‹ Romania (volume 3)Chapitre 8 sur 78 · Ree. des Patois, tome Îl, page · texte numérisé non relu

Ree. des Patois, tome Îl, page

42 rien ne se trouvant pas au L ais as à Le faire figurer dans la liste de mes observations. Quant à l'étymologie Trigancius, que M. N. du P. donne d'après le Paron Raverat, m2 discussion nous entrainerait trop loin. Je me Rornerat à <onstater que, contrairement à ce qu'on avance, La forme Trier, sans 5 finale, est fréquente dans les teates lyonnais du xiv* siècle. D'autre part, le rapprochement avec Saint-Pons n'est pas conchunt, Poncium ayant donné en v. Ivonnais Poncef et non

. Pour ce Là chute du : devant , outre qu'on en pourrait citer plusieurs exempte, elle ke. plus surprenants que celle de à devant j. que MX dans fout. Auv en, il me suffit de le d'Enveet-Leir sil pourra Bitte, entre le Treo de uirs Hpproch,ments qui ne manquent pus

Rerap Se départeme: “ iyouna d'interèt, — E. P.]

CHRONIQUE 135 quiborlé est caquiborlé ; corjon est corgeon; cortacornilli est coustacornilli. Je ne continuerai pas cette énumération sans intérêt.

Sur les remarques de M. P. Meyer, je ne me permettrai qu'une ou deux observations. Je suis aux regrets de n'avoir pas connu son livre sur la légende d'Alexandre. Je ne l'ai pas consulté par ce qu'il m'avait été affirmé à tort que cet ouvrage concernait exclusivement l’Alexandre de l'Arsenal et du Museo civico de Venise. Il m'eût été en effet plus commode de me procurer l'ouvrage de M. P. M. que ceux de MM. Conrad Müller et Hermann Flechtner, Toutefois je tiens à faire remarquer que j'ai cité les opinions de ces messieurs sans me les approprier, et que la seule affirmation que j'aie prise sous ma responsabilité est celle-ci : « Il est certain, en tous cas, que l'Alexandre appartient à une langue intermédiaire, comme notre dialecte, entre le provençal ct le français, » affirmation banale, mais, en définitive, exacte".

Relativement au reproche de ne pas avoir fait figurer au Dictionnaire tous les mots cités dans la Phonétique, tels que chis, chin, etc., je répondrai que j'ai cru devoir élaguer tous les mots qui se rapprochaient beaucoup du franais et dont le sens ne pouvait faire doute. Mon ouvrage était déjà énorme.

Sur la question relative à chivra, chura, je dirai que le premier appartient aux environs de Lyon, et le second à Mornant et à toute la région montagneuse.

En somme, il me semble que M. P. Meyer ne me reproche guère, avec des inexactitudes de détail, que quelques défectuosités de classement ct de n'avoir pas indiqué suffisamment l'habitat de chaque forme, ce qui eût été bien facile, si j'avais pensé qu'il eût fallu y attacher autant d'importance. Je suis heureux encore de ne mériter que ces reproches, et j'ajoute que ces défectuosités disparaîtront facilement dans une seconde édition... que malkeureusement je ne ferai pas.

PUITSPELU,

— Livres annoncés sommairement :

Le cronache di Galvano Fiamma e li fonti della Galeugnana, par L.-A. FeRRAt. Roma, 1890, in-4°, 40 p. (extrait du Bulletino dello Istituto Storico Italiano, num. 10), — Travail bien fait sur un sujet intéressant.

Fom Gebrauche des Imperfecqun Futur im Romanischen, von A. Tonuer, Berlin, in-40, 12 p. (Situngsberichte de l'Académie de Berlin, 22 janv. 1890). — L'auteur, avec sa pénétration habituelle, distingue deux modes différents, en français littéraire moderne, de l'emploi du conditionnel (futur imparfait) dans le cas où il s'agit d'énoncer un évènement futur par rapport à un temps passé (le second de ces modes, qui avait été révoqué en doute, est établi par des exemples d'écrivains tout à fait contemporains, mais il est

3. [e Exacte » est beaucoup dire. La langue du fragment d'Alexumdre de Florence est, fe crois l'avoir démontré, celle du Dauphiné méridional, C'est uue Langue beaucoup plas provençale que française. — P. M.]

certain que beaucoup s'en garderaient). 11 étudie ensuite de curieux emplois du conditionnel, notamment en espagnol et en portugais.

