Giornalc di filologia romanza, I
J'appelle de tous mes vœux une édition qui nous donnerait réunis en un volume : i° le texte des légendes latines de saint Honorât et de saint Porcarius, établi d'après les mss. de Dublin et d'Oxford avec l'aide de la version catalane ; 2° un texte critique du poème de Féraut d'après les nombreux mss. qu'on en possède ».
Paul Meyer.
i . J'en ai donné la liste dans mon compte-rendu de l'édition de M. Sardou, Revue des Sociétés savantes, 6« série, II, 57, mais j'ai commis une erreur en indiquant comme provençal le ms. 462 de Carpentras, qui contient une traduction française de la vie latine imprimée.
LA VIE
DE
Le poème que nous publions n'a rien de commun avec la célèbre légende de S. Grégoire, dont la plus ancienne forme française, imprimée par M. Luzarche, va être publiée avec plus de critique par M. Alfred Weber pour la Société des Anciens Textes; le titre de cette légende porte bien le nom de Grégoire, mais on ne peut l'identifier à aucun des papes de ce nom. Le poème qu'on va lire raconte au contraire la vie de Grégoire Ier, dit le Grand, et n'est que la traduction de l'ouvrage bien connu de Jean le Diacre. Il se trouve, avec une traduction des Dialogues de S. Grégoire, dans un précieux manuscrit de la Bibliothèque d'Evreux qu'a décrit M. Chassant (Mémoires de la Société de l'Eure, 1 847, in-8°, p. 126-32) dans sa notice sur le poème de VAdvocacie Notre- Dame, dont il a fait un petit volume en 1857.
Qu'il suffise ici de rappeler que ce manuscrit d'Evreux, n° 8 actuel, ancien n° 95, haut de oa»,298 et large de om,2io, se compose de 165 feuillets de parchemin, écrits à deux colonnes dans la première moitié du xiv* siècle. Il provient de l'abbaye normande de Lire, comme on le voit par cette mention :
Iste Dialogus beati Gregorii est de cenobio Lirensi. Qui rapuerit aut furto eum abstulerit, sit anatheraa. Scriptum II. Idus Junii 1469. Alccis.
particulièrement curieuse en ce qu'elle est de la main du bon moine de Lire, le poète normand Guillaume Alexis, bien connu par le Blason des fausses amours.
Ce manuscrit se compose de quatre parties :
Folio 1 . Dialogue S. Gregore (livre I, f° 1 ; livre II, f° 2 j v° ; livre III, f» 56 v°; livre IV, f° 93 v°.
jio
A. DE MONT AIGLON
Folio 13$. Vie S. Gregore.
Folio 147 v°. Advocacie Notre-Dame.
Folio 160 v°. Chapele de Baiex.
Je reviendrai ailleurs sur V Advocacie, dont le texte complet est déjà imprimé et auquel il me reste à ajouter la collation du ms. de Dijon, qui a été signalé par M. Gaston Paris dans une note du Bulletin de la Société des Anciens textes. La Chapelle de Baiex est un petit poème relatif à un procès dont la chapelle du château de Bayeux fut le sujet en 1 321; il a été analysé dans le Bulletin de la Société de Bayeux pour 1 850-1 (p. 103-49) Par M* Pezet qui l'attribue, mais sans raison suffisante, à Jean de Justice, chantre et chanoine de Bayeux, le fondateur du collège de Justice à Paris. Tout le volume peut fort bien être d'un même auteur, mais celui-ci ne peut pas être nommé; rien, dans aucun des quatre poèmes, ne permet d'arriver même à une supposition, encore moins à une identification précise.
Nous n'avons à parler ici ni de la vie de Jean le Diacre, ni. du Dialogue, qu'on a voulu retirer à saint Grégoire et que Dom Ceillier lui maintient, se fondant sur ce que dès le vu0 siècle — S. Grégoire est mort en 602 — il est couramment cité sous son nom ; mais il est nécessaire de signaler dans notre Bibliothèque nationale un second manuscrit de la traduction d'Evreux. C'est un volume in-folio sur papier, d'une assez mauvaise écriture de la seconde moitié du xv6 siècle (Lancelot 140, Regius 727 iu, nouveau 914). C'est parfaitement le même texte avec seulement les différences d'orthographe résultant de la postériorité de la transcription.
