Cf. Revue critique, 1866, art
D'ailleurs la préoccupation de l'auteur est plutôt de déterminer un système orthographique que de foire connaître avec précision le système des sons niçois.
C. Ayer. Introduction à l'étude des dialectes du pays romand.
Neuchâtel, 1878, in-4% 37 pages.
Le but que se propose l'auteur de cette brochure est c de donner au romand ce qui lui a manqué jusqu'ici, c'est-à-dire une orthographe rationnelle qui puisse s'appliquer à tous ses dialectes. •
M. Ayer n'est pas partisan du système phonétique. Il a contre ce système certains préjugés qu'il partage avec la plupart des amateurs de patois, mais que l'on est étonné de retrouver chez un savant à qui l'on doit une grammaire française scientifique d'un certain mérite.
« Le système orthographique que je propose se distingue complètement des autres en ce qu'il est à la fois étymologique, phonétique et grammatical, » dit l'auteur. Il est phonétique en ce sens c que chaque son a son signe particulier et que chaque signe ou lettre a un son qui lui est propre et n'en a pas d'autre. 1 Seulement il faudrait ajouter qu'il y a beaucoup de lettres qui ne représentent aucun son quelconque, tout comme dans l'orthographe académique du français.
L'auteur restitue les consonnes finales étymologiques et grammaticales des mots. Or ces consonnes sont entièrement tombées dans les patois de la Suisse française, la plupart même devant les mots commençant par une voyelle. Ignoret-il que leur chute s'est effectuée non pas simultanément, mais à différentes époques ? Une phrase transcrite selon ce système est donc un musée d'antiquités appartenant à tous les âges. C'est un non-sens scientifique. Le procédé de restauration des consonnes finales disparues a en outre un grave défaut, c'est qu'il ne peut naturellement s'appliquer qu'aux mots dont le primitif latin est exactement connu. Que fait l'auteur quand l'origine d un mot lui est inconnue? Il est bien obligé de l'écrire phonétiquement, non pas dans l'exposé des faits phonétiques, où il s'en tient naturellement à des vocables dont l'étymologie est universellement reconnue, mais dans les chansons et proverbes qu'il nous donne à la fin de sa brochure. Ces mots-là, écrits phonétiquement, ne sont donc que provisoirement orthographiés? Ils ne seront fixés orthographiquement que lorsque leur primitif latin aura été trouvé ? Combien y en aura-t-il qui, même à la fin du monde, attendront encore leur forme définitive, qui auront été écrits des façons les plus diverses, reflétant les hypothèses avancées par les différents savants qui se seront occupés de l'étude des patois de la Suisse française?
Exemple : Va nasal à la fin des mots doit se rendre, selon l'auteur, tantôt par an, tantôt par ant, tantôt par am, tantôt par and^ tantôt par amp, voire même par amb, ank, ang. Comment écrira-t il les mots suivants que j'extrais au hasard du glossaire de Bridel : boulan, bourian, fian, ebran, dcnan, tredan?
La part que fait l'auteur à l'étymologie ne se borne pas à cette restauration de consonnes disparues. Le son 0, selon lui, doit se transcrire tantôt par 0, tantôt par au, par au quand il remonte à al latin. M. Ayer écrit lyoba, mot dont non seulement l'étymologie est inconnue, mais même la signification. Pour quelle raison ne Pécrit-il pas lyauba f
C. Ayer, Introduction à l'étude des dialectes du pays romand 459
Le signe ç représente dans le dialecte de la Gruyère deux sons particuliers (!), le ch allemand (dans ich) et le th anglais :
graçious de gratiosum (= ch) — cerçlyo de circulum (= th)
Le groupe latin fly devient également ç ; mais pour raison d'étymologie, et parce que ce groupe se maintient dans des dialectes voisins, l'auteur veut que 1 on garde la transcription fly! Encore une fois que faire lorsqu'on ne connaît pas le primitif latin ?
Ces exemples suffisent pour montrer à quelle variabilité et à quelle hésitation cette orthographe est soumise. Je ne puis voir dans ce travail de M. A. une tentative sérieuse en vue d'établir un système orthographique qui puisse s'appliquer aux dialectes de la Suisse romande. C'est bien plutôt un amusement, un jeu savant.
La brève exposition des faits phonétiques du dialecte de la Gruyère, dialecte choisi par l'auteur pour montrer c les avantages de son système 1, n'est guère ordonnée de façon à faciliter l'étude comparative des patois. Les rapprochements inutiles y abondent. Les observations neuves y font trop défaut.
M. A. appelle romand c l'ensemble des dialectes parlés dans ce qu'on appelait autrefois le Pays romand et aujourd'hui la Suisse française, à l'exception peut-être du patois de Porrentruy qui se rattache au franc-comtois. » Qu'il appelle romand (avec ou sans d, peu m'importe) l'ensemble des dialectes de la Suisse française, passe encore, quoique ce terme prête constamment à équivoque ; mais excepter du romand le dialecte le Porrentruy, parce que celui-ci est regardé comme un dialecte français et non provençal (ou franco- provençal), c'est par trop changer le sens d'un terme qui, par son étymologie et par sa valeur géographique, rappelle un tout bien déterminé. La Suisse romande est la Suisse parlant des dialectes romans, c'est-à-dire latins ou néo-latins, si l'on veut. On peut appeler l'ensemble de ces dialectes le roman suisse. Excepter du roman suisse le dialecte ou les dialectes français, c'est identifier les termes roman et provençal, ou franco-provençal, si M. A. est de l'opinion de M. Ascoli. C'est retourner à une idole bien ancienne ou en introduire une nouvelle qui n'a guère la chance d'être vénérée par d'autres que l'auteur.
La division du romand en dialectes du Jura, du plateau des Alpes, est prématurée et peut-être arbitraire. L'auteur ne dit pas un mot des études qu'il a faites à ce sujet (si étude il y a), et sur quoi se base cette distinction.
