‹ Romania (volume 4)Chapitre 189 sur 283 · partie, tsaât et tsagât, gelé · texte numérisé non relu

partie, tsaât et tsagât, gelé

maie habitum, mogdute, malade,

salatum, - am, sogàt, sogddo, salé, salée,

z e I o s a m , (à Paulhenc) tsogâs, jaloux.

Pour découvrir l'origine de ces faits, il faut s'élever plus au nord dans les montagnes de la Haute-Auvergne. Dans toute cette région, dont les points principaux sont Saint-Flour et Murât (au sud de la chaîne du Cantal, à Aurillac, / est bien conservée) /, // et même / mouillée se changent en r. Mais dans ces contrées l'r a une prononciation particulière : il se prononce du gosier et le plus souvent il prend un son guttural plus fort, qui ressemble assez au son du ch allemand ou de la jota. On trouve cette double nuance exactement indiquée dans la traduction de Ruth et

de la parabole de l'Enfant prodigue, faite par l'abbé Labouderie dans le patois de Nahrîe Ouvérgnâ (Haute-Auvergne) ».

L'auteur écrivait dans le patois de Chalinargues, commune du canton de Murât. Il prévient dans Pavant-propos que « l'A devant IV lui imprime une forte aspiration, comme dans le n des Hébreux ou le ; des Espagnols. » Je conserve la notation de l'abbé Labouderie, dont j'ai pu constater l'exactitude pour bon nombre de roots que j'avais recueillis avant de connaître cette traduction >.

A la finale, il écrit par r simple (mais c'est toujours r prononcée du gosier) :

a d i 1 1 u m, ar (ar vespre), col lu m, couér,

ecce illum, aquer, mantellum, manter,

a n n e 1 1 u m, aner, v et u 1 0 s, viers,

bellum, ber (ber paire), vitellum, veder,

capitellum, eadir, filium,)ïr.

Par hr (son guttural plus fort) :

c a e 1 u m, eiahr, q u a 1 e m, quahr (qui, înterr.),

c a 1 et, tzahr (il faut), s 0 1 u m, sohr (aire),

h osp i ta 1 e, oustahr, * vo 1 et, vohrt (il veut), roalum, mahr,

L devant une consonne :

a 1 1 e r u m, ahrtc, ausculta, escouhrte,

vos altéras, vahrtrôs qualemque unum, quahrquun.

Enfin entre deux voyelles, au milieu d'un mot :

a I a s, ahrâs, v ol 0, vohre,

consolare, counsouhra, *voletis, vouhrez,

consolât, coansohre, v 0 1 u n t, vohron. anc. prov. t a 1 a m e n t, tahrament,

Voici encore quelques mots qui appartiennent au parler de Saint-Flour et des environs ' :

r gutturale douce :

fol le m, for, fou enragé (en tcho for, à Saint-Urcize en tchifâ).

m ulam, miôro ou miûro (son de 0 se confondant avec celui de u), mule.

* s 0 1 i c u 1 u m, surily , soleil.

m ulcère, mûrze, traire.

1. Mélanges sur les langues, dialectes et patois, III, 18, IV, 4. Paris, 183 1, in-octavo. " ' .

2. Dans les mots empruntés à ce texte, ou a la valeur de ou dans le français, u celle de Vu français ; à représente c un son qui participe de Va et de Ye, semblable à celui de Va final des Espagnols ».

3. Je ne garde ici de la notation de l'abbé Labouderie que le signe hr.

406 0. NIGOLES

Par r gutturale forte (= ht) :

m a I u m, mdhr, mal,

*excapulare, tstchopahrd, tailler, dégrossir,

m o I a m , môhro, meule,

solum, suff. dim. suhrtt, seul,

so la m en te, suhrdmin, seulement,

sa lu tare, sohrùdd, saluer,

prêter, sohrùdlt, partie, sohrùdât,

tabula m, tôhro, table,

t e g u 1 a m (avec déplacement d'accent), tiûkro, ardoise.

Souvent l'élément guttural tend à devenir prédominant et le son de IV s'affaiblit de manière à être presque imperceptible. C'est ce que je marque en ne laissant subsister que l'A du groupe ht :

hospitale,

ustdhr et ustdh,

maison,

bohrdts et bohdts.

balai,

calorem,

tsohrûr et tsohùr,

chaleur,

*bola,

bûhro et bûho,

borne,

dolorem,

duhrûr et duhûr,

douleur,

molinum,

muhri et muhl,

moulin,

*salatum,

sohrdt et sohdt,

salé.