Passio sanctae Catherinae Alexandrinae metrica ; ce duobus libris manuscriptis edidit Hermannus VaRNHAGEN. Erlangen, 1891, in-49, 75 p. (invitation à une fête anniversaire d'Erlangen). — Poème en distiques, déjà imprimé d'après un manuscrit, et dont un second 2 permis d'améliorer le texte. 11 paraît être du xne siècle et suit la « vulgate » de la légende.

Un poëte inconnu de la société de François Villon. Le grant garde derrière, poème du xve siècle, publié avec Introduction, Glose et Index, suivi d'une ballade inédite de François Villon à sa dame, par W.-G.-G.-C. Bijvanck. Pari Champion, 1891, in-129, 61 p. — Dans sa spirituelle préface, M. B. avoue de bonne grâce qu'il n'a eu d'autre raison pour assigner son poète inconnu à la « société de François Villon » que le désir d'attirer l'attention sur le poëme qu'il public. En fait, ce poème, fort curieux et même remarquable, malgré son obscurité d'ensemble et de détails, paraît assez postérieur à Villon et non exempt de l'influence de Coquillart. La « glose » consiste en rapprochements avec des œuvres contemporaines. L'index explique ceux des mots ou des locutions difficiles que Le très savant éditeur a pu éclaircir. Il se trompe sur le sens de danger dans le Roman de la Rose, qui est précisément celui de « refus » que ce mot a dans le Grantgarde derrière. Allepez moy (1, 3) est, comme Haut le bois, le début et Le titre d'une danse et d'une chanson (Allegrz moy, douce plaisant brunette), ce qui modifie la ponctuation etle sens de la strophe. Ælle viendra, se Dieu plaist, au lendit (VII, 7) se rapporte à La erolte dont le poète prétend faire des reliques : on exposait en grande pompe, au lendit, les célèbres reliques de saint Denis (M. B. paraît rapporter ce vers à « la dame de Cliques » et note simplement « dicton populaire »).— En appendice M. B. imprime une jolie ballade dite, qu'il croit être en droit d'attribuer à Villon : il donnera les preuves à l'appui de cette opinion dans un prochain article de la Romama.

Das Martinsleben des Pean Gatineau. Bemerkungen über Quellen und Sprache, von Dr Werner SéDERHJELM. Helsingfors, 1491, in-4e, 48 p. (extrait des Commentationes variac in memoriam actorum CCL aunorum publiées par l'université de Helsingfors). — M. Sôderhjclm publicra prochainement dans son intégrité le long poème de Paien Gastinel sur la vie et les miracles de saint Martin dont l'abbé Bourassè n'a imprimé (et fort mal) que là première partie. Il nous donne ici par avance d'intéressantes remarques sur les sources et Là langue de cette œuvre remarquable, et l'édition de 330 vers du livre II, accompagnés du texte de Sulpice Sévère qui en est la source et de la rédaction en prose du xve siècle. Tout ce travail est fort satisfaisant, La légende relative à un marquis de Montferrant (2 9139-9290) à certainement trait au Montferrat. comme l'indique le nom de Boniface. La légende sur Dagobert (10096-10129) est empruntée au récit de l'évêque Ansoald de Poitiers (voy. Hist. pat. de Charlemagne, P 445). M. S. remarque que les rimes masculines sont à peu près toujours

riches, les rimes féminines le sont rarement; mais dans la théorie du moyen âge la rime était riche (leonine) par le seul fait qu'elle était féminine, comprenant dès lors deux syllabes, Chrtau n'estal pas capitale (fr. chetel) plutôt que castellum ? (Dans ce cas la remarque sur ellum >> au est à rayer.) L'hypothèse d'une forme lee .< librum est ingénicuse, mais inacceptable : beire «2 beivre est dû à l'analogie verbale, et veritau répond non à veritabilem, mais à veritalem (a. fr. serilel), comme M. S. l'a supposé plus loin. La rime departie: demie ne prouve pas la réduction de iee à ie. Voil (veclum) : rewil (revolio) doit être compris vil : revueil. La remarque sur ñ et » est errone ; poinne est pugna, rivné est un mot savant où gu est purement graphique. On regrette de ne rien trouver sur la flexion.

