Matton, Dictionnaire topographique de l'Aisne
fréquemment à Saint-Quentin, mais il n'y a qu'un hostel, c'est-à-dire qu'il est reçu habituellement chez un bourgeois. Cette distinction entre le manoir ou domicile réel, qui est aux champs, et Vkostel en ville, est à signaler : elle marque la transition entre le moyen âge, où les seigneurs n'habitent que leurs châteaux, et l'époque plus moderne où ils passent au moins une grande partie de l'année dans les villes : les hôtels des familles nobles étaient sans doute à l'origine, comme celui du châtelain, les maisons bourgeoises où ils descendaient d'habitude. — On remarquera que le château du seigneur de Faiel parait à peine fortifié. Il est bien question (v. 2143) du pont par lequel on va à la salle; mais la petite porte par laquelle entre le châtelain donne directement sur le bois, sans qu'il soit parlé de fossés. Dans l'intérieur des murs est enfermé un beau verger où l'on va se promener et se divertir (v. 7} 5) ; et il y a encore un jardinet (v. 2239) près de cette même petite porte. Nous reconnaissons ici ces belles maisons de France, entourées de préaux et de jardins, qu'admirait Brunetto Latino1, et qui contrastaient pour lui si vivement avec les forteresses où s'enfermaient les seigneurs italiens. Il y a encore un château à Faiel, aujourd'hui Fayet (canton de Vermand), à une lieue de Saint-Quentin * : nous ignorons s'il a conservé quelques vestiges de l'ancienne résidence seigneuriale
Parmi les usages observés aux repas, nous remarquons celui de passer un surcot par-dessus ses vêtements, au moment de se mettre à table, pour éviter les taches (v. 441); ces surcots avaient d'ordinaire la forme de blouses ; parfois ils étaient ouverts par devant, et alors il arrivait qu'on les gardait entre les repas (v. 726). — Les dames voyageaient en char, comme on le voit par un passage que nous avons cité et par un autre (v. 6234) ; cependant, au besoin, elles faisaient encore de longues chevauchées sur leurs palefrois (v. 6239). — Aux fêtes, les caroles, ou danses en rond, avaient lieu aux chansons, entonnées par une dame ou un chevalier et reprises en chœur par les autres, plutôt qu'au son des instruments. Les musiciens donnaient des concerts à pari, et on se rassemblait autour des jongleurs et des ménestrels (v. 1862). Ceux-ci d'ailleurs allaient encore de château en château; c'est un ménestrel qui apporte à Faiel la première chanson faite par le châtelain en l'honneur