11 est à désirer que la Société des patois vaudois, à qui la lecture de cette brochure est tout spécialement recommandée par l'auteur, n'adopte pas ce système étymologique, phonétique et grammatical, si toutefois son intention est de fournir à la science des matériaux dont celle-ci puisse aisément profiter. Je n'irai pas jusqu'à dire que les matériaux patois habillés à la façon de M. A. soient inutiles, car en somme le système que nous rejetons au point de vue scientifique est en soi plus conséquent, quoique souvent absurde, que l'orthographe arbitraire employée par les auteurs non initiés à la science philologique ; mais il est certain qu'il entraverait considérablement les études dialectales. Le système de M. Ayer est-il à la portée des collaborateurs que pourra se procurer la Société ? S'imagine-t-on la confusion orthographique que présenterait l'ensemble des travaux des différents collaborateurs, instituteurs et autres personnes, ayant pour base le système préconisé par l'auteur de notre brochure ?
J. Gilliéron.
I. — Rbvub des langues romaneb, y série, t. I, n#i 4-6 (avril, mai et juin 1879). — P. 157, Chabaneau, La langue et la littérature provençales, leçon d'ouverture du cours de langue romane (sic) faite à la faculté des lettres de Montpellier le 7 janvier 1879. Leçon bien composée et bien écrite contenant des vues générales sur le provençal et sa littérature. Quelques-unes de ces vues me paraissent manquer d'exactitude. Ainsi M. Chabaneau divise la France romane entre trois langues : langue d'oui, langue d'oc et gascon. Je n'ai contre cette division que les objections générales que j'ai fait valoir naguéres ici même contre une division du même genre proposée par M. Ascoli 4 ; je crois fermement que ces distinctions en langues, dialectes, sous-dialectes, auxquelles se complaisent les philologues de la Société des langues romanes, reposent sur une conception inexacte du développement du roman. Mais ce qui soulève une objection particulière, c'est l'idée émise par M. Ch. que la distinction du roman de la Gaule en trois langues serait dans un rapport direct avec la division de la Gaule de César en trois peuples : Belges, Celtes, Aquitains, c On peut dire en c somme, » dit M. Ch., c que le français et le provençal sont respectivement c le résultat du conflit du latin, resté victorieux, mais non sans blessures, avec c la langue nationale des Belges et avec celle des Celtes. Un conflit pareil en i Aquitaine produisit le gascon... 1 (p. 158). M. Ch. ne sait peut-être pas qu'il ne fait que ressusciter une idée que Fauriel défendit jadis avec plus de chaleur que de bonnes raisons, et contre laquelle j'ai fait valoir, il y a quinze ou seize ans, quelques arguments a, mais qui maintenant ne serait plus soutenue par aucun philologue autorisé. L'opinion établie est celle que vient d'exprimer avec précision M. H. Nicol dans l'article Frange de VEncyclopadia Britannica (IX, 629) : c The language introduced was at first nearly unifonn over the whole empire... As légions became stationary, as colonies were formed and as the natives adopted the language of their conquerors, this language split op into local dialects, the distinguishing features of which are due, as far as can be ascertained (except, to some extent, as to the vocabulary), not to speakers of différent nationalities misspeaking Latin, each with the peculiarities of his native language, but to the tact that linguistic changes, which are ever occurring, are not perfectly uniform over a large area, howewer homogeneous the speakers. » Une opinion plus soutenable, très soutenable même en principe, mais que, je
1. Voy. Romania, IV, 294-*; V, joj-6; cf. plus bas la notice des Archives des Missions.
2. Bibliothèque dt l'École des chartes y 5, IV, (i86j), pp. J68-9, 177-9-
PÉRIODIQUES 46l
le crains, M. Ch. exagère un peu, est celle qui considère la langue des troubadours comme n'étant à l'origine que le dialecte limousin. Il est incontestable que c'est du Limousin ou des régions adjacentes que sont sortis les principaux et, à peu d'exceptions près, les plus anciens d'entre les troubadours ; et il n'y a pas de doute que l'emploi des formes limousines dans des poésies qui bientôt devinrent des modèles en quelque sorte classiques dut exercer une certaine influence sur les troubadours postérieurs ; mais il faut se garder d'exagérer cette influence. M. Ch. annonce à cet égard des preuves tirées de la comparaison du limousin moderne avec la langue des troubadours. Nous verrons si ces preuves ont la portée générale qu'il leur attribue. En attendant, notons qu'il est imprudent de considérer comme une preuve à l'appui de la thèse de M. Ch. le fait que la langue du midi de la France est désignée par les Catalans comme limousine. Cette désignation est venue aux Catalans du grammairien Raimon Vidal, dont l'opuscule a eu beaucoup de succès au sud des Pyrénées. La seconde partie de la leçon contient sur le développement de la littérature provençale des vues correctes et bien présentées. Pourtant je ne puis laisser passer sans protestation la qualification de c constants imitateurs des troubadours » appliquée à Dante et à Pétrarque. Les dernières pages contiennent un résumé de l'histoire des études provençales qui dégénère un peu trop en compliments quand l'auteur arrive aux érudits modernes. — P. 179, Balaguer y Merino, Ordinations y bans del comtat d'Empurias (fin), article contenant le glossaire. II est tout à fait regrettable que ce glossaire ne porte pas de renvois au texte auquel il s'applique. Tel qu'il se présente, il n'offre qu'une bien faible utilité. — P. 183-256, Gazier, Lettres à Grégoire sur les patois de France (fin). M. Gazier a réimprimé (p. 193- 217) le célèbre rapport de Grégoire c sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser la langue française ». Viennent ensuite quelques lettres supplémentaires dont l'une de Volney. Dans plusieurs de ces lettres sont exprimées des propositions relatives à la création d'un nouvel alphabet et d'une nouvelle orthographe pour la langue française. Ces lettres révèlent en général une assez grande inexpérience des conditions que devrait remplir une orthographe rationnelle de notre langue, mais l'idée est bonne et mériterait d'être reprise. Avec les progrès qu'a faits la science des langues en général et celle de notre langue en particulier, il est honteux que nous en soyons encore à l'orthographe de l'Académie. P. M.
H. — Zeitschrift pur romanische Philologie, III, 1. — P. 1. A. Morel-Fatio, Vicente Noguera et son Discours sur la langue et les auteurs d'Espagne. Cette intéressante étude sur un personnage curieux du XVII' siècle dépasse le cadre de notre recueil. — P. 39, Grœber et von Lebinski, Collation du Chansonnier de Berne 389, comparé minutieusement avec l'édition qu'en a donnée Brakelmann. — P. 61, Coelho, Romances populares e rimas infantis portuguezes; première partie d'une collection faite dans la province du Minho, et contenant d'intéressantes variantes de beaucoup de pièces publiées dans les Romanceiros de M. Braga.
