‹ Romania (volume 3)Chapitre 29 sur 78 · LA QUISTIONE D'AMORE DE CARLO DEL NERO · texte numérisé non relu

LA QUISTIONE D'AMORE DE CARLO DEL NERO

Poi venne l'alba e finÿ' lor parlare, Non so sed & si furno adormentati,

Credo di sl; e cid ragion mi pare.

E io, ch'il terzo ero de'svegliati, Dormi tanto alsi che'fu gran giorno ; Quando ch'i'mi svegliai, eron levati.

Non so che di lor fussi, o ove andorno.

E io mi messi in cuor di recitare Cid ch’avian ditto, e che d'amor parlorno.

Fatto l’ho come l'ho saputo fare :

Se non & bene, iscusimi ignoranza, E priego sia corretto il mio parlare, Quant id non ne ricolsi altra sustanzar,

Arthur PIAGET.

1. Ainsi l'aube du jour creva, Et les compaignons se dormirent.

N'oncques nul d'eulx ne se leva ‘Tant qu'huit heures lever les firent.

Si mis en escript ce qu'ils dirent Pour mieulx estre de leur butin; Et l'ont nommé œeulx qui le virent Le Débat reveille-matin.

Origines et sources du Roman de la Rose. Thèse pour le doctorat présentée à la Faculté des lettres de Paris par ERNEST LANGLOIS, Paris, E. Thorin, 1890. In-8, vrri-203 pages. (Cinquante-huitième fascicule de la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome).

De tous les poèmes français du moyen âge, le Roman de la Rose est celui qui a joui de la réputation la plus longue et la plus ininterrompue, mais aussi * celui peut-être dont l'étude soulève les questions les plus complexes et les plus ardues; on ne peut donc que féliciter M. Ernest Langlois d'avoir pris pour sujet de thèse cette œuvre plus admirée que connue. Composé à la fin de la première grande période du moyen Age, ce poème en résume toute la science dans sa seconde partie , et montre, dans sa première, quelques-unes des inspirations nouvelles où puisent maintenant nos trouvères. Art d'aimer dans la pensée de Guillaume de Lorris, tableau satirique de la société et encyclopédie de la science contemporaine sous la plume de Jean de Meun, le Roman de la Rose est à la fois une œuvre originale et d'imitation, dont il importait une fois pour toutes de faire la genèse et de rechercher les origines et les sources. Voulant donner une édition critique de ce poème, M. E. L. a été naturellement — je devrais dire nécessairement — amené à aborder cette étude difficile, et, grâce à sa grande connaissance du moyen âge, il a su la mener à bonne fin.

Son travail se divise en deux parties, comme le roman lui-même; la première est consacrée à l'œuvre de Guillaume de Lorris, la seconde à celle de Jean de Meun; et dans chacune il a suivi une méthode différente, conséquence forcée de la manière différente dont les deux poètes ont traité leurs sources. Guillaume s'est plus inspiré des poètes qui l'ont précédé qu'il ne les a servilement suivis; Jean de Meun, lui, traduit le plus souvent et imite fidèlement les auteurs qu'il prend pour guides; il n'y avait donc qu'à signaler ses emprunts; pour Guillaume de Lorris, le travail était tout autre; il fallait rechercher, non seulement ce qu'il doit à ses modèles, mais encore la transformation qu'il a fait subir aux motifs poétiques que ceux-ci lui ont fournis.

Le sujet du Roman de la Rose, comme le dit fort bien M. E. L., est l'art d'aimer et d'être aimé; comment un pareil sujet a-t-il pénétré dans la litérature du moyen âge? À quelle époque y apparaît-il d'abord? M. E. L. admet

E. ROUSSELOT, Le Patois de Cellefrouin. 439

naissance les autres maîtres dont il a suivi les leçons, et il est visible que, parmi ces savants auxquels il reconnaît devoir beaucoup, M. Gilliéron occupe une place d'honneur. Il s'en faut toutefois que l'étude sur le patois de Cellefrouin procède purement et simplement de l'étude sur le patois de Vionnaz. On y trouve une note personnelle, et fort intense. Elle n'est nulle part plus accentuée que dans les préliminaires et, en particulier, dans la critique des documents oraux (p. 160 et suiv.), critique pleine de finesse et de pénétration. À signaler également toute la troisième partie (p. 317) sur les modifications du fonds nouveau du patois. Dans tout cela, il n'y a qu'à s'incliner devant la puissance d'observation de l'auteur et à admirer son talent d'exposition. La conclusion, qui n'a que six pages, soulève une question de la plus haute importance, que la linguistique et la philosophie associées auront sans doute bien de la peine à résoudre péremptoirement. Quel est le principe de l'évolution phonétique ? Faut-il le chercher dans l'indolence des organes qui exécutent mal les ordres du cerveau, ou dans le cerveau même ? M. l'abbé R. penche vers la seconde explication et s'arrête à « l'hypothèse d'une sorte d'anémie, d'un affaiblissement graduel ct transitoire des centres nerveux qui aboutissent aux muscles, siège de l'évolution ».

