu mis; cette reprise, faisant pendant au v. 4 (maïs mout a bon droit le fis) serait assez dans le style brusque et impérieux de l’auteur. Au vers 8 nous lirions avec C : dont je sui mors et traïx au lieu de la leçon de MT, qui est une platitude, et de celle de O, qui n’en diffère guère.

Il reste au vers 3 une grave difficulté : la leçon coverture de saus confirmée par l'accord de tous les mss. (car c’est elle qui se cache sans doute sous celles de O et de C) doit être celle de l'original, et elle est inintelligible; il serait facile de présenter à cœ sujet des conjectures, mais elles demeureraient nécessairement sans fondement ; il y a là probablement quelque allusion à une pièce perdue, allusion dont il faut nous résigner À ne point pénétrer le sens tant que la pièce en question ne sera pas retrouvée.

A. JEANroY.

4 mout a bon droit le fs M; mais a mit boin droit le fis T; mais li pluxor ont mespris C. — 5 de son anel ke ie mix en terainne C. — 6 dont li miens cors fu trahi MT; car a boun droit i fut mis C. — 7 Quar par celui £. £ LS. MT. — 8 donc ie sui si (si omis dans T) maubailliz; dont ie seux mors et traîs C.

1. Comme le remarque M. P. Meyer (Rom., XIX, 14), cette pièce est exactement sur le rythme de la chanson de B. de Born : Ges de disnar. Conon de Béthune a poussé limitation jusqu'à reproduire, à très peu chose près, et en les répartissant dans deux séries de couplets, les rimes de son modèle (dans La pièce provençale is, au, ana; ir, er, aine dans les deux premiers couplets de la pièce française, sous, is, ine, dans lès deux derniers).

24 Il est probuble aussi que #rui,, à La rime, aura été amené par fraîne, du vers prévient, et que tout le vers aura êté refait sur ce mot.

432 MÉLANGES

de Carlo del Nero, en ferxa rima, a 433 vers, wndis que le poème d’Alain Chartier, en huitains, n’en a que 368. Le poète italien, naturellement, a supprimé les allusions à Oton de Grandson et à Guillaume de Machaut.

Voici, pour donner une idée de la traduction de del Nero, les premiers et les derniers vers du poème :

Infra duo sonni, appresso mezza note, L'ora ch'amore i veri amanti desta,

Ch la pit gente a riposo & ridotte,

Sendo nel letto, e non con molta festa, Uno amoroso dolente ascoltai,

Che par ben ch'abbia la puce alla testa,

Ch'a un si consigliava de’suoi guai; Eson coleati insieme in un sol leo.

Io, a udir, l'orecchio lor prestai.

‘Un che non dorme, ama di cor perfetto.

E’non husava il compagno svegliare, Credendo dorma, e nol’abbia a dispetto.

E'molte volte principiô il parlare;

E il non dormente, qual se si sentissi, Comincid coll'amante a ragionare.

Dissegli : Tu credevi ch'io dormissi; Cid vo’ben far, nè di gracchiar mi curo; Parlar dovevi avanti al letto gissi

1. Après minuit entre deux sommes, Lorsqu'Amours les amans reveille, En ce pays cy ou nous sommes, Pensoye ou lict ainsi qu'on veille Quant on à la puce en l'oreille; Si escoutoye deux amoureux Dont l'un 4 l'autre se conseille Du mal dont il est douloureux.

Deux gisoient en une couche,

Dont l'ung veilloit qui fort amoit,

Mais dès long temps n'ouvroit la bouche En pensant que l'autre dormoit.

Puis ouy je qu'il le nommoit,

Et huchoit pour mettre a raison,

Dont l'autre forment le blasmoit.

Et disoit : Il n'est pas saison.

Page 1