Mélanges. I. Histoire littéraire. P. 73, Kœhler, La Fabula del Pistello da Pagliata ; sous ce titre on vient de publier un petit poème du XV" siècle, dont
le cadre ressemble à celui de Partonopeus^ et où le mortier aux aulx joue le même rôle que le balai dans le Zauberlehrling de Goethe. Le poète a sans doute puisé directement, comme Goethe, ce conte dans le Philopseudes de Lucien; mais il ne Ta pas heureusement mêlé à son récit ni habilement modifié. — II. Bibliographie. P. 78, Bartsch, Mss. français indiqués dans P ancien catalogue de l'abbaye de Pcterborough. III. Textes. P. 80, Vollmœller, Description d'un ms. espagnol du XVfc s. (Oxford, AU Soûls Collège 189) contenant des poésies variées. — [P. 90, Baist, Sur Blanquerna. 1. Dans mon article sur le roman moral de Ramon LuII [Romania, t. VI, p. $04etsuiv.) j'ai cru devoir donner la préférence à la forme Blaquerna, autorisée par le ms. Piot et l'imprimé latin du Liber amici et amati : je ne connaissais pas alors le ms. de Munich (cf. Romania, t. VII, p. 1 56). M. Baist penche pour la forme Blanquerna, dont il a relevé des exemples dans plusieurs mss. de Lull, du XIV9 et du XVe siècle; en outre il observe que Pétymologie probable B lâcher nac (palatium Blachernarum) ne vient pas à l'appui de la forme sans n, attendu que Muntaner (dans les mss. et les éditions) a écrit Blanquerna le nom du palais de Constantinople, sans qu'on puisse d'ailleurs expliquer philologiquement l'intercalation de Yn. — 2. Le texte catalan manuscrit (Piot, et Munich, Esp. 67) du Liber amici et amati diffère beaucoup de l'imprimé latin de 1505 et de l'imprimé valencien de 1521. Au contraire la version latine manuscrite (Munich, mss. lat. 10553 rt 10525) suit de près l'ancien texte catalan et son style rappelle assez la manière de Lull. Un Blanquerna latin a pu exister ou existe peut-être encore : on sait en effet que Lull a publié une bonne partie de ses œuvres dans les deux langues, latine et vulgaire, et Salzinger cite dans son catalogue un Blanquerna magnus en latin. — j. Extrait du ms. de Munich, Esp. 67. La langue en est très pure.
— 4. Le ms. Piot est indépendant du ms. de Munich : pour les leçons, ils se valent à peu près ; pour la langue, ce dernier est à préférer. M. B. juge comme, moi que Lull a écrit dans le catalan qui nous est connu par les documents diplomatiques, et qu'il ne peut pas s'être servi du dialecte, si imprégné de formes provençales, que nous offre le ms. Piot. M. B. termine par la transcription d'une lettre catalane de Jacques Ier, de l'an 1259, tirée d'un registre des archives d'Aragon. Je remercie le jeune savant de ses intéressantes observations : j'en ferai mon profit. A. M.-F.] — • IV. Critique des textes. P. 96, Nyrop, Sur Robert de Clari; collation du ms. de Copenhague avec l'édition Hopf. — V. Exégèse. P. 98, Tobler, Assaillir la limace; additions importantes à l'art, précédent de M. Baist sur le même sujet (voy. Rom. VII, 629). — VI. Etymologie. P. 102, Rœnsch, Etymologies romanes, II (remarques érudites, mais assez peu concluantes, empruntées à la latinité de la décadence).
— P. 105, Fœrster, Les Part, passés français en -eit, -oit; l'auteur montre, comme l'a fait de son côté M. Ulrich (voy. ci-dessus, p. 448) que toleit et chaét ont pour point de départ coilleit de eollcctus, et rattache à la même forme les participes creeit focit fuieit seeit oeit qu'il cite dans divers textes.
Compte8-bendu8. P. 107. Dunger, Dictys-Septimius (M. Ludwig regarde la question de l'original grec de Dictys comme tranchée par cette dissertation, et je suis de son avis, quand même l'auteur se serait trompé sur quelques détails: il n'a existé ni un Dictys grec, ni un Dictys latin plus étendu que le nôtre. Sur
la date du Dictys latin, voir une intéressante notice de M. Havet dans le t. II de la Revue de Philologie). — P. 109, Loewe, Prodromus Corporis Glossariorum latinorum (Ludwig ; éloge mérité de cet excellent travail). — P. 112, Canello, Saggi di critica Utteraria (Stengel ; quelques objections à côté de grands et justes éloges). — P. 121. Guerrini, Cesarc Croct (Liebrecht; cf. ci- dessous, p. 476). — P. 127, Castelli, Crtdenze ed usi popolari siciliani (Liebrecht). — P. 130, Hardung, Romaneeiro portuguez (Lemcke : utile réunion de tout ce qui a paru jusqu'ici de romances portugaises). — P. 131, Fœrster, Las Moudades del Cid de D. Guillem de Castro (Lemcke : publication très bien faite). — P. 123, Michel, Les voyages merveilleux de S. Brandan (Grœber : mauvaise édition du texte déjà imprimé par M. Suchier, voy. Rom. IV 499). — P. 1 34, Stengel, Dos alt/ranzœsische Rolandslied (Suchier : voy. Rom. VII 636). — P. 135, Ten Brink, Dauer und Klang (Suchier : cet article est une pièce importante à joindre au dossier de la question ; je note seulement que M. S. se prononce comme moi sur l'opinion émise par M. Ten Brink à propos à'Aucassin et Nicolete). — P. 143, Fischer, Zwei Fragmente des mittelniederl. Romans des Lorreine (Stengel ; cf. Rom. VI 636). — P. 146, Romanische Studien, III, 2 (notes instructives de M. Tobler sur le travail de M. Morf ; M. Grœber discute â son tour l'art, de M. Bœhmer, Timbre et non Quantité). — P. 148, Romania, n°» 28 et 29 (M. Suchier critique les remarques phonétiques de M. Cornu ; M. Grœber fait diverses remarques sur le Lai d'Amors, dont la plupart, je l'avoue, ne me semblent pas fondées, et revient sur une critique qu'il m'avait adressée et à laquelle j'ai répondu Rom. VIII 1 36 : on ne peut, dit-il, affirmer