Glossaire de la langue d'oil (xue-xive siècles), contenant les mots vieux-français hors d'usage, leur explication, leur étymologie et leur concordance avec le provençal ct l'italien. Ouvrage à l'usage des classes d'humanités et des étudiants, par le Dr A. Bos. Paris, Maisonneuve, 1891, in-Be, xvi- 466 pages. — Ce glossaire n'a pas un caractère rigoureusement scientifique, mais il rendra certainement des services. Le dépouillement est riche et repose sur une lecture personnelle : on s'en convainc en comparant aux derniers fascicules du Dictionnaire de M. Godefroy la partie correspondant, qui a été rédigée avant l'apparition de ces fascicules et qui ne leur cède guère par l'abondance des mots vraiment importants (lle en a même qui ne sont pas dans Godefrov). Les interprétations sont très sommaires et l'on pourrait souvent en contester la précision ou leur ajouter des extensions et des nuances; mais elles sont exactes dans leur majorité, Ce qui prête le plus à la critique, ce sont les étymologies que l'auteur a cru devoir joindre à sa nomenclature et à sa traduction. I fallait pour réussir, dans un domaine où il y a encore tant à faire, un outillage dont l'auteur ne disposait pas ; aussi aurait-il mieux fait, 4 notre avis, de s'abstenir d’une täche pour laquelle son érudition réelle et son intelligence remarquablement lucide n'étaient pas suffisantes. Nous aurions voulu qu'il remplaçät cette partie étymologique, qui tient une très grande place dans son volume Cet où il y a d'ailleurs quelques bonnes remarques ou suggestions), par un choix des locutions où figurent les mots enregistrés, ct que l'on ne comprend pas encore quand on a le sens de chaque mot isolé. À défaut des exemples, qui sont systématiquement exclus, cela aurait beaucoup augmenté l'intérét comme l'utilité de ce glossaire, qui n’en reste pas moins méritoire et qui aura toujours l'honneur d'avoir ouvert une voie où il sera certainement suivi

Ucker die Sage von Ogier dem Dénen und die Entstchung der Clkvalerie Ogicr. Ein Beitrag qur Entwickelune des alffransésischen Helenipes, von Carl Vorerzscu. Halle, Niemeyer, 1891, in-8e, 127 p. — Excellent travail, riche en résultats nouveaux et certains. Il reste des doutes sur quelques points, et notamment sur le plus important de tous, l'origine du nom de

138 CHRONIQUE Danois (ou de Danemarce) donné à Oger : M. V. n'y voit qu'une invention de jongleur, sans aucune base historique, et le suppose introduit par l'auteur d’une version perdue des Enfances Ogier, lequel avait imité une version perdue d'Aspremont; tout cela est très contestable, surtout si l'on considère qu'Oger figure avec son surnom classique dans le Roland et le Plerinage. La confusion d'Oger avec le prince lombard Adelchis et la collocation de Castelfort en Toscane ne sont pas aussi bien établies que d'autres hypothèses. On peut encore se demander si le combat d'Oger contre Brehier est imité de celui d'Olivier contre Fierabras ou si ce n'est pas l'inverse, etc. Il y aurait aussi quelques données de fait à ajouter à celles qu'a rassemblées l'auteur, bien que son information soit en général aussi complète qu'exacte. On ne peut que souhaiter qu'il étende aux suites du poème publié par Barrois, comme il semble disposé à le faire, son investigation pénétrante et circonspecte,

Ricerche sulla leggenda di Uggeri il Danese in Francia, dal professore Rodolfo Revier. Torino, 1891, in-4, 73 p. (extrait des Memorie della R. Accademia di Torino, ser, 11, t. XLI). — Ce mémoire ne fait pas double emploi avec celui de M. Voretzch dont il vient d'être parlé. Passant rapidement sur les origines et le substratum historique de la légende d'Oger, M. R. s'attache surtout à étudier les divers poëmes français (ct franco” italiens} dans leur contenu et leurs rapports. Il a ainsi appelé l'attention sur plusieurs points qui n'avaient pas été encore regardés d'aussi près; il repousse d'ailleurs avec modestie la prétention de vouloir apporter « de grandes nouveautés » ; les matériaux dont il disposait étaient trop incomplers. Nous signalerons surtout ce qu'il dit du poème décasyllabique rimé, autre que celui d'Adenet, qui a servi de base au poème en alexandrins du xive siècle, source du roman en prose, ct son analÿse de ces deux derniers. Les remarques sur la source des romances espagnoles sont aussi dignes de toute attention. P. 33, M. R. relève une inexactitude que j'aurais commise en disant qu'Alori était de Mayence, mais je ne parlais à l'endroit cité (Hist.

