AUfr. LUdcr u. Lâche, p
2. La forme Aon Fael est fautive ; on trouve toujours, dans les actes authentiques comme dans le Roman, Faiel et non le Faiel.
La voiz acorde a l'estrument ; Les mainz sunt bel[e]s, li lais bons, Dulce la voiz [e] bas li tons *.
Thomas, l'auteur du poème où se trouvent ces vers, écrivait au xue siècle, puisqu'il a été traduit par Gotfrid de Strasbourg dès les premières années du xuie ; d'ailleurs le lai Guiron est cité dans deux chansons de geste au moins aussi anciennes2. Il appartenait à ces vieilles traditions celtiques qui, par l'intermédiaire des Normands de France et d'Angleterre, firent irruption, dès la première moitié du xue siècle, dans les littératures romanes et germaniques. L'amour coupable et la vengeance féroce qui en sont le sujet présentent bien les caractères généraux de cette poésie à la fois mélancolique, amoureuse et barbare, qui a trouvé sa plus belle expression dans la merveilleuse histoire de Tristan *. La scène devait être au fond des grandes forêts où les princes bretons ou gallois menaient leurs chasses, et nous trouvons sans doute un écho du récit primitif dans celles des versions plus récentes où le cœur de l'amant est offert à son amie comme celui d'une bête fauve que le mari aurait percée de ses flèches. Mais cette sauvage histoire, transportée dans un autre milieu, a beaucoup perdu et de sa vraisemblance et de sa poésie, et a fini, comme nous le verrons, par devenir presque comique. Guiron, dans le vieux lai, devait être un poète, un harpeur, en même temps qu'un chasseur et un guerrier, comme Tristan qu'il rappelle par tant de côtés ; du moins il est remarquable que ses aventures, transportées en Provence, en France et en Allemagne*, y aient été attribuées à des poètes célèbres.