que pouoir ne doit pas se lire povoir; je m'appuie sur l'absence, au moins à ma connaissance, de graphies comme pouuoir, pouuons, semblables à trouuer, trouuons, et surtout d'une forme pueuent et d'une rime de cette forme avec truevent, pour croire que le v intercalaire de pouvoir peuvent pouvons etc. n'est pas antérieur au XVI* siècle ; je ne saisis pas encore bien l'objection de M. Gr. à vueut : le ms. donne vuelt, dérivé parfaitement correct de *volet; je crois devoir vocaliser 1'/, et j'écris vuiut, forme qui a très bien pu exister. M. Gr. conteste ensuite l'opinion de M. Havet sur TV dans le S. Léger, et donne quelques observations sur d'autres articles. Sur le n° 28, notons de précieuses additions de M. R. Kœhler aux notes de M. Cosquin sur ses contes lorrains, et une discussion de M. Suchier, à laquelle je ne puis répondre ici, sur l'explication de mon et mien donnée par M. Cornu et moi. [Les pages 1 54-6 sont occupées par des récriminations de MM. Bartsch et Varnhagen contre moi, à propos des remarques publiées ici même, VII, 465-7. Je ne vois là rien qui ait le moindre intérêt scientifique, rien que la preuve d'une mauvaise humeur assez naturelle chez des personnes à qui on a fait voir d'un peu près leurs erreurs, rien par conséquent qui puisse motiver une réplique de ma part. — P. M.] — P. 1 58, Giornale di Filologia romania y I (note additionnelle de M. Tobler, où il rappelle avec raison qu'il a le premier, Gatt. Gel. Anz. 1874, p. 1904, ramené les pronoms italiens vi et ne à vos et nos, comme le fait M. Caix, voy. Rom. VII 464; il essaie ensuite de démontrer que toutes les formes de pronoms romans en ui ont pour point de départ oii, ce qu'il rend en effet très vraisemblable, bien qu'il paraisse difficile de séparer absolument lui de lei, costui de costei). G. P.
464 PÉRIODIQUES III. — Romanische Studien, t. IV, i (XIII). — [P. 1, Sermons gallo-italiques
publiés par W. Fœrster. Ces sermons, tirés du ms. de Turin Mise. lat.
D. VI. (O, ont été pour la première fois signalés dans le catalogue des mss. de la bibliothèque royale de Turin, par Pasini, puis par M. P. Lacroix, en 1839*, qui en donna quelques extraits copiés avec peu d'exactitude. Dès les premiers temps de mes études romanes, ces fragments avaient vivement piqué ma curiosité, et en 1863 je m'étais procuré par un ami de passage à Turin de nouveaux extraits du ms. et un fac-similé de quelques lignes. Depuis, Tan dernier, j'en fis la copie complète, non point toutefois en vue d'une publication immédiate pour laquelle d'importants éléments me font encore défaut. Cette copie, où les abréviations sont conservées, m'a servi à constater la parfaite exactitude de l'édition de M. Fœrster. La comparaison de plusieurs pages de son édition avec ma copie ne m'a révélé aucune différence. Le ms., du reste, est d'une belle écriture de la fin do XII' siècle, qui, malgré la pâleur de l'encre, ne présente aucune difficulté de lecture. D'ailleurs, M. F. a pu faire collationner ses épreuves sur le ms. Ces sermons sont dénués de toute valeur littéraire ou historique. Leur seul intérêt est celui de la langue. Je suis disposé à croire, comme M. F., que nous les avons tels qu'ils ont dû être prononcés, sauf que vraisemblablement le prédicateur, s'adressant à un auditoire laïque, traduisait les citations latines qui y sont fort nombreuses. M. F. a justement remarqué que dans ce texte on voit mêlées des formes de langue française (ou plutôt, pour éviter de trop préciser, de langue d'oui) avec des formes véritablement piémontaises, et il explique ce mélange par la supposition que le copiste était français et a fait disparaître beaucoup des traces de l'idiome original. Cette opinion s'appuie en partie sur une circonstance qui, pour M. F., paraît hors de doute, c'est que l'écriture trahirait une main française. Mon attention s'est aussi portée sur ce point lorsque j'avais le ms. sous les yeux, mais j'avoue qu'à cet égard je n'oserais me montrer aussi affirmatif que M. Fœrster. Cherchant des textes comparables à celui des Sermons, l'éditeur a trouvé un terme de comparaison dans un document imprimé originaire de Chieri (un peu à l'est de Turin). Pour ma part j'inclinerais à considérer la langue des sermons comme plus occidentale, plus voisine des Alpes, et je me proposais de n'en point entreprendre la publication jusqu'à ce que des recherches dans les archives du Piémont m'eussent mis en possession d'éléments de comparaison plus nombreux que ceux dont M. F. a dû se contenter. Quoi qu'il en soit, sa publication est faite avec soin, le dépouillement des formes grammaticales et le glossaire donnent toute satisfaction. — P.M.J — P. 93, Sur les Sermons de saint Bernard; M. Kutschera avait cru pouvoir prouver (voy. Rom., VIII, 636) que le ms. des Sermons français de S. Bernard datait de 1207; M. 8. montre que cette démonstration n'a pas de valeur; il annonce en même temps qu'il a copié tous ces Sermons et les publiera bientôt. — [P. 98, Bœhmer, Sponsus, mystère des vierges sages et des vierges folles. Sous ce titre, M. Bœhmer nous donne une nouvelle édition, accompagnée de remarques sur la métrique et
1 . Notices et extraits des mss. concernant Phistoire de France et la littérature française conservés dans les Bibliothèques d'Italie, dans les Dissertations sur quelques points curieux de l'histoire de France et de l'histoire littéraire, n° VII (1839), p. 1 13-116, réimprimé dans le t. III (p. 325-327) des Mélanges de Champollion (Documents inédits).