Je ne suivrai pas M. l'abbé R. dans ces régions élevées : je ne m'en sens ni la compétence ni le goût. Il me tarde d'arriver à ce qui est « ma droite balle », comme dit Montaigne, aux pages 181-316, où se trouve exposée la phonétique des consonnes, puis celle des voyelles. Le plan ne me paraît pas très heureux : je ne parle pas, bien entendu, de l’ordre respectif des consonnes et des voyelles, qui n'a aucune importance, mais de l'ordre intérieur dans chacune des deux sections. Pour les consonnes, M. R. établit les di sions suivantes : L. Articulations conservées depuis l'époque latine; II. Changements d’articulations; IIL. Simplification des consonnes doubles; IV. Changements de sonorité; V. Chute de consonnes; VI. Vocalisation des consonnes; VII. Formation de consonnes nouvelles, Assurément, il a des raisons pour agir ainsi, ct il les indique. Mais j'estime que ce qui devait les primer toutes, c'est la nécessité de raccorder toutes les études de patois locaux aux études générales de phonétique romane et, par suite, d'adopter le plan classique de M. Ascoli, dans ses Sagyi ladini, En adoptant ce plan, M. l'abbé R. n'aurait pas pu csquiver, comme il l'a fait, certaines questions importantes, celle de l'accent, par exemple, sur laquelle on est étonné de ne pas trouver, dans l'étude phonétique, un paragraphe spécial. Ce défaut de plan et ceue lacune grave n'empêchent pas l'étude de M. l'abbé R. d'être un travail de grande valeur, dont le détail est traité dans un excellent esprit philologique : l'auteur sait à propos ou blisser ou s'appesantir sur tel où tel point, selon que le terrain le demande. C'est plaisir de le suivre dans ses déductions ingénieuses quand il se livre à quelque digression étymologique, par exemple à propos de chu « pourquoi », où il montre cliirement (p. 207) que cet adverbe est simplement la seconde syllabe du verbe ch'eha « chercher», sortie de phrases comme « K4 chcha ana & eu? que chercher allit-il, pourquoi

«niche à chien », n'ont pas le même radical que le français croupe, s'accrougér, et c'est bien gratuitement que M. l'abbé R. suppose à ces mots « un radical avec un seul p, krupe, comme au germanique stuppula, éouble ». D'abord je crois que le fr. éfouble vient du lat. *stupila (au lieu de stipula) ct non de l'allemand ; puis, en ce qui concerne s'agrous les formes franchement méridionales données par Mistral (agrous, prouve, agrus, etc.) ne sont pas favorables à l'hypothèse d'un p intervocalique, même simple. Mistral indique comme étymologie curbare, que je ne voudrais pas cautionner.

P. 21. « Fer conbuja un' barik, rendre une barrique étanche. » Il aurait été bon de remarquer que le mot combuger figure dans tous les dictionnaires français, y compris celui de l’Académie, et que le français l'a probablement emprunté aux patois du sud-ouest.

P. 212-223. « Lodefes, hameau de la commune de Vaux, à côté de Lode- Jens (Cartul. de Vaux). » Cette double forme n'a pas la valeur que M. l'abbé R. lui attribue. Defes représente le lat. defensum, comme dans la même région pes — pensum; defens est une forme calquée sur le latin littéraire comme penser sur pensare : il ne s'agit pas ici de l'" caduc du provençal.

P. 225. « C'est dans cette position que se trouve la seule labiale sur laquelle nous possédons un renseignement. Nous trouvons cette phrase [dans le censier de Cellefrouin] : P. Aymes .vij. sol. deu chambo qui est. Le copiste s'est oublié puisqu'il a effacé deu chambo qui est pour restituer la bonne leçon de maynamento, etc. Il a voulu dire : du champ. Mais pourquoi ce b? Un à final se serait assourdi, Aurait-il voulu écrire un p très aflaibli et presque indistinct? » Je crois que le copiste a voulu dire non pas du champ, mais du Chambon, en bas lat. cambonem , mot qui parait signifier « champ cultivé», qui est peut être d'origine celtique et où, en tout cas, le b est primitif. D'où il suit que les observations de M. l'abbé R. s'en vont à vau l'eau.

