Whitley Stokes dans Bcitraegcy VIII
424 MÉLANGES Ro-po-doig lind ctn-anad No-co-btad arn-imscarad.
Un jour j'étais avec le fils de Ler Dans la chambre du midi au palais d'Inber : Nous avions la pensée, — aucun doute ne nous semblait possible, — Que jamais entre nous il n'y aurait divorce. Dan am-thuc Manannan mass, Ro-bam cèle comadas :
No-co-berad orm ria-lind Cluchî trail ar-fidchill.
Quand le grand Manannan me prit, J'étais une compagne égale à lui :
Jamais sur moi, de son temps, Il ne gagna partie d'échecs.
Dan-am-thuc Manannan mass, Ro-bam cèle comadas :
Dornasc dâr athromtha * Tue da-m il-lûag m-xmdcrglha.
Quand le grand Manannan me prit J'étais une compagne égale à lui :
Un bracelet des plus pesants Fut ce qu'il me donna : il demandait pardon de m'avoir fait rougir3.
Ces vers du laid irlandais riment deux à deux comme les vers du lai narratif français. Le nombre des syllabes est différent : sept au lieu de huit ; mais la préférence pour le vers de sept syllabes est un caractère de la poésie irlandaise.
Le à final de l'irlandais lôid ou laid n'a pas laissé de trace en français. Mais le d de ce mot est celui que Zeuss appelle infectus, et qui aujourd'hui se prononce y. Or, ce phénomène, bien que postérieur au vin6 siècle, s'était probablement accompli déjà quand le mot laid a pénétré dans la langue française, c'est-à-dire au xue siècle. Quant à la diphthongue du mot français, ai, elle est identique à celle qu'on trouve vers i ioo, en Irlande, dans le texte du Seirglige Chonculain conservé par le Leabhar na h-Vidre, puisque dans ce document la forme laid est substituée à la forme lôid du Priscien de Saint-Gall.
Un jour viendra sans doute où l'on connaîtra mieux la poésie irlandaise et les lois de la versification auxquelles cette poésie était soumise. On pourra signaler d'autres laid que ceux que contient le Seirglige Chonchulain, et on publiera des textes qui nous apprendront comment les grammairiens irlandais comprenaient les caractères distinctifs du laid*.