Du rôle historique, etc., p
LE SIRVENTES Bem pldi 269
u P D JKd
TV
Ce M
On remarquera que M. Stimming fait de J, K, d (A, F, U en notation Meyer) des manuscrits frères, tandis que je les dispose de la façon suivante :
ou, d'après la notation que j'ai adoptée :
Uc —
J'ai indiqué les raisons de ma formule p. 1 19 du Rôle historique, etc. Cette différence est d'ailleurs peu importante, et il ne me paraît pas nécessaire d'y insister.
Mais, sur deux points, mon dissentiment avec M. Stimming est plus grave :
i° Je fais entrer AB (NC), que M. Stimming érige en famille distincte, dans la sous-famille v, de la façon suivante :
ou, d'après ma notation :
2° Je fais au contraire de la sous-famille s une famille distincte.
Examinons d'abord le premier point ». Le procédé le plus simple consiste, il me semble, à prendre mon résultat 2 comme point de départ, et à rechercher si les arguments de M. Stimming pour faire d'AB une famille à part sont de nature à rendre mon classement impossible.
Pour éviter toute cause de confusion, je négligerai le ms. B, dont la parenté avec A ne fait pas doute. M. Stimming prétend qu'A forme une famille à part :
i° Parce que, au vers 5, il met /o, au lieu de /or, qu'ont tous les autres manuscrits. Mais D a aussi lo, et, d'ailleurs, on reconnaîtra avec moi que l'argument n'est pas bien fort.
2" Parce que, au vers 6, il met per los praîz au lieu de sobrels pratz.
v. 9, — campanhas — campanha.
v. 34, — maint vassal — mains vassals. v. 36, — cavalh — cavals.
Pour que ces variantes pussent m'étre opposées, il faudrait admettre que, dans tous ces cas, A possède la bonne leçon contre tous les autres manuscrits. Alors, en effet, il deviendrait impossible de soutenir qu'A, se rattachant à une famille qui avait la mauvaise leçon, a spontanément, et à plusieurs reprises, rétabli la bonne. Mais si, au contraire, dans ces différents exemples, il n'y a pas de raisons, à priori, pour préférer les leçons d'A aux autres, mon classement devient possible, et j'ai le droit d'en conclure que ce sont précisément les leçons d'A qui doivent être rejetées ; car on ne peut plus les attribuer qu'à la fantaisie du copiste.
Or, pourquoi préférer per los praîz à sobrels praîz ? Il serait peut-être spécieux de trouver dans sobrels pratz une image plus relevée que dans per los pratz, mais, pour le moins, les deux termes se valent. Campanha me paraît tout aussi admissible que campanhas. Quant à maint Passai, il
1 . Dorénavant, pour simplifier les choses, je transcrirai d'après la notation Bartsch, adoptée par M. St., tous les résultats que je prendrai dans mon livre et que j'opposerai à ceux de M. Stimming.
2. J'ai exposé les raisons qui m'y ont conduit p. 117 et 118 de mon Rôle historique, etc.
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est évident que ce singulier s'accorde moins bien avec Yessems qui suit, que le pluriel mains vassals donné par les autres mss. : e mains vassals essems ferir.
Pour le vers 36, A possède sûrement la leçon correcte, cavalh au lieu de cavals ; mais, si mes notes ne me trompent, le ms. D aussi a exponctué Vs de cavals. D'ailleurs il peut arriver qu'un manuscrit original ait une faute de ce genre, et que l'un des copistes la corrige, pendant que tous les autres la reproduisent.
La seule conclusion à tirer des remarques de M. Stimming est donc que le scribe d'A, ou du ms. d'où A émane, était un homme intelligent, qu'il savait au besoin corriger une faute de son original, mais qu'il n'éprouvait pas de scrupule à faire des modifications personnelles qui n'étaient point des corrections. Il faudrait donc se défier de lui, en raison même de son intelligence, et nous craignons que M. Stimming, pour cette pièce et pour d'autres, lui ait accordé trop de confiance.