., p. 167) que du poème franco-italien. Il aurait dû faire remarquer

. 71)que le poème néerlandais ne contient pas encore les aventures d'Oger

en fucrie. Le passage du roman en prose cité (p. 62, n. 3) comme une interpo-

lation du prosateur est emprunté textuellement à Huon de Bordeaux. Le valet

de pique est encore aujourd'hui appelé Oger dans nos jeux de cartes (p. 2).

Dans les textes français que M. Renier a imprimés d'après les mss., on

peut faire quelques légères corrections ; ainsi p. 45, I, 5 (et 46, II, 6),

anierissoit, 1. amerrissoit; 46, 11, 7, et plusieurs autres fois ensui, L. eusin;

9, licoit, 1. Ioît, — G. P.

Lieutenant Gaëtan Hgco, La Ballade et ses dérivés : chant royal, chanson royale, serventois, pastourelle et sotte-chanson. Bruxelles, 1891, in-Bo, 41 p. (extrait des Annales de la Savisté d'archéologie de Bruxelles, vol. V). — Écrit d'amateur.

Le Dit de la Rose von Christine von Pisan… (von) Ferdinand HEUCKEUKAMP.

CHRONIQUE 139 Halle, 189, in-8e, 20 p. (cette brochure est une Finladungsschrift de M. H. à son Aniritis-Vorlesung sur « le refrain dans l'ancienne chanson populaire française », faite à Halle, le 22 octobre 1891). — L'édition du Dit de la Rose est faite d'après le ms. fr. 604, que M. H. croit unique; il en existe un second, le ms. fr. 12779, et M. Roy les a utilisés tous deux pour l'édition de ce petit poème qui fait partie du second volume des Œuvres poitiques de Christine (Societé des anciens texkes), qui va incessamment paraître : on ne voit pas bien l'utilité d'imprimer à part un ouvrage dont la publication prochaine était assurée dans un recueil général. L'édition est d'ailleurs bien faite, et les remarques qui précèdent le texte sont judicicuses.

Une représentation fgurée du lai d'Aristole, pat A. Héron. Rouen, Lestrit gant, in-4e, 14 p. et une planche. — Jolie sculpture sur bois du xve siècle, qui s'ajoute aux représentations du même sujet dont M. H. a donné ailleurs l'énumération (voy. Rom., XI, 139).

Untersuchung über deu Verfasser der alifranésischn Dichtung Willem von England. Von Rudolf MüLLER. Bonn, 1891, in-8e, 121 p. (diss. de docteur). — Ce travail, d'un élève de M. Forster, aboutit, comme le faisait prévoir ce que le maltre avait écrit sur ce sujet, à présenter comme indubitable l'identité du Chrestien, auteur de Guillaume d'Angleterre, et de Crestien de Troies. La démonstration s'étend à la phonétique, à la rime et au style; elle doit être complétée par une étude du vocabulaire ct de la phraséologie proprement dite. Elle parait faite avec soin ; toutefois, avant d'en regarder le résultat comme acquis, il convient d'attendre un examen contradictoire.

