‹ Romania (volume 4)Chapitre 154 sur 283 · Ibid., p. 333 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., p. 333 et suiv

par conjecture, mais à l'aide du ms. Gg. i. i. de la Bibliothèque de l'Université. Il est toujours instructif de voir de quelles bévues les copistes sont capables. Je note en passant que le ms. de Saint John's m'a semblé être apparenté de très près avec le ms. 15. D. II de la bibliothèque royale au Musée.

Je ne saurais introduire ici, à l'occasion d'un mauvais ms. de la Lumière as lais, une dissertation sur cet ouvrage. Je me borne à quelques indications sommaires. L'auteur, qui parait avoir composé vers le milieu du xra* siècle, s'est nommé deux fois : dans son prologue (ci-après, v. 516) et à la fin de son œuvre. Il s'est nommé, non pas par vanité, mais pour obtenir le bénéfice des prières de ses lecteurs, pieux motif auquel nous devons en plus d'un cas de connaître les noms de ceux qui, au moyen âge, composèrent des poésies morales et religieuses. Le surnom de notre Pierre se trouve en rubrique dans deux copies : Bodley 399 et Cambridge, Bibl. de l'Université Gg. 1. 1. Dans ce 'dernier ms. la rubrique est ainsi conçue : Cto est le oreisoun mestre Pères de Pecchame auctour de ceste livre. Il y a un Peckham dans Kent et un autre dans Surrey. La principale source de notre auteur a été, comme il le dit au v. 584, YElucidarius d'Honorius d'Autun, dont j'ai eu précédemment occasion d'indiquer une ancienne traduction en prose française1. Y ayant aperçu, en certains points, des erreurs, il l'abandonna pour avoir recours à d'autres livres (v. 585-8).

Pierre de Peckham nous apprend qu'il était clerc, t clerc de petit renom et de petite valeur ■ (v. 500- 1), dit-il modestement. Il avait les habitudes de l'école et les a transportées dans son ouvrage, faisant connaître dans son prologue : i° l'auteur, 2* le titre, 3* la matière, 4* la forme (causa formalis), 5* la fin (causa finalb) de son livre. Ainsi faisaient tous les scolastiqoes. Alexandre Neckam, Jean de Garlande, Adam du Petit-Pont ont grand soin de nous foire connaître au début de leurs traités iexicographiques Yauctor, la mater ia, Yintcntioy la causa, Yutilitas, le titulus de leurs compositions3. Cette méthode n'était pas inusitée dans les œuvres en langue rulgaire : on la retrouve par exemple dans le Doctrinal d'amour que F. Wolf a analysé d'après un ms. de Vienne3. Dante l'a appliquée à sa troisième canùca*, et son fils Pietro à la Comédie tout entière8.

1. Romania, I, 421. — Une traduction différente, également en prose, se trouve dans le ms. 431 du palais de Lambeth. — Il y en a une traduction en vers octosyllabiques dans les mss. Bibl. nat. fr. 1807 et 25427; Ashburnham, Barrois 171; Florence, Laurentienne, Conventi soppressi 99 (incomplet de la fin). Une notice du ms. 25427 (alors 2709 du Catalogue La Valliere) a été donnée par Legrand d'Aussy dans les Notices et extraits des mss., V, 155. Cette notice, qui a une demi-page, est absolument nulle, l'auteur n'ayant pas cité un seul vers du texte, ni donné la moindre indication qui puisse servir à distinguer cette version de YElucidarius des autres qu'on possède du même ouvrage. Il y aurait un travail intéressant à faire sur les traductions ou imitations de l'œuvre si répandue d'Honorius d'Autun. Je l'entreprendrai peut-être quelque jour si personne ne veut s'en occuper.

2. M. Scheler a publié le préambule d'Adam du Petit-Pont, Jahrb. f. rom. lit., VIII, 76 ; M. Hauréau celui du Dictionarius de J. de Garlande, Notices et extraits des mss., XXVII, 2e partie, 40.

3. Voy. Mém. de l'Acad. de Vienne (classe d'histoire et de philosophie), XIII, 178.

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