Zeitschrift f. rom. PhiL, II
ce miracle ne se trouve pas dans le latin Ajoutons enfin que, contrairement à l'opinion que j'avais jadis exprimée, les chartes fausses qui ornent l'abrégé imprimé 2 ne se trouvent pas dans l'original. Elles ont été ajoutées par les moines en vue de l'impression. La pratique du faux comme moyen d'édification était, comme l'on voit, traditionnelle dans cette abbaye.
Je ne suis pas en état de déterminer avec précision l'époque où a été fait le faux principal, c'est-à-dire la vie du saint. La limite inférieure étant marquée par le temps même où Féraut commençait son œuvre de traducteur (fin du xme siècle), la limite supérieure m'avait paru pouvoir être fixée par une bulle fausse d'Honorius III que renferme l'abrégé imprimé (l. III, ch. xlviii). « On ne peut guère, » disais-je [Romania, V, 25 1), « supposer que cette bulle ait été faite du vivant même d'Ho- « norius : il était plus sûr et tout aussi efficace d'attribuer la pièce fabri- « quée à un pape décédé depuis quelque temps déjà. Honorius étant « mort en 1 227, c'est entre cette date et 1 300 qu'il conviendrait, à mon « avis, de placer la composition de l'ouvrage perdu, dont l'imprimé de « Venise paraît n'être que l'abrégé. » Je ne puis plus maintenant tirer argument de l'emploi de cette fausse bulle, puisqu'en fait elle n'a pas été employée par l'auteur de la vie originale. Mais néanmoins mon opinion quant à l'époque où fut fabriquée cette vie n'est pas considérablement modifiée. Il suffit des passages rapportés ci-dessus pour montrer que la composition n'en peut pas être reportée au-delà des dernières années du xir siècle. Les récits épiques dont elle est farcie ont été incontestablement tirés de chansons de geste françaises. Si dénaturés que soient ces récits, on peut cependant démêler qu'ils n'appartiennent pas à un état bien ancien de notre épopée. Et c'est pourquoi j'indique la fin du xue siècle ou la première moitié du xiii* comme l'époque de la fabrication de notre pieuse légende. Quant au lieu de la composition, c'est visiblement le monastère de Lérins : « is fecit oui prodest. » Féraut nous dit, au début de son prologue, que la vie a été trouvée à Rome et a été apportée à Lérins par un moine de cette abbaye :
Li vida s'atrobet en un temple jadis,
De Roraa Paportet uns monges de Leris ;
De lay si trays li gesta d'una antigua scriptura.
Il le dit et le croyait probablement. D'ailleurs, ces vers n'excluent pas l'idée d'une composition latine faite à Lérins. On a pu réellement apporter de Rome les écrits de saint Hilaire, de saint Césaire et autres, qui ont fourni, je ne dirai pas la matière de la nouvelle vie, mais l'idée