Ucher Consonanten-Assimilation im Franzësischen…. von Ferdinand GUTHEIM. Heidelberg, Siebert, 1891, in-8, 98 p. (thèse de docteur de Berne). — L'auteur de cette dissertation a choisi un sujet trop étendu pour ses forces et pour les éléments dont il disposait ; aussi n'a-t-il pu le traiter que superficiellement, malgré une intelligence incontestable et une connaissance assez étendue des travaux antérieurs. Il ne s'agissait, en ctfet, de rien de moins que de l'histoire phonétique de toutes les combinaisons de consonnes en français, M. G. aurait avec plus de profit approfondi un chapitre de cette histoire. 11 nous donne, en guise d'introduction, quelques idées générales sur l'assimilation, dont plusieurs sont assez contestables, et traite ensuite les différents groupes de consonnes, sans distinguer les dialectes ni même toujours (quoiqu'il y tâche) les mots héréditaires des mots empruntés : c'est ainsi qu'il veut nous prouver (p. 91) que mn donne mn avant la toniqueen citant dame, indemniser et solemnel (plus danz, dont l'a s'explique naturellement tout autrement). Son information n’est pas toujours suffisante ; ainsi, pour s devant une consonni n'a nullement étudié l'article de la Romania sur le livre de Kritz. 11 commet même des erreurs surprenantes, comme quand il tire directement (p. 83) frcindre de fremere, sans paraître soupçonner l'existence de friembre. Il tombe dans des confusions non moins singulières, comme à la p. 34, où il cite pêle-méle, pour prouver que sf donne 55, ostium uis, angustus (!) ungoissos et besta

140 CHRONIQUE bisse (lequel n'a pu venir, et encore, que de bestia); à la p. 69, où il range dpre parmi les mots savants à cause de la conservation de pr; à la p. 62, où l'histoire de -1gnum (et non -ignum) est faite sans aucun discernemnt ; à la p. 74, où les conditions de la production de 3 après » ou / sont complètement méconnues (qu'est-ce que le lambda donné à la p. 49 pour étymologie à lande ?). Malgré ces graves défauts, le mémoire de M. G. n'est pas sans mérite; il groupe beaucoup de faits et les met parfois en bonne lumière ; il sera utile, et le serait encore plus si l’auteur y avait joint un index ou au moins une table,

Le Mystère de la Passion, texte du manuscrit de la bibliothèque d'Arras, publié par Jules-Marie RicaRD. Arras, imprimerie de la Société du Pas-de- Calais, gr. in-8, xxxvI-296 p. — Le mystère de la Passion d'Arras, signalé depuis longtemps, méritait d'être imprimé, comme étant sans doute antérieur à celui d'Arnoul Greban et ayant par conséquent une réelle importance dans l'histoire du drame religieux. Il comprend près de 25000 vers, et se fait remarquer, en général, par un style simple et une allure grave. M. Richard, en s'imposant le travail de cette longue publication, s'est acquis la reconnaissance des savants, qui lui pardonneront sans peine les quelques preuves d'inexpérience pour lesquelles il demande luimême l'indulgence avec beaucoup de bonne grâce. Une judicieuse introduction et un glossaire suffisant complètent ce volume vraiment méritoire.

Ucber die frangsischen Gralromane, von Richard Heizer. Wien, 1891, in-4°. 196 p. (Denkschr. der Kaïserl. Akademie, B. x, 111). — Nous nous bornons pour le moment à mentionner ce long et très important mémoire, où l'auteur applique à tous les romans français concernant le Graal sa critique à la fois hardie et minutieuse. Il renouvelle, sur tous les points qu'il aborde, l'état de la question ; c'est aux recherches futures de décider si les résultats qu'il obtient doivent tous être considérés comme acquis à la science.

Étude linguistique sur Jacques de Hemricourt et son époque, par Georges Dourreroxr. Bruxelles, in-8, 92 p. (extrait du tome XLV des Mémoires couronnés et autres Mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique). — Les deux ouvrages de J. de Hemricourt (fin du xive s.) sont conservés dans un ms. du xve siècle qui présente un tel mélange de graphies françaises et locales que M. Doutrepont ne pouvait y trouver la base d’une étude vraiment complète du parler de Liège à cette époque. Il en a tiré tous les renscignements qu'ils pouvaient fournir et Les a complétés par l'étude de textes contemporains et du patois moderne. Il y a beaucoup de détails contestbles dans son travail, mais l'ensemble est louable et utile. On appréciera particulièrement l'esquisse des traits caractéristiques du wallon par laquelle il se termine.

Zur Geschichte der Hergmäre. Von Hermann Para, Berlin, Gaeriner, 1891, in-49, 22 p. (programme de Pâques du Friddrichs-Grmnasium). — M. Patig étudie les formes occidentales du conte du Cœur mangé, en le rapprochant des versions récemment recueillies dans l'Inde (voy. Romania, XVII, 456).

