DANS QUELQUES PAYS DE LANGUE D'OC
La chute de / médiale, ordinaire en portugais, a longtemps été présentée comme un phénomène particulier à cette langue et unique dans les langues romanes. On a même voulu avoir recours à une influence locale, basque ou ibérique, pour expliquer ce traitement particulier.
Dernièrement cependant, dans son étude sur la langue de la vallée de Bagnes, M. Cornu 1 a recueilli un bon nombre de mots qui présentent la chute de / entre deux voyelles.
La disparition de / médiale n'est pas non plus étrangère aux dialectes du domaine de la langue d'oc. On peut du moins l'observer actuellement dans certaines langues du midi de la France.
Je me propose de signaler deux ordres de faits : i° / vocalisée est absorbée, dans le corps des mots, par le voisinage de u, venant soit de û, tf, soit de ô, ô ; 2° elle disparaît entre deux voyelles et à la fin des mots, mais pour une autre cause et en suivant une marche différente : la disparition de la liquide a été précédée du changement de / en r.
C'est dans la partie du Rouergue située au nord, entre le Lot et la Truyère, que je constate d'abord le premier fait (il se trouve ailleurs). Il se produit dans une région qui comprend le canton de Saint-Amansdes-Cots (arr. d'Espalion) et une partie de celui de Sainte-Geneviève, tandis qu'au sud et au sud-est, à Entraygues, et à l'est, à Laguiole, par exemple, je trouve 17 bien conservée. Ainsi l'on dit, à Entraygues et à
i. Phonologie du Bagnard, dans la Romania, 1877, P* 396*7-
Laguiole, dlo, ùlo, de ala% aile, *ola, marmite ; on dit à Saint-Amans duo, ûo. Pour abréger, je désigne par le nom de Saint-Amans la région où se remarque la chute de / médiale, et quand il y a lieu d'opposer aux exemples produits des formes mieux conservées, je cite ordinairement les mots que j'ai recueillis à Entraygues.
A. — Traits généraux du traitement de L dans la région de Saint-Amans
L initiale reste intacte.
L simple, dans l'intérieur des mots entre deux voyelles, se change en u, et cet 11 s'unit à la voyelle précédente pour former une diphthongue :
Entraygues. Saint-Amans.
alam,
duo y
aile,
id. suif, dîmin.
olêto,
ouéto,
petite aile,
*alhenum -am,
oli,
oui, masc,
haleine,
pouranhelum-am,
olèno,
ouéno, fém.,
id.
*alhenare pour an-
olenâ,
ouenâ,
respirer,
helare,
» masc,
bolâts,
bouâtch,
balai,
• fimin.,
bolâdzo,
bouâjo,
id.
palam,
pàlo,
pâuo,
pelle,
salar iu m,
solâri,
souàriy
salaire,
*stëlam,
estelo,
esùuo,
étoile,
te 1 a m,
Ùlo,
Ùuo,
toile.
é venant de ë> i, ordinairement bien conservé, devient è devant /, u, et se confond ainsi avec è venant de I, qui ne se diphthongue pas quand il est immédiatement suivi de u, / : gëlu, jeu.
L se vocalise également à la fin des mots :
1 . Voici la valeur de quelques signes employés dans la transcription des sons. Voyelles :
l = e ouvert ; t a toujours le son d'^ fermé. u = ou du français.
ù = u du français.
y = le yod allemand.
au, ai, eu, à, ou, oi sont toujours de vraies diphthongues. û et û sous l'accent ne font diphthongue ni avec la voyelle précédente ni avec celle qui suit.
Consonnes : J'exprime par k le son de la gutturale forte, et par g celui de la gutturale douce.
j a la même prononciation que dans le français, seulement il dégage après lui un son mouillé, qui est parfois noté dans les textes par i : giau = jiau.
s a toujours le son dur ; le son doux est rendu par z. Je marque par dz un son plus doux que celui de ts.
ly. J'adopte avec M. Cornu ly pour marquer / mouillée.
' J'omets le signe de l'accent lorsqu'il se confond avec celui de l.
Dans les textes cités je conserve l'orthographe de l'auteur.