Ch. XXII : A vos, amant, plus qu'a nule autre gent
à ceux que devait éprouver l'héroïne de notre roman. Cette chanson, qui nous est parvenue dans cinq manuscrits est anonyme dans trois; le quatrième 2 l'attribue à Guiot de Dijon * ; un seul, le célèbre ms. de Berne, lui donne pour auteur « lai dame dou Fael*. » Quel rapport fautil admettre entre cette poésie et notre roman ? La lecture de la chanson nous montre que la personne qui y exprime ses regrets et ses craintes au sujet d'un ami qui guerroie en Palestine n'était pas mariée : elle attendait le retour du chevalier absent pour l'épouser, et refusait tous les partis qu'on lui présentait :
Il est en pèlerinage,
Dont Dcus le laist retorner ;
Et maugré tôt mon lignage
Ne quier ochoison trover
D'autre face mariage :
Fous est cui j'en oi parler \
Malgré cela, l'analogie des situations aurait pu porter Jakemon Sakesep, s'il avait lu ce morceau sous le nom de la dame de Faiel, à donner ce nom à son héroïne ; mais alors on ne comprendrait pas comment il n'aurait pas intercalé dans son poème la chanson de la dame de Faiel comme il a fait celles du châtelain. Bien loin de là, il ne lui attribue nulle part le moindre talent poétique, et semble même, dans un passage curieux, la représenter comme moins habituée à écrire que sa chambrière 6. Nous pensons que le nom de la dame de Faiel a au contraire été mis en tête de la chanson en question postérieurement à notre poème et par un scribe qui le connaissait. Il ne se trouve, avonsnous dit, que dans le ms. de Berne ; or si ce ms. est de la fin du xme s.,
1. P. Meyer, Recueil, n° 41, p. 368. Aux mss. cités à cet endroit il faut ajouter le ms. Clairembault.