‹ Romania (volume 4)Chapitre 159 sur 283 · Romama, II · texte numérisé non relu

Romama, II

en sorte que le nom de Camille de Jakemon serait Makesep. « Cela, dit Meyer, ne ressemble guère à un nom. » Il est certain en tout cas que Sakesep est moins étrange et a pour lui des analogies ; en outre le vers du ms. d'Ashburnham-Place parait moins bon que celui du ms. de Paris : ce dernier est, il est vrai, quelque peu obscur, mais c'est précisément ce qui aura pu induire à le modifier, d'autant plus qu'il contient une forme assez archaïque, quel pour que le. Nous croyons donc avoir pour nous la vraisemblance en maintenant à notre poète le nom de Jakemon (ou Jakeme) Sakesep.

L'époque où il a écrit n'est pas facile à déterminer. Crapelet plaçait vers 1 240, par des raisonnements assez vagues, la composition du poème qu'il publiait. Il est clair que cette date est beaucoup trop reculée. Comme l'a remarqué M. Tobler1, si on fait attention à l'état de la langue, aux mœurs et aux usages représentés, aux fréquentes descriptions d'armoiries, à la correspondance échangée entre les deux amants, et, ajouterons-nous, au caractère général du style, on sera porté à assigner au poème une époque sensiblement plus moderne. C'est au commencement du xive siècle ou à la fin du xiii9, donc sous le règne de Philippe le Bel, qu'il a dû être composé.

Le roman du Châtelain de Couci, depuis qu'il est publié, occupe à bon droit une place honorable dans l'histoire littéraire du moyen âge. Il roule sur un sujet intéressant, et il le traite avec simplicité et avec une habileté réelle. L'auteur est moins prolixe que la plupart de ses contemporains ; il accorde aux formules toutes faites, aux chevilles, aux rimes banales, moins de place dans ses vers ; il manie avec une certaine élégance une langue qui n'a plus la souplesse et la fermeté de celle du xiie siècle, mais qui est encore simple, exempte de prétentions, et qui reste généralement très fidèle aux règles de la grammaire. Ecrivant probablement dans le Vermandois, où est la scène de son récit, il en avait employé le dialecte, comme l'attestent certaines rimes ; mais dans le manuscrit d'après lequel on a publié son œuvre, les traits spécifiques de son langage ont été le plus souvent ou effacés ou mêlés avec d'autres. Il se plaît, comme les poètes qui avaient alors le plus de succès, à représenter la vie élégante de son temps, les fêtes, les joutes, les tournois, les caroles ; il s'attache particulièrement à décrire les armoiries des personnages qu'il met en scène : tous ces détails, qui n'ont pas grande valeur au point de vue littéraire, offrent souvent de l'intérêt à l'historien. L'in-

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