sur la langue, d'un drame ecclésiastique déjà maintes fois publié que renferme le ms. B. N. lat. 1139, ms. qui est du XII* siècle, je ne me lasserai pas de le répéter, et non du XI*, comme le prétendent à peu près tous les éditeurs. Le titre de Sponsus convient aussi bien à l'ouvrage que celui de c Mystère des vierges sages et des vierges folles », mais de ce que dans le ms. le mot Sponsus est écrit à l'encre rouge à l'endroit où commence le mystère on ne peut conclure avec certitude que ce mot soit placé là comme titre : les rubriques contiennent ordinairement, dans le ms., les noms des personnages, et doivent par conséquent prendre place auprès des paroles prononcées par chacun d'eux, mais elles sont souvent mal placées, ce qui peut être ici le cas. Cette édition nouvelle se distingue des précédentes surtout par une disposition typographique (des espaces à l'intérieur des vers) destinée à mieux faire ressortir le rhythme ; elle se distingue aussi par des corrections entre lesquelles il en est qui surprendraient beaucoup partout ailleurs que dans un travail de M. Bœhmer. Ainsi le v. 14 est dans le ms. Atendet un espos Jhcsu salvaire a nom, il y a deux syllabes de trop. Au lieu de supprimer soit Jhcsu y soit salvaire, M. B. corrige les premiers mots ainsi : Tendct au spos> ce qui ne se discute même pas. Plus loin, v. 74, la leçon admise comme étant dans le ms. est celle-ci : Alet areir a vostras sa je seros, vers trop long d'une syllabe ; M. B. corrige a vosts sajes ; mais dans le ms. je ne puis lire sale ; la leçon, assez peu nette il est vrai, est plutôt sine, ce qui convient au sens, puisqu'il est de tradition que les vierges sages et les vierges folles étaient ensemble au nombre de dix. M. B., d'accord avec M. Bartsch, montre, contre Raynouard et autres, que les parties en langue vulgaire de ce mystère sont en français et non en provençal, opinion que je suis d'autant moins porté à contester que je l'ai moi-même émise en 1866 4 . — P. M.] — P. m, Bœhmer, Sur la Passion ; quelques corrections tendant à franciser le texte. — P. 112, Bœhmer, Sur le De vulgari eloquentia (à propos de la récente édition de M. Giuliani). — P. 118, Heiligbrodt, Sur la légende de Gormund et Isembard. J'ai montré il y a longtemps (Rcv. crit. 1868, t. I, art. 1 16) que la troisième partie du roman de Lohier a Mallart, dont nous ne possédons qu'une traduction allemande publiée par M. Simrock, était la mise en prose d'un poème du XIII* siècle sur la guerre d'Isem^ard et de Gormond contre le roi Louis. M. H. compare brièvement cette version avec celle de Mousket d'après un ms. de Loher und Maller qu'il a trouvé à Hambourg. — [P. 1 24, R. Heiligbrodt, Synopsis der Tiradenfolge in den Handschriften des Girart de Rossilhon, tableau synoptique du poème dans l'ordre où les tirades s'y succèdent, avec renvoi aux éditions des différents mss. II m'est impossible de concevoir l'utilité qu'il peut y avoir à publier ce travail tout mécanique. Il tombe sous le sens que les personnes, en bien petit nombre, qui travaillent sur Girart de Roussillon ont dû tout d'abord se faire une concordance des mss. et des éditions, soit par un tableau comme celui-là, soit par des chiffres de renvois écrits sur les marges de l'édition de M. Fr. Michel, qui offre l'avantage d'être imprimée sur bon papier à la cuve3. Le seul fait intéressant
1. Jahrbach fur romanische Literatur, VII, 74. La même opinion est exprimée par M. Sepet (Le Drame chrétien au moyen âge, p. 120), qui adopte aussi le titre d' c Epoux. »
2. Dans ma traduction de Girart, qui s'imprime actuellement, chaque alinéa correspond à une tirade et est numéroté. Jusqu'ici je suis d'accord avec la numérotation
Romania,VUl 20
que m'ait révélé le présent travail, c'est que l'auteur d'une petite brochure sur Girart de Rous sillon dont j'ai dit ce que je pensais (ci-dessus p. 1 28) est un élève de M. Bœhmer. Je n'aurais pas osé le supposer. — P. M.] — P. 141, De Cihac, Sur les études roumaines de M. Hajdëu ; ces observations nombreuses, d'un ton quelque peu acerbe, paraissent généralement fondées et devront être prises en sérieuse considération pour le second volume du grand ouvrage où M. Hajdëu a pour collaborateur M. Schuchardt (voy. Rom. VIII, 636). — P. 185, Appendice. Koschwitz, Cours et exercices de philologie romane dans les universités allemandes de Pdques 1872 à Pdques 1879; suite de cet intéressant tableau, qui montre la belle activité de l'enseignement supérieur chez nos voisins. — P. 192, Publications nouvelles. — P. 193, Bœhmer, Trouver ; M. B. se plaint qu'on le traite de fou. — P. 194, Bœhmer, Herr Darmesteter. [M. B., avec une ténacité qui dégénère en monomanie, revient encore sur cette question de la découverte de Ye = t, ë. Je le renvoie aux dernières lignes de ma réponse à sa précédente réclamation, Rom. VIII, 633. — A. D.] — P. 196. Au milieu d'un errata, M. Fœrster intercale cette note : « Puisque tout a été permis jusqu'à présent pour expliquer Pénigmatique andare, je voudrais faire usage de la même liberté et le tirer tout simplement du lat. vaderc, où 1) v serait tombé dans la syllabe atone, 2) n aurait été intercalée comme dans rendre, et 3) on aurait passé de la 3e conj. à la iN. Sur 1) cf. le paradigme sarde méridional dans Rossi (Casteddu, 1846): andu ou bandu, andas ou bandas, andat ou bandât, andant ou bandant, andi ou bandietz. » A joindre au dossier, mais pour mémoire seulement. Addarè me paraît réellement satisfaisant, au moins pour les langues autres que le provençal et le français; et comment séparer aler et anar $ andare ?