CHRONIQUE 141 Il pense, avec raison suivant moi, que cette histoire est venue d'Orient en Europe. Son classement des versions européennes, appuyé sur cette ide, diffère assez de celui que j'ai autrefois essayé (Hist. li. de la France, XXII, 377) ; il serait à examiner de près. L'auteur montre dans cetravail du savoir et de la pénétration; mais il se livre à des rapprochements étymologiques fort aventureux. — G. P.

Quietus in Romanischen, von Hermann Sucmier, 1891, in-8o, $ p. (pp. 71- 75 des Commentation?s Waælffinianue). — M. Suchier, frappé du double sort si différent de quietus quietare en roman (d'une part quetus quetare avec d caduc en français, d'autre part quitus quitare avec { stable en français), explique Les formes v. it. quito, hisp. quito, prov. quiti, fr. quite, it. quitare, hisp. quitar, prov. quitar, fr. quitier, par l'hypothèse que le mot, qui n'a cette forme que comme terme de droit, aurait passé par la bouche des Germains, d'où les Gallo-Romans du Nord l'auraient repris (les mots provençaux, italiens et hispaniques viendraient du français). Cette explication est fort ingénieuse, mais elle n'est pas sans difficultés et elle ne paraît pas nécessaire. D'une part, en effet, on ne voit pas comment le { de l'allemand quit n'aurait pas, étant isolé à la finale, été amolli plus tard, et il paraît peu vraisemblable que les Romans, ayant fourni aux Francs le terme de droit quetus, l'aient aussitôt repris avec la forme que lui donnaient ceux-ci; d'autre part, quoi qu'en dise M. S., il est difficile de séparer le traitement de quietare >> quitier de celui de pietatem >> pitié, et les deux cas doivent recevoir la même explication (quite avec son « final se dénonce comme un adjectif verbal tiré de quitier, voy. Rom., VIII, 448), et enfin regarder enquitume .: inquietudinem comme ayant subi l'influence de quite, qui a, comme M. S. le constate, un sens tout particulier, est un expédient peu satisfaisant, Pour moi, quietare comme terme de droit a gardé une forme différente de celle qu'avait prise quetus dans La langue courante, et quitier (comme d'ailleurs pitié) est entré plus récemment dans le parler vulgaire. Notons encore que M. S. reconnait le latin qu(i)escere dans le v. fr. queissir, dont il trouve un exemple dans la vie inédite de sainte Modwenne; mais je ne connais pas de cas analogues, et je regarderais plus volontiers queissir comme refait sur queï, d'après le même type (encore assez mal expliqué) que nous avons dans wercir, chancir, etc. I] ÿ a encore dans ces quelques pages plus d'une remarque neuve et pénétrante. G.P.

Le roman en prose de Tristan, le roman de Palamède ét la compilation de Rusticien de Pise. Analyse critique d'après les manuscrits de Paris par E. Loseri. Paris, Bouillon, 1891, in-$e xxvI-534 p. — Après avoir donné de l'immense roman de Tristan, qui avait jusqu'à présent rebuté les patiences les plus endurcies, une analyse admirablement consciencieuse, dans laquelle il suit les ambages souvent incohérentes et communique les variantes des diverses rédactions et sous-rédactions, M. Lôseth n'a pas trouvé qu'il en eût fait assez : il a donné en appendice l'analyse, d'après les manuscrits, du

142 CHRONIQUE roman de Palamède, il est vrai dans des proportions plus raccourcies, et celle de la compilation de Rusticien de Pise. Il a joint à cet énorme travail une courte et modeste introduction, et une table analytique des noms propres qui ne remplit pas moins de 96 colonnes et sur l'utilité de laquelle il n'est pas besoin d'insister. Il n'est pas possible d'imaginer un travail plus méritoire, plus désintéressé, qui profite plus à ceux qui s'en servent et qui récompense moins celui qui l'exécute : il ne lui permet même jamais de mettre en relief son intelligence et son jugement, et'il exige qu'il les exerce perpétuellement avec une attention toujours présente. La reconnaissance que tous les savants qui s'occupent de ces questions voueront certainement 4 M. Loseth sera due surtout à l'ennui dont il les dispense et qu'il a tout entier assumé. Grâce à lui, on va pouvoir se rendre compte de la place du ‘Tristan dans l'histoire des romans en prose et en soumettre à la critique qu'ils appellent les passages vraiment caractéristiques; c'est un véritable service rendu à un des chapitres les plus obscurs de notre histoire littéraire.