P. 230-253. M. l'abbé R. déploie beaucoup d'ingéniosité pour se persuader que l'adjectif Ait dans des phrases comme : ou batri son Hit per « il battrait son père lui-même », À né pd un” Hit poum « je n'ai pas une seule pomme », vient de*eccu-iste. Malgré l'appui apporté à cette étymologie par une forme kilo, signalée à la p. 249 dans le patois de Bagnols (Puy-de-Dôme), elle soulève encore bien des difficultés, ét j'avoue que je demeure provisoirement incrédule.

P. 311. L'explication de l'ancien français mon par minus est ingénieuse, mais bien peu vraisemblable ; sa signification n'est pas la même, il me semble, que celle du cellefrouinais man ou men.

P. 310-312. Une des sources de l'en de Cellefrouin ne me paraît pas indiquée avec assez de netteté. « Il en est de même de en suivi d'une gutturale ou d'une palatale : linguam, kng; cingulam, snlh; linteolum, leuso; tenui, fngui; *venui, vengui; *prenui, prengui; et dans les mots suivants: sentio, sn; sentire, senti; *deintus, den; sine, sn; auxquels il faut ajouterle german. skella, éhenl; enfin in (i) donne aussi en: nutrimen, nouren. » L'énoncé de tous ses cas se réduit à ceci : l'en actuel se trouve partout où il ÿ a eu antérieurement in (5). Reste à montrer les sources diverses de cet

système d'exactitude À outrance est décevant. Car en typographie, La division des mots est nécessairement très nette, tandis que dans les mss. il est souvent bien difficile de savoir si deux mots sont séparés ou réunis. Il ne faut pas demander à la typographie ce que peut seul nous donner un fac-similé.

J'ai dit que les corrections proposées par M. O. étaient, en général, fort bonnes, mais il en a laissé à faire. Voici quelques observations qui portent sur le texte et sur la traduction. Je me borne aux corrections qui intéressent le sens, négligeant celles, beaucoup plus nombreuses, et, en général, plus faciles que l'on pourrait tenter pour remettre les vers faux sur leurs pieds, ce genre de restitutions ne pouvant être entrepris sans une étude préalable de La versification du poème qui allongerait démesurément ce compte rendu. V. 6$ Oë lui la ramist lote la terre. M. O. a bien vu qu’il n'y avait aucun sens à tirer de là et il a traduit d'après le contexte : « Should carry her away with him from the land, » ce qui évidemment n'a aucun rapport avec Le vers précité. Je corrigerais O4 lui ara tote la terre, « With er (not bim) he will have the whole land, » ce qui s'accorde parfaitement avec le contexte. V. 181, lire SE non pur moine reûler. NV. 215, vosire, corr. nostre ; c'est le même cas qu'aux vers 144-5 où M. O. a bien reconnu qu'il fallait le possessif de la première personne et non celui de la seconde. V. 238-9, cor. Quant li reis out [la] sojorné | CAu}lant [come] li vint a gré. V. 263 Host iuang (en rime avec pas), v. 1917 dost iuaus (en rime avec Finglas). Le sens est sûrement « très vite ». M. O. conjecture au v. 263 qu'inang est pour ésnaus, ce qui n'est pas admissible, mais il propose aussi, à la note du v. 1917, vias, qui se trouve employé de même (4ost vias) au v. 2802. Cette seconde conjecture est la bonne, mais je ne puis m'empêcher de penser qu'ivas n'est peut-être point une faute, car en catalan on trouve aussi fras pour tias. Je sais bien que M. Mussaña, dans le glossaire qu'il a joint aux Sept sayes, dit qu'irus est originairement une fausse lecture de cas, mais j'avoue que cette hypothèse m'a toujours paru peu vraisemblable. V. 385, Pur se rendre le coleit, cor. rckndre; ce mot est mal traduit par « submit », c'est le latin redimere, cf. La vie de saint Edouard, vv. 542, 557, où du reste la traduction de M. Luard, «to despoil », n'est pas exacte, et Guill. le Maréchal v. 1722. Le vers tout entier signifie « par ce qu'il voulait lui faire payer rançon ». V. 395, Que il quite s'en purreit partir. La rime est en er; il faut donc substituer abr à partir. V. 595, Ne sai s'il iert delicere num, est mal traduit par « 1 know not if he was liberated fn ». Serait-ce nun que M. O. aurait rendu par « then »? Il faut corriger [u] mun, « or not ». V. 416, point, corr. fn! ; c'est du reste ainsi que M. O. a compris. V. 429, Cor. Gnt a val € [gen] a pe Vs ja nert remansus | Ne larrunt en nule manvre ; le premier vers doit être comigé Ke ja por els] n'ert remansuz, et le sens n'est pas du tout « That never would they be left behind », mais « That it will never remain Case) for (on account of) them ». Cet emploi du verbe remaindre est bien connu; par es. Gill. le Mar., v. 11102 : Ne remeist jus for nul asvir | Se ble viande ert troëve | Quel ne fust tantost achatés. V. 698, Dés que vus serre