IV. — Bulletin de la Société des anciens textes français, 1878, n° 1. — P. 104-45, P. Meyer, De quelques chroniques anglo-normandes qui ont porté le nom de Brut. Toutes les chroniques générales de la Grande-Bretagne composées en français au moyen âge sont fondées sur YHistoria Brhonum de Geoffroi de Monmouth. Cette fabuleuse histoire ayant été connue assez généralement sous le nom de Brutus, les chroniques françaises, en vers ou en prose, qui en ont reproduit la substance, ont été fort souvent désignées par le nom de Brut, quelquefois qualifié par une épithète ou un déterminatif quelconque (le petit Brut, le Brut d'Angleterre). L'emploi du même titre pour désigner des ouvrages fort différents est une cause de confusion que le mémoire publié par la Société des anciens textes a pour but de prévenir. L'auteur répartit les chroniques anglo-normandes dont il s'est occupé entre trois groupes. Le premier ne contient qu'une chronique fort courte, conservée par un seul manuscrit appartenant à l'Université de Cambridge. Le second contient deux chroniques, courtes 4 aussi, et assez analogues pour pouvoir être classées ensemble : l'une, conservée dans trois ou quatre mss., paraît avoir été rédigée peu après 1283 ; l'autre, dont on n'a qu'un ms., pousse l'histoire jusqu'à la mort d'Edouard I, et se donne
donnée par M. Heiligbrodt, sauf que je suis de deux numéros en arrière, n'ayant pas traduit les deux premières tirades auxquelles je ne comprends pas grand'chose.
comme rédigée pour Henri de Laci, comte de Lincoln, par un certain Raùf de Bohun. Sir Fr. Madden et M. W. W. Skeat, et d'après eux Y Histoire littéraire (XXVII, 406-10) l'avaient déjà fait connaître. Le troisième groupe, le plus important, est formé par les nombreux mss. (l'auteur en mentionne dixhuit) d'une chronique qui paraît s'être arrêtée originairement à la mort de Henri III (1272) et avoir été continuée successivement jusqu'en 1307 (mort d'Édouard I) et 1333, sans parler d'un ms. (Corp. Chr. Oxford), étudié dans un appendice spécial, qui a une continuation s'étendant jusqu'en 1398. Cette chronique se divise en deux rédactions, lesquelles diffèrent notablement à partir d'Édouard II ; en outre l'une des rédactions intercale à la fin des règnes de Henri III, Edouard I et Edouard II des prophéties de Merlin. Cette rédaction, mise en anglais au XVe siècle, a été englobée dans les Chronicles of England imprimées par Caxton en 1480 et 1482 et souvent réimprimées depuis. Les mss. qui contiennent les chroniques étudiées dans ce mémoire sont au nombre de 26, dont trois à Paris, les autres en Angleterre et en Irlande. Tous, sauf trois, ont été vus par P. Meyer, qui n'a pas eu la prétention d'épuiser le sujet, pensant bien que plusieurs mss. ont dû lui échapper, mais qui a cherché simplement à mettre de l'ordre en une matière jusque-là fort confuse.
V. — Anglia, II. — P. 135. Kœhler, sur le Milleres taie de Chaucer ; nouvelle variante allemande (voy. Rom. VII 474). — P. 137, Kœhler, chanson anglaise sur l'homme de la lune, citée dans un drame de Rowley. — P. 191-199, article intéressant de M. Zupitza sur Tanner, Guy von Warwick ; M. Tanner promet une édition prochaine des mss. français de ce poème. — P. 215-224, Suchier, Sur la versification anglo-normande ; M. S. défend contre M. Koschwîtz ses idées sur ce sujet (voy. Rom. VI 14s). — P. 388, Kœhler, How the Plowman lerned his Pater noster ; M. K. réunit plusieurs versions de ce conte (voy. Pauli, Schimpf and Ernst} 338), sans doute originairement français.
VI. — Germania, XXIII. — P. 129, Kœlbing, Fragment d'une version de Pamphilus en ancien norvégien. — P. 223. Behaghel, le Tristan de Gotfrid de Strasbourg et sa source; M. B. signale l'importance de la Tristram Saga, deux fois publiée depuis. Il y joint une remarque sur le poème de Berol ; cette remarque en elle-même est peu fondée ; mais M. B. dit : « Jusqu'à quel point Heinzel a rencontré l'approbation pour les détails de sa division [en douze chansons du poème de Berol], c'est ce que j'ignore. • Je saisis cette occasion de dire que, pour ma part, je n'ai jamais accepté ni l'ensemble ni les détails de cette thèse, où l'auteur a montré assurément beaucoup d'esprit, et dont la lecture est aussi instructive qu'intéressante, mais où il a fait fausse route presque tout le temps ; une connaissance trop imparfaite de l'ancien français, jointe à la défectuosité de l'édition de Berol, le prédestinait d'ailleurs à des erreurs qu'il n'a pas évitées. — P. 441. Behaghel, Le fragment <feLancelot bas-allemand; M. B. montre que ce fragment ne provient pas d'une version nouvelle du roman français (en prose), mais se rapporte à la traduction connue en haut-allemand. — Comptesrendus. Birch-Hirschfeld,</i* Sage vom Gral (M. Bartsch n'admet pas les conclu-
sions de l'auteur sur le rapport de Wolfram aux poèmes français et sur la nonexistence de Kyot).
VII. — Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXIX (1878). — P. 421-480, Delisle, Notice sur un manuscrit de Lyon renfermant une ancienne version latine inédite de trois livres du Pentateuque (voy. Rom. VIII 142). — Comptes-rendus. P. 351, Neumann, Zur haut- uni Flexionslehre des Altfranzœsischen (M. Raynaud entre dans des détails intéressants sur l'assimilation de an à en en picard; cf. Rom. VII 612). — P. 5 12, Gautier, Les Épopées françaises, t. I (d'Arbois de Jubain ville).
— XL (1879), 1. — P. 48-67, Raynaud, Le chansonnier Clairambauli de la Bibliothèque nationale; description et table du précieux ms. dont nous avons raconté la récente acquisition et qui porte maintenant à la B. N. le n* Nouv. acq.fr. io$o (cf. Rom. V, 127); M. R. a joint à ce travail une liste utile de tous les anciens chansonniers français. — Comptes-rendus. P. 96, Aucassin et Nicolete, éd. de G. Paris et de H. Suchier (M. Raynaud a tort de vouloir lire a ce que pour ne que, et d'intervertir avec M. S. carboucle et carbonnee, voy. Rom. VIII 285, 288, 293). — P. ioo, Angellier, Étude sur la chanson de Roland (Raynaud).