Le style de la Iprique courtoise en France aux XIIe et XII siècles, par Hyacinthe Biner. Paris, Bouillon, 1891, in-8, 108 fr. — Ce travail quelque peu mécanique peut avoir une certaine utilité, et les « conclusions » par lesquelles l'auteur termine ses dépouillements montrent qu'il est capable de réflexions judicieuses. Mais ce qui manque à son ouvrage pour avoir une véritable valeur, c'est d'une part la délimitation de ce qui est propre au style de la « lyrique courtoise » et à celui de la poésie française en général, et d'autre part la recherche des origines de ce style, notimment dans la lyrique provençale.

Philologische Abhandlungen Heinrich Schuvizer-Sidller qur Feier des fünfsigjäbrigen Jubiliums séiner Docententhätigkeit an der Zürcher Universität, geridmet von der L. Section der philosopbischen Facultät der Hochschule Zürich, Zürich, 1891, in-49, 79 p. — Des six mémoires que contient cette Fistschrifl, trois intéressent la philologie romane. P. 1-14, À. Tobler, Alrine Beitrâge qur franxésischen Grammatik ; ce sont deux études, faites avec la finesse d'analyse qu'on connait, sur des façons de parler familières du français moderne Gone, ans), un recueil d'exemples d' « association asyndétique de

us dessous, etc.), et un complément au

mémoire indiqué plus haut sur l'emploi du conditionnel. — P. 13-24,

W. Meyer-Lübke, Uéher à und à im Lateinischen. L'auteur cherche à trouver

les lois de la distribution en latin d'une même voyelle originaire entre à et

ü: il s'appuie souvent sur le roman ou y renvoie (où se trouve l'anc. fr.

busne :büccina?). P. 24-26. mamphur. Ce mot qu'on ne connaît que par

l'abréviateur de Festus a été assigné par M. Bugge (Rom. III, 154) comme smologie au fr. mandrin, M. M.-L, pense qu'il faut 1h

termes opposés » (de ci de là, de

mamphar, équivalant à manfar, et retrouve ce mot dans différents dia-

lectes italiens: mais manfar n° mandar, dont un dérivé qu'on ne trouve aucune trace de manda

ait que la forme osque d'un latin se continue dans le fr. mundrin. IL est ficheux num dans le bas-latin ni de

manderin (au moins à notre connaissance) en ancien français ; mandrin n'apparaît qu'au xvie siècle. — P. 71-79, H. Morf, Tulti etre. M. Morf montre, de la façon la plus convaincante, que la forme originaire est futta re, où futta est un pluriel neutre, et présente des observations très intéressantes sur l'emploi en roman du neutre sing. ou plur. d'adjectifs avec fonction « adnominale ».

Dictionnaire topographique du département de la Marne, comprenant les noms de lieux anciens et modernes, rédigé par M. Auguste LoNGxON. Paris, impr. nat. 1891. In-4, Lxxxvi-380 pages, — La collection des dictionnaires topographiques, inaugurée il y a trente ans par le dictionnaire d'Eure-et- Loir, et formant actuellement vingt et un volumes : vient de s'enrichir de deux dictionnaires parus presque en même temps, celui de la Drôme et celui de la Mare. Du premier, nous n'avons rien à dire : les observations qu'il pourrait nous suggérer nous feraient sortir du cadre des études propres à la Romania. jous signalons le second à l'attention de nos lecteurs, c'est parce que l'auteur a consacré la première partie de son introduction à un sujet qu'il possède à fond et qui intéresse de près la linguistique romane : l'étude des noms de lieux du département de la Marne considérés dans leurs origines. M. L. passe en revue: 1e les noms de lieux d'origine gauloise ; 26 ceux d'origine « gauloise ou gallo-romaine » (cetintitulé estun peu vague); 3° ceux d'origine romaine ; 4° ceux d'origine germanique ou gallo-franque ; 5° et 6° ceux d'origine romane (ordre civil et ordre ccclésiastique) ; 7° ceux d'origine française. Dans cette très intéressante étude de la nomenclature toponymique du département de la Marne, M. L. (qui a sans doute ses raisons pour limiter ainsi ses recherches) ne prend en considération que les noms de communes. Il laisse de côté les localités qui n'ont pas leur maire et leur conseil municipal. Il est superflu de dire que l'étude de M. Longnon a une portée générale, puisque un grand nombre des noms de lieux qu'il étudie se retrouvent en d’autres départements.

