‹ Romania (volume 4)Chapitre 250 sur 283 · Albert d'Aix, VIII, xxiv, xxv · texte numérisé non relu

Albert d'Aix, VIII, xxiv, xxv

7. On y peut voir une description qui a quelques traits communs avec celle de Huon de Bordeaux.

rattacher son héros à la Hongrie. Reste à expliquer la phrase de l'abrégé « ... Andriochum regem cujus ditioni suberat Nichoraedia cum tota « circurajacenti regione et ctiam, ut ferunt, Ma que nunc dicitur Unga- « fia. » On s'explique très bien que l'abréviateur ait passé sous silence les Cumani, peu connus sans doute de son temps. Mais comment la Hongrie a-t-elle été introduite là? Par les moines de Lérins, selon toute vraisemblance. Les deux éditions de la vie abrégée n'ont pas été faites, apparemment, pour l'amour de la belle littérature, mais simplement pour attirer les pèlerins aux lieux où le saint continuait d'opérer des cures merveilleuses. A Lérins, où l'abrégé fut préparé en vue de l'impression, s'était introduite, depuis le temps de Féraut, la notion que saint Honorât était d'origine hongroise, et cette notion traditionnelle {ut ferunt) a pris place dans le petit livre imprimé sans qu'il soit nécessaire d'admettre qu'on l'ait puisée directement dans le poème.

L'original latin et l'abrégé se correspondent assez bien jusqu'à l'endroit où la vie originale raconte comment Honorât délivra Charlemàgne prisonnier des Sarrazins. Ce récit se trouve à la même place dans l'original latin que dans la vie provençale. Dans l'imprimé, au contraire, il a été transporté beaucoup plus loin, au chap. xxx du livre III. J'ai transcrit ce chapitre dans mon premier article (Romania, V, 243-4) ; je vais maintenant rapporter le texte original. Le lecteur qui voudra comparer les deux rédactions reconnaîtra que l'abréviateur, qui s'intéressait médiocrement à la légende de Charlemàgne, a cette fois abrégé à outrance ». Au contraire, la version de Féraut est d'une grande fidélité

1 . Je dois faire remarquer que l'édition de 1 51 1 , la seule que j'aie pour le moment à ma disposition, s'écarte considérablement pour ce morceau de l'édition de moi, d'après laquelle j'ai publié ci-dessus, V, 243-4, le ch. xxx du livre III. Voici le passage où les différences se manifestent ; les additions de l'édition de 1 5 1 1 sont en italiques :

Nam', prout alibi scriptum reperimus, ipse idem magnus Karolus mentis beati Honorati a multis periculis in bello ereptus et ingénies fuit viclorias consecutus. Cujus devotioni immense qua erça dictum sanctum tenebatur non modicum dédit incrementum cujusdam nobilis {cui Guido nomen erat et inter primores aule ejus principis habebatur) stupenda e manibus Sarracenorum liberatio in qaas (ut fieri assolet) dum fortiter pugnando cecidisset, multis et dbersis injuriis et contumeliis in christiane religionis opprobrium a barbaris afficiebatur. Cui inter tôt angustias nulla amplius spes supererat preterquam in meriiis sancti Honorati, cujus ab ineunte était assiduus et devotissimus cuitor ext itérât. Contigit igitur quod barbaro tum principi fi lia, que erat unica et super omnem mundi gloriam enara, quadam die a diabolo fuit arrepta et incredibili cruciatu vexata. Quod rex audiens,

diro amaritudinis jacula sauciatus desideraret. Cui Honoratus : a volo ut Guido

captivus habeat liberam quoeunque voluerit abeundi libertatem.... Guidonem cum pluribus aliis concaptivis liberum dimisit. Ereptus igitur Guido ab infelici hostium servitute, Galliam répétais, primo Lyrinense cenobium vuitavit, postremo, cum ante conspectum Caroli devemsset , cepit res prout geste fuerant ex ordine narrarc, ac palam collata in eum ejusdem sancti miracula profiteri. Quo factum est ut idem Carolus erga sanctum Dei confessorem Honoratum majori ceperitaevotione fervere. »