454 COMPTES KENDUS

et aussi des notes ajoutées parle copiste ou par le traducteur #. M. U. n'a pas su bien distinguer ces deux genres d'additions, et souvent il a rejeté en note des morceaux qui, omis primitivement par le copiste et ensuite rétablis par lui en marge avec renvoi, devaient prendre place dans le texte. Il n'a pas non plus toujours vu à quel endroit devait se placer l'addition.

M. Ulrich dit dans son « introduction » que la valeur de la traduction ainsi que de l'extrait (l'extrait, c'est le texte Latin de Philippe) est nulle, S'il en est réellement ainsi, il ne fallait pas faire la publication. Mais je crois qu'entre les mains d’un éditeur consciencieux et instruit, les morceaux que renferme le ms. add. 17920 auraient pu donner matière à une édition intéressante et en somme facile à mener à bien. Ce n'est malheureusement pas la première fois que M. Ulrich s'acquitte d'une manière insuffisante des tâches qu'il s'impose. P. M.

1. J'ai donné quelques spécimens de ces notes dans mon rapport de 1866.

2. M. U. imprime ordinairement (mais non toujours) en italiques, on ne sait pourquoi (car il ne donne à cet égard aucune information au lecteur), les additions marginales du ms. qu'il fait passer dans le texte,

PÉRIODIQUES

ZerrscHRIFT FOR ROMANISCHE PHILOLOGIE, XVI (1892), 1-2. — P. 1. G. Voretzsch, der Reinhart Fuchs Heinrichs des Glichezare und der Romans de Renart (An). [Ce consciencieux travail semble clore définitivement les discussions sur les rapports entre le Reinbart Fuchs de Henri le Glichezare et la compilation des branches du Roman de Renart. M. V. a divisé son étude en deux parties : 1° les épisodes du R. F. correspondent-ils à des branches que nous possédons ou ont-ils eu pour prototypes des branches plus anciennes et disparues ? 20 L'ordre des aventures dans le poème allemand était-il celui de l'original ou estl l'œuvre du traducteur ? Pour conclure sur la première thèse, M. V. à fait un examen minutieux de chacune des vingt-quatre aventures qui composent le R. F. Quand elles correspondent visiblement à des branches du R. de R., il dresse d'abord un tableau comparatif du morceau allemand et du morceau français qui indique ce qu'il y a en plus ou en moins dans l'un et dans l'autre; puis il discute point par point les différences. Le résultat auquel il aboutit est des plus intéressants ; il nous renseigne non seulement sur le poëme allemand, mais aussi sur la formation de la compilation française. Ce n'est la plupart du temps, en effet, que le squelette de la rédaction française que nous donne le R. F.; celle-ci est un remaniement ou plutôt le dernier terme d’une série de remaniements opérés entre l’époque où a écrit le Glichezare et celle où ont été copiés les manuscrits français en notre possession, c'est-à-dire entre la fin du xue siècle et le xive siècle. Le texte allemand se rapproche beaucoup moins des récits des branches que des allusions éparses dans le R. de R. et comprises dans les diverses confessions où le goupil rappelle tous les tours qu'il a joués ; c'est par elles surtout que nous pouvons remonter à l'état le plus ancien de ce que les trouveurs ont appelé l'estoire du Renart, Non moins utile est la contribution qu'apporte cette étude à la connaissance des rapports des branches entre elles. L'histoire en particulier des branches relatives aux épisodes du Jugement et du Lion malade était encore obscure, malgré les recherches de Knorr et de Martin ; elle nous apparait plus claire maintenant, et nous saisissons mieux ce que chacune renferme d'archaïque et de moderne. Bref, sur les 24 aventures du R. F., 15, suivant M. V. — nous verrons tout à l'heure que ce nombre doit être porté à 16 — ont leurs parallèles dans le R. de R. Parmi les autres, deux sont certainement de l'invention du Glichezare, la XXIIe (envoi de l'éléphant sur la

Page 1