Voici le commencement du Prologue du traducteur :
Evreux.
Lancelot.
David le prophète commande Et a touz par son psautier mande Que Dieu soit en ses sainz loé Celui par est trop erroé Et bien en doit avoir reprouche Qui ne peut de cuer ou de bouche Dieu en ses Sainz glorifier, Et henourer, et mercier...
David le prophète commande Et a touz par son psaultier mande Que Dieu soit en ses sains loué Celuy par trop est erroé Et bien en doit avoir reproche Qui ne peut de cueur on de bouche Dieu en ses Sains gloriffier Et honnourer et mercier...
celui du Prologue de S. Grégoire :
[f° 2 v, col. 1.] Pour la grant secularité Ou il a tant de vanité Et pour les négoces du monde Ou par droite force m'afonde Plus assez que je ne deusse Se bon cuer et bien ferm eusse...
[P 5 verso.] Pour la grant secularité Ou il a tant de vanité Et pour les négoces du monde Ou par droicte force m'afonde Plus assez que je ne deûsse Si bon cueur et bien ferme eusse...
LA VIE DE S. GRÉGOIRE LE GRAND
le commencement du premier livre, 9 v* :
Jadis Venance le grant prince
Es parties de la province
Que le peuple Samnie apele
Out une vile bonne et bele
Et uns hons qui li coultivoit
Ses terres (et) dont miex se vivoit.
[9 verso.] Jadis Venance le grant prince Es parties de la province Que le peuple Samnie apelle Out une ville bonne et belle Et ungs homs qui cultivoit (sic) Ses terres dont mieux se vivoit.
le commencement du second livre, 70 v' [ch. 1.]
Uns hons fut de vie hennourable A Dieu et au monde agréable, Plein de grâce et de bon renon, Benoiet iert son propre non.
Ungs homs fut de vie honourable A Dieu et au monde agréable Plein de grâce et de bon renom Benoit yert son propre nom.
La vie de S. Grégoire — on pourra voir ici le texte d'Evreux commence au feuillet 369 r° :
Des Sénateurs extrait et né.
Moult fut saiges et homs sené ; Son père ot à nom Gordien Qui fut moult très bon crestien...
Saint Grégoire le très noble homme, Celuy qui fut Pape de Romme, Le grant Docteur de saincte Esglise, Fut, si corn TYstoire divise,
Elle se termine f 401-2.
Icy se define mon livre, Quant est de faire l'escripture,
Et Maistres Jehan le Confès, Dieu luy envoyt bonne aventure.
Qui en a bien porté son fès Explicit par Dei gratiam.
Actum per me, Anthonium [Si]monet, et patratum vicesima die mensis mardi anno Dommi M* quadringentesimo septuagesimo secundo, ad instanciam Domine Domine (sic) comitisse Panthevrie, cujus optata compleat Deus pienter in exitu presenti, scilicet ingressum regni celestis. Amen.
Il doit s'agir de Louise de Laval, femme de Jean de Brosse, IIIe du nom, comte de Penthièvre, vicomte de Bridiers, seigneur de Bonnac et de l'Aigle, mariée en mai 1468 et morte en 1480. On a vu que le ms. est daté de 1472.
Il était impossible de donner ici en entier la traduction des Dialogues, surtout alors qu'il existe une autre traduction en vers plus ancienne (voy . Meyer, Recueil, II); mais, comme celle d'Evreux est d'une bonne langue, il était intéressant d'en faire connaître un spécimen en donnant les liminaires personnels et la Vie de saint Grégoire.
On y retrouvera avec intérêt l'histoire de Trajan et de la veuve, que Dante a faite immortelle et qu'Eugène Delacroix a si admirablement représentée dans la célèbre toile du Musée de Rouen.
M. Gaston Paris a étudié cette légende dans le volume de Mélanges
$12 A. DE MONTAIGLON
publié par l'Ecole des hautes études, à l'occasion de son dixième anniversaire (1878), et nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à sa curieuse et savante étude de cette belle légende.