*in salatam,

tnsohrddo-tnsohâdo,

salade.

Le son guttural

me parait dominer seul dans :

mulum,

miok,

mulet,

palum,

pdh,

pieu, bâton,

solidum,

soh,

sou,

malehabitum,

mohdute,

malade,

'taloncm,

tohû,

talon,

volo,

vôhc*, vdhe}

je veux,

zelosum,

tsahùs,

jaloux.

Enfin l'élément guttural s'affaiblit lui-même et il ne reste plus qu'un fort hiatus entre les deux voyelles :

cal et, tsd (me tsd ond ati, il me faut aller là),

— cspadlya, éplucher, gelare, tsad, geler, gelatum, tsadt, gelé.

Ce dernier cas devient de plus en plus général à mesure qu'on descend vers le sud ; de sorte que sur les confins de l'Auvergne et du Rouergue, il ne reste plus, comme nous l'avons vu, qu'une sorte d'aspiration affaiblie, un fort hiatus entre les deux voyelles, ou l'allongement de la voyelle finale : me tchâ, ou tsâ, il me faut, en pâ, un bâton2.

1 . Dans ce mot le son de l'o se rapproche beaucoup de celui de Va.

2. Ce résultat rappelle les faits analogues que présente le portugais. Remar-

Dans certains cas le son guttural adouci a donné naissance au son g entre les deux voyelles, comme le montrent les exemples cités plus haut. Mais, comme on le voit, l'origine de ce g est autre que celle du g purement épenthétique qu'offrent certains mots dans le parler de Saint- Amans.

Nous avons donc ici une chute de / roédiale provenant du changement de / en hr, remplacé lui-même par un son guttural qui s'affaiblit peu à peu et finit par disparaître.

A côté on trouve aussi des exemples du maintien de / ;

c a n d e 1 a m, tsondllo, chandelle,

c a 1 1 0 s u m, calés y tige des plantes, d'arbustes,

* a s t e 1 1 a pour a s t u 1 a, estllo, éclat de bois, bûche,

verbe estelâ, fendre le bois.

U me reste à parler d'un fait dont je dois la connaissance aux bienveillantes indications de M. P. Meyer. Dans un recueil de Noêls composés dans le Velay de i6?i à 1648 on trouve les mots giavado (gelée) p. 29, str. }, giavo (il gèle) p. 7, str. 7, estiavas p. 2$, str. 4, (étoiles), souveil* (soleil) p. 2j, str. 4, tavou (talon) p. 32, str. 8, p. 54, str. 21, p. 64, str. 15.

L'éditeur nous apprend que ces Noêls ont été écrits au midi de la Haute-Loire, dans le canton de Solignac. En effet, au nord, et au Puy, par exemple, / médiate persiste : sutïly, tolû> giolddo, esîèlo. Dans les chants populaires publiés par M. Smith, Romania, janvier 1879, on lit p. 1 22, st. 7 : pendoulabo (il pendait), qui est dans la région du Rouergue où / se vocalise, pendïïdbo ; le changement de / en n (si les exemples sont bien sûrs) p. 121, st. 2 et 5 l'antro (l'autre), p. 122 str. 6 quartqnantra (quelque autre), str. 7 et 8 quanque (quelque), montre que / ne se vocalise pas généralement, même devant une consonne.

Ce n'est donc qu'au sud et au sud-ouest qu'on trouve un traitement différent. Comment s'est produit le phénomène que nous présentent les mots giavado, souveil, etc. ? Avons-nous ici un exemple de la chute de /, telle qu'on l'observe dans la Haute-Auvergne, avec un v introduit pour éviter l'hiatus ? L'examen du petit recueil de Cordât suffit pour montrer qu'il n'en est rien, et que nous avons ici encore, comme dans la région

quons que la jota proprement dite est inconnue au dialecte auvergnat aussi bien ajrau portugais.

1. Recueil de Noêls Vcllaves par Pabbi Natalis Cordât, publiés par l'abbé J.-B. Payrard. Le Puy, 1876, in-8\

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