On voit que la modification consiste simplement dans la substitution, très

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en même temps que d'une remarquable élégance. Je ne la transcrirai pas : on la trouvera aux pages 54 à 40 de l'édition (ch. xvn-xu), ou, d'après un autre ras., dans VHist. poét. de Charlemagne de G. Paris, pp. 496-500. Le morceau qui suit forme le septième paragraphe de la copie de Dublin et se trouve au 5 e feuillet v°, à partir du commencement de la vie. Cette fois je m'abstiens de transcrire la version catalane

Cumque exaucta seductio Johannis et Machometi existeret pluribus furiosis et potentibus principibus convallata, [et] contra Pipinum Bavarre (sic) principem, qui Ludovicum regem Gaunorum (?) expugnaverat eterrorem illorum nitebatur totis viribus demolliri, acies direxissent, eum apud Carnotum debellantes, vix ab eorum faucibus est ereptus*. Qui Karolum, ejusdem Pipîni filium, capientes ibidem, eum apud Toletum adduxerunt cum multitudine captivorum. Ex hoc igitur exultante audaciter impia progenie Ismaelis, captivus Karolus tristabatur, et optans mori Deum assidue precabatur ut finera imponeret vite sue. Sacerdotes namque et pontifices Machometi, in ignominiam et blasphemiam christiane fidei, in suis sollempnitatibus Karolum in eminenti exspectaculo (sic) populo exhibebant, tamquam feram indomitam, cathenatum, et post, vinculis absolutum, dampnatum perpetuo reducebant angarizandum ad aquarium Toletanum. Cum vero sic triennio tam viliter Karolum afflixissent, apparuit beat us Jacobus apostolus Honorato, ipsum increpando austère quod necdara sua limina et captivum Karolum visitasset. Cumque Honoratus sancto Caprasio exponeret apostolicam visionem, cognovit divinitus sanctus Caprasius visionem ministerium importare 3, injungens Honorato ut que placebant apostolo adimpleret. Arripiens celere iter suum cum sancto Maguncio Honoratus, renitente Venancio et rémanente invito, ad Compostellam veniunt, ubi in hooorabili basilica residet beatus Jacobus tumulatus, ante eu jus sepulchrum in suam faciem corruentes hii duo catholici Deum adorantes, cum diu in orationibus perstitissent, nubes clara circumdedit eos, et stans in ter illos beatus Jacobus, dixit

maladroitement opérée, d'un certain Gui, présenté comme l'un des principaux personnages de la cour de Charlemagne, à Charlemagne lui-même. Pourquoi cette substitution? Simplement parce que, au commencement du XVIe siècle, la fable de Charlemagne prisonnier des Sarrazins paraissait trop invraisemblable. On crut diminuer l'invraisemblance en remplaçant l'empereur par un inconnu. Il ne s'agissait pas pour les propagateurs de cette légende, qui n'est qu'un vaste faux du premier mot jusqu'au dernier, de respecter la vérité historique, mais il était de leur intérêt de ne pas la violer trop ouvertement.

1. On trouvera le passage correspondant au fol. 12 b du ms. 1 54.

2. Cette phrase est un peu embarrassée et j'ai dû ajouter [et] pour en rétablir la construction. Voici le catalan : • Depuys que la malvada seduccio de c Johan Gaui e de Maphomet fo acompanyada e raforçada de molts princeps t malvats e poderoses, ells ameneren lurs osts contra Pipi princep de Bovana c (sic) oui ha via vensut Lodovich rey dels Guaneses, e qui ab totes ses forces c se esforçave de destruir la error, per que ells lo van conbattre fortment a c Xarçes, si que a pênes poch escapar a lurs mans, • Les Gauni ou Guaneses du catalan doivent être les sectateurs au mystérieux c Johannes Gaunus • du commencement. Leur roi Louis m'est parfaitement inconnu. Féraut ne nomme pas le lieu où Pépin aurait été battu, qui est ici Chartres.

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