Cf. HUt. litt., XX
2. Matton, /. /.; dans les anciens titres la forme du nom est toujours Faut. L'idée de M. Peigné-Delacourt de reconnaître Faiel dans Faillouel (Note citée plus loin, p. 6) est de tout point malheureuse.
3. Belloy dit que de son temps il y a encore près du château de Fayet un beau bois, où le seigneur permet aux bourgeois de Saint-Quentin de venir se promener les jours de fête.
de la dame du lieu (v. 409) ; c'en est un autre, revenu de la grande fête donnée par le roi Richard, qui apprend à la dame de Faiel que son ami a pris la croix en Angleterre (v. 6970). — Notre poème est particulièrement intéressant dans sa peinture des fêtes guerrières qui, en temps de paix, tenaient une si grande place dans la vie chevaleresque. Nous voyons entre autres par ses descriptions que ce qu'il appelle des joutes différait beaucoup de ce qu'il nomme un tournoiement : là des chevaliers de camps opposés joutaient un contre un et n'employaient que la lance ; ici c'était une mêlée, où les écuyers prenaient part, et où il s'agissait surtout, pour emporter le prix, de résister aux violentes poussées de ceux qui essayaient de vous faire tomber de cheval.
Nous allons maintenant étudier les éléments historiques et romanesques à l'aide desquels Jakemon Sakesep a composé son poème.
Il n'est pas douteux qu'il ait voulu prendre pour son héros un personnage très réel, ce châtelain de Couci dont les chansons tendres et gracieuses comptent parmi les meilleures productions de la poésie lyrique française. Notre auteur ne se contente pas de nous dire que l'amant de la dame de Faiel
Partures sa voit faire et chans (v. 71).
Il intercale à plusieurs reprises 1 dans son récit les chansons que le châtelain est censé avoir composées sur les diverses péripéties de ses amours, et nous reconnaissons quelques-unes des pièces les plus célèbres conservées dans les mss. sous le nom du châtelain de Couci. Mais il ne s'en suit pas que le châtelain ait eu des aventures semblables à celles qui lui sont ici prêtées, ou même qu'une tradition ancienne les lui ait attribuées. L'auteur du roman ne connaissait sans doute le châtelain que par le manuscrit où il avait lu ses chansons, et qui ne les présentait même pas sous une forme bien ancienne : au moins le texte de celles qu'il a intercalées dans son ouvrage offre-t-il généralement des leçons altérées et rajeunies. Il avait si peu de renseignements particuliers sur le chevalier poète dont il prétend raconter l'histoire que la première chanson qu'il lui fait composer, et qu'il lui attribue certainement sur la foi de son manuscrit, n'est pas de lui. Elle nous est arrivée dans six manuscrits, dont cinq, — parmi lesquels les meilleurs et les plus anciens, — la laissent anonyme,
1. Après les v. 364, 820, 2604, 5976, 7033, 7373. En outre M. Tobler a remarqué que le roman en contenait trois autres, omises par le ms. de Paris, après les vers 3722, 4968, 7587.
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tandis que le sixième la donne à Gace Brûlé ». — Jakemon Sakesep a simplement pris le châtelain pour le héros de son roman parce que ses chansons Pavaient rendu célèbre et en avaient fait de bonne heure un des types du chevalier amoureux. Éustache le Peintre, dans des vers plusieurs fois cités le met sur le même rang que Tristan et Blondel ; un poète anonyme du xiu* siècle commence ainsi une de ses chansons : Li cbastelains de Couci ama tant Qu'aine por amors nus nen ot dolor graindre ; Por ce ferai ma complainte en son chant 3.
En son chant, c'est-à-dire en reproduisant le rhythme qu'il a employé ; et en effet les couplets de cette chanson anonyme sont exactement taillés sur le patron de ceux de la chanson du châtelain :
A vous, amant, plus qu'a nule autre gent4.
Cette chanson parait d'ailleurs avoir été particulièrement célèbre ; elle est citée dans le roman de la Chaste laine de Vtrgis, et c'est sans doute en la lisant que Jakemon Sakesep a eu l'idée de faire de l'auteur le héros des aventures qu'il voulait rimer. Le châtelain l'a en effet composée dans une situation d'esprit fort analogue à celle où le roman représente son héros, en partant pour la Terre-Sainte malgré lui; elle est d'un bout à l'autre empreinte d'une profonde mélancolie, et l'une des strophes contient les plus sombres pressentiments 6 :
Je m'en vois, dame; a Dieu le creator Cornant vo cors, en quel lieu que je soie ; Ne sai se ja verrés mais mon retor :
Aventure est que ja mais vous revoie.
Si Jakemon Sakesep, comme nous le pensons, ne connaissait du châtelain de Couci que ce qu'il en avait trouvé dans un manuscrit, les circonstances qu'il en rapporte, et qui jusqu'à présent ont seules servi de base à sa biographie, doivent perdre toute valeur aux yeux de la critique. Ces circonstances, en dehors de l'histoire de ses amours, se réduisent d'ailleurs à fort peu de chose. Le poète laisse dans le vague tout ce qui ne touche pas directement à son sujet. Il nous apprend cependant que le châtelain s'appelait Renaut (v. 69) : Bien sai que Regnaus avoit nom ;
1. Por verdure ne por prie, éd. Michel, I; Romans, v. 320. Aux cinq manuscrits cités par M. Michel, il faut ajouter le ms. Clairembault, récemment décrit par G. Raynaud, qui donne la chanson comme anonyme.
2. Chansons du Châtelain de Couey, p. 100; cf. Ilist. //«., t. XXIII, p. $62.