Nous arrivons au second point. J'ai fait de la sous-famille s de M. Stimming une famille à part, en m'appuyant surtout sur la strophe 6, qui est caractéristique. M. Stimming est de mon avis quant à cette strophe. Mais il croit qu'il en est autrement des strophes 1 , 3 et 4. Les leçons particulières que la famille s donne en même temps que d'autres mss., — comme quan vei au lieu de que faiy au vers 2, leçon donnée aussi par T et V — ne me semblent rien prouver. J'en conclurai seulement que cette leçon, se trouvant dans tous les mss. d'une famille (la famille s) et dans deux mss. de l'autre famille (T et V), est celle que portait le ms. original. En effet, quan vei répond mieux que que fai au mouvement de la strophe, au quand auch du v. 3 et aux deux autres quan vei des vers suivants : la triple répétition de ces deux mots ne fait pas difficulté, car elle est parfaitement dans le goût habituel des troubadours. Il est vrai qu'avec notre hypothèse il faut admettre que P et U se sont rencontrés fortuitement pour le que fai avec la sous-famille v; mais cette rencontre ne me parait pas impossible, « lo gais temps que fai venir flors » étant une locution courante, qui se présentait d'elle-même à l'esprit du copiste. Pour la même raison, je ne pense pas qu'il faille tenir un compte absolu, dans la classification, de douz au lieu de gais. M. Stimming l'a reconnu lui-même, puisqu'il a placé dans la sous-famille x le ms. U, bien qu'il donne douz.
M. Stimming constate ensuite que, au vers 26, la famille s a <c en lo camp » au lieu de « iesîorns es » que portent les autres manuscrits; que, au v. 32, la même famille a « asclar et desgarnir », tandis que tous les autres mss. ont « traucar e desgarnir », etc. Tous ces faits sont des arguments pour mon classement. Il faut considérer en outre que la famille s seule (avec D il est vrai, mais D nous donne un texte visiblement tron-
qué) ne contient pas le couplet 5 : e ne fait pas exception, car, dans ce manuscrit, des guillemets, auxquels M. Stimming n'a pas pris garde, indiquent que le couplet 5 a été pris par le copiste, (le bibliothécaire Plà de la Barberine) à une autre source que le reste de la pièce. Enfin, si on ajoute à tous ces arguments le couplet 6, qui est décisif, il me paraît impossible de ne pas ériger la sous-famille s en famille. Toutefois, plusieurs des particularités communes à s et à TV, qui sont relevées par M. Stimming, doivent faire admettre que le scribe du ms. î a consulté pour certains vers un ms. appartenant à la famille s : c'est ainsi qu'il faut peut-être expliquer le quan vei, pour lequel nous avons proposé d'ailleurs une autre hypothèse.
Dans son classement partiel pour la strophe 2, M. Stimming constate lui-même, bien qu'il n'en tienne pas compte, plusieurs rapprochements entre JKd et AB, et plusieurs différences entre CMe et tous les autres manuscrits, rapprochements et différences dont je réclame le bénéfice pour ma cause. D'autre part, M. Stimming ne fournit aucun argument probant, — et il signale lui-même une objection qu'il ne réussit pas à écarter, — pour séparer comme il le fait le ms. D des mss. JKd.
Pour le troisième classement de M. Stimming, je n'aurais qu'à répéter ce que j'ai dit des deux premiers. Quant au quatrième, nous sommes d'accord.
En résumé, je crois pouvoir maintenir intégralement mon classement unique. Les quelques difficultés apparentes qu'il rencontre se résolvent toutes soit par une coïncidence fortuite, dans les cas où cette coïncidence est vraisemblable, soit par ce fait que certains scribes, comme cela est matériellement prouvé pour le ms. e, se servaient de plusieurs mss. différents.
Voici donc le classement général 1 que je propose de substituer aux quatre classements partiels de M. Stimming :