Chronique d'Arthur de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne (1393- 1458), par Guillaume GRuEz, publiée par la Société ‘de l'histoire de France, par Ach. LE VAVASSEUR. Paris, Renouard, 1890, in-8v, xc-313 pages. — Cette chronique, en très grande partie originale, a plus de valeur historigne que de mérite littéraire. Les diverses éditions qu’on en possédait sont des reproductions plus ou moins altérées de l'édition princeps donnée en 1622 par Th. Godefroy, ou même de la seconde édition, où le txte est arbitrairement modifié, donnée par le fils de celui-ci, Denys Godefroy. L'édition de M. Le Vavasseur présente un texte beaucoup plus correct, qui a été fourni essentiellement par un ms. de Nantes jusqu'ici non utilisé, L'éditeur établit d'une manière satisfaisante le classement des

r. Aisne, H.-Alpes, Aube, Calvados, Dordogne, Drôme, Eure, Hérault, Marne, Mayenne, Meurthe, Meuse, Morbihan, Moselle, H.-Rhin, Vienne, Yonne,

ureret-Loir, Gard, èvre, B.-Pyrénées,

144 CHRONIQUE divers mss.; il joint au texte un commentaire historique qui nous a paru bien conçu, et publie en appendice quelques documents qui complètent la chronique sur certains points. La préface est intéressante et traîte avec compétence de la vie de l'auteur et des questions diverses que soulève la chronique. Nous aurions voulu que l'éditeur eût donné plus de variantes et eût réparti entre deux séries de notes l'appareil critique et le commentaire historique.

Beatrice nella vita e nella poesia del sæcolo XIII, studio di Isidoro DEL LUXGo, con appendice di documenti ed altre illustrazioni. Milano, Hoepfi, 1891. pet. in-Bo, 174 pages. — Cet élégant petit livre renferme d'abord une nouvelle édition revue ct corrigée d'un essai sur la Béatrice de Dante publié dans la Nuova Antolagia à l'occasion du sixième ‘centenaire de la mort de Béatrice (19 juin 1290), et un riche appendice de documents se rapportant à Folco Portinari ct en général au temps de la jeunesse de Dante. M. del L. n'émet point de théorie nouvelle au sujet de Béatrice ; il se borne à confirmer les idées admises par les gens de bon sens depuis Boceace, Il faut espérer que désormais on ne doutra plus de la réalité de la Béatrice de la Vita nuvru et de son identité avec la fille de Folco Portinari. Le premier des documents publié est précisément le testament de ce dernier (15 janv. 1287 anc. st.) où on lit cet article Cp 113): « em domine Bici etiam filie sue, et uxori domini Simonis de « Bardis, legavit de bonis suis libras .L. ad florenos. » A noter encore, parmi les documents, ceux qui se rapportent à la chevauchée de 1285, poi vant servir à faciliter l'intelligence d'un passage de la Pita nuora, et aussi les extraits des livres commerciaux des Bardi (1336-1337) d’où il résulte que ceux-ci étaient en relations d'affaires avec le père de Boccace.

Manet de paléxraphie. Recueil de fac: d'écriture du XIe au XVI siècle, mannerits latins et français accompagnés de transcriptions par Maurice

Picard, 1892 (nov. 1891), in-4e. — Ce recueil, qui forme un

utile supplément au Manuel du mème auteur, se compose de doure

planches phototypiques avec transcription en regard. Elles ont été fournies par des mss. à date certaine ou supposée telle, appartenant à peu près tous

à la Bibliothèque nationale. Il n'y a, à proprement parker, qu'un fac-similé

de ms. français (pl. V, n° 2, d'après le ms. Biblioth. nat. fr. 2092, de l'an

1317) 3 les autres spécimens français sont des chartes. Ce qui concerne la

pl. IL est à rec ilé de la dernière page du recueil des

sermons d'Eude de € final, qui à été publié ici-mêème

NIV, 390. se rapporte, non pas comme l'a cru M. P. au ms., mais à l'ou-

vrage. C'est le recueil de sermons qui à n 1219. et non le ms. qui

est postérieur.

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