— XL, 2. — Comptes-rendus. P. 219, Chazaud, Les Enseignements d'Anne de France (cf. Rom. VIII 144; M. Raynaud critique avec raison la partie linguistique du travail de Péditeur). — P. 230, Giry, Histoire de la ville de Saint- Orner (Cet excellent livre contient un grand nombre de documents importants en picard du XIIIe siècle ; M. Havet relève dans l'édition qu'en a donnée M. G. un certain nombre d'erreurs ; on pourrait en signaler d'autres, ainsi dans la curieuse pièce LXXXVI, § 1 li Fachate, 1. si ; § 4 sor 1 cheval, I. chevalier; § 7 m paroles ne 11 ne voel, io ment ke vus aihes, 1. trois paroles ne deus ne voel jo nient ke vus aihés, etc. N° XLIV, 1. $ Et chil ki vient acater se hanse cui pères a en le hanse, 1. Et chil ki vieut acater se hanse cui pères a eu le hanse, etc. La ponctuation et l'accentuation des textes montrent trop souvent chez l'éditeur une préparation philologique insuffisante). G. P.
VIII. — Tidskript (Nordisk) por filoloqi. Nouv. sér., t. IV. — Comptesrendus. P. 72-78, Gaster, La ténue gutturale en roumain (voy. Rom. VIII 1 24) ; M. Nyrop donne une bonne analyse de ce travail, avec quelques remarques intéressantes.
IX. — Revue des questions historiques, janvier 1879. — A. Longnon, les Quatre fils Aymon. M. Longnon fait profiter depuis quelque temps de son érudition et de sa critique l'histoire de notre épopée nationale. Après s'être occupé de Girard de Roussi lion dans la Revue historique, de Huon de Bordeaux dans la Romania, il s'attaque ici à Renaut de Montauban. Il montre que le Charles contre lequel combattent les fils d'Aimon n'est ni Charlemagne ni un de ses successeurs, mais bien Charles Martel. En effet : i° un rhythme du XIIIe siècle nomme Agilolf l'archevêque de Cologne sous lequel Renaut mourut, et Agilolf était contemporain de Charles Martel ; 2* le roi de Gascogne
Y on, auprès duquel se réfugient les fils d'Aimon, est évidemment Eudon, appelé duc , prince ou roi de Gascogne dans les textes du VIIIe siècle, qui eut avec Charles Martel plus d'une guerre et d'un différend, notamment pour avoir donné asile à des ennemis de Charles, tels que le roi de Neustrie Chilpéric. On peut regarder ce point important comme acquis à la science : le second argument surtout est irréfutable, Yon répondant toujours en a. fr. au nom latin Eudo ; sur le premier on pourrait se demander si saint Agilolf, très populaire â Cologne et objet, au XIII* s., de divers écrits fabuleux, n'a pas été mis là au hasard par l'auteur du rhythme ; il faut remarquer que cet auteur suivait le poème néerlandais, comme le prouve M. Longnon, et n'est point par conséquent une source originale. — M. L. a joint à sa belle démonstration plusieurs remarques intéressantes pour l'histoire ou l'histoire littéraire : il indique lui-même quelquesunes des nombreuses difficultés que présente encore la critique de la tradition qu'il étudie ; il lui a fait faire en tout cas un pas décisif. G. P.
X. — Archives des Missions scientifiques et littéraires, y série, t. V, 3e livraison (1879). P. 423-71, A. Thomas, Rapport sur une mission phi' lologljue dans le département de la Creuse. La mission de M. Thomas, jeune philologue dont le nom n'est point inconnu à nos lecteurs, c avait pour objet de i rechercher les limites des trois variétés principales qui se partagent dans des c proportions inégales les patois méridionaux du département, » patois qui appartiennent sans conteste à la langue d'oc, tandis que ceux du nord du même département oscillent entre la langue d'oc et la langue d'oui. Le travail de M. Th. est de tout point remarquable : j'en caractériserai la valeur en disant que c'est la première fois qu'on aborde la recherche des limites d'un dialecte ou d'un patois (le nom ne fait rien à la chose1) avec une perception claire de l'objet â rechercher. Cet objet, je l'ai dit mainte fois ici, n'est pas une ligne où viendraient s'arrêter les caractères principaux à l'aide desquels on a constitué un dialecte, une telle ligne ne se rencontrant dans l'intérieur du domaine roman qu'en des cas exceptionnels ; ce qu'il faut chercher c'est la ligne à laquelle vient s'arrêter chacun des caractères observés. S'il se trouve que cette ligne est la même pour plusieurs caractères, ne fût-ce que pour deux, on pourra avec quelque raison fixer une limite dialectale à la ligne où ces caractères seront venus s'arrêter, mais c'est là une chance à laquelle il ne faut pas s'attendre. Cette chance, M. Th. ne l'a pas rencontrée : chacun des caractères qu'il a étudiés a ses limites propres, et comme on ne peut raisonnablement constituer un dialecte avec un seul caractère, il a dû renoncer à déterminer les limites des patois qu'il étudiait et se borner à déterminer les limites de chaque caractère. Il montre (p. 427-8) que, même à se contenter de deux caractères, on ne peut arriver à les faire coïncider : c Choisissons, • dit-il, c deux caractères < phonétiques seulement. A Aubusson le d se mouille devant un i, tandis qu'à € Pontarion (arr. de Bourganeuf) il reste intact : ici on dira donc dimar (mardi)
1 . J'applique le nom de « dialecte » à l'état ancien (moyen âge) de la langue, le nom de a patois » à l'état moderne. Quant il s'agit d'un idiome qui a conservé traditionnellement un état littéraire' et officiel, je ne me sers ni du mot c dialecte • ni du mot « patois », mais du mot c langue ».
