Voy. la note de la p. t
9. C'est d'après ces vers aue M. Michel a fait graver les armes du châtelain en tête de son édition des Chansons. Mais, contrairement au témoignage de tous les sceaux, le lion, dans cette gravure, passe de gauche à droite.
1 o. On pourrait ébranler la certitude de cette conclusion et soutenir que l'auteur véritable des chansons est Gui, mort en 1203, en supposant que le ms. Egerton et le chansonnier (perdu) qu'a suivi l'auteur du Roman avaient un même original, et que cet original avait attribué par erreur au châtelain le nom de
est intéressant de savoir qu'il avait d'abord été clerc : son éducation ne fut sans doute pas sans influence sur son style et sur sa musique. Encore qualifié de clericus en 1 204, il avait en 1 2 1 1 deux enfants de sa femme Aanor ; il dut se marier en 1 207 ou 1 208, une fois qu'il fut châtelain de Couci. On ne peut rien conclure sur son âge de ce qu'il était dès 1 198 chanoine de Notre-Dame de Noyon : ces prébendes se donnaient même à des enfants, quand ils étaient de grande famille. On ne voit pas bien à quelle époque il faut placer ses chansons et son pèlerinage en Terre- Sainte ; peut-être des recherches dans les archives du Vermandois ferontelles retrouver sur lui des renseignements à joindre à ceux, déjà si précieux, que nous a fournis le cartulaire d'Ourscamp — La part prise par un Renaut, châtelain de Couci, à la croisade de Richard d'Angleterre, est donc une pure fiction, compliquée d'anachronisme, de l'auteur de notre roman. Il raconte d'ailleurs cette croisade avec la plus grande inexactitude, et commet des méprises, déjà relevées en partie par l'éditeur de son poème, qui indiquent bien qu'il ne travaillait pas sur un document contemporain.
Rien dans les chansons du châtelain ne nous fait connaître quel était l'objet de sa passion. Nous voyons seulement par l'une d'elles3 qu'il était déjà croisé avant d'avoir obtenu de sa dame tout ce qu'il en souhaitait, et par une autre, chée plus haut que ses désirs avaient été comblés quand il prit congé d'elle pour aller, comme il dit, « morir en terre estraigne. » Cela ne concorde pas avec le roman, où le châtelain ne se décide à prendre la croix que quand il est heureux depuis des années. — Sa maltresse est nommée par Jakemon Sakesep dame de Faiel ; s'appuyait-il sur quelque tradition? C'est fort peu probable, si on tient compte de ce que nous avons observé de son ignorance à l'endroit du châtelain lui-même et de l'époque où il vivait. Mais ce nom soulève une question délicate. On possède et on a souvent publié une charmante chanson qui met dans la bouche d'une femme des sentiments analogues
Renaut, qui pendant plus de cinquante ans fut réellement celui des châtelains de Couci. Pour le blason, cela ne ferait pas de difficulté. On aurait l'avantage de trouver dans l'histoire la confirmation du voyage de l'auteur des chansons en Terre-Sainte. Mais il faut avouer qu'une telle supposition est peu vraisemblable. D'ailleurs, Renaut put fort bien prendre part à la cinquième croisade (12 17-1221). Il est vrai qu'alors il aurait été père de famille quand il exprimait si vivement son amour pour une autre femme que la sienne ; mais il pouvait être veuf; puis le cas ne serait pas sans exemple.
1. M. Fr. Michel dit que le châtelain t vivoit certainement entre les années 1 187 et 1205, ou peut-être 1221 », à cause des mots d'une de ses chansons : la croiz que turc ont, la croix ayant été prise en 1 187 par Saladin et recouvrée en 1205 ou en 1221 . Mais la chanson où se trouve ce vers est sans contestation possible de Conon de Béthune.