i et là guimar. D'autre part Yà latin, dans une syllabe fermée, sous l'influence c d'une gutturale ou d'un i en hiatus, donne à Aubusson un son sui garnis que c nous noterons par bi, tandis qu'à Pontarion il aboutit à la diphthongue ci; c on dira donc à Aubusson : lo nôi dàu guimar (la nuit du mardi), et à Pontac rion : lo nci dàu dimar. Voilà deux caractères bien tranchés. Mais qu'arric vera-t-il si, partant d'Aubusson, l'on étudie le patois jusqu'à Pontarion ? A c la vérité, sur quelques points (entre la Pouge et le village de Faye, par ex.), c on trouvera d'un côté lo nôi dàu guimar et de l'autre lo nei dàu dimar, ce qui c donne une limite très précise ; mais ailleurs, au Monteil-au-Vicomte, à la t Chapelle-Saint-Martial, etc., on aura ceci : lo nôi dou dimar, c'est-à-dire c qu'on trouvera réunies une forme du patois d'Aubusson et une forme du
• patois de Pontarion. On comprend combien un pareil fait est embarrassant, c Si nous tenons absolument à avoir une limite, nous devons faire abstraction c d'un caractère linguistique pour prendre l'autre seul en considération, et t alors, de deux choses l'une : ou nous regarderons le mouillement comme
• caractère essentiel du patois de l'est, et nous classerons la forme complexe en « question dans le patois de l'ouest, ou nous considérerons le son ôi comme c suffisamment caractéristique, et cette forme sera encore pour nous du patois ■ de l'est. Voilà précisément en quoi réside l'arbitraire, l'artificiel des délimitac tions de dialectes. • M. Th. a pris l'une après l'autre les particularités des patois de la Creuse et s'est attaché à donner aussi exactement que possible la délimitation géographique de chacune d'elles. C'est la bonne méthode et la seule bonne. Dans une première partie (pp. 429-50), M. Th. étudie les patois de l'est et de l'ouest, et il les distingue par un seul caractère, qui est le mouillement de t d s z l n devant i et u, fait qui s'observe dans l'est, tandis que dans l'ouest les consonnes susdites se prononcent comme, par exemple, en français, t Ce mouilc lement consiste proprement en l'adjonction intime aux consonnes ci-dessus c énumérées d'un y semi-consonne qui en modifie le son de la façon suivante : c t passe à k palatal (français qui) , d de même à g palatal (fr. languir), i et z c aux sons représentés en français par ch et /, enfin / et n à / et n mouillées. > M. Th. marque sur la carte jointe à son rapport la limite occidentale de ce phénomène. Les autres faits linguistiques de la même région sont également analysés et limités avec soin, mais ne figurent pas sur la carte. L'auteur aurait peut-être bien fait de les y noter, mais il a pu craindre de rendre sa carte confuse. Dans la deuxième partie, t patois de l'est et du sud » (pp. 4$ 1-5), M. Th. s'attache principalement à faire ressortir un caractère qui lui sert à limiter du côté du nord les patois de cette région : c'est le passage des sons ch (tch) et / (dj) aux sons ts et dz, caractère qui se rencontre aussi dans le Bas-Limousin. M. Th. l'a marqué sur sa carte. En appendice; M. Th. donne : i° la traduction, faite par lui, de la parabole de l'Enfant prodigue en patois de Saint- Yrieixla-Montagne (canton de Felletin), patois qui appartient à la variété orientale, mais qui, pour la conjugaison, se rapproche beaucoup plus des patois de l'ouest que de celui de l'est (toujours la même impossibilité de constituer des dialectes à limites précises); 2' une notice des textes provençaux (c'est-à-dire en langue vulgaire) relatifs au département de la Creuse, notice contenant le texte bien établi et bien annoté au point de vue géographique des chartes partiel-
leraent en langue vulgaire du cartulaire de Blessac (4 kil. ouest d'Aubusson). Au cours de ses recherches, M. Th. a fait une petite découverte fort intéressante et parfaitement constatée, c'est que là terminaison -etz de la 2e pers. plur. des verbes correspondants aux 2% 3* et 4* conjugaisons latines, a en provençal ancien le son ouvert, dans le patois de la Creuse ië. Ce fait, que j'ai déjà constaté ici même, d'après M. Th.4, est fort étrange, puisque, pour la seconde conjugaison au moins, le type latin est ëtis, ce qui indiquerait un t fermé. Mais le fait est néanmoins assuré, je l'ai vérifié après M. Th. sur un très grand nombre de rimes, pour la langue ancienne2, et dans beaucoup de documents modernes. Au contraire, cette même terminaison etz a le son fermé au futur (ci dans la Creuse) et au subjonctif présent de la première conjugaison 3. Le travail de M. Thomas est à recommander comme modèle à tous ceux qui dorénavant étudieront la géographie des patois romans. P. M.
XI. — Archivio Storigo per le pbovincjb napoletane, ann. IV, fasc. I. — Torraca, Sacre Rappresentazioni del Napoletano. Ce travail curieux, fruit de recherches bien dirigées, comble une lacune du livre de M. d'Ancona sur les Origini del teatro in Italia, et montre que les t représentations > sacrées n'ont pas été aussi ignorées à Naples, aux XVI* et XVIIe siècles, qu'on le croyait jusqu'ici.
XII. — Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2e série, t. XLVII, n° 4 (avril 1879). — Potvin, Une énigme littéraire : quel est fauteur de U Ars d'amours, de vertu et de boneurté ? L'auteur de ce traité moral, écrit au XIVe siècle dans les provinces du nord, publié en deux volumes à Bruxelles en 1867 par M. Petit, a caché son nom et celui de son patron dans une énigme dont M. Petit avait cru trouver Y engin ; il faisait de l'auteur Jehan d'Arclcel, évéque d'Utrecht de 1348 à 1364, et de son patron Jehan Le Bel. M. Potvin montre que cette interprétation est très forcée ; il regarde un Jehan, évêque d'Utrecht, qui serait probablement Jehan d'Arckel, comme le patron de l'œuvre, dont Fauteur se serait appelé Jehan de Saint-Venant, personnage d'ailleurs inconnu. Cette interprétation n'est pas plus évidente que la première. Nous ferons seulement remarquer que nom, dans l'ancien usage, désigne toujours, quand il est opposé à surnom, ce que nous entendons par « prénom •, et surnom ce que nous entendons par c nom de famille ». Il faut partir de là pour expliquer cet engin et tous les autres pareils.
XIII. — RrviSTA europea, 1879, gennaio. — Caix, Chi fosse il preteso Ciullo d'Alcamo. M. Caix essaie de démontrer, par une argumentation fort ingénieuse,